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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Comme une boule</title>
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		<dc:date>2020-11-15T09:08:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Muriel Robe</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je me suis pos&#233;e comme une boule dans son vieux canap&#233; d&#233;fonc&#233;, j'ai retrouv&#233; mon trou, l&#224; o&#249; petite je m'endormais avant qu'elle ne nous secoue en pleine nuit pour nous r&#233;veiller. Elle allait se coucher. &#192; trois heures du matin y'avait plus rien &#224; boire et plus rien de bien &#224; la t&#233;loche. Chacun sa place, mon fr&#232;re Antoine &#224; sa gauche et moi &#224; sa droite, elle &#233;tait gauch&#232;re, plus facile pour les taloches. C'&#233;tait comme &#231;a nos soir&#233;es, &#224; rester sages devant l'&#233;cran pendant qu'elle avait d&#233;cid&#233; d'&#233;cluser sa peine (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1105.jpg?1605431274' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_433 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/comme_une_boule.jpg?1605431288' width='500' height='500' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis pos&#233;e comme une boule dans son vieux canap&#233; d&#233;fonc&#233;, j'ai retrouv&#233; mon trou, l&#224; o&#249; petite je m'endormais avant qu'elle ne nous secoue en pleine nuit pour nous r&#233;veiller. Elle allait se coucher. &#192; trois heures du matin y'avait plus rien &#224; boire et plus rien de bien &#224; la t&#233;loche. Chacun sa place, mon fr&#232;re Antoine &#224; sa gauche et moi &#224; sa droite, elle &#233;tait gauch&#232;re, plus facile pour les taloches. C'&#233;tait comme &#231;a nos soir&#233;es, &#224; rester sages devant l'&#233;cran pendant qu'elle avait d&#233;cid&#233; d'&#233;cluser sa peine et de fumer son d&#233;gout d'elle-m&#234;me et je crois aussi de nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux jours que je sue et que je passe &#224; vider son appartement &#233;br&#233;ch&#233; &#224; La Chatoire, un quartier du Tampon. Mon fr&#232;re n'a pas voulu venir, il m'a dit de tout jeter &#224; la benne, je n'ai pas insist&#233;, j'ai pens&#233; que ses &#233;pluchures de souvenir &#231;a faisait longtemps qu'il les avait mises &#224; la poubelle. Logique. Impossible de lui tirer de la t&#234;te que sa m&#232;re n'&#233;tait qu'une ordure de premi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce midi pour terminer, je me suis attaqu&#233;e aux placards de sa chambre, j'ai pellet&#233; des frusques informes, boul&#233;es et trou&#233;es, les vieilles peaux de sa silhouette ravag&#233;e. J'avais presque fini lorsque j'ai d&#233;couvert tout au fond, en haut de la derni&#232;re &#233;tag&#232;re, une longue bo&#238;te. &#192; l'int&#233;rieur, sa tenue de l'&#233;mission, le petit blouson rouge, sa belle robe noire, les fines bottines, les boucles d'oreilles brillantes. Sa panoplie de jouvence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout sentait encore le parfum cher de son retour victorieux &#224; la maison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne suis pas fi&#232;re. J'avoue que j'ai enlev&#233; mon legging et mon T-shirt, oui. Oui, j'ai tent&#233; d'enfiler la belle robe devant la glace ray&#233;e du placard. Je n'ai m&#234;me pas pens&#233; sur le moment qu'une boule comme moi ne rentrerait jamais dans ce genre de fourreau. M&#234;me taille 46.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l&#224;, je suis pos&#233;e sur le canap&#233;, le grand carton &#224; mes pieds. Je ne sais pas quoi en faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sa belle-s&#339;ur, Bernadette, qui avait inscrit ma m&#232;re &#224; cette &#233;mission, elles faisaient toutes les deux les march&#233;s forains, mon p&#232;re &#233;tait encore avec nous et travaillait dans une coop&#233;rative agricole dans le coin de Petite &#206;le. On habitait encore une petite maison &#224; Mont Vert les Hauts entre la route qui monte et les champs de canne. &#192; cette &#233;poque- l&#224; on &#233;tait encore presque une vraie famille. Je r&#233;p&#232;te &#171; encore &#187;, je m'en rends compte, cet encore-l&#224; est certainement d&#233;goulinant d'une nostalgie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dis &#171; presque une famille &#187; parce que ma m&#232;re se plaignait d&#233;j&#224; beaucoup, de