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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>QUI NE DIT MOT CONSENT</title>
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		<dc:date>2021-04-08T17:13:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;oise Lema&#238;tre</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il y a ce petit bruit qui me serre le c&#339;ur. D&#232;s que j'entre, je l'entends. Un cliquetis r&#233;gulier, implacable, le choc m&#233;tallique des aiguilles &#224; tricoter. Maintenant, c'est comme si elle ne pouvait plus s'arr&#234;ter de tricoter. Je frissonne. Je ferme la porte derri&#232;re moi, je d&#233;fais mon &#233;charpe et mon manteau mouill&#233;, je les accroche &#224; la pat&#232;re de l'entr&#233;e, je me d&#233;chausse et j'enfile les chaussons qui m'attendent au pied de l'escalier. Comme chaque jour. Entre vite, ma ch&#233;rie, il doit faire froid ce matin. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1161.jpg?1617876561' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_463 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L480xH480/qui_ne_dit_mot-a0859.jpg?1639925875' width='480' height='480' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ce petit bruit qui me serre le c&#339;ur.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s que j'entre, je l'entends. Un cliquetis r&#233;gulier, implacable, le choc m&#233;tallique des aiguilles &#224; tricoter. Maintenant, c'est comme si elle ne pouvait plus s'arr&#234;ter de tricoter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je frissonne. Je ferme la porte derri&#232;re moi, je d&#233;fais mon &#233;charpe et mon manteau mouill&#233;, je les accroche &#224; la pat&#232;re de l'entr&#233;e, je me d&#233;chausse et j'enfile les chaussons qui m'attendent au pied de l'escalier. Comme chaque jour.
&lt;br /&gt;&#8212; Entre vite, ma ch&#233;rie, il doit faire froid ce matin. As-tu mis ton gros pull, celui en mohair rose avec la bordure blanche ? Est-il assez chaud, au moins ? Sinon, dis-le moi, je t'en ferai bien vite un autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je regarde autour d'elle. Elle n'a pas d&#233;jeun&#233;, une fois de plus. Elle est assise en chemise de nuit devant la chemin&#233;e o&#249; le feu se meurt. La pi&#232;ce est glac&#233;e. Elle tricote obstin&#233;ment dans son fauteuil, des pelotes de laine partout sur ses genoux et dans une corbeille &#224; ses pieds. Je mets mes bras autour d'elle et je l'embrasse. Ses joues sont froides et douces. Je les caresse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ranime le feu, et je pars &#224; la cuisine lui pr&#233;parer du lait chaud et des tartines. Je lui dis, une fois de plus : &#171; Ce n'est pas raisonnable de ne pas d&#233;jeuner le matin, c'est mauvais pour la sant&#233;. &#187; Elle me sourit et secoue la t&#234;te, elle me montre le tricot en cours, elle dit :
&lt;br /&gt;&#8212; Mais il faut d'abord que je termine mon ouvrage. Je suis en retard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle tricote sans cesse, elle ne fait plus que &#231;a. Elle n'est en retard de rien. Je le lui dis, et elle fronce les sourcils.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est bient&#244;t la mauvaise saison, tes gar&#231;ons auront bien besoin de nouveaux pulls, de chaussettes chaudes, et de bonnets. Et des gants, c'est long &#224; faire, les gants et les enfants les perdent tout le temps. Je leur mettrai des motifs d'&#233;toiles de neige sur le dessus, ce sera plus joli. Alors tu vois, je n'ai pas de temps &#224; perdre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pose son d&#233;jeuner sur la table basse, je beurre ses tartines. Elle picore avec indiff&#233;rence, elle tourne &#224; peine la t&#234;te quand je lui pr&#233;sente une bouch&#233;e. Elle ne l&#226;che pas ses aiguilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le rebord de la chemin&#233;e, il y a un amoncellement de photos fan&#233;es dans des cadres dor&#233;s. Clich&#233;s convenus de mari&#233;s aux poses rigides, nouveau-n&#233;s sur des couvertures de fourrure, jeunes enfants rieurs aux v&#234;tements d&#233;mod&#233;s, familles au grand complet et &#224; tous &#226;ges, avec la chienne Follette souvent &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Enfin, une des chiennes Follette qui se sont succ&#233;d&#233; de m&#232;res en filles au fil des ann&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle adore commenter ces photos que je connais par c&#339;ur, et qui jalonnent sa vie, elle raconte mille fois les m&#234;mes anecdotes &#224; qui veut bien les entendre, ou consent &#224; faire semblant. Comme moi. Comme si je ne savais rien de tout cela. Et tout ce bavardage dans le cliquetis permanent des aiguilles m&#233;talliques, c'est p&#233;nible, c'est exasp&#233;rant &#224; la longue, je l'ai dit au m&#233;decin, je perds parfois patience. Il m'a r&#233;pondu : &#171; Mais c'est tr&#232;s bien pour elle, tous ces souvenirs qui remontent, &#231;a lui &#233;vite de sombrer. &#199;a lui peuple le vide. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vide. Celui qui s'installe progressivement dans son esprit. Par moments. Par morceaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le vide, ce sera le n&#233;ant, je le sais. &lt;br /&gt;&#8212; Juliette, ma ch&#233;rie, comment vont les gar&#231;ons ? J'ai l'impression que &#231;a fait bien longtemps qu'ils ne sont pas venus me voir. Ils ont d&#251; bien grandir, il me faut leurs mesures, &#231;a change tellement &#224; cet &#226;ge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle regarde vers la chemin&#233;e, elle demande :
&lt;br /&gt;&#8212; Donne-moi la photo o&#249; vous &#234;tes tous ensemble. La derni&#232;re, l&#224; devant toi.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'obtemp&#232;re. Elle s'extasie :
&lt;br /&gt;&#8212; Vous &#234;tes si beaux ! Tu te rappelles, c'&#233;tait l'anniversaire de Lucas, je lui avais fait une For&#234;t Noire et de la cr&#232;me au chocolat, il adore &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle l&#232;ve la t&#234;te vers moi, sans s'arr&#234;ter de tricoter, soudain songeuse.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais dis-moi, &#231;a lui fait quel &#226;ge maintenant, &#224; Lucas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ose pas le lui dire, il a dans les vingt-cinq ans, Lucas, et elle le croit encore &#224; l'&#233;cole primaire. Et elle va lui tricoter un joli petit pull rouge avec un grand flocon de neige en jacquart. Un bonnet &#224; pompon et des gants assortis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais comme si je n'avais pas entendu, je repars &#224; la cuisine avec le plateau du petit d&#233;jeuner, je lave la vaisselle, je fais le m&#233;nage autant que possible, elle ne s'en occupe plus. Ensuite je reviens lui demander de passer &#224; la salle de bains. Elle secoue la t&#234;te avec &#233;nergie, elle refuse, elle s'indigne : &#171; Mais tu vois bien que ce n'est pas le moment, je n'ai pas fini, tu me bouscules. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je lui r&#233;ponds calmement que je dois repartir, je dois aller travailler, elle le sait, et si je ne l'aide pas maintenant, ce ne sera plus possible ensuite pour moi.
&lt;br /&gt;&#8212; Eh bien, va t'en, ma fille, puisque tu es si press&#233;e. Ta m&#232;re peut bien attendre, comme toujours. Je me d&#233;brouillerai bien toute seule, allez, va !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je lui pose un plaid sur les &#233;paules, je lui explique doucement, lentement, que je suis bien oblig&#233;e d'aller travailler. Elle secoue les &#233;paules et fait tomber le plaid.
