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		<title>Nuit</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurence Goergen</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les murs &#233;taient encore chauds de l'apr&#232;s-midi. Elle s'installa sur le vieux canap&#233; de la terrasse, comme tous les soirs d'&#233;t&#233;, pour profiter du calme du jardin avant d'aller retrouver sa chambre et ses insomnies. Les insectes s'en donnaient &#224; c&#339;ur joie dans l'ombre. Alourdies de chaleur, les collines s'assoupissaient paisiblement. Elle aimait ce moment, elle l'attendait tout le jour. Au moins, l&#224;, n'avait-elle pas &#224; donner le change, &#224; faire comme si toute cette solitude &#233;tait, finalement, devenue une (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_470 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L480xH480/at475_nuit-1494b.jpg?1639925875' width='480' height='480' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-470 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2021
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt; Les murs &#233;taient encore chauds de l'apr&#232;s-midi. Elle s'installa sur le vieux canap&#233; de la terrasse, comme tous les soirs d'&#233;t&#233;, pour profiter du calme du jardin avant d'aller retrouver sa chambre et ses insomnies. Les insectes s'en donnaient &#224; c&#339;ur joie dans l'ombre. Alourdies de chaleur, les collines s'assoupissaient paisiblement. Elle aimait ce moment, elle l'attendait tout le jour. Au moins, l&#224;, n'avait-elle pas &#224; donner le change, &#224; faire comme si toute cette solitude &#233;tait, finalement, devenue une amie. Celle qui ne se plaignait jamais, celle qui en avait vu d'autres, cette femme-l&#224; disparaissait quand elle s'asseyait face &#224; la nuit, face &#224; elle-m&#234;me, avec pour seule compagnie son chien, le chant des grillons et le carrousel des papillons autour de l'applique. La maison dormait d&#233;j&#224; et c'&#233;tait bon de la savoir l&#224;, comme un gros animal confiant et protecteur. Il faudrait s'occuper du jardin d&#233;laiss&#233;. Mais pour qui ? Personne ne venait se perdre dans ce coin de nature pour prendre de ses nouvelles. &lt;br class='autobr' /&gt; Machinalement, elle passa sa main sur le pelage du chien qui venait de s'installer &#224; son tour sur le velours r&#226;peux du canap&#233;. Ils rest&#232;rent un moment ainsi, dans leurs pens&#233;es &#8230; L'air &#233;tait satur&#233; du parfum des romarins qui envahissaient les plates-bandes. &lt;br class='autobr' /&gt; Soudain, l'animal se mit &#224; fourrer la truffe entre deux coussins et &#224; gratter fr&#233;n&#233;tiquement le tissu. Elle l'&#233;carta doucement, plongea la main dans l'interstice, t&#226;tonna et sentit une petite boule dure qu'elle attrapa. C'&#233;tait un bouton rond, de la taille d'une perle, p&#226;le avec des reflets miel. Elle le reconnut, elle l'avait tellement cherch&#233;. Son c&#339;ur s'emballa comme un oiseau soudain mis en cage. Tout son &#234;tre se fondit dans la petite sph&#232;re au creux de sa paume.&lt;br class='autobr' /&gt; Le bouton appartenait &#224; une robe d'&#233;t&#233; qu'elle avait port&#233;e pendant les premi&#232;res vacances pass&#233;es dans cette maison du sud. Unie, d'un jaune tirant sur l'orange, largement &#233;vas&#233;e et si l&#233;g&#232;re ! C'&#233;tait sa robe-soleil. Elle ne la quittait pas, d'autant que ce mois d'ao&#251;t avait &#233;t&#233; br&#251;lant. Son amour d'alors l'appelait &#171; Bouton d'or &#187; ! &lt;br class='autobr' /&gt; Le bouton fermant le col s'&#233;tait perdu, elle l'avait longtemps cherch&#233; dans toutes les pi&#232;ces, au jardin, sur le sentier. Puis elle s'&#233;tait r&#233;sign&#233;e &#224; laisser la robe dans l'armoire. Et le voil&#224; qui r&#233;apparaissait, laissant les souvenirs s'en &#233;chapper sans qu'elle puisse arr&#234;ter leur farandole. &lt;br class='autobr' /&gt; La nuit &#233;tait un &#233;cran qui projetait des images d'un temps qu'elle avait voulu oublier. D'abord un gros plan de son fils absorb&#233; dans la contemplation du monde, ses petons nus dans l'herbe, ses orteils minuscules, serr&#233;s comme des petits pois dans leur cosse. Puis, elle se revit sur la terrasse, quand le vent faisait gonfler sa robe et qu'elle devenait montgolfi&#232;re ; l'enfant, qui tentait ses premiers pas, s'y jetait bras en avant. Elle le soulevait, tournoyait avec lui, respirait l'odeur de pain au lait nich&#233;e dans son cou. Et ils riaient, riaient ! Enfin, lui revinrent les soir&#233;es au jardin, &#224; la lueur des bougies. Elle lui racontait des histoires douces et lorsqu'il s'&#233;tait assoupi, son p&#232;re l'emportait pour le coucher dans son lit &#224; l'&#233;tage. Puis il la rejoignait sous les &#233;toiles d'ao&#251;t et ils parlaient d'avenir, se voyaient dix, vingt ans, une &#233;ternit&#233; plus tard, toujours ensemble tous les trois. A la fin des vacances, ils avaient d&#233;cid&#233; le propri&#233;taire de la maison &#224; la leur vendre et ils avaient d&#233;m&#233;nag&#233;. Une folie ! Comme ils &#233;taient emplis de certitudes cet &#233;t&#233;-l&#224; ! Rien ne pourrait arriver. L'enfant grandirait sain et fort, les murs retentiraient de leurs rires, et elle serait la reine de ce royaume. &lt;br class='autobr' /&gt; Elle serra le bouton &#224; s'en faire mal. Il rouvrait une porte qu'elle croyait avoir cadenass&#233;e. Elle n'entendait plus le bruissement des feuilles de l'acacia au-dessus d'elle, ni celui des insectes qui balafrait l'air. La nuit &#233;tait maintenant compl&#232;tement tomb&#233;e. Elle respirait &#224; peine, une immense boule de chagrin pesait sur son c&#339;ur, oppressait sa poitrine. Le bouton semblait palpiter dans son poing crisp&#233;. Elle ouvrit la main, l'approcha de ses yeux, tr&#232;s pr&#232;s, et y vit, &#224; la lumi&#232;re de l'ampoule, son propre reflet, comique, d&#233;form&#233; par la courbe. Elle fixa le regard de cette femme-bulle qui l'observait. Est-ce qu'elle avait encore en elle un peu de cet &#233;t&#233; lointain ? Oui, tout vivait l&#224;, intact. &lt;br class='autobr' /&gt; Elle n'avait pas su prot&#233;ger son fils, elle avait failli. Elle n'&#233;tait la reine d'aucun royaume. Une nuit de l'hiver qui avait suivi ce mois d'ao&#251;t, l'enfant s'&#233;tait endormi pour toujours. Comment avait-elle pu, folle, fermer la porte de la chambre comme tous les autres soirs ? Une vraie m&#232;re aurait pressenti la menace. Pourquoi ne s'&#233;tait-elle pas r&#233;veill&#233;e avant qu'il ne cesse de respirer ? Personne n'avait pu la lib&#233;rer de ces questions sans r&#233;ponses, pas m&#234;me le p&#232;re de l'enfant qui s'&#233;tait heurt&#233; &#224; sa d&#233;tresse obstin&#233;e. Alors il &#233;tait parti, refusant de sombrer avec elle dans l'abime. Il avait fui les promesses mort-n&#233;es de douceur et de paix. Elle ne lui en avait pas voulu.&lt;br class='autobr' /&gt; Les autres lui avaient dit de quitter cette maison : elle s'y &#233;tait accroch&#233;e comme un naufrag&#233; &#224; une planche. On n'efface pas le pass&#233; en changeant d'horizon. Elle pensait que pour tenir la nostalgie &#224; distance, mieux vaut l'affronter l&#224; o&#249; elle prosp&#232;re. Elle &#233;tait donc rest&#233;e l&#224;, au milieu des collines, et patiemment, elle s'&#233;tait endurcie, recroquevill&#233;e sur sa solitude, luttant contre les souvenirs. Elle n'avait jamais compris l'expression &#171; recommencer sa vie &#187;. Elle devait continuer la sienne, m&#234;me bancale, amput&#233;e, voil&#224; tout. Le petit bout d'homme qu'elle avait port&#233; et qui pendant une ann&#233;e avait &#233;t&#233; son centre de gravit&#233;, elle ne le verrait pas grandir. Oublier pour vivre. L&#226;cher pour tenir. Il n'y avait pas longtemps qu'elle avait ressorti des photos de lui. Mais elle n'avait jamais r&#233;ussi &#224; dompter la culpabilit&#233;, ce vertige. Elle vivait au-dessus de ses forces.&lt;br class='autobr' /&gt; Le grain de sable qui est entr&#233; dans la coquille et en est rest&#233; prisonnier ne deviendra jamais de la nacre : il restera grain de sable. Pourtant, c'est gr&#226;ce &#224; lui que na&#238;tra la perle. D'une anomalie, d'un accident. Cette ann&#233;e de maternit&#233; solaire puis la longue nuit qui l'avait suivie seraient toujours le c&#339;ur de son existence. Mais ce soir, la femme qu'elle voyait dans le bouton iris&#233; lui disait qu'elle avait fini de payer son tribut &#224; la souffrance. L'enfant vivait en elle, il ne lui en voulait pas. Il s'&#233;tait endormi, elle n'y &#233;tait pour rien.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle referma la main sur le bouton, se leva et, le chien sur ses talons, partit vers le sentier. Elle marcha longtemps, dans la nuit constell&#233;e de lucioles. En revenant vers la maison, elle se dit qu'il &#233;tait grand temps de s'occuper du jardin et d'y replanter des fleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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