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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Chemins de fer</title>
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		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[D&#233;couvrez ce texte lu, illustr&#233; et mis en musique par Corine Sylvia Congiu] &lt;br class='autobr' /&gt;
Une foule empress&#233;e, surcharg&#233;e de sacs et de paquets, s'avance en colonne sage sur le b&#233;ton. Quelques murmures, des appels m&#233;lang&#233;s, et une voix, soudain, satur&#233;e, distante &#8211; ou serait-ce un haut-parleur ? &#171; Pour (pas compris le mot ou le nom) emprunter le passage sous tes reins ... &#187; De qui parle-t-on avec cette allusion ? Je ne connais personne ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis dans une sorte de train comme un long tunnel oscillant, presque (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1476.jpg?1770066928' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=LbcXRiPoVKQ&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;D&#233;couvrez ce texte lu, illustr&#233; et mis en musique par Corine Sylvia Congiu&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_613 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/2026_jm_calvez_copie5.jpg?1770066956' width='500' height='501' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-613 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Une foule empress&#233;e, surcharg&#233;e de sacs et de paquets, s'avance en colonne sage sur le b&#233;ton. Quelques murmures, des appels m&#233;lang&#233;s, et une voix, soudain, satur&#233;e, distante &#8211; ou serait-ce un haut-parleur ? &#171; Pour (pas compris le mot ou le nom) emprunter le passage sous tes reins ... &#187; De qui parle-t-on avec cette allusion ? Je ne connais personne ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis dans une sorte de train comme un long tunnel oscillant, presque aussi lent, et les gens n'y bougent pas, assis, ils attendent, regardent, parfois, d&#233;filer sur les &#233;crans &#8211; les hublots, les fen&#234;tres, qui sait ? &#8211; des paysages qui s'en filent, se d&#233;filent, s'en vont. Que faire d'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait un long cheveu sur le rideau, blond et tr&#232;s fin. J'ai tir&#233; doucement, pour ne pas faire de mal, pour la rencontrer, peut-&#234;tre, mais il n'y a personne au bout du fil. Quel dommage, et quel drame, peut-&#234;tre, une rencontre inaboutie ? Peut-&#234;tre qu'en me rendant au bureau des objets perdus puis retrouv&#233;s (mais y en a-t-il un dans ce tunnel ?), elle m'y attendrait : &#171; Non, vraiment, vous savez, je n'attendais pas de r&#233;compense, juste quelqu'un au bout du fil. &#187; Je devrais, peut-&#234;tre, m'inscrire moi aussi au bureau des objets perdus et avant un an, avant que je ne sois plus &#224; personne, y aurait-il quelqu'un pour me retrouver, moi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelqu'un parle une langue &#233;trange, &#233;trang&#232;re, et je ne la vois m&#234;me pas, o&#249; est-elle, je ne reconnais pas les mots mais je les aime, j'aime leur substance, je bois leur musique car elle est tranquille, ce sont des mots calmes ou des soucis doux, s&#251;rement, elle me charme, elle m'endort, cette musique-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;filement s'attarda, se figea sur l'image &#8211; sur la tentation &#8211; d'une petite ville, inconnue. S&#251;rement, oui, c'est l&#224; qu'il faut aller, je vais descendre, c'est le bout du tunnel. Je sors de la station. Ou dit-on &#171; Gare ! &#187; dans ce pays aussi, tel un avertissement, une menace, un rappel terrible que rien n'est sauv&#233;, rien, les apparences, la s&#233;curit&#233;, la raison, &#224; peine serai-je sorti de la b&#226;tisse de briques rouge sang. Une poign&#233;e de voyageurs descendus devant moi se disperse, tr&#232;s vite absorb&#233;e, dig&#233;r&#233;e par quelque ruelle incertaine, entr'aper&#231;ue, quelque sentier sauvage et broussailleux s'&#233;garant hors de ma vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avan&#231;ai, bient&#244;t seul &#224; travers un d&#233;cor fig&#233;, tel l'acteur vivant son r&#244;le, son solo silencieux pour une salle d&#233;sert&#233;e et un peu fra&#238;che maintenant. C'est vrai qu'il fait froid, c'est la nuit, ici. Le voyage a-t-il, vraiment, &#233;t&#233; si long &#8211; ou si vite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valise est un diabolique instrument. Faute d'&#234;tre &#8211; par pur hasard &#8211; n&#233;cessaire au voyageur soucieux d'accessoires aussi futiles qu'indispensables, telle la coquille de l'escargot encombr&#233;, il e&#251;t fallu l'inventer, &#224; tout prix, afin de torturer l'imprudent, d'entraver ses d&#233;placements, d'&#233;tirer ses membres dans une direction totalement oppos&#233;e &#224; l'envol vagabond de ses pens&#233;es. Mais je voudrais d&#233;j&#224; &#234;tre &#224; destination, oui, maintenant. Oh, savoir o&#249; je vais et, tr&#232;s vite, y retrouver... Mais y trouver quoi ? Suis-je perdu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une sorte de lande, comme des mains de naufrag&#233;s qui voudraient griffer le ciel bas pour se venger de leur sort, juste avant de s'enfoncer, de dispara&#238;tre. &#199;a n'est plus une route, c'est un chemin, h&#233;sitant entre broussailles et poussi&#232;res. Mais je crois qu'il va l&#224; o&#249; je vais et avec lui, ensemble, la route sera moins dure. J'y ai rencontr&#233; une vieille femme un peu tapie, comme un poing, serr&#233;, tendu. Elle n'a rien dit, elle s'est juste &#233;cart&#233;e, surprise, pi&#233;tinant la lande pour m'&#233;viter, moi. Je crois &#8211; je sais &#8211; qu'elle n'aurait pas compris mes mots, ma langue, et qu'elle l'a senti. Ce pays m'est donc &#233;tranger, finalement. Je le pensais suffisamment lointain, pourtant, pour m'y sentir, un peu, chez moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en vendrais pas mon &#226;me, mais &#233;tait-ce une femme, vraiment ? Je n'ai pas pu voir son visage sous l'ombre du ch&#226;le enveloppant, mais en &#233;tait-il seulement un ? Et cette fa&#231;on de se d&#233;placer, craintive, &#233;trang&#232;re, f&#233;line tel un poing serr&#233;, tendu. La lande se ratatine, d&#233;sol&#233;e, poudreuse, grise, la terre l'a aval&#233;e. J'ai, presque, mis le pied dans un trou, un crat&#232;re, un pi&#232;ge, l'&#233;bullition fig&#233;e d'une flaque de boue ancienne, avec ma valise trop lourde et mes chaussures de villes, grises. J'ai mal aux pieds. Suis-je... perdu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis, s&#251;rement, tr&#232;s loin. Fatigu&#233; aussi. J'ai un peu de mal &#224;... respirer...&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dr&#244;le d'atmosph&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dr&#244;le de plan&#232;te&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comme le climat, la culture se d&#233;traque</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/nos-anciens-editos/article/comme-le-climat-la-culture-se-detraque</link>
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		<dc:date>2025-07-01T10:35:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Comme le climat, la culture se d&#233;traque, et les exc&#232;s de ceux qui s'en d&#233;tournent ou en violent les codes nous surprennent de jour en jour ; lire un livre serait devenu obsol&#232;te ou ringard ; dessiner, &#233;crire (et m&#234;me penser tout seul) sans recourir &#224; une IA ou une autre devenu has been, un truc de boomers largu&#233;s qui s'&#233;vertuent encore &#224; tout faire (et penser ?) &#171; &#224; la main &#187;, quand tout ce qui importe est devenu &#171; num&#233;rique &#187;, virtualis&#233;, limit&#233; &#224; un &#233;cran o&#249; l'on peut, par exemple, faire la guerre pour (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme le climat, la culture se d&#233;traque, et les exc&#232;s de ceux qui s'en d&#233;tournent ou en violent les codes nous surprennent de jour en jour ; lire un livre serait devenu obsol&#232;te ou ringard ; dessiner, &#233;crire (et m&#234;me penser tout seul) sans recourir &#224; une IA ou une autre devenu has been, un truc de boomers largu&#233;s qui s'&#233;vertuent encore &#224; tout faire (et penser ?) &#171; &#224; la main &#187;, quand tout ce qui importe est devenu &#171; num&#233;rique &#187;, virtualis&#233;, limit&#233; &#224; un &#233;cran o&#249; l'on peut, par exemple, faire la guerre pour de faux durant des heures depuis sa chambre avant de sortir s'oxyg&#233;ner&#8230; avec en main un couteau (non virtuel celui-l&#224;) et s'en servir au moindre regard suppos&#233; de travers&#8230; ou m&#234;me pas, un rien suffit. Geste gratuit alors, ni r&#233;fl&#233;chi ni calcul&#233; dans ses implications, juste sur l'impulsion folle du moment ou pour le fun, en oubliant la bifurcation radicale, sans rewind ni reset comme &#224; l'&#233;cran.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce monde-l&#224;, la lecture a-t-elle encore un pouvoir r&#233;el, comme de (re)civiliser ou d&#233;sensauvager le monde, le rendre meilleur ou tout au moins, plus supportable pour un temps, g&#233;n&#233;rer une bulle de silence consenti et d'inspiration hors du temps ? A Nouvelle Donne, on y croit, &#224; ce pouvoir des mots. Et les nouvelles, celles que nous publions et les autres, sont un bon moyen de s'&#233;vader &#224; doses mesur&#233;es, &#224; son rythme, selon ses envies et ses choix du moment. Exemple de conseil de (re)lecture pour l'&#233;t&#233; : vous trouverez la chronique par Dominique Perrut du recueil des &lt;i&gt;Meilleures nouvelles de Colette&lt;/i&gt;, nouvel opus dans la collection &lt;i&gt;Les meilleures nouvelles&lt;/i&gt; des Editions Rue Saint Ambroise, un d&#233;licieux plongeon dans le si&#232;cle pass&#233;, une s&#233;lection soigneusement &#233;labor&#233;e par Julie Wolkenstein. Pour les in&#233;dits, on vous conseille les derniers textes que nous avons s&#233;lectionn&#233;s pour vous : Navy Seals, de Bernard Barbarroux (le retour du guerrier, tel un nouvel Ulysse), et &lt;i&gt;Le monast&#232;re des mots perdus&lt;/i&gt;, de Laurent Giraud, &#233;trange et po&#233;tique m&#233;taphore du pouvoir de l'apprentissage du langage et des mots sur la connaissance du monde et de ses beaut&#233;s. La boucle est ainsi boucl&#233;e, quand on vous disait plus haut que les mots, et la lecture, peuvent encore r&#233;enchanter le monde&#8230; CQFD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bel &#233;t&#233; &#224; tous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chercheurs d'or</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/nos-anciens-editos/article/chercheurs-d-or</link>
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		<dc:date>2024-08-30T19:46:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>H&#233;l&#232;ne Calvez, Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Cet &#233;t&#233;, un &#233;v&#233;nement plan&#233;taire en deux &#233;pisodes a arrach&#233; nombre d'entre nous &#224; leurs ch&#232;res pages (voire &#224; leurs claviers, pour les plus mordus) pour suivre les Lebrun, Marchand, Beaugrand et autres &#171; chercheurs d'or &#187;, dont certains l'ont trouv&#233;. Malgr&#233; tout, durant un s&#233;jour d'&#233;t&#233; provincial, nous avons aussi eu la chance d'&#234;tre invit&#233;s &#224; la r&#233;union d'un club litt&#233;raire sans pr&#233;tention, tr&#232;s sympathique, de vrais passionn&#233;s, sans enjeu ni professionnel du livre pour vanter telle ou telle sortie litt&#233;raire. Nous (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/nos-anciens-editos/" rel="directory"&gt;Nos anciens &#233;ditos&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet &#233;t&#233;, un &#233;v&#233;nement plan&#233;taire en deux &#233;pisodes a arrach&#233; nombre d'entre nous &#224; leurs ch&#232;res pages (voire &#224; leurs claviers, pour les plus mordus) pour suivre les Lebrun, Marchand, Beaugrand et autres &#171; chercheurs d'or &#187;, dont certains l'ont trouv&#233;. Malgr&#233; tout, durant un s&#233;jour d'&#233;t&#233; provincial, nous avons aussi eu la chance d'&#234;tre invit&#233;s &#224; la r&#233;union d'un club litt&#233;raire sans pr&#233;tention, tr&#232;s sympathique, de vrais passionn&#233;s, sans enjeu ni professionnel du livre pour vanter telle ou telle sortie litt&#233;raire. Nous y avons fait conna&#238;tre notre genre pr&#233;f&#233;r&#233; en &#233;voquant un recueil, belle d&#233;couverte de cet &#233;t&#233; via la m&#233;diath&#232;que locale, &#171; Le mur de m&#233;moire &#187; d'Anthony Doerr, certes un peu ancien (2013 pour la traduction fran&#231;aise) mais d'une qualit&#233; litt&#233;raire au-del&#224; du commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, c'est la rentr&#233;e, comme toujours. Rentr&#233;e des classes, des politiques, et bien d'autres, dont celle de Nouvelle Donne, qui vous propose &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/la-falaise' class='spip_in'&gt;&#8220;La falaise&#8221;, de Lola Vendri&#232;s&lt;/a&gt;. La grande po&#233;sie de ce texte, sa singularit&#233; et son &#233;tranget&#233; lui avaient valu un vrai coup de c&#339;ur de la part de notre directrice de r&#233;daction, Corine Sylvia Congiu, membre de notre comit&#233; de lecture et illustratrice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le monde, le vrai, celui qui imite l'Art </title>
