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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title> Nage et tu retrouveras ton souffle</title>
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		<dc:date>2020-12-19T23:19:58Z</dc:date>
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		<dc:creator>Andrea Pandolfi</dc:creator>



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&lt;p&gt;Depuis que j'avais achet&#233; le camion &#224; un gars qui partait en taule, je n'avais rien repeint. Sur les parois, le d&#233;cor &#224; l'a&#233;rographe avait p&#226;li, le A de SQUALES et le I de VIVANTS n'&#233;taient plus visibles. Je m'assis lourdement sur le bitume. Le grondement ne venait pas de l'oc&#233;an, mais de l'autoroute, Les grands espaces n'&#233;taient pas le nom d'une plage mais celui d'une aire de repos. Appuy&#233; contre une roue, bi&#232;re dans une main, t&#233;l&#233;phone dans l'autre, je consultai la bo&#238;te vocale&#8230; Un courant glacial sortit de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1119.jpg?1608419937' width='150' height='113' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_437 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/nage_et_tu_retrouveras_ton_souffle.jpg?1608419881' width='500' height='376' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis que j'avais achet&#233; le camion &#224; un gars qui partait en taule, je n'avais rien repeint. Sur les parois, le d&#233;cor &#224; l'a&#233;rographe avait p&#226;li, le &lt;i&gt;A&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;SQUALES&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;I&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;VIVANTS&lt;/i&gt; n'&#233;taient plus visibles. Je m'assis lourdement sur le bitume. Le grondement ne venait pas de l'oc&#233;an, mais de l'autoroute, &lt;i&gt;Les grands espaces&lt;/i&gt; n'&#233;taient pas le nom d'une plage mais celui d'une aire de repos. Appuy&#233; contre une roue, bi&#232;re dans une main, t&#233;l&#233;phone dans l'autre, je consultai la bo&#238;te vocale&#8230; Un courant glacial sortit de l'appareil. Astrid, ma fille, avait rendez-vous avec la directrice d'un EHPAD. Il fallait que je vienne de toute urgence. Fin de ce message. Le second &#233;tait d'Elmer. Il m'attendait avec impatience et une bouteille de Jack Daniels. C'est donc lui que je rappelai. Je serais l&#224;-bas en fin d'apr&#232;s-midi. Boris et Pequot devaient se pointer un peu plus tard. Je rentrais enfin chez moi. Mes requins aussi. Je terminai songeusement ma Corona. Astrid se promenait quelque part dans ma t&#234;te, avec les biberons, les premiers pas, le plaisir de la voir grandir. Et puis Suzanne, sa m&#232;re, ma femme, &#233;tait partie, les choses s'&#233;taient progressivement g&#226;t&#233;es, avaient pris de la mauvaise graisse. Je malaxai ma canette vide, la balan&#231;ai dans une poubelle et me dirigeai vers les sanitaires de la station-service. J'y croisai un type qui me demanda si l'&#233;norme camion aquarium, le &lt;i&gt;Squales Circus&lt;/i&gt;, &#233;tait &#224; moi. Je fis oui de la t&#234;te.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous trimbalez vraiment des requins ? &lt;br class='autobr' /&gt;
J'indiquai ma main gauche du menton. &lt;br /&gt;&#8212; Les risques du m&#233;tier, dis-je en suivant le mouvement de ses yeux. Il comptait mes doigts. &lt;br /&gt;&#8212; Vous voulez dire que&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Qu'ils m'en ont bouff&#233; trois.