la vieillesse qui l'avait attaqu&#233;e trop t&#244;t &#224; cause de son boulot, de ses chairs avachies qui flottaient autour d'elle comme de vieilles ailes, qu'elle disait, de sa fatigue d'&#234;tre grosse &#224; cause de nous, mon fr&#232;re et moi. C'&#233;tait radical qu'elle r&#233;p&#233;tait, dans grossesse y'a grosse. Et puis le manque de temps pour elle lui avait rong&#233; sa vie. Le manque d'argent l'enlaidissait, l&#224; c'&#233;tait surtout la faute de mon p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, c'est vrai, sa participation &#224; cette &#233;mission avait &#233;t&#233; comme un coup de foudre familial. Un tonnerre de promesses. C'&#233;tait une &#233;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e qui proposait de retrouver jeunesse et beaut&#233;, &#171; &#212; de jouvence &#187; que &#231;a s'appelait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re avait &#233;t&#233; absente de la maison pendant trois semaines pour prendre soin d'elle ce qui revenait &#224; apprendre &#224; mieux manger, faire de l'exercice, arr&#234;ter de boire, moins fumer, se faire relooker et faire enfin exploser la femme canon qui &#233;tait enfouie en elle. La croisade contre la mochet&#233; &#233;tait lanc&#233;e, les saints soldats coiffeurs, dentistes et proth&#233;sistes, maquilleurs, nutritionnistes, coachs de tous poils, tous, feraient que ma m&#232;re sortirait de la bataille aur&#233;ol&#233;e de beaut&#233; et de gr&#226;ce.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est s&#251;r c'&#233;tait pas gagn&#233; d'avance. Mais j'avais dix ans et mon fr&#232;re six et je me souviens de cette p&#233;riode comme d'un conte de f&#233;es. On &#233;crivait &#224; maman qu'elle nous manquait, on lui envoyait de beaux dessins, on lui dessinait des c&#339;urs rouges et des fleurs. Et la Grande Dame de l'&#201;mission venait nous voir chez nous et nous disait que maman, elle nous aimait parce qu'elle pleurait, seule, dans sa belle et grande chambre d'h&#244;tel en lisant nos courriers. Bon on savait bien que c'&#233;tait un jeu mais quand m&#234;me on y croyait fort en fermant les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre p&#232;re avait beau dire qu'il trouvait &#231;a con, qu'elle &#233;tait bien comme elle &#233;tait et que &#231;a lui suffisait, maintenant au fond je suis certaine qu'il voulait aussi y croire, que l'id&#233;e lui plaisait. Changer de femme pour une mieux tout en gardant la m&#234;me. Peut-&#234;tre il en r&#234;vait pour de vrai. De toute fa&#231;on c'est ce qu'il a fait quelques ann&#233;es apr&#232;s. Il nous a quitt&#233;s nous et notre m&#232;re pour une moins grosse et plus jeune, et si je veux &#234;tre sinc&#232;re, pour une plus belle de l'int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant ce grand carton je me refais le film du grand soir. Toutes les familles &#233;taient r&#233;unies sur le plateau de l'&#201;mission &#224; attendre leur nouvelle m&#232;re respective. Je me souviens que notre m&#232;re &#233;tait la troisi&#232;me &#224; descendre le grand escalier vertigineux, lumineux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand elle est apparue, mon p&#232;re, mon fr&#232;re dans ses bras et moi nous formions une statue p&#233;trifi&#233;e, la gueule ouverte, le sel des larmes. Puis mon fr&#232;re s'est mis &#224; pousser des cris stridents en battant des mains comme un d&#233;bile. Et moi je n'osais pas la contempler. Je jetais un regard vers elle et tout de suite je m'enfouissais le visage sous la veste de mon p&#232;re, entre les jambes de mon fr&#232;re, une attard&#233;e. Pourquoi je me cachais comme &#231;a ? Ma m&#232;re &#233;tait trop belle &#224; regarder ? Peut-&#234;tre que je n'&#233;tais pas dupe, que je savais que ma vraie m&#232;re &#233;tait ailleurs, qu'elle s'&#233;tait absent&#233;e pour laisser place &#224; cette femme raffin&#233;e qui me souriait fi&#232;rement en me tendant les bras. Mon p&#232;re, lui, s'&#233;tait laiss&#233; foudroyer, des &#233;clairs lui d&#233;bordaient des yeux. Avec du recul je pense qu'il commen&#231;ait &#224; bander sous les projecteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette image de honte et de joie m&#234;l&#233;es je l'ai bien gard&#233;e dans le fond de ma cervelle. Souvent quand notre m&#232;re se faisait un p&#233;tard apr&#232;s quelques bi&#232;res, elle nous remettait l'&#233;mission de quand elle avait &#233;t&#233; putain de michetonne. On