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		<dc:date>2023-06-29T20:30:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le monde, le vrai, celui qui imite l'Art (ou est-ce l'inverse ?), ne cesse de nous surprendre par ses retournements, ses digressions et, parfois, ses innovations. Le tombeau maritime des migrants en qu&#234;te de refuge y rejoint celui d'explorateurs des grands fonds en qu&#234;te d'absolu, un conflit presque &#224; nos portes confine &#224; l'absurde par ses p&#233;rip&#233;ties et ses coups bas fratricides (certes il l'a toujours &#233;t&#233;, fratricide) ; de m&#234;me, bien plus pr&#232;s, les rues de Marseille r&#233;sonnent d'incessantes rafales (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/nos-anciens-editos/" rel="directory"&gt;Nos anciens &#233;ditos&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le monde, le vrai, celui qui imite l'Art (ou est-ce l'inverse ?), ne cesse de nous surprendre par ses retournements, ses digressions et, parfois, ses innovations. Le tombeau maritime des migrants en qu&#234;te de refuge y rejoint celui d'explorateurs des grands fonds en qu&#234;te d'absolu, un conflit presque &#224; nos portes confine &#224; l'absurde par ses p&#233;rip&#233;ties et ses coups bas fratricides (certes il l'a toujours &#233;t&#233;, fratricide) ; de m&#234;me, bien plus pr&#232;s, les rues de Marseille r&#233;sonnent d'incessantes rafales nocturnes, ou m&#234;me pas&#8230; Quant &#224; nous, lecteurs, auteurs ou sympathisants des deux, de l'autre c&#244;t&#233; du miroir d'un monde r&#233;el qui bruisse et s'affole, voil&#224; qu'un bidule se d&#233;finissant Intelligent tout autant qu'Artificiel (ce qui nous fait une belle jambe&#8230;) pr&#233;tend produire du contenu et &#8211; trahison ! &#8211; cr&#233;er &#224; notre place, voire &#224; notre insu. Et faire bien mieux que nous par son omniscience du monde, tel un hyper Wikip&#233;dia lib&#233;r&#233; de ses cha&#238;nes, nous imposant ses propres r&#233;flexions et &#171; cr&#233;ations &#187; plut&#244;t que de se borner &#224; rester &#224; sa place et nous informer sur demande. ChatGPT est son nom, et ce qu'il promet nous laisse au bas mot perplexes, au pire, &#233;pouvant&#233;s par le monde de demain (voire demain matin ?) que cela annonce. Car vont souffrir et peut-&#234;tre bient&#244;t dispara&#238;tre les traducteurs, qui sait, et bien d'autres avec eux, professeurs, r&#233;dacteurs &#8211; auteurs ? &#8211;, dont les comp&#233;tences se voient d&#233;j&#224; rabaiss&#233;es, rejet&#233;es ou ni&#233;es au profit de machines invisibles pondant et produisant plus vite et plus fort, sans fatigue ni sueur, et &#8211; r&#232;gle incontournable entre toutes &#8211; pour moins cher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; cela, Nouvelle Donne vous proposera encore et toujours des fictions garanties 100% humaines et s&#233;lectionn&#233;es par nos soins, 100% humains eux aussi (&#224; noter qu'un concours de nouvelles a test&#233; r&#233;cemment l'autre formule, &#224; titre exp&#233;rimental, g&#233;n&#233;rant force d&#233;bats). Cet &#233;t&#233;, &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/deux-femmes-a-la-fenetre' class='spip_in'&gt;&#171; Deux femmes &#224; la fen&#234;tre &#187;, de Marie Pontacq&lt;/a&gt;, nous offre dans une langue magnifique un retour dramatique vers le pass&#233; et deux h&#233;ro&#239;nes n&#233;glig&#233;es, oubli&#233;es par l'Histoire. Il sera suivi en ao&#251;t de &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/un-si-lointain-passe-de-thierry-schwab' class='spip_in'&gt;&#171; Se la couler douce &#224; Miami &#187;, de Philippe Roux&lt;/a&gt;, dont le titre annonce &#224; lui seul une ambiance et un univers bien diff&#233;rents, plus proches du n&#244;tre, mais avec &#224; nouveau des couleurs assez &#171; exotiques &#187;, disons transatlantiques. Sans oublier la chronique du recueil &#171; Un si lointain pass&#233; &#187;, de Thierry Schwab, intrigant tant par sa forme complexe imbriqu&#233;e en &#171; poup&#233;es russes &#187; que par son contenu. Par ailleurs, comme tout en ce monde, Nouvelle Donne &#233;volue aussi, &#224; sa fa&#231;on ; des membres nous disent au revoir sans l'avoir voulu ainsi, quand d'autres ont rejoint nos rangs et y font leurs premi&#232;res armes afin de perp&#233;tuer le mouvement et de porter une litt&#233;rature toujours guid&#233;e par l'&#233;motion et le talent, sans machines au pouvoir. Chacun &#224; sa place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des deux h&#233;misph&#232;res, de Fran&#231;oise Cohen &#8211; L'Harmattan, </title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/des-deux-hemispheres-de-francoise-cohen-l-harmattan</link>
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		<dc:date>2023-06-02T10:31:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Baignant dans le domaine litt&#233;raire depuis ses &#233;tudes de lettres puis un parcours dans l'&#233;dition et la traduction, Fran&#231;oise Cohen publie son troisi&#232;me recueil de nouvelles : dix textes traitant dans des tons tr&#232;s diff&#233;rents, mais toujours sur le ton de la confidence, de sujets qui parleront &#224; tous par leur universalit&#233;, mettant souvent en avant la solitude dans le monde contemporain. Un fil conducteur que l'on devine personnel y met souvent en sc&#232;ne l'Am&#233;rique du Sud et la langue espagnole (celle de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1343.png?1685475997' width='94' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Baignant dans le domaine litt&#233;raire depuis ses &#233;tudes de lettres puis un parcours dans l'&#233;dition et la traduction, Fran&#231;oise Cohen publie son troisi&#232;me recueil de nouvelles : dix textes traitant dans des tons tr&#232;s diff&#233;rents, mais toujours sur le ton de la confidence, de sujets qui parleront &#224; tous par leur universalit&#233;, mettant souvent en avant la solitude dans le monde contemporain. Un fil conducteur que l'on devine personnel y met souvent en sc&#232;ne l'Am&#233;rique du Sud et la langue espagnole (celle de son activit&#233; de traductrice), comme dans le sensible &#171; Square de l'Oiseau-Lunaire &#187; &#224; deux voix, rapprochant par petites touches deux solitudes, dont celle d'un c&#233;libataire r&#233;sign&#233; mais non endurci cherchant une amie (et plus si affinit&#233;s, mais cela restera suspendu). Plus encore que l'exotisme mis en exergue par un titre explicite, l'&#233;motion est souvent au rendez-vous, comme avec le tr&#232;s touchant &#171; Rayon violet &#187;, o&#249; la narratrice visite &#224; l'EHPAD une vieille tante aux souvenirs intermittents d'une m&#233;moire d&#233;faillante, laiss&#233;e seule, presque abandonn&#233;e par de trop rares visites apr&#232;s une vie bien remplie. Tout un chacun se retrouvera dans cette sc&#232;ne que l'on a tous connue sous une forme ou une autre, celle d'une certaine passation de suite toujours frustrante et incompl&#232;te (voire rompue net par la mort des anciens) entre les g&#233;n&#233;rations. &#171; Peau neuve &#187; adopte aussi le principe du duo de voix qu'affectionne l'autrice, entre un jeune homme grand br&#251;l&#233; et une femme m&#233;decin apte &#224; le sauver, chacun d'eux ayant ses espoirs mais aussi ses propres soucis, &#224; nouveau mais sur un ton tr&#232;s diff&#233;rent celui de la filiation (difficile cette fois). De m&#234;me avec &#171; Bella et moi &#187;, m&#234;me si la filiation repose ici sur la co&#239;ncidence d'une ressemblance fortuite entre la narratrice et une simple photo ancienne, ouvrant &#224; d'&#233;tranges hypoth&#232;ses d'ordre g&#233;n&#233;tique et de g&#233;mellit&#233; dont on vous laissera d&#233;couvrir la teneur. Un peu &#224; part par son humour d&#233;cal&#233; et un pas discret dans l'imaginaire, &#171; Au pays de Casiment &#187; joue sans cesse sur les mots et brode tout un univers sur une formule souvent entendue, d&#233;clinaison amusante sur les approximations du langage influant et modifiant jusqu'&#224; l'absurde la r&#233;alit&#233;, devenus dans ce monde imagin&#233; une sorte de rituel, &#171; presque &#187; un mode de vie &#233;rig&#233; sur un principe d'incertitude g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s &#171; Un mercredi &#224; Buenos Aires &#187;, r&#233;cit r&#233;aliste et haletant d'un cambriolage proche du thriller, le recueil se conclut sur un &#171; O Silent Wood &#187; &#224; nouveau &#224; deux voix, dont l'une &#233;pistolaire, &#233;trange d&#233;couverte associ&#233;e &#224; un objet ancien porteur d'un secret sur ses origines, sur fond de march&#233; des antiquit&#233;s mais aussi, comme dans &#171; Bella et moi &#187;, d'une rencontre par-del&#224; le temps entre deux femmes, par cet objet interpos&#233;. Une belle image s'appuyant, comme souvent dans ce recueil, sur diverses formes d'art (pictural ici, avec Dante Gabriel Rossetti et sa muse mais aussi, dans d'autres textes, litt&#233;raire et musical).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses r&#233;cits brefs, sans fracas ni effets de manche ni chutes spectaculaires, Fran&#231;oise Cohen a le don de nous immerger en douceur dans des situations presque banales (ou parfois plus dramatiques mais rarement violentes) de la vie quotidienne et de nous faire partager l'&#233;motion de personnages confront&#233;s &#224; leurs doutes ou &#224; leur solitude, et au besoin de racines et de filiation. L'exotisme sud-am&#233;ricain baigne une partie de ces textes tel un fil rouge, laissant entrevoir tout l'amour de l'autrice pour ce continent, en particulier l'Argentine, o&#249; elle a v&#233;cu et qu'elle nous fait visiter en nous tenant par la main dans &#171; Corazon ceniciente &#187;, &#171; D&#233;ambulations parall&#232;les &#187; ou dans les ultimes bribes de souvenirs d'une tante Reine en fin de vie, dans &#171; Rayon Violet &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Statut de la nouvelle (Partie #3)</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/statut-de-la-nouvelle-partie-3</link>
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		<dc:date>2022-07-31T15:12:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



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&lt;p&gt;L&#233;o Lamarche &lt;br class='autobr' /&gt;
Je crains fort de d&#233;cevoir certains, car &#224; la question &#034;Pourquoi &#233;crire des nouvelles ?&#034;, je r&#233;ponds tout bonnement que je n'en sais rien. C'&#233;tait il y a longtemps d&#233;j&#224;, j'ai &#233;t&#233; happ&#233;e par le d&#233;mon du noir et j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire... la question de la forme ne s'est m&#234;me pas pos&#233;e, c'est venu naturellement. Une tranche de vie sans vrai pass&#233; et sans futur &#233;vident, une histoire qui tienne en haleine, en quelques milliers de signes seulement, une &#233;conomie de moyens pour sugg&#233;rer le maximum en peu de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;L&#233;o Lamarche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crains fort de d&#233;cevoir certains, car &#224; la question &#034;Pourquoi &#233;crire des nouvelles ?&#034;, je r&#233;ponds tout bonnement que je n'en sais rien. C'&#233;tait il y a longtemps d&#233;j&#224;, j'ai &#233;t&#233; happ&#233;e par le d&#233;mon du noir et j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire... la question de la forme ne s'est m&#234;me pas pos&#233;e, c'est venu naturellement. Une tranche de vie sans vrai pass&#233; et sans futur &#233;vident, une histoire qui tienne en haleine, en quelques milliers de signes seulement, une &#233;conomie de moyens pour sugg&#233;rer le maximum en peu de mots... Une &#233;vidence, la nouvelle. Pour moi, en tout cas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre ai-je le &#034;souffle court&#034; ? Je lis pourtant beaucoup de romans, pour des raisons professionnelles mais, la plupart du temps, les longs sc&#233;narii filandreux m'ennuient. J'ai soif de conna&#238;tre le d&#233;nouement. Car c'est l&#224; que j'attends l'auteur. &#192; lui, &#224; elle de m'&#233;tonner, au sens premier du terme, qui d&#233;signait par le pass&#233; les gens frapp&#233;s par la foudre. Par contre, pour les nouvelles, je sais d&#232;s le d&#233;but que la fin est proche, alors je prends le temps de savourer chaque mot, de me laisser bercer par le style, d'attendre l'&#233;tincelle. Pour sch&#233;matiser, le roman, je le d&#233;vore, la nouvelle, je la d&#233;guste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme j'aime les histoires qui vont droit au but, j'aime ce genre exigeant qui bannit les digressions importunes, qui &#233;voque avec une &#233;conomie de moyens tout un monde en quelques lignes. C'est &#231;a, la nouvelle, et plus encore, le lecteur n'a pas le temps de se laisser aller aux pens&#233;es parasites, emport&#233; par le rythme vers une chute irr&#233;m&#233;diable. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est peut-&#234;tre aussi cette id&#233;e de chute qui m'a attir&#233;e vers la nouvelle - bien noire. Cette id&#233;e de &#034;fatum&#034;, fatalit&#233; tragique qui s'abat t&#244;t ou tard sur chacun d'entre nous. La vie est une nouvelle, pas un roman, elle est si br&#232;ve... tout passe trop vite. En 20 000 ou m&#234;me 30 000 signes, notre sort est r&#233;gl&#233;. Il suffit de choisir, pour le d&#233;crire, le moment o&#249; tout va basculer, l'instant o&#249; le marionnettiste revient de sa pause, reprend le contr&#244;le, agite les fils et fait danser ses pantins de bois et de chiffons. Le rideau se l&#232;ve. La nouvelle commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Thomas Friedland&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle Donne est avant tout pour moi une mani&#232;re de conserver un lien avec la litt&#233;rature, et l'art en g&#233;n&#233;ral. Ayant opt&#233; pour des &#233;tudes d'ing&#233;nieur, qui font peu de cas de ce genre de mati&#232;res, j'ai d&#251; trouver un point d'accroche ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, &#231;a aurait pu concerner autre chose que la nouvelle. J'&#233;cris des po&#232;mes depuis quelques ann&#233;es, mais hormis leur bri&#232;vet&#233;, ils n'ont pas beaucoup de points communs avec la nouvelle. Je n'en lis d'ailleurs que rarement (outre celles de ND &#233;videmment), m&#234;me si quelques-unes ont retenu mon attention (&#224; commencer par celles de Sade... &#224; condition d'aimer le genre). Comme beaucoup je pense, je lis plus de romans qu'autre chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; l'&#233;criture, il va sans dire qu'il est plus &#034;rapide&#034; d'&#233;crire une nouvelle qu'un roman. C'est un genre efficace pour v&#233;hiculer un univers, avec un c&#244;t&#233; lapidaire qu'on retrouve peu ailleurs. C'est b&#234;te &#224; dire, mais le temps (ou en tout cas le mien en ce moment) est une contrainte avec laquelle il faut composer, et la nouvelle (tant pour la lecture que l'&#233;criture d'ailleurs) offre une solution bienvenue. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Dominique Perrut&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi &#233;crire des nouvelles ? &#187; Difficile de r&#233;agir &#224; votre question sans &#233;voquer mon parcours. J'ai en effet d'abord opt&#233; pour d'autres formes d'&#233;criture, le journal personnel, puis le roman, avant d'en venir aux textes brefs. En un mot, les nouvelles ont marqu&#233; pour moi une &#233;tape, correspondant au d&#233;sir imp&#233;rieux de sortir de l'enfermement, du &#171; tunnel du roman &#187;. Mais elles ont r&#233;pondu aussi &#224; une envie de r&#233;agir sans d&#233;lai &#224; des &#233;v&#233;nements quotidiens. Cela soul&#232;ve aussi la question de la nouvelle comme modalit&#233; particuli&#232;re d'&#233;criture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques mots, donc, sur les &#233;tapes qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; les nouvelles. D'abord le journal personnel. Celui-ci a d&#233;but&#233; un soir pr&#233;cis, bien apr&#232;s mon adolescence. Dans une chambre sous les toits, devant la fen&#234;tre, face &#224; la nuit, dans un moment de grande pr&#233;carit&#233;, un p&#233;nible constat s'est impos&#233;, celui de mon incapacit&#233; &#224; mener au jour le jour une entreprise d'&#233;criture. Tu veux &#234;tre &#233;crivain, et tu n'&#233;cris pas ! Combien de temps vas-tu te leurrer ? Cette auto-accusation sarcastique me cinglait. C'est l&#224;-dessus qu'a d&#233;marr&#233; le journal, chaotique et cahoteux. Quelques ann&#233;es apr&#232;s, j'ai voulu rassembler des &#233;l&#233;ments du journal pour en faire des morceaux d'autobiographie. Tr&#232;s vite, ce faisant, j'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; de la fiction pour sortir des limites, pour ne pas dire des impasses de l'autobiographie. Deux romans, proches dans leur forme au journal qui leur avait donn&#233; naissance, sont n&#233;s de cette phase. