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Qu’est-ce qu’une bonne nouvelle ?

vendredi 7 juillet 2017

Face aux textes qui nous sont soumis, l’un des soucis récurrents, objet de nombreuses voire fiévreuses divergences entre nous, est en effet celui-ci (tout comme la « prose », pour monsieur Jourdain) : est-ce une nouvelle, ou n’en est-ce pas une ? Est-ce dans l’épure, ou hors du cadre... si cadre il y a ? De nombreux critères se sont croisés – et parfois affrontés – lors de ce rendez-vous détendu, et néanmoins studieux, à commencer par la fameuse notion de « chute » : impérative ou non, la chute, comme l’est le point à la phrase ou le couvercle sur un bocal ? Mais pas seulement cela. Car une nouvelle est aussi la somme de ses parties (pour ne pas dire : très supérieure à celle-ci), et non pas uniquement définie par sa coda ou son wagon de queue.
Voici quelques définitions qui nous ont plu parce qu’elles visent juste et évitent pourtant le dogmatisme, et que nous vous invitons à méditer :
« Une bonne nouvelle, c’est une nouvelle qui fonctionne. Plus précisément, c’est une narration qui procure une charge esthétique différente du plaisir de la lecture d’un roman. C’est, d’une façon ou d’une autre, plus intense, plus obsédant, parce que vous lisez une histoire d’un seul trait. Une bonne nouvelle est comme une pilule multivitaminée – pleine de bonnes choses différentes en un seul comprimé. » (William Boyd)
« C’est un texte qui délivre, de façon parfaite, une ambiance, une sensibilité (pas un mot n’est à ôter !) à travers une petite narration, et forme un monde entier. » (Kirsty Gunn)
« Une bonne nouvelle, c’est un texte qui contient en quelques pages le concentré d’un univers. C’est moins de l’ordre de la rapidité, de la surprise, que de la concentration. Il doit y avoir quelque chose d’enveloppé, d’allusif, d’aigu qui se prolonge en vous comme la sonorité d’une note. » (Dominique Barberis)
« La nouvelle doit être une figure géométrique parfaite. Tout est dans dans l’ellipse, le mouvement, puis la chute. La nouvelle est comme un portrait, une esquisse et le lecteur en a une vision fugitive. » (Pascale Gautier)
Et enfin l’avis d’Annie Saumont, maîtresse incontestée du genre, qui vient de disparaître et dont nous ne saurions trop vous conseiller la lecture de l’anthologie que Julliard, son éditeur, vient de lui consacrer (Annie Saumont, Florilège) : « La nouvelle se construit entre l’auteur et le lecteur, il faut retirer tout ce que le lecteur pourrait mettre à la place de l’auteur. » « Il faut dégraisser », comme dit Eric Holder.
Nous ajouterons, pour notre part, qu’une bonne nouvelle doit avoir une structure narrative "en arc". Qu’est-ce que cela signifie ? Un arc narratif est une intrigue complète, avec son propre thème, ses propres situations et son climax final, c’est-à-dire le point culminant du récit, le moment où la tension dramatique est à son comble, généralement à la fin des péripéties et avant le dénouement, la fameuse « chute » dont on ne saurait se passer, surprenante ou non, ce n’est pas le problème, ouverte ou fermée suivant qu’on veut signifier au lecteur que l’histoire est close ou qu’il peut en imaginer la suite à sa guise. Bandez donc votre arc et, pour filer la métaphore, rappelez-vous que la corde doit être tendue et la trajectoire de la flèche précise si l’on veut frapper au cœur de la cible…
Sachez aussi que le comité de lecture, outre la progression dramatique, évalue la richesse du vocabulaire et celle du style.
Nous voulons enfin attirer l’attention de nos lecteurs sur le fait qu’un texte issu d’un atelier d’écriture n’est forcément qu’une sorte de « brouillon », qui doit être retravaillé avant présentation au comité de lecture.
Cela aidera peut-être certains d’entre vous à réfléchir sur la dénomination de ce qu’ils ont produit, sur la pertinence de l’appeler nouvelle, et de nous l’envoyer pour avis. En effet, tout aussi difficile à évaluer de façon objective et dépassionnée qu’un texte bon, moins bon ou pas assez bon (pour que nous souhaitions le publier, faute que ce soit là un jugement absolu), il y a ce premier écueil parfois délicat à franchir et qui nous divise de temps à autre, à savoir lorsqu’un texte, aussi bon soit-il, n’en est pas pour autant une nouvelle. Défendant depuis longtemps la nouvelle (comme l’on peut aussi avoir la foi, sans être forcément capable d’en décrire l’objet et son périmètre), nous devons au moins cela à nos lecteurs, de leur offrir ce qu’ils attendent et de ne pas trop en titiller les limites.


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