devait regarder en boucle devant les cartons graisseux et les bo&#238;tes sales de nos repas engloutis. &#171; Alors vous avez quoi &#224; dire Vanille et Chocolat ? Elle &#233;tait pas au top du top votre mater ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vanille c'&#233;tait moi et Chocolat mon fr&#232;re. C'&#233;tait comme &#231;a, on &#233;tait ses deux bouboules de glace pr&#233;f&#233;r&#233;es. Quand elle &#233;tait de bonne humeur et qu'il n'y avait rien de pr&#233;vu &#224; manger le dimanche soir, on descendait en bus dans le centre-ville de St Pierre, on se b&#226;frait de cornets qui coulaient entre nos jambes, assis sur le trottoir, en face du glacier. Depuis Antoine a fondu. Pas moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai gard&#233; cette boule, pour &#234;tre plus exacte je crois que je me suis form&#233;e tout enti&#232;re autour de cette boule originelle, comme si tout mon &#234;tre &#233;tait le r&#233;sultat de cet effet boule de neige. J'ai augment&#233; en volume parce que j'ai roul&#233; le caillou noir de cette enfance dans les couches sordides de mon existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai envie de les d&#233;chirer, de les d&#233;couper ces v&#234;tements d'apparat, ces oripeaux d'op&#233;rette, d'en faire des torchons pour terminer les carreaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, un mois apr&#232;s l'&#233;mission, tout avait commenc&#233; &#224; craqueler comme un vernis mal s&#233;ch&#233;. La robe en soie noire vite tach&#233;e ne passait pas &#224; la machine et pas les moyens d'aller toujours courir au pressing. Elle l'avait finalement rang&#233;e, pas l'occasion de la mettre. Elle ne pouvait pas tenir toute la journ&#233;e au march&#233; sur la pointe des pieds dans ces putains de bottines. Puis ses cheveux blancs avaient repouss&#233;, sa silhouette s'&#233;tait encore plus affaiss&#233;e, les rides colmat&#233;es s'&#233;taient veng&#233;es. Je crois maintenant que la vieillesse et l'ob&#233;sit&#233;, un temps cach&#233;es, avaient continu&#233; &#224; couler en elle en prenant toute la force d'une rivi&#232;re souterraine. Le jaillissement de sa d&#233;cr&#233;pitude quelques mois plus tard lui avait &#233;t&#233; fatal. Le torrent avait tout emport&#233; avec lui, mon p&#232;re, la maison, son travail et m&#234;me sa belle-s&#339;ur Bernadette, tenue responsable du fiasco.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Antoine et moi nous sommes rest&#233;s dans sa flaque, on n'avait pas le choix. C'&#233;tait comme &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai jusqu'&#224; 17 h pour rendre les cl&#233;s. Le type de l'agence va passer faire l'&#233;tat des lieux de cet appartement merdique. Je vais finir de le nettoyer, &#231;a me fait du bien. Je me suis lav&#233;e avec. Le mec des encombrants ne va pas tarder et apr&#232;s je passe un coup de toile final. Elle est morte ici, elle qui voulait retourner dans sa Manche natale. Jamais eu le courage ou la volont&#233;. &#171; Je suis r&#233;unionnaise que pour la forme ! &#187; qu'elle plaisantait souvent. &#199;a la secouait &#224; chaque fois d'un rire crois&#233; de toux. Mais je crois que c'&#233;tait vrai, son attachement &#224; l'&#238;le se r&#233;sumait au fait qu'elle &#233;tait &#233;norme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais quoi de cet attirail de fausse femme fatale ? Je l'envoie &#224; mon p&#232;re, comme le plus beau souvenir de ma m&#232;re pimpante ? M&#233;chant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je le donne au Secours Catholique ? J'ai peur que ces nippes portent malheur sur celle ou celui qui les enfile. Les femmes et les hommes pauvres font partie de ma plan&#232;te et elle ne s'appelle pas V&#233;nus mais Ob&#233;situs Diab&#232;tus. Je ne peux pas les empoisonner avec ce paquet pourri de la grande illusion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais, enfin je crois. Je vais les d&#233;poser devant la porte du Th&#233;&#226;tre au Tampon. Pas loin d'ici. Ses v&#234;tements resteront ce qu'ils ont toujours &#233;t&#233;. Les costumes et accessoires d'une sc&#232;ne de vie qui n'&#233;tait que r&#234;ve et tromperie. Un mirage de richesse pour griser et calmer les humbles. Ma m&#232;re dup&#233;e est morte en Cendrillon et en haillons, la haine riv&#233;e dans son sein gauche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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