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, l'entreprise du roman-tunnel m'a absorb&#233; pendant de longues ann&#233;es, d'abord avec &lt;i&gt;Patria o Muerte&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Publi&#233; aux &#233;ditions Deno&#235;l, en 2010.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puis avec une autre narration, portant sur un conflit familial surgissant dans le contexte des tensions de 1968. Ces deux romans ont exig&#233; un gros travail d'acc&#232;s aux archives, de documentation et bien s&#251;r d'&#233;laboration, pas moins de huit ann&#233;es pour le premier. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc pour sortir de la tour d'ivoire, o&#249; le roman m'avait assign&#233; &#224; r&#233;sidence, que j'ai d&#233;cid&#233;, en 2017, de m'engager dans la voie de l'&#233;crit bref. Assez vite, la dynamique propre de ce processus a ouvert tout un &#233;ventail de possibilit&#233;s, presque insoup&#231;onn&#233;es de moi jusqu'alors. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, des sc&#232;nes de la vie sociale (un piratage informatique, les d&#233;rives sexuelles d'une jeune femme), en sont venues &#224; c&#244;toyer des &#171; instantan&#233;s &#187;, l'&#233;cho d'une discussion capt&#233;e dans la rue, une rencontre avec un SDF&#8230; Une formule frapp&#233;e entendue sur les ondes, parfois sid&#233;rante, a pu d&#233;clencher de petites notations sur &#034;les maladies de la pens&#233;e&#034;. Des chroniques sur des livres qui m'ont marqu&#233;, ou sur un th&#232;me tel que le deuil, ont aussi fait leur apparition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir mon site Web :' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De temps &#224; autre j'ai aussi &#233;t&#233; saisi par un mouvement d'humeur me conduisant &#224; publier un petit billet, pour r&#233;agir aux derni&#232;res statistiques de la Covid, &#224; la r&#233;action boutiqui&#232;re d'un syndicat patronal, ou encore au propos ambigu d'un ministre &#224; propos de l'inceste. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me tr&#232;s travaill&#233;, le texte court est en g&#233;n&#233;ral &#233;labor&#233; dans un temps limit&#233;, et r&#233;agit souvent &#224; une situation v&#233;cue, imm&#233;diate. On peut en faire lire une premi&#232;re mouture &#224; des complices, et sa communication, m&#234;me &#224; toute petite &#233;chelle, sur les r&#233;seaux sociaux, par exemple, permet des retours rapides. &#192; l'oppos&#233; du roman qui, &#224; beaucoup d'&#233;gards, isole l'auteur, l'&#233;crit court devient un vecteur de mise en relation, de socialisation. En un mot, il s'agit d'une &#233;criture plus l&#233;g&#232;re, et plus ouverte sur des &#233;changes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, ce type d'&#233;crit, aussi bref soit-il, m&#234;me une demi-page, m&#234;me un seul paragraphe, pose &lt;i&gt;toujours&lt;/i&gt; un d&#233;fi stimulant : il exige &lt;i&gt;un choix de narration&lt;/i&gt;. Quelle mise en sc&#232;ne vais-je adopter ? Quelle voix choisir entre le &#171; je &#187;, le &#171; tu &#187;, ou encore le &#171; il &#187; ? Quelle attaque privil&#233;gier ? Faut-il opter pour un r&#233;cit lin&#233;aire, chronologique, ou bien pour une mise en sc&#232;ne d&#233;marrant par un flash-back ? Ou encore deux r&#233;cits port&#233;s par deux voix entrecrois&#233;es ? Cela devient vite plaisant, ludique (un mot inimaginable pour moi auparavant) car les enjeux cessent d'&#234;tre d&#233;cisifs, dramatiques. C'est un exercice d'essai-erreur, on gomme, on change de point de vue&#8230; Je n'y ressens pas, &#224; la seconde, en envisageant une modification dans la conduite de la narration (opter pour un changement du &#171; je &#187; en &#171; tu &#187;, par exemple), cette chape de plomb qui tombe sur mes &#233;paules, &#224; chaque remise en cause &#224; l'int&#233;rieur d'un roman, dans l'anticipation du suppl&#233;ment de besogne &#224; fournir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tenant compte du contexte &#233;ditorial, qui me para&#238;t calamiteux pour un &#233;crivain non install&#233;, je m'oriente d&#233;sormais, dans le prolongement des textes courts, vers une voie moyenne : celle des romans courts, ou des longues nouvelles. Il s'agit-l&#224; de garder la posture trouv&#233;e dans la pratique des &#233;crits brefs, pour la transposer &#224; des textes un peu plus longs. On reste l&#224; dans des temporalit&#233;s d'&#233;laboration qui sont, sinon les m&#234;mes, du moins pas trop diff&#233;rentes de celles des nouvelles : le travail s'y compte en mois et non plus en ann&#233;es !&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce sens, j'ai termin&#233; r&#233;cemment un petit roman d'une grosse centaine de pages. Celui-ci porte sur quelques ennuis urologiques bien connus des hommes m&#251;rs, qui ont entra&#238;n&#233; une courte hospitalisation, apr&#232;s quelques passages aux urgences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; La Conspiration contre la prostate &#187;, roman, 130 pages, 2021.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est maintenant envoy&#233; &#224; quelques &#233;diteurs. La d&#233;marche est faite sans trop d'illusions, au vu de la conjoncture. Mais, en tout cas, ce texte, &#233;crit en quelques mois, s'inscrit dans une veine diff&#233;rente, assez gaie et d&#233;tendue.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres pistes, encore, se font jour, comme celle de &lt;i&gt;recueils de nouvelles&lt;/i&gt;, pouvant conduire &#224; des innovations. Je pense surtout &#224; des jeux de mise en &#233;cho entre les nouvelles, dans un tel recueil, ou &#233;galement &#224; l'&#233;laboration d'un genre interm&#233;diaire entre la nouvelle et le roman, o&#249; des nouvelles seraient reli&#233;es entre elles, comme dans les &#171; &lt;i&gt;romans-nouvelles&lt;/i&gt; &#187; de R&#233;tif de la Bretonne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='R&#233;tif de la Bretonne, &#171; Les nuits de Paris &#187;, Gallimard, Folio (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de Sherwood Anderson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='Sherwood Anderson, &#171; Winesburg, Ohio &#187;, Oford University Press, World's (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On y retrouve, dans un m&#234;me contexte, une m&#234;me atmosph&#232;re, certains personnages, d'une histoire &#224; l'autre, au gr&#233; d'une intrigue, pouvant rester assez l&#226;che. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon incursion dans les &#233;crits courts voulait aussi rompre avec un trait caract&#233;ristique de la n&#233;vrose occidentale, l'obsession de la grande &#339;uvre, id&#233;e mortif&#232;re s'il en est. Ceci a enclench&#233; un processus porteur d'interactions sociales et d'&#233;largissement &#224; toute une palette de nouveaux registres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Reste pour finir, la question toute personnelle, des raisons intimes de ces &#233;crits courts. L'une d'elles est sans doute pour moi la qu&#234;te d'une r&#233;ponse aux agressions de la vie de tous les jours, face auxquelles la r&#233;partie orale est pour moi souvent malais&#233;e. Il peut s'agir d'un mot blessant, d'une sc&#232;ne capt&#233;e au vol&#8230; Face aux situations qui peuvent me laisser sans voix, l'&#233;crit court est un moyen de r&#233;agir. &#171; L'&#233;criture est une revanche sur la parole &#187;, disait l'&#233;crivain-baroudeur anglais Robin Cook. Oui, revanche, sans doute, sur une parole &#233;trangl&#233;e, confisqu&#233;e, quelque part, loin dans mon histoire&#8230; mais ces raisons complexes, je ne vais pas les confier ici, ni les d&#233;m&#234;ler&#8230; peut-&#234;tre feront-elles&#8230; un jour ou l'autre, la mati&#232;re d'une nouvelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Sophie Germain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en suis-je venue &#224; &#233;crire des nouvelles ? &#192; en lire ? Tout d'abord, comment en suis-je venue &#224; &#233;crire et &#224; lire ? C'est peut-&#234;tre par l&#224; qu'il faut commencer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour inventer. Pour cr&#233;er des atmosph&#232;res. Enfant plut&#244;t calme et solitaire, la simple vue d'un coupe-papier en forme de sabre miniature au manche incrust&#233; de pierreries m'emportait vers des contr&#233;es lointaines faites de dunes et de tissus soyeux. Quand on me demandait ce que je pouvais bien faire, l&#224;, blottie dans le creux d'un fauteuil, &#224; regarder vaguement devant moi, la l&#233;gende familiale dit que je r&#233;pondais : &#171; Je songe &#187; et cela avant m&#234;me de savoir tracer des lettres sur une feuille.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un songe &#224; l'autre, en grandissant, j'ai voulu les &#233;crire. &#192; l'usage de mes camarades de classe. Des histoires de jeunes filles rebelles &#224; l'autorit&#233;, fuyant les bals et les promesses de mariage, d&#233;guis&#233;es en hommes, tenant t&#234;te &#224; toute forme d'oppression avec insolence et courage. Des romans, donc. Et j'en ai lu. Beaucoup. Plaqu&#233;e contre le mur de ma chambre, estomaqu&#233;e par Balzac, Choderlos de Laclos, Dumas, Scarron, Flaubert, Dosto&#239;evski, Fitzgerald... Mais aussi, et je le revendique bien fort, par la saga Ang&#233;lique, Les gens de Mogador et autres oiseaux qui se cachent pour mourir. Et m&#234;me par plusieurs exemplaires de la collection Harlequin sauv&#233;s du pilon au rayon librairie du Monoprix dont je tenais la caisse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, l'imagination rocambolesque m'a d&#233;sert&#233;e. Plus de parcours initiatique, plus d'intrigues, plus de rebondissements. Je me suis mise alors &#224; &#233;crire &#171; court &#187;. &#192; &#233;crire, tout court. Des br&#232;ves. Des instants. Des mots qui sonnent entre eux. De la sensation. Qu'est-ce que c'est ? Aucune id&#233;e. Ni journal, ni po&#232;mes, ni r&#233;cits. Des bouts. Des morceaux. Des messages. Tout sauf des explications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, tentant de faire croire &#224; mon entourage que je poursuivais des &#233;tudes de Lettres, je d&#233;couvre Borges. Le livre de sable. &#192; la m&#234;me &#233;poque, je tombe amoureuse. J'exp&#233;rimente. &#201;crire pour s&#233;duire et, si possible, toujours sans s'expliquer. Le format court, nouvelle ou novella, appara&#238;t id&#233;al. Plus besoin de s'emberlificoter avec la coh&#233;rence des dates ou des &#233;v&#233;nements dans une histoire romanesque, bienvenue &#224; l'ellipse et &#224; la libert&#233; d'interpr&#233;tation du destinataire. Il ou elle pourra toujours croire que c'est &#224; lui ou &#224; elle que je m'adresse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, en dehors de quelques p&#233;pites &#8211; Quim Monz&#243;, Lovecraft &#8211; j'en lis assez peu et je reste une lectrice de romans tout en ayant abandonn&#233; l'id&#233;e d'en &#233;crire un.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je dois donner des raisons, il faut les chercher dans le manque d'indulgence. Le format de la nouvelle est si court qu'il ne souffre ni paille ni poutre susceptible d'en d&#233;figurer le style, le rythme, l'efficacit&#233; et, finalement, peu d'auteurs ont trouv&#233; gr&#226;ce &#224; mes yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dit ainsi, il pourrait appara&#238;tre pr&#233;tentieux d'en &#233;crire moi-m&#234;me. La r&#233;alit&#233; est pourtant d&#233;nu&#233;e d'ambition. Le choix d'&#233;crire des nouvelles est probablement un leurre. &#201;crire court, pr&#233;f&#233;rer l'implicite, comme pour masquer mon incapacit&#233; &#224; retrouver l'imagination f&#233;conde de mon enfance et de mon adolescence.&lt;br class='autobr' /&gt;
On m'a dit un jour &#224; propos de quelques-uns de mes textes &#171; On dirait que tu t'excuses d'&#234;tre l&#224;, que tu as peur de nous ennuyer. &#187; et c'est assez juste. Je n'ai pas la pr&#233;tention d'avoir des choses essentielles &#224; dire ni suffisamment de confiance en moi pour penser que je vais pouvoir divertir ou int&#233;resser sur plusieurs centaines de pages. Alors je joue ma carte encore une fois : la sensation, le myst&#232;re, et j'&#233;cris court pour que l'on s'interroge longtemps sur ce qui n'a pas &#233;t&#233; dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Anne-Elisabeth Desicy Friedland&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tenu mon journal avec assiduit&#233; &#224; partir de mes douze ans et gribouill&#233; quelques po&#232;mes avant de me lancer directement dans la r&#233;daction d'une fiction longue, &#224; savoir un roman termin&#233; &#224; l'&#226;ge de vingt ans et un autre &#233;crit dans la foul&#233;e. A l'&#233;poque, ne pas r&#233;ussir &#224; les publier m'avait beaucoup d&#233;&#231;ue. Avec le recul, je comprends que les &#233;diteurs contact&#233;s m'aient conseill&#233; de retravailler les textes &#8211; c'est ce que j'aurais fait moi aussi !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne suis venue &#224; l'&#233;criture de nouvelles qu'apr&#232;s celle de plusieurs autres d&#233;buts de romans ambitieux, &#224; une p&#233;riode o&#249; ma vie (tr&#232;s) active me laissait peu de temps pour le face &#224; face avec la feuille blanche. J'y ai d&#233;couvert un int&#233;r&#234;t majeur : obtenir la satisfaction de terminer un texte en quelques jours ou quelques semaines au lieu d'une ou plusieurs ann&#233;es ! Autre int&#233;r&#234;t : attaquer la fiction directement au c&#339;ur de l'action, pendant un moment bref et intense qui peut laisser &#233;bloui. En r&#233;sum&#233;, mon ressenti est le suivant : l'&#233;criture ou la lecture d'une nouvelle procurent de la jouissance, alors que celles d'un roman apportent du bonheur (du moins on l'esp&#232;re). &lt;br class='autobr' /&gt;