&lt;br /&gt;&#8212; Merde !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me tapota le bras et s'&#233;loigna en grommelant je ne sais quoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce baratin marchait toujours. Je ne pus m'emp&#234;cher de sourire en pensant &#224; mes trois braves requins corail qui ne se nourrissaient que de crustac&#233;s ou de petits poissons. Mes doigts, c'est une tondeuse qui me les avait aspir&#233;s, du temps o&#249; j'&#233;tais jardinier municipal &#224; Cherbourg. Je me hissai dans la cabine, me remis au volant. J'extirpai de la bo&#238;te &#224; gants l'almanach des mar&#233;es et m&#234;me si je le connaissais par c&#339;ur, consultai pour la &#233;ni&#232;me fois l'horaire : Cherbourg : Mar&#233;e basse 16h41 mar&#233;e haute 22h32. Coefficient 110. Tout &#233;tait pr&#233;vu, calcul&#233;. Je savais que je pouvais compter sur Elmer et Boris. Concernant Pequot, j'avais davantage de doutes. Mais de toute mani&#232;re, c'&#233;tait trop tard pour revenir en arri&#232;re. Alors direction la route des caps. Avec dans le dos vingt mille litres d'eau bleue que j'entendais un peu clapoter. &lt;br /&gt;&#8212; On rentre au bercail, mes petits gars, murmurai-je. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les requins ne r&#233;pondirent pas. La route &#233;tait ennuyeuse, on ne peut pas emprunter le chemin des &#233;coliers avec un engin pareil. Je m'arr&#234;tai un moment pour assister &#224; l'&#233;trange repas d'immenses animaux de ferraille blanche, immobiles au sommet des collines qui masquaient la mer. Ils engloutissaient le vent dans un bruissement satisfait et monocorde. Au fond de ma poche, mon t&#233;l&#233;phone sonna. Astrid. Les &#233;oliennes continuaient &#224; avaler. J'escaladai le marchepied et claquai la porti&#232;re. La sonnerie cessa enfin au moment o&#249; je d&#233;marrai. Derni&#232;re ligne droite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et voil&#224;. Arriv&#233; &#224; bon port. Comme convenu, je garai le camion sur le parking du bar, Le Bounty, et gravis &#224; pied la petite route caboss&#233;e qui conduisait chez Elmer. Son chalet &#233;tait nich&#233; au milieu d'arbres et d'une jungle d'herbes embrouill&#233;es, de ronces qui s'entortillaient autour de mes chevilles, de chardons qui me piquaient les mollets, s'agrippaient obstin&#233;ment &#224; mes v&#234;tements, hostiles et silencieux. Je m'attendais presque &#224; entendre Elmer leur crier de cesser de me retenir, que j'arrivais en ami et que j'&#233;tais autoris&#233; &#224; entrer. &#192; ce moment, il apparut, massif, dans l'encadrement de la porte de sa maison, le ventre envelopp&#233; dans un tablier &lt;i&gt;Best cook of the world&lt;/i&gt;. Il leva ensuite les bras, comme un gros tourteau pinces &#233;cart&#233;es, et les referma sur moi. &lt;br /&gt;&#8212; Je suis content de te voir enfin, Fred !&lt;br class='autobr' /&gt; Et moi donc ! &lt;br /&gt;&#8212; Allez, suis-moi. Tu te souviens, de la petite terrasse, on voit la mer. En ce moment elle est basse, comme pr&#233;vu, dit-il. &lt;br class='autobr' /&gt;
La mer ! Enfin ! Effectivement, la maison d'Elmer surplombait l'oc&#233;an. &lt;br /&gt;&#8212; Tu as r&#233;ussi &#224; garer le camion ? Tout va bien pour tes bestiaux ?
&lt;br /&gt;&#8212; Tout va bien, dis-je, toujours en scrutant la plage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis j'aper&#231;us l'eau : une fine ligne scintillante tapie contre l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vais pr&#233;parer de quoi boire, annon&#231;a solennellement Elmer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent se levait. Et moi, &#224; respirer tout cet air, je me sentais tellement l&#233;ger que j'aurais pu m'envoler en battant des bras un peu fort. J'&#233;tais l&#224;, heureux. Heureux mais un peu anxieux. J'entendais des cris de mouettes, et aussi des tintements de gla&#231;ons qui s'entrechoquaient. Elmer revint avec un plateau. &lt;br /&gt;&#8212; Astrid a t&#233;l&#233;phon&#233; deux fois, fit-il en me tendant un whisky. Elle m'a demand&#233; si je savais o&#249; tu &#233;tais.
&lt;br /&gt;&#8212; T'as r&#233;pondu quoi ? &lt;br /&gt;&#8212; Que je n'en avais aucune id&#233;e. Pas question qu'on te laisse aller dans un EHPAD.
&lt;br /&gt;&#8212; Pas question que j'y aille ! dis-je. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et on trinqua. Je n'aurais jamais d&#251; vendre ma maison, en partant il y a des ann&#233;es, mais j'en trouverais bien une autre. Et je n'en bougerais plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours pas de Pequot, toujours pas de Boris. Sans eux, mon projet capotait. Elmer dut lire dans mes pens&#233;es : &lt;br /&gt;&#8212; Les deux autres ne devraient pas tarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et effectivement, Boris apparut. Suivi de Pequot, venu avec sa femme, Marie. &lt;br class='autobr' /&gt; Pequot me regarda bien en face : &lt;br /&gt;&#8212; Tu es s&#251;r que tu as bien r&#233;fl&#233;chi ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#201;coute, mon vieux, lui dis-je patiemment, je n'ai pens&#233; qu'&#224; &#231;a toute l'ann&#233;e. Alors oui, j'ai bien r&#233;fl&#233;chi.&lt;br class='autobr' /&gt; La mer commen&#231;ait &#224; remonter.
