Phéromones, de Marie‑Line Musset, éditions IN&DITS, 13 €, 151 pages.

par NB

Avec Phéromones, Marie‑Line Musset signe brillamment un ensemble de onze nouvelles : du cadeau d’anniversaire sexy que Samantha prépare pour Hugo – avant de finalement lui rendre sa liberté – à la belle vitalité d’une Marie‑Philomène plus sensible à la saveur des jouissances terrestres qu’aux réjouissances officielles sur fond de messe, en passant par le bel inconnu du train au doigté affolant, il est question de parfums et d’attirances immédiates, mais aussi d’amours ratées entre mère et enfant : des rendez‑vous trop prévisibles se font impossibles tandis que surgissent l’improviste et l’inattendu, notamment incarnés par cet ancien flirt devenu SDF, rattrapé au détour d’une place de la Madeleine noire de monde, à la veille de Noël. D’improbables chemins de traverse sont mis en lumière, éclipsant les voies toutes tracées dénuées de charme, pour réinventer le cours des choses. Une spontanéité trop longtemps mise sous boisseau affleure et soudain, surgit sous un quotidien inodore et sans saveur qu’elle vient réenchanter à point nommé : ce sont des histoires de peau, d’odeurs, d’instinct. Le langage coloré, plein d’esprit et à la fois d’une grande sensualité de Marie‑Line Musset en dit long, par le biais d’un style aussi ciselé qu’efficace. Ancrés dans le réel par la vertu d’une myriade de détails satiriques, ces moments de vie mis bout à bout forment une chronique décapante de la modernité. La fresque qui en résulte écorche savamment, pour mieux l’assassiner en douceur, la représentation d’une réalité uniforme qui nous est imposée et dont la banalité n’exclut pas, de notre part, un recul – dans tous les sens du terme –. Échappant à la duperie généralisée, au morne consensus qui nous sert parfois d’existence ou de prétexte, l’irrévérence de ce recueil ne peut que faire sourire, voire rire aux éclats tant elle sonne juste. En voici deux extraits dont on appréciera sans doute la saveur : « Ce train desservira les gares entre Le Mans et Angers. « Desservira », c’est moche ce mot, ça connote négatif » ; enfin, une femme enceinte constate avec un effroi non dénué d’humour que « les bonnets D de son nouveau soutien‑gorge ressemblaient aux parachutes restés accrochés au clocher de Sainte‑Mère‑Église peu avant le Débarquement. »