&lt;br /&gt;&#8212; Et ton mari, il fait quoi pendant ce temps-l&#224; ? Il ne peut pas nourrir sa famille ? Je l'ai toujours pens&#233;, que tu avais &#233;pous&#233; un paresseux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne r&#233;ponds pas. Je commence &#224; rassembler mes affaires. Je lui rappelle qu'on lui apportera son repas &#224; midi, alors qu'elle &#233;coute bien la sonnette et aille ouvrir. Je r&#233;p&#232;te les m&#234;mes choses tous les jours, tous les jours sans exception. Au moment o&#249; j'arrive &#224; la porte, elle me crie :
&lt;br /&gt;&#8212; Attends, ne te sauve pas si vite, viens voir. Je t'ai fait une &#233;charpe pour toi, et deux bonnets pour les gar&#231;ons. Tiens, prends-les, vous allez en avoir besoin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je reviens sur mes pas, et je mets dans mon sac les ouvrages qu'elle me tend. Je pose un baiser sur ses fins petits cheveux blancs. Je la remercie, et je m'en vais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore des tricots qui iront rejoindre la pile qui s'entasse &#224; la maison et qui ne serviront &#224; personne. Et que, la mort dans l'&#226;me, je finirai par donner &#224; la Croix-Rouge. Elle me crie encore :
&lt;br /&gt;&#8212; Et fais attention &#224; Follette, en sortant. Elle ne pense qu'&#224; s'&#233;chapper, celle-l&#224; ! Ferme bien la grille derri&#232;re toi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le jardin &#224; l'abandon, o&#249; la niche des Follette est vide depuis des ann&#233;es, je pense que tout cela ne peut plus tenir bien longtemps encore. Je dois rappeler le m&#233;decin, trouver une solution. Ce n'est plus possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, je peux encore m'occuper d'elle le matin de bonne heure, mais ce n'est pas assez. Et je repasse le soir, quand mes horaires ne sont pas trop charg&#233;s. Ce n'est plus suffisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais pas combien de temps elle pourra encore rester l&#224;, &#224; ne pas manger, &#224; ne plus vouloir se laver, rester l&#224; tout le jour &#224; tricoter des chandails, des gilets, des chaussettes pour une famille qui l'a oubli&#233;e depuis longtemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fait froid, je suis bien contente d'avoir mis le joli pull en mohair rose qu'elle a fait rien que pour moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moi, l'aide-soignante qu'elle prend pour sa fille bien-aim&#233;e. Et que je ne cherche plus &#224; d&#233;tromper. Moi qui suis devenue le seul fil qui la relie &#224; un pass&#233; heureux, la petite lumi&#232;re dans le noir de sa m&#233;moire. Sa raison de vivre. Puisque plus personne ne se soucie d'elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors non, je ne veux pas la priver de se sentir utile, de donner de l'attention, de l'amour &#224; quelqu'un qu'elle attend chaque jour. M&#234;me si je ne suis pas la bonne personne. &lt;br class='autobr' /&gt; Parce que c'est sa fa&#231;on &#224; elle de continuer de vivre&lt;br class='autobr' /&gt; Et c'est une belle fa&#231;on d'exister, apr&#232;s tout. Peut-&#234;tre la seule qui vaille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudra que j'y pense. Mais l&#224; je n'ai pas le temps, je me d&#233;p&#234;che, d'autres oubli&#233;s m'attendent, qui ne verront que moi de toute la journ&#233;e. Et m'auront fait des g&#226;teaux trop cuits, un caf&#233; imbuvable. Des confitures maison un peu moisies et des napperons au crochet. Comme pour quelqu'un de leur famille, qui serait heureux de venir les ch&#233;rir. Alors je ne dis rien, je consens &#224; &#234;tre qui on voudrait tant que je sois. Je ne d&#233;trompe personne. Surtout pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fait froid. Heureusement que j'ai ma belle &#233;charpe rose. Je la resserre autour de moi. Ma douce &#233;charpe rose tricot&#233;e main. Rien que pour moi. Chaude comme l'amour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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