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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title> C'est quand au juste</title>
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		<dc:date>2021-09-28T17:06:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>G&#233;raldine Sivade</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est quand, au juste, qu'on se dit qu'on a rat&#233; un train, qu'on a rat&#233; le coche, qu'on est pass&#233; &#224; c&#244;t&#233;, qu'on n'&#233;tait pas sur le bon quai ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est quand, au juste, qu'on commence &#224; plier bagage dans sa t&#234;te et qu'on trimballe derri&#232;re nous, dans une petite valise &#224; roulettes, des id&#233;es de d&#233;part, des id&#233;es d'au revoir, des id&#233;es d'autre chose, des vagues &#224; l'&#226;me de vagabond qui tambourinent dans le coeur. Alors avec notre petite valise &#224; la main, on est l&#224; sur un quai de gare et on attend au bout de la voie, un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1197.jpg?1633079813' width='150' height='137' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_548 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/cqqvo.jpg?1633079932' width='500' height='457' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-548 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Corinne Sylvia Congiu 2021
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;C'est quand, au juste, qu'on se dit qu'on a rat&#233; un train, qu'on a rat&#233; le coche, qu'on est pass&#233; &#224; c&#244;t&#233;, qu'on n'&#233;tait pas sur le bon quai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quand, au juste, qu'on commence &#224; plier bagage dans sa t&#234;te et qu'on trimballe derri&#232;re nous, dans une petite valise &#224; roulettes, des id&#233;es de d&#233;part, des id&#233;es d'au revoir, des id&#233;es d'autre chose, des vagues &#224; l'&#226;me de vagabond qui tambourinent dans le coeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors avec notre petite valise &#224; la main, on est l&#224; sur un quai de gare et on attend au bout de la voie, un train qui ne vient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se dit que finalement la vie n'est qu'une histoire de trains... des trains dans lesquels on est mont&#233; trop vite, dans lesquels on est rest&#233; trop longtemps, des trains qu'on a rat&#233;s ou bien qu'on a laiss&#233; filer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec notre petite valise dans la t&#234;te, on se dit aussi que notre vie est une gare d&#233;saffect&#233;e dans laquelle ne s'arr&#234;tent que de grands convois remplis de lourd ennui d&#233;vers&#233; matin midi et soir sur le quai. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des trains r&#233;guliers sans passagers, des trains vides, des trains tristes, des trains de banlieue qui font la navette tous les jours de la semaine en suivant leur trajectoire, rectiligne, droite, ordinaire, ponctuelle, constante, sans riper, sans d&#233;vier d'un centim&#232;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attend ainsi, quelquefois des ann&#233;es, dans une salle d'attente &#233;triqu&#233;e, un train qui ne passe pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette salle d'attente, il fait chaud, les murs sont blancs, propres, sans graffitis ni courants d'air. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque chose est &#224; sa place, bien rang&#233;e, immuable, sagement pli&#233;e, repass&#233;e dans des tiroirs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rien ne tra&#238;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de mot doux laiss&#233; le matin sur la table. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rien, m&#234;me l'envie et le d&#233;sir ont &#233;t&#233; mis au placard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de mains qui se retiennent ou de bras pass&#233;s autour du cou quand on se quitte le matin, pas de sourire quand on se retrouve le soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est seule. &lt;br class='autobr' /&gt;
Seule avec un homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un homme que l'on croise tous les jours entre deux couloirs, entre deux quais, un homme devenu &#233;tranger &#224; force d'ann&#233;es, un &#233;tranger qui lit le journal sur une banquette de salle &#224; manger et que l'on n'a plus envie d'aborder, que l'on &#233;vite entre deux couloirs, entre deux portes, entre les draps la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un homme que l'on a pourtant aim&#233;, peut-&#234;tre, il y a longtemps mais que l'on n'aime plus... depuis longtemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre nous deux, bien assise sur la banquette, il y a une routine ob&#232;se, qui bouffe tout l'espace &#224; longueur de journ&#233;e, elle est si lourde, si ronde, elle prend tellement de place qu'on ne peut plus la d&#233;placer. Elle reste l&#224; &#224; nous narguer de son petit sourire narquois. &lt;br class='autobr' /&gt;