Si j'aime &#233;crire des nouvelles, je pr&#233;f&#232;re lire des romans, comme apparemment la majorit&#233; des Fran&#231;ais (pour le malheur de nos &#233;diteurs de nouvelles). J'imagine que cela a &#224; voir avec notre rapport au plaisir : lire une nouvelle, c'est plonger bri&#232;vement dans un nouveau monde &#224; chaque fois ; c'est exaltant mais fatigant ! Dans le cas du roman, l'investissement dans l'imaginaire de l'auteur est plus &#171; rentable &#187; et moins frustrant quand la fin arrive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce contradictoire de travailler pour Nouvelle Donne dans ces conditions ? Je ne pense pas, car il y a quelque chose de particuli&#232;rement excitant &#224; lire les nouvelles re&#231;ues et s&#233;lectionn&#233;es par le comit&#233; de lecture : d&#233;couvrir des auteurs peu ou pas du tout connus, avec une diversit&#233; et une richesse d'univers formidables. C'est &#224; chaque fois le plaisir d'une exp&#233;dition de chasse au tr&#233;sor !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Brigitte Niquet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233;e dans la nouvelle un peu par hasard et, m'y trouvant bien, j'y suis rest&#233;e. Ayant &#233;t&#233; rapidement &#034;happ&#233;e&#034; par Nouvelle Donne, j'y ai consacr&#233; tout le temps libre dont je disposais &#224; cette &#233;poque, c'est-&#224;-dire pas grand-chose. Le panorama a chang&#233; depuis lors, mais la forme courte continue &#224; avoir mes faveurs. J'aime son cadre bref qui oblige &#224; se concentrer sur l'essentiel et je fais mien le credo de M&#233;rim&#233;e : &#034;Je hais les d&#233;tails inutiles&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que lectrice aussi, j'aime les nouvelles, mais j'en lis tant par obligation (pour le Comit&#233; de lecture ou pour &#233;crire des chroniques) que je n'en lis plus du tout d'autres. C'est pourquoi mes &#034;vraies&#034; lectures sont pour la plupart des romans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Corine Sylvia Congiu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; tr&#232;s tard &#224; lire, car j'occupais tout mon temps &#224; dessiner&#8230; &#171; Mais c'est une maladie ! &#187; disait ma m&#232;re. C'est curieusement une g&#233;niale prof d'Histoire en Seconde, qui nous a forc&#233;s &#224; lire et faire des fiches sur des romans du 19&#176; pour nous familiariser avec ce si&#232;cle au programme : C'est ainsi que j'ai d&#233;couvert Stendhal, Flaubert, Zola, Maupassant, Balzac, Dosto&#239;evski, Gorki, Gogol, Oscar Wilde&#8230; Merci Madame Fogel, merci. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite est venue la Fac d'Arts Plastiques, o&#249; je n'ai lu que des bouquins d'Esth&#233;tique et d'Histoire de l'Art jusqu'&#224; l'agr&#233;gation, avec au passage quelques incontournables des &#233;tudes d'art contemporain, comme (en vrac) Joyce, Faulkner, Andr&#233; Breton, Michaux, Mishima, Duras, Robbe-Grillet&#8230; En gros, je n'ai lu que par devoir scolaire, ce qui n'est pas incompatible avec l'intense plaisir, surtout quand c'est entre un Kant, un Lyotard et un Heidegger.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire avant de lire vraiment, en fait. D'abord des po&#233;sies, vers 16 ans, par pur cri silencieux et secret&#8230; Et des lettres, aussi, chaque fois que la parole montrait son insuffisance, chaque fois qu'un mutisme &#233;motif me laissait insatisfaite dans la communication avec autrui. Lettres d'amour, lettres de protestations ou de col&#232;re&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon premier roman, La libellule, un cri aussi, est n&#233; sur une plage o&#249; je m'ennuyais : Il a commenc&#233; par une nouvelle &#171; La femme arabe &#187;, qui ne s'est jamais arr&#234;t&#233;e, jusqu'&#224; 400 pages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois que je n'ai jamais lu de nouvelles (Maupassant, Gogol peut-&#234;tre ?) avant de lire celles de mon fr&#232;re Christian. A sa mort, j'ai voulu reprendre son flambeau en rejoignant Nouvelle Donne, pour &#234;tre plus pr&#232;s de son ciel. C'est seulement l&#224; que je me suis mise &#224; lire des nouvelles : cela correspondait au moment o&#249; j'ai publi&#233;, 30 ans apr&#232;s l'avoir &#233;crit, &lt;i&gt;La libellule&lt;/i&gt;, apr&#232;s un long chemin de croix parsem&#233; de d&#233;couragements, tellement prise ailleurs, dans l'autre parcours du combattant qu'est la peinture. &lt;i&gt;La libellule&lt;/i&gt; est une suite de nouvelles d'une page &#224; trois pages. J'en avais d'ailleurs pr&#233;lev&#233; une pour un concours sur le cin&#233;ma (Embellie), le seul auquel j'aie particip&#233; dans ma jeunesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle est donc le premier genre qui m'est advenu intuitivement, spontan&#233;ment, et au sein du roman m&#234;me : Une sc&#232;ne, quelques personnages, une ambiance, une chute, une &#171; morale &#187; &#224; cette histoire. Les cinq romans &#233;crits &#224; la suite ont aussi la m&#234;me structure. Mon premier &#233;diteur, Michel Bernard, m'avait dit que j'&#233;crivais comme un peintre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne pense pas qu'on puisse r&#233;pondre &#224; la question Pourquoi on peint, Pourquoi on &#233;crit, sinon par la pure N&#233;cessit&#233; int&#233;rieure, celle-l&#224; m&#234;me que Kandinsky d&#233;veloppe dans ses &#201;crits sur l'Art, ou Rilke, en substance, dans &lt;i&gt;les Lettres &#224; un jeune po&#232;te&lt;/i&gt; : J'&#233;cris, je peins, je compose des chansons, des musiques, des films, comme je crie ou je pleure, ou je rie, ou je chante&#8230; ou bien peut-&#234;tre pour ne pas pleurer, pour ne pas crier, pour ne pas mourir &#224; petit feu. Parce qu'il m'est absolument n&#233;cessaire d'essayer de transformer alchimiquement l'humus en l'or de la cr&#233;ation, le p&#233;rissable en &#233;ternit&#233; : graver dans le marbre, mourir un peu moins, cette vanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai mis en exergue de &lt;i&gt;La libellule&lt;/i&gt;, mon premier roman, la phrase de Roland Barthes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'&#233;criture commence l&#224; o&#249; la parole devient impossible (on peut entendre ce mot : comme on le dit d'un enfant). &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#171; Ecrivains, intellectuels, professeurs &#187;, in Tel Quel, n&#176; 47, automne 71, p. 3.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut aussi le th&#232;me de ma Th&#232;se de Doctorat qui s'est intitul&#233;e &#171; Les lettres &#224; Zozo ou la parole impossible &#187; : Cette phrase de Roland Barthes a &#233;t&#233; pour moi une &#233;piphanie, la prise de conscience que &lt;i&gt;la Parole impossible, impossible comme on le dit d'un enfant&lt;/i&gt;, &#233;tait au principe, &#224; l'or&#233;e, de toutes mes cr&#233;ations diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Nathalie Barri&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi j'&#233;cris des nouvelles ? Parce que j'ai toujours aim&#233; lire des nouvelles, de la fiction plus longue et de la po&#233;sie, et que la forme courte me convient pour &#233;crire. Katherine Mansfield m'a &#233;merveill&#233;e &#224; l'adolescence et je me suis plus tourn&#233;e vers les domaines anglo-saxon et europ&#233;en (Kate Chopin, Mansfield, Roald Dahl&#8230; Lewis Carroll, Selma Lagerl&#246;f, les contes de Grimm, d'Andersen) et d'Europe de l'Est (Kafka, &lt;i&gt;La m&#233;tamorphose, Le traducteur cleptomane&lt;/i&gt; de Kosztolanyi) que vers Maupassant, trop enseign&#233; &#224; l'&#233;cole, en fait je n'ai jamais &#233;t&#233; tr&#232;s branch&#233;e par les grands classiques fran&#231;ais en prose ; en po&#233;sie et en th&#233;&#226;tre, si ! Rimbaud et Rostand en t&#234;te de liste. Mais Barjavel et &lt;i&gt;Le grand Meaulnes&lt;/i&gt; aussi m'ont captiv&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'aime lire des biographies bien &#233;crites, celles de Maurois (&lt;i&gt;Ariel ou la vie de Shelley&lt;/i&gt;, magique !) et de Stefan Zweig (&lt;i&gt;Mary Stuart&lt;/i&gt;), m&#234;l&#233;es &#224; la grande histoire. Plus r&#233;cemment, les m&#233;moires de Patti Smith et de Marianne Faithfull m'ont fait r&#234;ver. La chanson et la musique me nourrissent, j'ai appris &#224; &#233;crire des textes de chanson. La chanson me ram&#232;ne &#224; mon fr&#232;re, &#224; la jeunesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ajoute que j'ai mieux explor&#233;, ou plut&#244;t picor&#233; dans l'&#233;norme domaine anglo-saxon, en passant les concours de l'&#201;ducation Nationale (CAPES et agr&#233;gation d'anglais) : Faulkner (&lt;i&gt;The Sound and the Fury&lt;/i&gt;), Hemingway, Defoe (le g&#233;nial &lt;i&gt;Moll Flanders&lt;/i&gt;), Shakespeare qui m'&#233;merveille, Raymond Carver le roi am&#233;ricain de la nouvelle, Mary Shelley et Frankenstein, Fitzgerald et &lt;i&gt;Gatsby le magnifique&lt;/i&gt;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et par ailleurs, Tchekhov et Ibsen (le th&#233;&#226;tre), Dosto&#239;evski, et Tolsto&#239; pour ses nouvelles et pour &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; (plus que pour &lt;i&gt;Guerre et paix&lt;/i&gt;). Le r&#233;alisme magique hispano-am&#233;ricain m'a aussi fascin&#233;e, avec Vargas Llosa (&lt;i&gt;La tante Julia et le scribouillard&lt;/i&gt;) et Isabel Allende. La libert&#233;, l'&#233;criture qui s'&#233;chappe vers un ailleurs, comme ce que promet Kafka, malgr&#233; l'enfermement qui n'est l&#224; que pour mieux sugg&#233;rer la fuite vers cet ailleurs. La transformation du r&#233;el, voire l'&#233;tranget&#233; inh&#233;rente au r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant, j'ai un peu de mal avec la SF mais sans doute que je n'ai pas lu ce qu'il fallait. J'ai besoin d'y croire, sur un certain plan au moins. Je ne crois pas litt&#233;ralement ce que dit &lt;i&gt;La m&#233;tamorphose&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ou Le proc&#232;s de Kafka, mais il y a derri&#232;re un message existentiel, une critique du r&#233;el, selon l'expression de Yasmina Reza, une &#233;chapp&#233;e philosophique qui me ravit : tant de libert&#233; d'&#233;criture condens&#233;e dans la description minutieuse d'un r&#233;el format&#233; qui perd tout son sens, s'il en a jamais eu. Une telle distorsion, une telle d&#233;rision chez Kafka m'&#233;merveille. Choderlos de Laclos et l'entrelacs serr&#233;, parfaitement ma&#238;tris&#233; des maillons de ses &lt;i&gt;Liaisons dangereuses&lt;/i&gt; m'&#233;poustouflent. Un chef d'&#339;uvre absolu, &#224; mon sens. Un roman qui se lit d'une seule haleine, comme j'en trouve rarement. Il illustre parfaitement la force que je souhaite trouver en litt&#233;rature, en tant que lectrice d&#233;j&#224;, au d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais je n'ai pas r&#233;ussi &#224; lire &lt;i&gt;100 ans de solitude&lt;/i&gt; de Garcia Marquez. Et j'aimerais mieux conna&#238;tre Fernando Pessoa et Jorge Luis Borges : ils sont au programme ! Dans mes recherches universitaires traductologiques, j'ai d&#233;couvert &lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt; de Joyce, sa fantaisie au long cours, son humour, mais je ne peux pas dire qu'il m'ait captiv&#233;e comme un Laclos ou un Fante. J'y ai pourtant consacr&#233; quelques ann&#233;es de Master. Je cherchais la cl&#233; de cette &#339;uvre d&#233;routante, sans l'avoir jamais trouv&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'aime pas tellement l'acad&#233;misme, qui me semble assez fran&#231;ais. Je pr&#233;f&#232;re Alexandre Dumas, par exemple, &#224; Balzac ou &#224; Mauriac. Ceci dit, je sens que j'ai besoin de lire davantage et que ma culture en la mati&#232;re reste tr&#232;s imparfaite. Heureusement, on n'a jamais fini d'en d&#233;couvrir ! Je suis une r&#234;veuse, et la lecture est un lieu o&#249; le r&#234;ve est roi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le roman contemporain, il me semble, a tendance &#224; diluer, la nouvelle &#224; condenser. Mais j'ai beaucoup aim&#233; le dernier roman de Chlo&#233; Delaume, &lt;i&gt;Le c&#339;ur synth&#233;tique&lt;/i&gt;. Elle ne dilue pas, tient bien le fil du roman. Et elle est dr&#244;le ! J'aime les histoires o&#249; se m&#234;lent les &#233;motions diverses, le tragique et l'humour. Frank Mc Court, avec &lt;i&gt;Les cendres d'Angela&lt;/i&gt;, me semble un mod&#232;le du genre. La r&#233;silience est une caract&#233;ristique que j'appr&#233;cie chez un personnage. Derni&#232;rement, &lt;i&gt;Courage, rions&lt;/i&gt;, de Sophie de Villenoisy, m'a beaucoup fait rire avec un personnage de loser, un dessinateur en perte de vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'aime pas me perdre dans la dilution &#224; moins que le roman soit tr&#232;s bien structur&#233; et sache o&#249; il me m&#232;ne. J'adore &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt;, par exemple. Je me laisse assez peu embarquer au long cours, je suis plut&#244;t pour la barque sur les rivi&#232;res, voire les &#233;tangs et les lacs, le cabotage, les embard&#233;es qui ne sont pas &#224; l'abri des temp&#234;tes (Le bateau ivre !). Donc les novellas, les romans courts, avec des exceptions bien s&#251;r, et les nouvelles : David Philip Mullins avec &lt;i&gt;Greetings from Below&lt;/i&gt; m'a ouvert des horizons. Les histoires de grand large ont bien s&#251;r leur charme&#8230; (Jack London). &lt;i&gt;Demande &#224; la poussi&#232;re&lt;/i&gt; est un court roman sublime. Je pense que John Fante a trouv&#233; la cl&#233;, qu'il est un ma&#238;tre m&#233;connu chez nous, un peu &#224; l'image de Sherwood Anderson (d'une autre &#233;poque) dont j'ai eu le bonheur r&#233;cent de traduire six nouvelles pour Rue Saint Ambroise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi je lis des nouvelles ? Pour &#234;tre surprise, pour me laisser bousculer par des choses jamais lues avant. C'est aussi pour cela que j'en &#233;cris, pour essayer d'&#233;crire des choses que je n'ai pas encore lues, m&#234;me si ce n'est pas tr&#232;s original dit ainsi, et me d&#233;couvrir moi-m&#234;me. Car en &#233;crivant on se d&#233;couvre, on fr&#244;le ses limites, on sort des choses qu'on n'aurait jamais cru sortir et c'est une aventure excitante. J'aimerais avoir plus de temps pour lire. La lecture nourrit l'&#233;criture, c'est certain. Le r&#234;ve aussi. La premi&#232;re nouvelle compl&#232;te que j'ai &#233;crite, en 2001, &lt;i&gt;Semelles de vent&lt;/i&gt;, avait pour sujet mon po&#232;te fran&#231;ais pr&#233;f&#233;r&#233;, Rimbaud. J'ai pass&#233; deux semaines avec le po&#232;te, pendant une phase de recherches intense, puis avec l'&#233;criture, impr&#233;gn&#233;e de mon sujet. Jamais je n'oublierai l'intensit&#233; de cette exp&#233;rience. J'ai &#233;crit d'autres nouvelles depuis, mais pas avec une telle f&#233;brilit&#233;, dans une telle transe. Un &#233;tat avec lequel j'aimerais renouer au fil de la plume, quand on sent qu'il y a de la magie dans l'acte de cr&#233;er. &lt;i&gt;Semelles de