&lt;br /&gt;&#8212; Asseyez-vous, proposa Elmer qui d&#233;vissait le bouchon d'une bouteille de rhum. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il versa une bonne rasade et lui mit un verre dans une main.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pequot se laissa tomber dans l'unique si&#232;ge vacant.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est de la folie, soupira-t-il, l'air lugubre, de-la-fo-lie. &lt;br class='autobr' /&gt; Marie lui rappela : &lt;br /&gt;&#8212; &#201;coute, d'apr&#232;s ce que j'ai compris, vous avez tout pr&#233;vu au poil pr&#232;s, non ?&#8230; Pourquoi tu t'inqui&#232;tes, mon ch&#233;ri ?
&lt;br /&gt;&#8212; C'&#233;tait au t&#233;l&#233;phone ! &#199;a fait combien de temps que t'as pas mis les pieds ici, hein, Fred et&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Sept ans, mais je suis l&#224;, maintenant. &lt;br /&gt;&#8212; Allons, &#231;a va marcher, assura Marie.
&lt;br /&gt;&#8212; La th&#233;orie est une chose, la pratique en est une autre ! Non ? demanda son mari.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne r&#233;pondit.
&lt;br /&gt;&#8212; Et si on n'y arrive pas ? Et si tu flanches au dernier moment ? Tu ne pourras pas revenir en arri&#232;re, t'as pens&#233; &#224; &#231;a ? reprit Pequot qui suivait son id&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il ferma les yeux et contempla sur l'int&#233;rieur de ses paupi&#232;res la suite du d&#233;sastre. &lt;br /&gt;&#8212; Et si les flics se pointent et&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Bon, l'interrompit Elmer. Parlons net : tu te d&#233;gonfles ou tu viens avec nous ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pequot fron&#231;a les sourcils, presque m&#233;lancolique : &lt;br /&gt;&#8212; Non, je ne me d&#233;gonfle pas, je viens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et il poussa un r&#226;le d'agonie, la t&#234;te entre les mains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me levai pour remplir mon verre, le cognai doucement contre le sien. &lt;br /&gt;&#8212; Tchin, mon vieux. C'est la meilleure chose &#224; faire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Boris m&#226;chonna une feuille de menthe et sourit : &lt;br /&gt;&#8212; Moi c'est pour &#231;a que je marche !&lt;br class='autobr' /&gt;
Pequot revint &#224; la charge : &lt;br /&gt;&#8212; Dis-donc, Fred, t'es bien certain que tes requins corail survivront dans la Manche ? Hein ? Elle est pas pareille que la Mer rouge et&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; On en a d&#233;j&#224; parl&#233;, coupai-je. Les scientifiques de l'observatoire des requins p&#233;lagiques m'ont garanti qu'ils s'adapteraient dans un oc&#233;an froid ou bien ils migreraient vers des eaux plus chaudes.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu leur as pas dit ce que tu comptais faire ! Ils parlaient en th&#233;orie ! Et la th&#233;orie est une chose et la prat&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; &#8230;tique en est une autre, on sait, coup&#232;rent Boris et Marie.