A c&#244;t&#233; d'elle un quotidien us&#233;, fatigu&#233;, taciturne, affal&#233; de tout son long est couch&#233; sur le canap&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La solitude &#224; deux a un go&#251;t rance, fade, un go&#251;t de renferm&#233;, un go&#251;t de porte entrouverte, de porte grande ouverte, un go&#251;t de d&#233;part. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors avec notre petite valise &#224; roulettes dans la t&#234;te, on tra&#238;ne son spleen du week-end et on fait les cent pas, au bout de la voie, sur un quai de gare imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On partage encore les repas le soir sur fond de t&#233;l&#233;vision pour meubler le silence de ces questions que l'on ne pose plus, des r&#233;ponses que l'on ne donne pas ou que l'on n'&#233;coute pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne d&#233;gaine plus sa rancoeur, on la boit dans un verre de vin pour oublier les soir&#233;es vides de paroles suppl&#233;&#233;es par les bruits de fourchettes dans l'assiette, et les bruits de d&#233;glutition. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus dur est &#224; venir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus dur c'est la soir&#233;e qui s'&#233;tire, et l'ennui lui, sobre, tenace, qui toujours marche droit en s'accrochant &#224; nous sans jamais tituber. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus dur c'est la nuit &#224; passer &#224; c&#244;t&#233; d'un homme que l'on ne d&#233;sire plus. Une nuit convoy&#233;e par un ennui insomniaque, qui fait ses rondes sous les draps sans jamais fermer l'oeil et que l'on retrouve le matin, toujours premier lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on r&#234;ve de ce train qui nous ferait voyager parmi les &#233;toiles, ce train bringuebalant, qui nous ferait tanguer, vibrer, nous remuerait enfin, nous ferait d&#233;railler, bifurquer, prendre un autre chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces trains-l&#224;, on les attend longtemps, tr&#232;s longtemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est rare qu'ils passent, et c'est encore plus rare qu'ils s'arr&#234;tent, mais s'ils s'arr&#234;tent , s'ils surgissent comme &#231;a sans crier gare dans une vie sans anicroche, alors ils vous poin&#231;onnent le coeur et vous accrochent les tripes &#224; leurs wagons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils entrent &#224; toute vitesse en freinant dans un vacarme assourdissant de fer froiss&#233;. En un passage ils &#233;crabouillent tous les souvenirs qui agonisent face contre terre sur le m&#233;tal froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ce train-l&#224;, quel que soit son num&#233;ro, sa provenance, sa destination, on a trois minutes, trois minutes pour monter dedans ou le laisser partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est l&#224;, sur le quai, avec notre petite valise &#224; roulettes dans la t&#234;te et puis on court, on s'&#233;lance, on tr&#233;buche, on tombe.&lt;br class='autobr' /&gt;
On tombe amoureux, le cul par terre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ca prend comme &#231;a, par le ventre, &#231;a monte &#224; la t&#234;te et au c&#339;ur.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s qu'on l'a dans le coeur, on a beau chercher des garde-fous, des garde-malades, qu'on se livre ou qu'on livre bataille, c'est fini : on monte dans le train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Coup de sifflet sur le pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les portes se referment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Terminus, termin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On laisse un homme &#224; quai.&lt;br class='autobr' /&gt;
On plie bagage avec un aller simple, un billet sans retour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec une valise vide, une valise sans m&#233;moire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une valise l&#233;g&#232;re emplies d'illusions &#233;th&#233;r&#233;es, color&#233;es qui flottent dans la t&#234;te comme des bulles de savon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le train d&#233;marre et tout s'envole, happ&#233; par l'appel d'air de la fen&#234;tre ouverte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a plus rien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus rien que lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un homme mari&#233; amarr&#233; qui nous m&#232;nera en bateau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et on tangue sur de vagues promesses qui nous font chavirer comme un raz-de-mar&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a envie d'y croire, parce que ce voyage c'est notre plus grand voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui qui nous promet la lune et la travers&#233;e &#224; travers les &#233;toiles. Le monde est trop petit pour porter autant d'illusions, il nous faut de l'espace, il nous faut l'univers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a rien d'autre que lui... et ces instants d'intimit&#233; comme jamais avant lui, o&#249; l'on se donne de tout son corps, de tout son coeur, comme une premi&#232;re fois, une derni&#232;re fois. Des instants d'intimit&#233; toujours trop brefs qui nous accrochent et nous &#233;corchent l'&#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est toujours l&#224; comme une &#233;toile accroch&#233;e au ciel de nos pens&#233;es, il est l&#224; quand on se r&#233;veille, quand on se l&#232;ve, quand on marche, quand on mange, quand on se couche et que le silence et la solitude nous bordent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est l&#224; comme une pens&#233;e obsessionnelle qui tourne en orbite comme la terre autour du soleil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le soleil est une &#233;toile qui aveugle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il brille mais il br&#251;le aussi, comme la promesse d'une travers&#233;e sans fin dont on ne se rassasie jamais et qui nous laisse toujours le ventre creux quand on s'en &#233;loigne. Parce qu'on s'en &#233;loigne toujours, et l&#224; elles br&#251;lent encore plus, les &#233;toiles, quand on retombe &#224; terre, quand on revient sur terre. L&#224; c'est le trou noir, le vide astral qui nous happe, nous engloutit et nous tire vers le bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention &#224; la fermeture automatique des portes qui claquent et r&#233;sonnent d'un bruit sec et cinglant, cyclant comme un coup de sifflet dans la t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quitter pour quelques jours un homme que l'on aime &#231;a fait aussi mal qu'un train qui nous recrache dans une gare d&#233;serte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la solitude qui nous accoste et escorte comme une catin sur le quai, avec son petit rictus aux l&#232;vres vulgairement barbouill&#233;es de rouge. &lt;br class='autobr' /&gt;