vent&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; 20 ans plus tard chez Antidata, en d&#233;cembre 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Le traducteur kleptomane&lt;/i&gt; du hongrois Kostolanyi m'a ouvert d'autres pistes vers la fantaisie, et vers ce r&#233;gal de choix que peut devenir un recueil de nouvelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le souffle du romancier, il faut &#234;tre endurant pour l'avoir. La nouvelle est pour moi un bon moyen d'exercer ma plume sans m'&#233;puiser compl&#232;tement &#224; la t&#226;che. Un hybride entre le roman et la nouvelle serait mon id&#233;al, mais il faut de la technique et une structure solide. Organiser ses nouvelles en chapitres&#8230; Avoir une vision d'ensemble&#8230; Lier les nouvelles entre elles (&lt;i&gt;interlinked short stories&lt;/i&gt;). Mon mod&#232;le en la mati&#232;re est le nouvelliste David Philip Mullins, que j'ai eu la chance de rencontrer et de traduire &#224; l'unit&#233;, dans des revues litt&#233;raires comme Rue Saint Ambroise et L'Intranquille. Je regrette que son magnifique recueil, &lt;i&gt;Greetings from Below&lt;/i&gt;, ne soit pas publi&#233; in extenso en France. On peut d'ailleurs le lire aussi comme un roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &lt;strong&gt;Jean-Michel Calvez&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fan de science-fiction depuis l'adolescence, j'ai commenc&#233; vers 25 ans &#224; &#233;crire des textes d'imaginaire tr&#232;s courts, bien avant l'&#232;re de l'ordinateur &#224; la maison et donc &#171; &#224; la main &#187;, m'imposant le principe, &#224; l'image d'une affichette ou d'un flyer, de ne pas d&#233;passer une page. Une contrainte dont je me suis vite d&#233;barrass&#233; ensuite pour des textes de longueur plus cons&#233;quente. Puis ce fut, dans les ann&#233;es 90, l'exp&#233;rience formatrice de l'&#233;criture de trois &#171; premiers romans &#187;, dont deux sont publi&#233;s &#224; ce jour (tous les trois furent pour moi des &#171; premiers romans &#187; car chacun est dans un genre tr&#232;s diff&#233;rent). Malgr&#233; cela, je n'ai jamais vraiment cess&#233; d'&#233;crire des nouvelles de plus en plus longues, jusqu'&#224; la novella de 100.000 signes ou un peu plus, principalement dans le genre imaginaire (SF ou fantastique), mais pas seulement, testant aussi le noir, le polar et le mainstream. J'en ai &#224; ce jour pr&#232;s de 250, dont une centaine ont &#233;t&#233; publi&#233;es en anthologies th&#233;matiques, revues, en ligne (incluant Nouvelle Donne) et deux recueils. En dehors de Nouvelle Donne (o&#249; je suis membre du comit&#233; de lecture), je m'occupe aussi de la s&#233;lection et la traduction de nouvelles anglo-saxonnes pour le magazine Galaxies (science-fiction), ce qui m'a permis de faire d&#233;couvrir en France des nouvelles in&#233;dites d'auteurs majeurs de la SF contemporaine tels que Mike Resnick (d&#233;c&#233;d&#233; en 2020), d'auteurs inconnus jamais traduits, et d'un futur (ou d&#233;j&#224;) auteur majeur de SF, le sino-am&#233;ricain Ken Liu (sept nouvelles in&#233;dites de Ken Liu ont &#233;t&#233; traduites et publi&#233;es &#224; ce jour dans Galaxies, et &#231;a n'est pas termin&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle est un fabuleux terrain d'exp&#233;rimentations sur la forme et la longueur ; quoi qu'on dise, l'amplitude possible est tr&#232;s vaste, entre quelques dizaines ou centaines de signes et 100.000 signes voire plus. Le roman est bien plus calibr&#233; et norm&#233; sur tous les plans (dont la longueur mini/maxi), y compris sur la forme, car une &#233;criture ou une forme trop exp&#233;rimentale peut fatiguer le lecteur (et l'&#233;diteur ?) et leur faire l&#226;cher prise, alors qu'une nouvelle permet de tester toutes sortes d'entorses aux r&#232;gles et usages litt&#233;raires classiques, en prenant des risques minimes, car ce qui peut &#234;tre publi&#233; en format court (au sein d'un recueil, d'une anthologie, etc.) ne pourrait pas forc&#233;ment l'&#234;tre sur le format long pour les raisons ci-dessus, m&#234;me s'il existe aussi quelques romans &#171; exp&#233;rimentaux &#187; sur le fond ou la forme : &lt;i&gt;La Disparition&lt;/i&gt;, de Georges P&#233;rec, &lt;i&gt;Manuscrit trouv&#233; &#224; Saragosse&lt;/i&gt;, de Jean Potocki, le labyrinthique &lt;i&gt;La maison des feuilles&lt;/i&gt;, de Mark Z. Danielewski, Zone, de Mathias Enard, &lt;i&gt;La danse du fumiste&lt;/i&gt;, de Paul Emond, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Publi&#233; aux &#233;ditions Deno&#235;l, en 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir mon site Web : &lt;a href=&#034;http://www.dominique-perrut.org/fr/&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.dominique-perrut.org/fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La Conspiration contre la prostate &#187;, roman, 130 pages, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;tif de la Bretonne, &#171; Les nuits de Paris &#187;, Gallimard, Folio classique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sherwood Anderson, &#171; Winesburg, Ohio &#187;, Oford University Press, World's Classics ; Traduction fran&#231;aise dans la collection L'Imaginaire de Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Statut de la nouvelle (Partie #2)</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/statut-de-la-nouvelle-partie-2</link>
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		<dc:date>2022-07-31T14:58:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les journaux, revues et magazines &#171; papier &#187; ont &#233;t&#233; un support historique &#224; la diffusion de la nouvelle, support id&#233;alement adapt&#233; au texte court gr&#226;ce aux mensuels, revues et quotidiens. On sait que cela a commenc&#233; bien avant le XX&#232;me si&#232;cle, avec le roman en feuilleton &#224; suivre, genre proche de la nouvelle par son format court (mais pas identique pour autant par son contenu) qui a lanc&#233; en France nombre de grands auteurs, dont Alexandre Dumas. Ce qui fut plus vrai encore aux USA o&#249;, &#224; cette &#233;poque (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les journaux, revues et magazines &#171; papier &#187; ont &#233;t&#233; un support historique &#224; la diffusion de la nouvelle, support id&#233;alement adapt&#233; au texte court gr&#226;ce aux mensuels, revues et quotidiens. On sait que cela a commenc&#233; bien avant le XX&#232;me si&#232;cle, avec le roman en feuilleton &#224; suivre, genre proche de la nouvelle par son format court (mais pas identique pour autant par son contenu) qui a lanc&#233; en France nombre de grands auteurs, dont Alexandre Dumas. Ce qui fut plus vrai encore aux USA o&#249;, &#224; cette &#233;poque b&#233;nie, jusqu'&#224; la Seconde Guerre Mondiale environ, un &#233;crivain dou&#233; ou chanceux pouvait &#171; vivre &#187; (tout au moins, survivre) de sa plume, et se lancer ainsi dans la &#171; cour des grands &#187;, rien qu'en publiant r&#233;guli&#232;rement ses nouvelles dans les revues ou les grands quotidiens.&lt;br class='autobr' /&gt;
En France, les revues (hebdomadaires, mensuels...) publiant une ou plusieurs nouvelles ont aussi eu leurs heures de gloire jusqu'aux ann&#233;es 1960 &#224; 1970 environ, sans que cela fasse vivre leurs auteurs car on &#233;tait bien en-dessous de ce seuil de rentabilit&#233; et de r&#233;mun&#233;ration. Ce fut particuli&#232;rement le cas dans les &#171; mauvais genres &#187; que sont la nouvelle polici&#232;re, de science-fiction ou de fantastique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'imaginaire et les revues sp&#233;cialis&#233;es, la revue de science-fiction Fiction, n&#233;e en 1953, fut l'une des plus connues. Elle a cess&#233; de para&#238;tre en 1990, avant d'&#234;tre reprise par l'&#233;diteur Les Moutons &#233;lectriques, de 2005 &#224; 2015 (sous une forme diff&#233;rente, et semestrielle), puis de vivre sa troisi&#232;me mutation en 2021 avec une autre formule, baptis&#233;e &#171; Fiction, l'imaginaire radical &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fiction_(magazine)&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ficti...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me, &lt;i&gt;Galaxies&lt;/i&gt;, longtemps trimestrielle (et r&#233;cemment devenue bimestrielle) a travers&#233; plusieurs &#233;poques et connu des mutations et changements de direction &#233;ditoriale. Apr&#232;s une br&#232;ve interruption en 2007, sa derni&#232;re &#233;mergence, en 2008, est devenue &lt;i&gt;Galaxies Nouvelle-s&#233;rie&lt;/i&gt;. Renum&#233;rot&#233;e depuis cette date, elle en est, en mai 2022, &#224; son num&#233;ro 77 et existe en version papier (principalement sur abonnement), ou num&#233;rique dans une &#233;dition augment&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Galaxie_(magazine)&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Galax...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Galaxies&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Galaxies&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://galaxiessf.com/&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://galaxiessf.com/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Compar&#233;e aux magazines &#171; historiques &#187; ci-dessus, &lt;i&gt;Bifrost&lt;/i&gt; est bien plus r&#233;cent (1996), mais se maintient dans le paysage &#233;ditorial SF actuel, aupr&#232;s de &lt;i&gt;Galaxies&lt;/i&gt;, dont elle est le concurrent principal. D'autres n'ont pas surv&#233;cu : la revue &lt;i&gt;Lunatique&lt;/i&gt; a fusionn&#233; depuis quelques ann&#233;es avec &lt;i&gt;Galaxies&lt;/i&gt;, lui offrant les services de son &#233;quipe r&#233;dactionnelle, et permettant son passage au rythme bimestriel, au lieu de trimestriel. On citera aussi &lt;i&gt;Gandahar&lt;/i&gt;. Depuis 1974, le Qu&#233;bec a aussi sa revue de r&#233;f&#233;rence en science-fiction, &lt;i&gt;Solaris&lt;/i&gt; (qui s'appela &lt;i&gt;Requiem&lt;/i&gt; jusqu'en 1979).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bifrost_(revue)&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bifro...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Solaris_(magazine)&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Solar...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces revues, aux noms souvent magiques et &#233;vocateurs, ont &#233;clair&#233; le paysage SF francophone depuis des lustres, et les plus anciennes conservent une certaine aura dans le c&#339;ur des fans qui en recherchent encore les anciens num&#233;ros chez les bouquinistes ou sur les sites de vente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Loin de se limiter &#224; de simples recueils ou compilations de nouvelles d&#233;j&#224; publi&#233;es, toutes ces revues offrent un &#233;ditorial, des chroniques de livres et de films (parfois de musiques li&#233;es au genre), des &#233;tudes, rubriques et dossiers divers (sur un th&#232;me, un auteur ou une nation), des traductions. Sauf cas particulier, les nouvelles publi&#233;es y sont toutes in&#233;dites et/ou traduites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; de ces revues bien install&#233;es dans le paysage de la SF francophone, il existe un certain nombre de fanzines ou webzines, faciles &#224; identifier via les appels &#224; textes publi&#233;s sur Internet, sur des sites sp&#233;cialis&#233;s recensant appels &#224; texte et autres concours de nouvelles. Car ceux-ci sont toujours en vogue, en science-fiction, m&#234;me si les grands &#233;diteurs ont quasiment cess&#233; de publier recueils et anthologies ; depuis les ann&#233;es 2000 environ, les chiffres de ventes pour la nouvelle d'imaginaire n'engageaient pas &#224; l'optimisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, les lecteurs d'imaginaire sont bien plus enclins &#224; lire des textes courts que dans le registre mainstream &#8211; peut-&#234;tre gr&#226;ce aux piq&#251;res de rappel de nombreux prix annuels (Grand Prix de l'Imaginaire, etc.), attirant l'attention sur la qualit&#233; des nouvelles de genre ? Ou serait-ce, plut&#244;t, du fait d'un profil plus &#171; ouvert &#187; du lectorat de SF &#224; lire et acheter des &#339;uvres de format diversifi&#233;, long ou court. Sans doute y sont-ils conduits par un effet d'entra&#238;nement, s&#233;duits par l'int&#233;r&#234;t marqu&#233; du lectorat anglo-saxon pour la forme courte, lui aussi se voyant rappeler l'existence de textes &#171; de qualit&#233; &#187; gr&#226;ce aux nombreux prix et r&#233;compenses qui les mettent sur le devant de la sc&#232;ne litt&#233;raire, avec des prix reconnus et appr&#233;ci&#233;s jusqu'en France par les lecteurs. Ce sont souvent ces textes prim&#233;s (prix Hugo, Nebula, etc.) que l'on retrouve traduits pour le lecteur francophone qui, parfois, finit par &#171; s'imaginer &#187; qu'un bon auteur d'imaginaire est forc&#233;ment anglo-saxon, car les &#233;diteurs francophones piochent all&#232;grement dans cette manne (m&#234;me s'ils doivent payer pour la traduire), et la privil&#233;gient trop souvent sur la production des auteurs nationaux. Cela dit, la situation n'est pas &#224; ce point binaire et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e ; la fiction francophone a ses auteurs et ses d&#233;fenseurs, et on rappelle l'existence de fanzines et webzines tr&#232;s actifs et militants (tel &lt;i&gt;Pr&#233;sence d'Esprits&lt;/i&gt;), pr&#233;sents sur les salons litt&#233;raires sp&#233;cialis&#233;s : les Utopiales &#224; Nantes, les Imaginales &#224; Epinal, les Futuriales &#224; Aulnay-sous-Bois, le Festival de l'Imaginaire &#224; S&#232;vres (jusqu'&#224; 2019), etc. Des manifestations aptes &#224; maintenir &#233;veill&#233; l'int&#233;r&#234;t des fans pour leur genre et leurs auteurs favoris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le fantastique ou l'horreur &#171; &#224; la Stephen King &#187;, citons la revue &lt;i&gt;T&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;, &#224; l'existence assez br&#232;ve (1998 &#224; 2001), dont le nom et le concept ont r&#233;&#233;merg&#233; ensuite sous forme de &lt;i&gt;one shot&lt;/i&gt; ou d'anthologies annuelles. De m&#234;me, le genre fantasy a eu aussi ses revues sp&#233;cialis&#233;es : &lt;i&gt;Asphodale, Gandahar, Faeries&lt;/i&gt; (24 num&#233;ros dans les ann&#233;es 2000), etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Nestiveqnen&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Nesti...