&lt;br /&gt;&#8212; Bon. Je vais voir si tout va bien, dis-je. Je pr&#233;f&#232;re v&#233;rifier la pompe et le filtre de l'aquarium. Il faut vraiment que les requins soient en pleine forme cette nuit
&lt;br /&gt;&#8212; Je peux t'accompagner ? demanda Marie qui se leva sans attendre ma r&#233;ponse. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; &#234;tre seul. Je le pensai mais ne le dis pas. &lt;br /&gt;&#8212; Alors allons-y, claironnai-je en traversant la terrasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais l'air confiant, mais &#224; l'int&#233;rieur c'&#233;tait une autre histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marie jacassa sur la route qui descendait au parking mais elle se tut quand j'ouvris l'arri&#232;re du camion. Les ventres argent&#233;s passaient et repassaient au niveau de nos t&#234;tes.&lt;br class='autobr' /&gt; Le jour tombait. Les yeux verts, vides et indiff&#233;rents, devenaient phosphorescents. Et les trois silhouettes fantomatiques commen&#231;aient &#224; s'agiter. Les requins corail chassent la nuit. Ou alors &#233;taient-ils comme des loups sentant l'appel de la for&#234;t ? On commen&#231;ait &#224; entendre la mer approcher. Je plongeai dans mes souvenirs. C'&#233;tait un matin de mai. Des jeunes gens m'avaient crach&#233; &#224; la gueule qu'un aquarium comme le mien, c'&#233;tait une honte. Je n'avais pas su quoi r&#233;torquer car&#8230; car ils avaient raison. Je tra&#238;nais derri&#232;re moi un oc&#233;an de pacotille dans lequel marinaient trois malheureuses cr&#233;atures presque en voie de disparition. Et je m'asphyxiais doucement aussi, Astrid m'&#233;touffant avec ses projets d'enfermement. J'avais nettoy&#233; ma joue inond&#233;e de bave juv&#233;nile, et je m'&#233;tais enfin d&#233;cid&#233; en jetant le kleenex dans le caniveau. Voil&#224; ce que j'allais faire : je retournerais au point de d&#233;part. Je m'installerais pr&#232;s de chez Elmer, face &#224; la mer, la vraie. Mer &#224; laquelle je rendrais son d&#251; : mes compagnons. Le plan avait m&#251;ri. Je garerais le camion en marche arri&#232;re tout au bout de la cale, juste avant l'eau qui atteint l&#224; un m&#232;tre soixante &#224; mar&#233;e haute. Pequot et Elmer, post&#233;s chacun d'un c&#244;t&#233;, ouvriraient les portes. Boris et moi, &#224; plat ventre sur le toit, on se chargerait de la paroi mobile de l'aquarium. L'eau se d&#233;verserait alors dans la mer, entra&#238;nant avec elle les trois requins. Et vive la libert&#233;. Evidemment, c'&#233;tait en th&#233;orie. Je pensai &#224; Pequot. Et si ces animaux restaient en rade sur le sol vitr&#233; ? Et s'ils &#233;taient incapables de survivre dans l'oc&#233;an ? Et si&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
La remont&#233;e jusqu'&#224; la maison fut plus silencieuse que la descente. Lorsqu'on entra, Elmer apporta une &#233;norme marmite. On d&#233;vora le plat des yeux. Aucun de nous n'avait faim. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant il faisait nuit compl&#232;tement. La mer &#233;tait haute. &lt;br /&gt;&#8212; Il faut y aller, dis-je. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est ce qu'on fit. Le parking &#233;tait d&#233;sert, les n&#233;ons du caf&#233; &#233;teints. Boris se mit au volant de sa R8 1964, dans laquelle s'install&#232;rent Marie et Pequot. Je d&#233;verrouillai le camion, Elmer s'assit &#224; la place du mort. J'avan&#231;ais comme un plongeur en eau profonde. Je sentais toute la jet&#233;e trembler sous les roues. Ou bien &#233;tait-ce mon propre tremblement ? Le camion stoppa &#224; l'extr&#233;mit&#233; du b&#233;ton. Boris et Pequot se mat&#233;rialis&#232;rent dans la l&#233;g&#232;re brume qui tombait. Marie attendait un peu plus loin. Boris grimpa sur le toit et me fit signe de le suivre. J'&#233;tais tellement impressionn&#233; que c'est Elmer qui donna le signal. La flotte de l'aquarium bascula dans la Manche. On v&#233;rifia. Il &#233;tait vide. Alors je regardai devant moi. Rien. Boris me serra le bras et on sauta sur le macadam. Marie s'&#233;tait rapproch&#233;e et scrutait l'horizon. Rien. Elle sursauta : &lt;br /&gt;&#8212; L&#224;-bas !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pris les jumelles qu'elle me tendait. Du noir&#8230; le gris des nuages&#8230; encore du noir. Et puis une, deux formes sombres, presque invisibles : deux ailerons. Et le troisi&#232;me ? &lt;br /&gt;&#8212; O&#249; es-tu ? me demandai-je. &lt;br /&gt;&#8212; O&#249; est-il, bon dieu ? demanda Pequot. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nos yeux parcouraient l'espace liquide. &lt;br /&gt;&#8212; Il faut qu'il nage pour respirer. Allez, nage, murmura Boris tout pr&#232;s de mon oreille. Il n'y avait plus trace de vie devant nous. J'avais &#233;chou&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et tout d'un coup, deux ailerons r&#233;apparurent, et avec eux un troisi&#232;me. Il y avait un peu d'eau sal&#233;e dans mes yeux. Je sentais qu'Elmer m'observait &#224; la d&#233;rob&#233;e. &lt;br /&gt;&#8212; Les embruns, m'excusai-je presque.
&lt;br /&gt;&#8212; Ils sont jeunes, ils avaient vraiment besoin de leur mer, me dit Pequot, la main sur mon &#233;paule.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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