On la suit avec notre petite valise &#224; roulettes remplies d'illusions blafardes et de r&#234;ves qui se font la malle entre deux quais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est accro, on est en manque. On n'arrive pas &#224; d&#233;crocher car on y croit &#224; ces promesses de retour. Un seul email de lui, un seul sms nous met de la poudre blanche plein les yeux, alors on replonge, le coeur en premier, le coeur en apn&#233;e, en damn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On &#233;touffe, on manque d'air, immerg&#233;e, le souffle coup&#233;, submerg&#233;e par le manque. Le manque de ses bras, le manque de sa peau, de son odeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
On s'injecte des leurres dans les veines.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est comme eux : ces clochards qui d&#233;ambulent dans les halls de gares, ces junkies agglutin&#233;s autour de leurs chiens sur les marches d'escaliers, junkies en manque qui voudraient d&#233;crocher mais qui s'agrippent &#224; la porte d'un train en s'envoyant dans les veines des illusions d'avenir &#224; deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attend comme un chien, qu'on laisse seul toute la journ&#233;e, tout le corps en alerte, les oreilles dress&#233;es vers le bip sonore d'un t&#233;l&#233;phone, les yeux riv&#233;s vers une poign&#233;e de porte, on tourne en rond, entre les quatre murs d'une salle d'attente, d'une autre salle d'attente et on attend, sagement, sans aboyer. On attend le retour d'un train. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le train finit toujours par revenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est reparti pour un voyage de quelques heures &#224; travers les &#233;toiles ; mais on retombe toujours sur terre, plus bas que terre, quand le train nous d&#233;gobille sur le quai et qu'il n'y a personne pour nous attendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Personne que ce foutu manque qui nous tord les boyaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors on cr&#232;ve d'envie de faire la manche, de tendre la main pour mendier un mot ou deux, un sourire, un regard.&lt;br class='autobr' /&gt;
On regarde autour de soi, perdue dans une foule compacte de gens press&#233;s, perdue dans des pens&#233;es qui croupissent au fond d'un cloaque , avec des r&#234;ves funambules plein la t&#234;te qui marchent sur une corde raide, en s'agrippant &#224; elle comme &#224; des illusions puis qui d&#233;rapent et chutent, &#224; l'annonce d'un train annul&#233; ou retard&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un train annul&#233; ou retard&#233;, &#231;a vous prend aux tripes, &#231;a vous laisse en vrac, comme une &#233;pave au milieu d'un hall de gare, &#224; scruter le tableau d'affichage. &#224; attendre sans savoir quel train prendre, sans savoir sur quel quai, sans savoir &#224; quelle heure ou m&#234;me s'il viendra. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors on se retrouve seule avec ce foutu manque qui vous tord les boyaux et qui vous tient la main.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et on reste &#224; l'attendre, le coeur en vrille, le coeur en grille, claquemur&#233; dans un hall de gare, avec notre petite valise &#224; la main en attendant un signe d'un homme mari&#233;, amarr&#233;, qui nous m&#232;ne en bateau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut du temps, des mois, pour comprendre que leurs mots c'est du vent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du vent qui devait les pousser vers de nouveaux rivages. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les vents tournent et les hommes mari&#233;s restent toujours au port avec leur femme qui les attend sur la jet&#233;e quand ils reviennent d'autres bras, et si on s'accroche encore &#224; eux comme &#224; un rocher glissant, alors on perd le cap, on perd pied, on perd la t&#234;te, on perd la mise et on fait naufrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attend et on compte, les jours qui nous s&#233;parent de lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand on aime on ne compte pas ! &#187;... un foutu conte &#224; dormir debout !!!&lt;br class='autobr' /&gt;
On passe ses journ&#233;es et ses nuits &#224; compter, compter &#224; en perdre le sommeil. &lt;br class='autobr' /&gt;
On compte m&#234;me les heures qui s'amoncellent comme des traits barr&#233;s &#224; la craie sur les murs gris d'une salle d'attente ; &#231;a en fait un paquet d'heures qu'on trimballe comme un paquet de linge sale, qui sent le rance, des heures habill&#233;es de noir qui sapent le moral et mettent &#224; nu notre solitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quand au juste que &#231;a commence une histoire qui fait mal ?&lt;br class='autobr' /&gt;