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, pour des raisons qu'il serait difficile d'analyser en d&#233;tails, seule la science-fiction semble parvenir &#224; &#171; tirer son &#233;pingle du jeu &#187; sur le long terme ; peut-&#234;tre parce que son lectorat lui reste plus fid&#232;le au long des ann&#233;es ? Alors que la fantasy, par exemple, aurait a priori plus de succ&#232;s aupr&#232;s des ados et des jeunes adultes (disons, les moins de 30 ans) et ne parviendrait pas &#224; fid&#233;liser son lectorat sur le long terme ? Le Lecteur de SF aujourd'hui adulte a &#233;t&#233; nourri d&#232;s son jeune &#226;ge, et d&#232;s les ann&#233;es 60/70, de nombreux recueils et anthologies auxquels la parution, &#233;ch&#233;anc&#233;e dans le temps, conf&#233;rait presque un statut de revue. Les plus connus sont donc la monumentale &#171; Grande Anthologie de la Science-fiction &#187; (42 volumes publi&#233;s au Livre de Poche), facile &#224; trouver ou &#224; emprunter un peu partout, y compris sur le vaste march&#233; de l'occasion, les nouvelles de Stephen King et autres auteurs anglo-saxons (pour le fantastique et l'horreur) et m&#234;me, moins courante, un peu oubli&#233;e de nos jours, la s&#233;rie &#171; Territoires de l'inqui&#233;tude &#187;, r&#233;unie par Andr&#233; Dor&#233;mieux et publi&#233;e chez Deno&#235;l : un premier opus en 1972, suivi de huit autres entre 1991 et 1996. Bien que francophone, ce vaste projet laissait comme souvent la part belle aux auteurs anglo-saxons. Cela dit, &#224; l'exception du premier volume, il a accord&#233; malgr&#233; tout une place raisonnable &#224; des auteurs fran&#231;ais de cette p&#233;riode. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Territoires_de_l%27inqui%C3%A9tude&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Terri...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va sans dire que dans l'univers anglo-saxon (USA, Grande-Bretagne, Irlande, etc.), les revues et magazines sont plus nombreux et plus populaires qu'en francophonie, ne serait-ce que du fait de l'effet d'&#233;chelle, &#224; savoir le lectorat potentiel de tout support &#233;crit en langue anglaise. Certains sont prestigieux, et &#224; l'origine de prix annuels r&#233;compensant les meilleurs textes de SF en langue anglaise : prix Hugo, Nebula, Locus, &lt;i&gt;Arthur C. Clarke Award, Theodore Sturgeon Memorial Award&lt;/i&gt;, etc. Le dernier cit&#233; r&#233;compense exclusivement des nouvelles, les autres prix ayant un palmar&#232;s r&#233;compensant plusieurs cat&#233;gories dont, bien s&#251;r, le roman.&lt;br class='autobr' /&gt;
La litt&#233;rature jeunesse (ou pour jeunes adultes) a aussi beaucoup investi dans l'imaginaire et la forme courte, l'exception absolue &#224; cela &#233;tant sans doute le ph&#233;nom&#232;ne mondial de la s&#233;rie Harry Potter, au succ&#232;s inattendu et impr&#233;visible. A l'oppos&#233; du cycle de J.K. Rowling &#8211; qui n'a cependant pas fait peur aux jeunes lecteurs &#8211;, la forme courte est id&#233;ale pour entrer dans un univers SF. Les auteurs et collections jeunesse sont donc nombreux en France, et vivent mieux que leurs &#233;quivalents pour le public adulte, avec des auteurs et anthologistes (tels Christian Grenier ou Danielle Martinigol), et des collections (Chair de Poule, Folio Junior, Pocket Junior, Mango Jeunesse...), qui ont assur&#233;ment beaucoup fait pour &#171; accrocher &#187; et fid&#233;liser sur le long terme une nouvelle g&#233;n&#233;ration friande de forme courte et de r&#233;cits d'imaginaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://biblio-jeunesse.over-blog.com/2019/06/fantastique-et-science-fiction-maisons-d-edition-en-litterature-de-jeunesse.html&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;http://biblio-jeunesse.over-blog.co...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Handicap (ou &#224; l'oppos&#233;, atout pour acc&#233;der &#224; l'univers adulte ? Le d&#233;bat reste ouvert sur ce plan), les lecteurs des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, jusqu'aux ann&#233;es 80 environ, n'avaient pas de collections d'imaginaire destin&#233;es au jeune lecteur. Elles n'avaient donc &#224; leur disposition que des livres &#233;crits a priori pour le lectorat adulte : quelques &#171; grands classiques &#187; jug&#233;s &#171; intemporels &#187; par les professeurs de fran&#231;ais et l'Education nationale dans son ensemble : Jules Verne, M&#233;rim&#233;e, Barjavel, Maupassant et son &#171; Horla &#187;&#8230; Quoi d'autre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; l'oppos&#233; de la richesse de l'offre actuelle en imaginaire, le lecteur fran&#231;ais de litt&#233;rature mainstream a souvent &#233;t&#233; laiss&#233; sur le c&#244;t&#233; dans un parcours scolaire trop orient&#233; sur le roman ou alors, nourri des seuls &#171; grands classiques &#187;, francophones ou non : Maupassant, M&#233;rim&#233;e, Edgar Allan Poe, etc. Bien que de qualit&#233; incontestable, tous ces textes &#171; classiques &#187;, trop souvent venus d'un autre si&#232;cle, ne font pas forc&#233;ment vibrer le lecteur adolescent plus enclin &#224; lire des auteurs de sa g&#233;n&#233;ration (ou du moins, encore vivants), s'exprimant dans un langage &#171; contemporain &#187; auquel il va pouvoir s'identifier, et traitant de probl&#233;matiques qui sauront l'int&#233;resser de pr&#232;s, un peu plus contemporaines que celles, parfois &#171; dat&#233;es &#187;, d'auteurs du XIX&#232;me ou m&#234;me du XX&#232;me si&#232;cle, fussent-ils prestigieux et adoub&#233;s par l'Education Nationale comme le sont, immanquablement et de fa&#231;on quasi exclusive, Jules Verne et Ren&#233; Barjavel. Peut-&#234;tre la courageuse initiative de publication (avec retraductions) de recueils de nouvelles propos&#233;es par l'&#233;diteur Rue St Ambroise (dont un recueil/compilation H.P. Lovecraft) saura-t-elle renouveler l'attrait pour d'autres auteurs d'imaginaire (ou pas) un peu n&#233;glig&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la nouvelle polici&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la nouvelle polici&#232;re, rappelons-nous que, c&#244;t&#233; anglophone, les plus grands auteurs de romans policiers, Conan Doyle, Edgar Poe, Agatha Christie, John Dickson Carr, Ellery Queen, et tant d'autres, ont d&#233;but&#233; leur carri&#232;re litt&#233;raire par la publication de nouvelles, avant de se lancer dans l'&#233;criture de romans. Comme on l'a d&#233;j&#224; dit, au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle, les supports de publication de nouvelles &#233;taient nombreux, non seulement dans l'&#233;dition ind&#233;pendante, mais aussi dans les quotidiens, avec les feuilletons &#224; suivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
On note que la revue Ellery Queen Mystery Magazine, n&#233;e en 1941, qui lan&#231;a la publication de nouvelles polici&#232;res, existe toujours Outre-Atlantique alors que sa version fran&#231;aise, Myst&#232;re Magazine, lanc&#233;e en 1954, a d&#251; s'arr&#234;ter dans les ann&#233;es 70. De nos jours, il n'existe donc plus de revue (papier) fran&#231;aise sp&#233;cifiquement d&#233;di&#233;e au genre policier, m&#234;me si des nouvelles et recueils de nouvelles noires/polici&#232;res sortent encore chez certains &#233;diteurs francophones, sans qu'aucune collection ou revue d&#233;di&#233;e leur serve de &#171; support logistique &#187; permanent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ellery_Queen%27s_Mystery_Magazine&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Eller...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Myst%C3%A8re_magazine&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Myst%...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le statut de la nouvelle litt&#233;raire en France (Partie #1)</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/article/le-statut-de-la-nouvelle-litteraire-en-france</link>
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		<dc:date>2022-07-03T10:34:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



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&lt;p&gt;La nouvelle serait-elle un genre mal-aim&#233; en France, voire un genre maudit ? La r&#233;ponse d&#233;pendra sans doute de celui &#224; qui l'on pose la question : auteur (mais auteur de quel type d'&#233;crit ?), lecteur, &#233;diteur, mais aussi libraire. Et pourquoi pas le &#171; non-lecteur &#187; ? Celui qui ne lit que l'actualit&#233;, la BD, les mangas ou, m&#234;me pas cela, qui ne jure et ne lit que par le filtre de l'&#233;cran et donc, du &#171; tr&#232;s vite lu &#187; et &#171; tr&#232;s vite dig&#233;r&#233; &#187; ? Celui-l&#224; aussi en a forc&#233;ment entendu parler, comme de la po&#233;sie. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/plein-feu-sur/" rel="directory"&gt;Plein feu sur&#8230;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La nouvelle serait-elle un genre mal-aim&#233; en France, voire un genre maudit ? La r&#233;ponse d&#233;pendra sans doute de celui &#224; qui l'on pose la question : auteur (mais auteur de quel type d'&#233;crit ?), lecteur, &#233;diteur, mais aussi libraire. Et pourquoi pas le &#171; non-lecteur &#187; ? Celui qui ne lit que l'actualit&#233;, la BD, les mangas ou, m&#234;me pas cela, qui ne jure et ne lit que par le filtre de l'&#233;cran et donc, du &#171; tr&#232;s vite lu &#187; et &#171; tr&#232;s vite dig&#233;r&#233; &#187; ? Celui-l&#224; aussi en a forc&#233;ment entendu parler, comme de la po&#233;sie. M&#234;me s'il n'en lit jamais, ni nouvelle ni po&#233;sie, il en a lui aussi une certaine image, sans doute floue et tr&#232;s incompl&#232;te, faute de s'y &#234;tre vraiment aventur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;1. Le roman : roi dans les c&#339;urs&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En France, il semble que le seul auteur qui ait un vrai statut ou aura sur le plan social est l'&#233;crivain, le romancier, l'auteur de romans. On mettra &#224; part l'essayiste et l'historien si on limite la r&#233;flexion &#224; la seule fiction. Mais le romancier, comme l'acteur ou le footballeur vedette, est un &#171; personnage &#187; du paysage social via l'image qu'en a le &#171; grand public &#187; ; on l'imagine riche, encens&#233; et adul&#233;, vivant de sa plume dans une sorte de ch&#226;teau ou &#171; tour d'ivoire &#187; depuis laquelle il nous pond un roman l'an, se levant &#224; l'aube pour s'asseoir devant son clavier. Le grand public a en t&#234;te quelques figures-types de romanciers : seniors masculins ou f&#233;minins sympathiques et souriants, dignes, bien &#233;lev&#233;s, entre deux &#226;ges voire &#226;g&#233;s (on pense &#224; Jean d'Ormesson, Delphine de Vigan, Marc Levy, Maylis de Kerangal&#8230;) ; &#224; l'oppos&#233;, on trouve aussi quelques semi-misanthropes un peu bourrus : Michel Houellebecq, Jean-Paul Dubois, Pierre Pelot, Virginie Despentes, etc. Autre option, ces &#171; jeunes pousses &#187; surdou&#233;es qui &#171; cassent la baraque &#187; gr&#226;ce aux r&#233;seaux sociaux (par identification &#224; un public jeune) mais aussi gr&#226;ce &#224; une &#171; belle gueule &#187; qui plait ; bref, des personnages m&#233;diatisables et m&#233;diatis&#233;s : Edouard Louis, Alice Z&#233;niter, Fatima Daas, Leila Slimani, C&#233;cile Coulon, Olivier Adam&#8230; Ah oui, il y a aussi les &#171; simplistes &#187; au parcours fulgurant (Aur&#233;lie Valognes, Michel Bussi, Guillaume Musso et Marc L&#233;vy, encore&#8230;) aux intrigues taill&#233;es sur mesures pour une masse de lecteurs plus occasionnels ou moins pointus, fans de lectures &#171; de plage &#187; ou autre, plus d&#233;tendus du bulbe, ces lecteurs de romans &lt;i&gt;feel good&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;easy reading&lt;/i&gt; pas trop &#171; prise de t&#234;te &#187;, comme il existe aussi des musiques class&#233;es &lt;i&gt;easy listening&lt;/i&gt;. Dans tous les cas, les romanciers sont le r&#233;sultat d'une &lt;i&gt;success story&lt;/i&gt; &#224; la fran&#231;aise, des winners, membres &#233;minents actuels ou en devenir d'une certaine &#233;lite litt&#233;raire et sociale envi&#233;e&#8230; Serait-ce parce qu'ils/elles passent &#224; la t&#233;l&#233;, parce qu'on les voit et qu'on les entend partout, avant m&#234;me de penser &#224; les lire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Des auteurs ont eux-m&#234;mes cultiv&#233; cette image &#233;litiste en mettant en sc&#232;ne dans leurs fictions des auteurs (eux-m&#234;mes ?) qui ont r&#233;ussi, qui vendent par centaines de mille. Au point que tout auteur, m&#234;me amateur et publi&#233; chez un &#233;diteur obscur, se verra immanquablement poser un jour cette question dans les salons, chez des amis de rencontre, etc., question issue d'un grand malentendu entretenu avec le public et en particulier avec les non-lecteurs : &#171; Et vous vivez de votre plume ? &#187; Que r&#233;pondre &#224; cela ? Et que peut en dire l'auteur de nouvelles, bien plus d&#233;class&#233; encore ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;2. La nouvelle : mise sur le carreau ? Version r&#233;duite et mal aim&#233;e du texte long, ou genre en soi, autonome et avec ses propres r&#232;gles ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle, face &#224; cela, est le parent pauvre de la fiction. Les auteurs de nouvelles n'existent pas en tant que tels dans le paysage litt&#233;raire, ils doivent d'abord faire leurs preuves par un ou plusieurs romans ayant eu un succ&#232;s notable, avant d'&#234;tre enfin &#171; autoris&#233;s &#187; &#224; publier leur recueil (mais un seul, de pr&#233;f&#233;rence !), souvent chez le m&#234;me &#233;diteur. La publication d'un recueil de nouvelles chez les &#233;diteurs qui &#171; comptent &#187; (ceux que tout le monde conna&#238;t au moins de nom, via le Goncourt et autres prix hyperm&#233;diatis&#233;s) est donc une sorte de faveur (ou de r&#233;compense ?) accord&#233;e &#224; l'auteur favori d&#233;j&#224; adoub&#233; par le public, reconnu, prim&#233;, m&#233;diatis&#233;, bref, ayant d&#233;j&#224; acquis un certain statut qui le rend bankable, ce qui limitera les risques financiers pour l'&#233;diteur qui se lance avec lui dans &#171; l'aventure &#187; d'un recueil (et encore, simplement parce que l'auteur l'a souhait&#233;&#8230; peut-&#234;tre parce que lui aussi avait d&#233;but&#233; en litt&#233;rature par le texte court, mais n'avait jamais pu en publier).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ce traitement de d&#233;faveur ? Parce que la nouvelle est un genre casse-gueule ? Parce qu'elle se vend peu ou pas ? Oui, mais pourquoi ? Pourquoi le lecteur de fictions a-t-il besoin d'une solide caution pour acheter, ou ne serait-ce qu'ouvrir et s'int&#233;resser &#224; un recueil de nouvelles ? Ce m&#234;me lecteur qui, tout en d&#233;sirant rester lecteur, dit avoir de moins en moins de temps &#224; consacrer &#224; la lecture &#171; parce que les enfants, le boulot, le m&#233;tro, les &#233;crans, bref, la vie &#187;, lui &#171; pompent &#187; tout son temps libre et son &#233;nergie. Ce lecteur contrari&#233;, donc, ne se g&#234;nera pas pour acheter (lire, aussi ? &#231;a reste &#224; v&#233;rifier) le dernier Goncourt ou Femina d&#232;s sa sortie. Il d&#233;valisera les libraires ou la toile pour l'avoir au plus vite mais, a contrario, il ne posera jamais la main sur un recueil de nouvelles, plus ais&#233; pourtant &#224; aborder par &#233;pisodes et par tranches, notamment dans le m&#233;tro ou le train dont on vient de parler, l'un de ces lieux de &#171; perte de temps &#187;, dans l'absolu, mais aussi et &#224; la fois de &#171; disponibilit&#233; forc&#233;e &#187; pour ouvrir enfin un livre, f&#251;t-ce faute de mieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, pourquoi &#231;a ne prend pas ? Que se passe-t-il dans la t&#234;te du lecteur fran&#231;ais ? Quels a priori le bloquent sur la forme courte ? Est-ce pour lui une litt&#233;rature au rabais, d'auteurs qui n'auraient pas assez de souffle ou de mots pour oser la forme longue ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il y a &#171; l'autre &#187; lecteur, celui qui touche aussi le clavier et lit parce qu'il &#233;crit (ou est-ce l'inverse ?), qui se rend bien compte qu'avant de se lancer dans la Grande aventure-marathon du roman, mieux vaudrait tester ses talents &#224; &#233;chelle r&#233;duite, et qui s'est souvent fait la main et exerc&#233; la plume sur l'&#233;crit court. Parce que c'est plus facile, pense-t-il (hum, &#231;a reste &#224; prouver&#8230;) et que &#231;a prend bien moins de temps (l&#224;, c'est plut&#244;t vrai). Celui-l&#224; lit-il plus de textes courts que le lecteur de base ? S'y int&#233;resse-t-il un peu plus ? &#199;a n'est pas si certain, parce que lui aussi a lu et vu partout, dans tous les m&#233;dias, les romanciers port&#233;es aux nues. Quid des nouvellistes ? Jamais, ou si peu. Et lui aussi se retrouve pris au pi&#232;ge du m&#234;me mirage entretenu. La nouvelle, &#231;a ne serait qu'une mise en jambes pour le futur romancier, un terrain d'exercices, une rampe de lancement pour se faire la main ou la plume, un exercice, un rodage, un brouillon pas forc&#233;ment publiable. Or, s'il pense ainsi, ne serait-ce pas aussi, justement, parce qu'on n'en publie pas, ou trop peu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A contrario, si la plupart des &#233;crivains en herbe &#171; chauffent leur plume en devenir &#187; sur du texte court, alors la production de nouvelles doit &#234;tre pl&#233;thorique et, dans un si vaste th&#233;saurus enfoui dans les tiroirs et les disques durs devraient, forc&#233;ment, se trouver des tr&#233;sors, des perles m&#233;ritant d'&#234;tre expos&#233;s/publi&#233;s. C'est logique, du moins &#231;a devrait l'&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demandez &#224; n'importe qui dans la rue de citer le nom d'un auteur (disons un Fran&#231;ais) ; il en citera bien quelques-uns, m&#234;me s'il ne les a jamais lus. Demandez au m&#234;me de citer le nom d'un &#233;crivain nouvelliste ? Peut-&#234;tre Philippe Delerm, depuis &lt;i&gt;La premi&#232;re gorg&#233;e de bi&#232;re&lt;/i&gt; qui l'a lanc&#233; ? M&#234;me pas certain. Ou alors, ce seront de &#171; grands anciens &#187; (souvenirs de lyc&#233;e ?) : Maupassant, Poe pour les Anglo-saxons&#8230; Mais qui pensera &#224; citer Claude Pujade-Renaud, Annie Saumont, Christiane Baroche, Marie-H&#233;l&#232;ne Lafon et quelques autres, qui ne d&#233;m&#233;ritent pas face aux romanciers et romanci&#232;res, loin de l&#224;, mais restent bien trop discr&#232;tes dans les palmar&#232;s et listes des lecteurs fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on &#233;largit la liste aux auteurs &#233;trangers (souvent anglophones), on peut citer Alice Munro, prix Nobel de litt&#233;rature 2013 : r&#233;compense impensable chez nous, pour une nouvelliste exclusive. Et on y trouvera assez vite Stephen King et d'autres auteurs d'imaginaire, un genre o&#249; la nouvelle est plus admise (et plus lue), bien qu'il y ait aussi beaucoup &#224; redire, face aux t&#233;nors que sont, l&#224; encore, les romanciers. On note qu'il s'agit souvent, pour leurs ouvrages disponibles en France, d'auteurs anglo-saxons. Chez eux en effet, le probl&#232;me n'est pas tout &#224; fait le m&#234;me ; il y a l&#224;-bas une vraie tradition du texte court, et celle-ci reste vivace chez leurs lecteurs. Il existe dans la science-fiction anglophone des prix litt&#233;raires annuels ayant un poids significatif (les plus prestigieux sont le Hugo et le Nebula, et il y en a d'autres). Des prix distinguant, selon la longueur du texte, quatre cat&#233;gories &#171; officielles &#187; bien identifi&#233;es, inconnues ou tr&#232;s peu usit&#233;es en terres francophones : nouvelle, novelette, novella, roman. En imaginaire, la France n'est certes pas absente ; des prix litt&#233;raires y existent aussi (en SF, fantasy, fantastique&#8230;) tel le GPI annuel (Grand Prix de l'Imaginaire), le plus pl&#233;biscit&#233; de tous, qui inclut une cat&#233;gorie Nouvelle. Mais l'aura de ces belles distinctions recherch&#233;es par les auteurs reste h&#233;las limit&#233;e &#224; la seule communaut&#233; des fans de science-fiction, ne touchant gu&#232;re d'autre public.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il d'autres indices d'une relative d&#233;saffection pour la nouvelle et pour son r&#233;ceptacle, le recueil (ou anthologie, si plusieurs auteurs y cohabitent), quel que soit le genre litt&#233;raire ? Il existe quantit&#233; de gros voire tr&#232;s gros romans, des cycles, trilogies et autres s&#233;ries. En comparaison, le recueil de nouvelles est souvent bien maigre ; il se limite souvent &#224; une sorte de fascicule &#224; la pagination peu ambitieuse (moins de 250 pages, typiquement) et &#224; un format discret : pas de &#171; pav&#233; dans la mare &#187; pour la nouvelle, comme s'il &#233;tait d&#233;j&#224; suffisamment risqu&#233; de publier un recueil sans risquer, en suppl&#233;ment, d'effrayer le lecteur par un format ou un volume jug&#233; dissuasif a priori. La nouvelle n'a donc pas la place ni m&#234;me le &#171; volume &#187; qu'elle m&#233;rite dans la production litt&#233;raire francophone. Y aurait-il un lien secret entre le fait qu'une nouvelle soit br&#232;ve par nature, et le fait que le recueil qui les contient se doive de l'&#234;tre aussi, bref et r&#233;duit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rares exceptions &#224; ce constat (traduites en fran&#231;ais, mais non francophones &#224; l'origine) sont &#224; nouveau dans le domaine de l'imaginaire avec quelques monuments notables, en termes de volume et d'ambition. Tel le cycle &lt;i&gt;Nouvelles au fil du temps&lt;/i&gt;, de Robert Silverberg, s&#233;lection comment&#233;e par l'auteur de 124 nouvelles, soit quatre volumes d'environ 700 pages chacun (anthologie pr&#233;par&#233;e par Jacques Chambon, publi&#233;e chez Deno&#235;l dans les ann&#233;es 2000). Ou, plus monumentale encore, la &#171; Grande Anthologie de la Science-fiction &#187;, collection th&#233;matique sous le titre g&#233;n&#233;rique r&#233;current &lt;i&gt;Histoires de&#8230; &lt;/i&gt; ; une somme en trois s&#233;ries successives, et 42 volumes au total, publi&#233;e au Livre de Poche &#224; partir de 1966, et jusqu'&#224; 2005 pour la troisi&#232;me et derni&#232;re s&#233;rie de six volumes, consacr&#233;e &#224; la production fran&#231;aise (les deux premi&#232;res, soit 36 volumes, incluant exclusivement des nouvelles d'auteurs anglo-saxons). Deux exemples de r&#233;f&#233;rence, et qui attendent encore des successeurs dans d'autres domaines de la litt&#233;rature. Si un auteur aussi reconnu que Robert Silverberg a &#233;crit plus de 600 nouvelles, c'est sans doute parce qu'il est parvenu &#224; les publier et parce qu'elles ont trouv&#233; leur public, l'un induisant l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce qui concerne la litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale, on ne peut manquer de citer &lt;i&gt;R&#233;cits de la Kolyma&lt;/i&gt;, de Varlam Chalamov, monumental recueil de 146 textes, ou plut&#244;t r&#233;cits interconnect&#233;s, ouvrant &#224; la rubrique qui suit sur l'interconnexion. Il s'agit de la juxtaposition de six recueils d'abord publi&#233;s s&#233;par&#233;ment, r&#233;unis en 2003 chez Verdier en un volume unique de 1516 pages sur papier Bible. La dualit&#233; entre r&#233;cit (authentique) et nouvelle (fiction) fait de ce recueil un hybride entre t&#233;moignage (r&#233;cit &#224; dimension historique) et recueil de fiction, acceptable par la volont&#233; de transformer chaque r&#233;cit en nouvelle plus ou moins autonome disposant souvent d'une chute, et mettant en sc&#232;ne une galerie de personnages r&#233;els, mais souvent renomm&#233;s et anonymis&#233;s. Cela dit, on notera sur cet exemple qu'il s'agit &#224; nouveau d'une traduction, ici du russe (en soulignant le travail monumental accompli, notamment sur des n&#233;ologismes, chansons, etc.), et non pas d'une &#339;uvre originale en fran&#231;ais. Et ce recueil constitue un cas hors norme, par son volume et la convergence parfaite de son contenu pour d&#233;crire un univers &#171; coh&#233;rent &#187; (si l'on peut le dire ainsi, vu le sujet&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;3. Interconnexions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur d'autres aspects, l'univers et les auteurs d'imaginaire (parfois aussi leurs &#233;diteurs, en r&#233;unissant leurs textes de fa&#231;on in&#233;dite) ont innov&#233; et exp&#233;riment&#233; aussi sur la forme, comme on vient de voir ci-dessus avec le cas hors norme de Chalamov, en imaginant une &#171; synergie positive &#187; entre fond et forme d'un recueil de nouvelles ou de novellas, ce que l'on conna&#238;t sous la notion de &#171; nouvelles interconnect&#233;es &#187; (en anglais : &lt;i&gt;interlinked short stories with a singleness of purpose&lt;/i&gt;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, d'autres exemples existent en litt&#233;rature blanche francophone ou traduite, assez dispers&#233;s, par exemple, dans la collection Babel d'Actes Sud, des coffrets th&#233;matiques de recueils de nouvelles cibl&#233;s sur un auteur contemporain, tel Aki Himazaki, avec 5 volumes de nouvelles de cet auteur qui, en vue d'ensemble, finit par faire un roman, avec une coh&#233;rence dans les personnages et l'histoire. Ce qui semble aussi &#234;tre le cas en Su&#232;de &#231;a avec une nouvelle formule de coffret th&#233;matique chez Novellix, dont parle Anne de Beauvill&#233;, que l'on peut citer ici car, apr&#232;s ceux en langue anglaise, il y sortira &#224; la rentr&#233;e 2022 un premier coffret en langue fran&#231;aise, intitul&#233; &#171; Amants, amantes &#187; ; il s'agit certes de classiques (George Sand, Guy de Maupassant, Marceline Desbordes-Valmore, Marcel Proust), mais l'initiative est louable, l'objet magnifique (4 livrets sous coffret cartonn&#233; 160 x 115), et l'intention, un fil conducteur amoureux entre quatre auteurs, superbe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en revenir au genre imaginaire, on citera par exemple &lt;i&gt;Kirinyaga, une utopie africaine&lt;/i&gt;, de Mike Resnick, encens&#233; et multi-prim&#233; lors de sa sortie en 1998 : 67 prix ou nominations ! Il a &#233;t&#233; publi&#233; en France en tant que roman, un terme explicitement affich&#233; sur la couverture, sans doute pour des raisons purement commerciales ? Aux USA, le seul sous-titre &#233;tait &lt;i&gt;A Fable of Utopia&lt;/i&gt;. Ce &#171; recueil-roman &#187; se compose d'un prologue, de 8 novellas interconnect&#233;es et d'un &#233;pilogue (le tout sur 330 pages environ dans sa premi&#232;re version, puis de 420 pour le cycle complet).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Kirinyaga_(roman)&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Kirin...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus monumental encore : &lt;i&gt;Les seigneurs de l'instrumentalit&#233;&lt;/i&gt;, de Cordwainer Smith, se pr&#233;sente en France en 3, 4, ou 6 volumes, selon les r&#233;&#233;ditions. Il se compose d'un cycle de 27 nouvelles et d'un roman, et ce cycle (r&#233;uni par l'&#233;diteur) est consid&#233;r&#233; d&#233;sormais comme un &#171; grand classique de la science-fiction &#187;, et son auteur est jug&#233; l'un des plus grands nouvellistes de SF au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Seigneurs_de_l%27instrumentalit%C3%A9&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_S...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre ouvrage hybride issu du genre de l'imaginaire, &lt;i&gt;L'archipel du r&#234;ve&lt;/i&gt; (1981), de Christopher Priest, auteur britannique inclassable depuis son troublant &lt;i&gt;Monde inverti&lt;/i&gt;, une science-fiction hors norme assez d&#233;stabilisante, flirtant sans cesse avec le monde r&#233;el et ses limites. On cite pour m&#233;moire un extrait de la quatri&#232;me de couverture, dans l'&#233;dition Deno&#235;l Lunes d'Encre : Chef-d'&#339;uvre de la litt&#233;rature &#233;rotique, construction intellectuelle qui rel&#232;ve autant de l'anticipation &#224; l'anglaise que du roman psychologique, &lt;i&gt;L'Archipel du R&#234;ve&lt;/i&gt; est l'un des plus beaux ouvrages de Christopher Priest ; un maelstr&#246;m de r&#233;cits interconnect&#233;s qui nous ram&#232;ne aux apocalypses po&#233;tiques de J.G. Ballard.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Archipel_du_r%C3%AAve&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27A...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut aussi citer les &lt;i&gt;Chroniques martiennes&lt;/i&gt;, de Ray Bradbury (1950, aux USA), dans lequel la fusion entre nouvelles et roman atteint un sommet. L'ouvrage a d'ailleurs &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; en France comme un roman (Deno&#235;l, 1954), si l'on excepte le choix d'un titre qui reste r&#233;v&#233;lateur de sa nature r&#233;elle et du puzzle qui l'a constitu&#233; : &#224; savoir des nouvelles publi&#233;es par Ray Bradbury entre 1945 et 1950 dans des magazines, compl&#233;t&#233;es afin de constituer in fine l'ouvrage publi&#233; en 1950 sous le titre-chapeau &lt;i&gt;The Martian Chronicles&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chroniques_martiennes&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chron...