... quand on en arrive l&#224;, transform&#233; en comptable avec une calculette dans la t&#234;te... un jour de moins en plus, ou un jour de plus en moins. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et toutes ces heures qui s'entassent, en s'encha&#238;nant, les unes aux autres pendues &#224; un fil et que l'on porte, la boule &#224; la gorge, comme un collier trop serr&#233; qui oppresse et qui &#233;trangle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, le manque laisse derri&#232;re lui une odeur &#226;cre qui nous suit partout et dont on n'arrive pas &#224; se d&#233;barrasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quand au juste que &#231;a commence une histoire qui fait mal ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand en son absence, on ressent sa pr&#233;sence comme une obsession ou quand en sa pr&#233;sence on ressent son absence comme un vide ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis le train revient, car il revient toujours. Il nous ouvre ses portes, il nous ouvre ses bras et on s'y engouffre.&lt;br class='autobr' /&gt;
On s'insufflent une derni&#232;re fois des leurres dans les veines, des leurres qui s'essoufflent car on a d&#233;j&#224; trop couru derri&#232;re un train le long d'une voie d'un chemin de fer rouill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solitude des trains bond&#233;s est la m&#234;me que celle des trains vides, mais la pire c'est celle que l'on rencontre dans les couloirs &#233;clair&#233;s par des lumi&#232;res blafardes des tunnels. Dehors tout est noir et on voit rien d&#233;filer que sa vie qui se d&#233;file en restant l&#224; sans bouger. &lt;br class='autobr' /&gt;
On sait &#224; pr&#233;sent qu'il faudra descendre du train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre &#224; la prochaine gare.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que la gare des amours desservies a une odeur de pourriture qui prend &#224; la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On continue un peu le voyage avec nos r&#234;ves escamot&#233;s, une valise &#224; roulettes et un livre aux pages corn&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; On en croise des hommes qui montent et qui descendent, et s'ils demandent si le si&#232;ge &#224; c&#244;t&#233; est libre, on r&#233;pond non.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est occup&#233; le si&#232;ge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Occup&#233; par l'absence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Occup&#233; par un grand vide qui prend toute la place.&lt;br class='autobr' /&gt;
On lit un livre avec le nom d'un homme en marque-page.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours le m&#234;me livre, toujours les m&#234;mes pages. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, un jour, &#224; force de lire toujours le m&#234;me chapitre, le m&#234;me passage &#224; vide, on le referme.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le pose &#224; c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On regarde une derni&#232;re fois par la fen&#234;tre et on se dit que l'histoire est finie. Une belle histoire, une histoire triste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qu'on traversera un hall de gare avec, accroch&#233;es sous nos semelles des miettes de lui qui rendront le pas lent et lourd comme un cr&#232;ve-coeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des miettes de lui qui resteront coll&#233;s &#224; l'asphalte et que des pigeons viendront bouffer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; tout ce qui restera de ce voyage parmi les &#233;toiles : des fientes poisseuses que les passants &#233;viteront pour ne pas salir leurs chaussures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; &#224; quoi on pense en regardant par la fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se l&#232;ve, la valise &#224; la main. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une valise, lourde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remplie d'illusions fauch&#233;es trop vite, trop jeunes, pleines de remords en bandouli&#232;re, pendues &#224; votre cou comme &#224; une branche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de quitter le train, on pleure une derni&#232;re fois parce que quelque part, &#224; l'int&#233;rieur &#231;a saigne encore un peu, &#231;a met du temps &#224; coaguler et &#224; cicatriser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on se demande&#8230; c'est quoi, au juste, la vie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
On monte dans un train avec une valise l&#233;g&#232;re, sans savoir jusqu'o&#249;, jusqu'&#224; quand, jusqu'&#224; qui. Puis un jour, on le quitte, le c&#339;ur gros et la valise lourde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une valise qu'un homme nous aidera &#224; porter, en prenant notre solitude par la main et nos bagages dans l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors on se remet sur les rails.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors on prend un autre train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trains qui passent, qui s'arr&#234;tent, qui se croisent, qui se d&#233;croisent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des trains d'une nuit, des trains d'un jour et ces milliers d'histoires qui se racontent sur les quais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des histoires longues, des histoires courtes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des histoires qui commencent, des histoires qui finissent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des histoires dans lesquelles on se perd, et d'autres dans lesquelles on se trouve. Des histoires tristes, des histoires heureuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des histoires qui commencent par un sourire et d'autres par des larmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des histoires de valise l&#233;g&#232;res et des histoires de valises lourdes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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