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec ces quelques exemples, certes assez rares dans la production mondiale, on voit que les auteurs et &#233;diteurs, d'imaginaire principalement, ont investigu&#233; de nouvelles formes venant transcender le concept de nouvelle, et m&#234;me celui de recueil, pour &#171; oser &#187; des ouvrages hybrides, innovants tant dans leur structure que leurs interconnexions. Et l'on se doit d'insister sur le r&#244;le central de l'&#233;diteur dans ces structures, ces constructions &#8211; pour ne pas dire ces &#171; reconstructions &#187;, car l'&#233;criture des nouvelles incluses dans l'ouvrage publi&#233; in fine s'&#233;tale souvent sur une dur&#233;e cons&#233;quente. Pour ce qui est du cycle de Christopher Priest, par exemple, elles furent &#233;crites/publi&#233;es entre 1978 et 1999. Ou entre 1988 et 1998 pour la version initiale de &lt;i&gt;Kirinyaga&lt;/i&gt;, de Mike Resnick, avant qu'une &#233;dition ult&#233;rieure y ins&#232;re une nouvelle suppl&#233;mentaire dat&#233;e de 2008, cl&#244;turant d&#233;finitivement le cycle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, le genre imaginaire n'a pas l'exclusivit&#233; absolue du concept de nouvelle interconnect&#233;e. On citera l'influence de Sherwood Anderson et de son &lt;i&gt;WInesburg&lt;/i&gt;, Ohio sur la nouvelle interconnect&#233;e, &#339;uvre parfois consid&#233;r&#233;e comme un roman fragment&#233; en nouvelles (voir Wikipedia) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ray_Bradbury&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Ray Bradbury&lt;/a&gt; a reconnu en &lt;i&gt;Winesburg-en-Ohio&lt;/i&gt; la source d'inspiration principale qui l'a conduit &#224; &#233;crire &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chroniques_martiennes&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Chroniques martiennes&lt;/a&gt;. Quant &#224; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Phillips_Lovecraft&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;H. P. Lovecraft&lt;/a&gt;, il raconte avoir &#233;crit la nouvelle &lt;i&gt;Arthur Jermyn&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/1920_en_litt%C3%A9rature&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;1920&lt;/a&gt;), apr&#232;s avoir failli s'endormir en lisant les ragots colport&#233;s dans &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Winesburg-en-Ohio#cite_note-272&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Winesburg-en-Ohio&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Miller&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Henry Miller&lt;/a&gt; mentionne le recueil d&#232;s la premi&#232;re page de son roman &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Sexus&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Sexus&lt;/a&gt;, premi&#232;re partie de la trilogie &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Crucifixion_en_rose&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;La Crucifixion en rose&lt;/a&gt;. &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Fante&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;John Fante&lt;/a&gt; mentionne ce recueil dans son roman &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%AAves_de_Bunker_Hill&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;R&#234;ves de Bunker Hill&lt;/a&gt; (1982) pour dire combien &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Winesburg-en-Ohio#cite_note-274&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;ses nouvelles lui ont donn&#233; l'envie d'&#233;crire&lt;/a&gt;. L'&#233;crivain isra&#233;lien &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Amos_Oz&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Amos Oz&lt;/a&gt; rapporte dans son roman autobiographique, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Une_histoire_d%27amour_et_de_t%C3%A9n%C3%A8bres&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Une histoire d'amour et de t&#233;n&#232;bres&lt;/a&gt;, que &lt;i&gt;Winesburg-en-Ohio&lt;/i&gt; a exerc&#233; une grande influence sur son art en lui prouvant que la litt&#233;rature peut se passer de h&#233;ros, et que ce ne fut qu'apr&#232;s l'avoir lu qu'il trouva &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Winesburg-en-Ohio#cite_note-275&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;le courage d'&#233;crire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Indignation_(roman)&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Indignation&lt;/a&gt; de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Roth&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Philip Roth&lt;/a&gt;, publi&#233; en &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/2008_en_litt%C3%A9rature&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;2008&lt;/a&gt;, se situe en partie dans le coll&#232;ge de Winesburg, et son &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Protagoniste&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;protagoniste&lt;/a&gt; occupe un poste de serveur dans la &#171; Nouvelle pension Willard &#187; (&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Winesburg-en-Ohio#cite_note-276&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;New Willard House&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;). Enfin, Porter Shreve a pr&#233;sent&#233; en 2014 une suite possible au livre de Sherwood Anderson dans son roman &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Winesburg-en-Ohio#cite_note-277&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;The End of the Book&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. On peut citer aussi &lt;i&gt;Greetings from Below&lt;/i&gt;, de David Philip Mullins (ouvrage non traduit int&#233;gralement &#224; ce jour), qui est tout &#224; fait un recueil de nouvelles interconnect&#233;es &#8211; qui plus est particuli&#232;rement r&#233;ussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.publishersweekly.com/9781932511888&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;https://www.publishersweekly.com/97...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;4. Autres interconnexions en forme de conclusion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, ce que donne &#224; lire le nouvelliste est du v&#233;cu intense, secret, partageable par l'&#233;crit, mais &#224; mi-chemin entre le conte et la fable oralis&#233;s &#233;voquant la tradition orale antique. La nouvelle touche &#224; la sph&#232;re de l'intime, et elle gagne &#224; &#234;tre mise en valeur par le biais de l'enregistrement : le podcast, la lecture &#224; voix haute en direct &#8211; ne pas oublier le conte du soir pour enfants, qui en est la toute premi&#232;re manifestation&#8230; et la premi&#232;re marche d'une future &#171; addiction &#187; &#224; la lecture ? France Culture et un &#233;diteur comme Rue St Ambroise proposent r&#233;guli&#232;rement des enregistrements en ligne de nouvelles contemporaines ; souhaitons que cette formule se poursuive et gagne m&#234;me du terrain chez les adultes que nous sommes, qui &#171; n'ont plus le temps de lire &#187;, disent-ils, pas m&#234;me pour la nouvelle&#8230; mais qui pourraient se laisser convaincre par un autre mode d'inoculation de ce vaccin contre l'inculture, qui sait ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Edito de juillet 2022 </title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/nos-anciens-editos/article/edito-de-juillet-2022</link>
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		<dc:date>2022-07-03T07:39:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En ce nouvel &#233;t&#233; o&#249; le COVID nous joue toujours l'invit&#233;-myst&#232;re (et &#231;a n'est pas l'unique menace pesant sur nous tous, il y a la guerre &#224; nos portes et tout le reste), lire, &#233;chapper au quotidien est de plus en plus un acte salutaire, un oxyg&#232;ne. Trois nouvelles par jour au minimum, matin, midi, soir, et la nuit en prime pour les insomniaques, seront une poign&#233;e de sable jet&#233;e sur le feu de nos pens&#233;es mauvaises, et le plaisir d'un ailleurs qu'on invite chez soi le temps d'un &#233;change ou d'un caf&#233;, d'une (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/l-equipe-de-nd/nos-anciens-editos/" rel="directory"&gt;Nos anciens &#233;ditos&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En ce nouvel &#233;t&#233; o&#249; le COVID nous joue toujours l'invit&#233;-myst&#232;re (et &#231;a n'est pas l'unique menace pesant sur nous tous, il y a la guerre &#224; nos portes et tout le reste), lire, &#233;chapper au quotidien est de plus en plus un acte salutaire, un oxyg&#232;ne. Trois nouvelles par jour au minimum, matin, midi, soir, et la nuit en prime pour les insomniaques, seront une poign&#233;e de sable jet&#233;e sur le feu de nos pens&#233;es mauvaises, et le plaisir d'un ailleurs qu'on invite chez soi le temps d'un &#233;change ou d'un caf&#233;, d'une rencontre avec la fiction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cet &#233;t&#233;, Nouvelle Donne vous propose &lt;i&gt;Les talons de ma m&#232;re&lt;/i&gt; de Laurence Gay Pinelli, r&#233;cit &#233;chevel&#233; d'un ado mal en point, avide de paroles tant qu'il en est encore temps, transfiguration du milieu hospitalier sous l'effet de sa fi&#232;vre de mots et de souvenirs, tout cela empli d'une urgence vitale et jet&#233; &#224; la figure du lecteur perplexe, puis inquiet. Viendra aussi, &#224; l'oppos&#233; du pr&#233;c&#233;dent, &lt;i&gt;Vis-&#224;-vis&lt;/i&gt; de Jean-Yves Robichon, r&#233;cit subtil d'une rencontre &#224; petits pas, par touches prudentes et comme sur la pointe des pieds, peut-&#234;tre juste imagin&#233;e, qui sait.&lt;br class='autobr' /&gt;
A lire aussi, les premiers &#233;l&#233;ments du grand dossier &#171; Plein feu sur la nouvelle &#187; de la r&#233;daction qui fera, en plusieurs &#233;pisodes, un point de situation sur la nouvelle en France, son statut, ses n&#339;uds gordiens et ses espoirs, ses formes m&#233;connues ou en devenir aussi car tout mute, &#233;volue, s'adapte ou meurt. Tout cela entre point formel et interviews d'acteurs du domaine, y compris l'&#233;quipe de Nouvelle Donne qui se d&#233;voilera un peu plus &#224; vous via sa passion commune pour ce genre : en lire, en &#233;crire, le pourquoi du comment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bernard Quiriny / Vies conjugales</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/bernard-quiriny-vies-conjugales</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Michel Calvez</dc:creator>



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&lt;p&gt;Bernard Quiriny est bien connu des fans de nouvelles. Dans Vies conjugales, son dernier recueil, il aborde sur un mode intimiste et souvent avec ironie, d&#233;rision voire autod&#233;rision, des histoires entre fait-divers de la vie courante (ou presque), et sc&#233;narios plus grotesques au bord de l'absurde ou du fantastique horrifique comme dans &#171; Martial et Jasmine &#187;. Il aborde parfois aussi le registre de la science-fiction, comme dans l'apocalyptique et &#233;mouvant &#171; Deux contes sur la mort &#187;. Avec ses (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1253.jpg?1648918010' width='103' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bernard Quiriny est bien connu des fans de nouvelles. Dans Vies conjugales, son dernier recueil, il aborde sur un mode intimiste et souvent avec ironie, d&#233;rision voire autod&#233;rision, des histoires entre fait-divers de la vie courante (ou presque), et sc&#233;narios plus grotesques au bord de l'absurde ou du fantastique horrifique comme dans &#171; Martial et Jasmine &#187;. Il aborde parfois aussi le registre de la science-fiction, comme dans l'apocalyptique et &#233;mouvant &#171; Deux contes sur la mort &#187;. Avec ses univers toujours un peu d&#233;traqu&#233;s, ou parfois juste d&#233;cal&#233;s, tel &#171; Le club des s&#233;dentaires &#187; il moque gentiment, avec une ironie l&#233;g&#232;re, ceux qui, par pure phobie, refusent le voyage et l'&#233;loignement, mais cherchent ici &#224; se d&#233;passer dans une &#233;trange comp&#233;tition aux enjeux et au langage calqu&#233;s sur ceux de grandes &#233;preuves et courses en solitaire : marathon, ultratrail. Bernard Quiriny s'inspire aussi assez largement d'anecdotes (v&#233;cues ?) touchant &#224; l'univers impitoyable de l'&#233;dition, ses manies et ses guerres intestines, comme dans la collection de vignettes intitul&#233;e &#171; Avant-propos, d&#233;dicaces et remerciements &#187;, dans le corrosif &#171; Roman d'une pr&#233;face &#187; croquant les rivalit&#233;s entre auteurs et leurs pr&#233;faciers, ou dans &#171; Contraintes &#187;. Plus largement, le monde artistique est lui aussi abord&#233; par l'absurde ou l'&#233;trange/horrifique, dans &#171; L'exposition &#187;, digne d'Edgar Allan Poe ou Stephen King, &#233;trange et sombre all&#233;gorie &#233;voquant l'influence de l'art pictural sur la r&#233;alit&#233; du monde, car on sait tous que &#171; l'art imite la vie &#187;... ou serait-ce l'inverse ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'image du &#171; Vendeur de cartes anciennes &#187;, l'une des constantes de l'auteur, qui fait tout son charme, est ce style, cette ambiance et ces sc&#233;narios d&#233;licieusement surann&#233;s &#224; la tonalit&#233; s&#233;pia et comme hors du temps, c'est-&#224;-dire intemporels, qui auraient pu &#234;tre &#233;crits &#224; n'importe quelle p&#233;riode de notre si&#232;cle ou plut&#244;t du pr&#233;c&#233;dent, tr&#232;s peu focalis&#233;s sur nos pr&#233;occupations et nos travers par trop contemporains, pr&#233;f&#233;rant s'attacher aux qualit&#233;s et d&#233;fauts, bref, aux constantes humaines fondamentales qui guident ses sc&#233;narios, &#224; l'instar de contes philosophiques &#224; valeur universelle. &#171; Passe-passe &#187;, par exemple, est un petit bijou all&#233;gorique sur la manipulation par le discours, quand &#171; Bonnes gens de Rouvi&#232;res &#187; &#233;pingle bouche-&#224;-oreille et rumeurs toxiques au sein d'un village, brocardant la r&#233;putation ou la moralit&#233; d'une personne. Peut-&#234;tre &#171; Usus fructus &#187; est-il un peu plus contemporain dans sa preuve par l'absurde, bien que l'on per&#231;oive, dans ce r&#233;cit de la m&#233;prise drolatique d'un couple de touristes na&#239;f inconscient des coutumes en vigueur dans le paradis exotique qu'ils visitent, un clin d'&#339;il malin aux &#171; Tristes tropiques &#187; de Claude Levi-Strauss, et autres b&#233;vues du touriste occidental en vill&#233;giature lointaine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
On regrettera parfois des chutes peu &#233;labor&#233;es, mal ficel&#233;es ou, disons, &#171; abandonn&#233;es &#224; leur sort &#187; car trop brutales, laissant en plan, en attente de surprise plus explicite et maline, le lecteur fan de textes &#224; chute. &#171; J &#187; ou &#171; Vies conjugales &#187;, par exemple, peuvent laisser perplexes. Ce qui soul&#232;vera &#224; nouveau le d&#233;bat sur la notion de texte &#224; chute (ou pas), versus l'ambiance et le soin apport&#233;s &#224; la peinture d'une tranche de vie et &#224; la cr&#233;ation d'une ambiance, un art en lequel Bernard Quiriny est sans doute insurpassable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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