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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Fragile, aussi</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Malie Berton-Daubin&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Tendu, point&#233;, tendu, relev&#233; ! On ne tra&#238;ne pas. Demi rond droit. Tendu&#8230; La voix de Lise s'attarde de fa&#231;on impr&#233;visible sur certaines syllabes, elle guide leurs mouvements, les encourage mais ses limites restent &#233;troites. C'est quoi, &#231;a ? On plie, on d&#233;plie jusqu'au bout mesdames ! Dans le pied, il y a vingt-six os, seize articulations et plus de cent ligaments, vous imaginez les d&#233;g&#226;ts si vous vous &#233;chauffez mal ? On cambre, on pointe et on d&#233;roule en sentant bien le poids du corps passer dans la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1449.jpg?1751438850' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_601 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/fragile_aussi_final.jpg?1750502021' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-601 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tendu, point&#233;, tendu, relev&#233; ! On ne tra&#238;ne pas. Demi rond droit. Tendu&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La voix de Lise s'attarde de fa&#231;on impr&#233;visible sur certaines syllabes, elle guide leurs mouvements, les encourage mais ses limites restent &#233;troites. &lt;i&gt;C'est quoi, &#231;a ? On plie, on d&#233;plie jusqu'au bout mesdames ! Dans le pied, il y a vingt-six os, seize articulations et plus de cent ligaments, vous imaginez les d&#233;g&#226;ts si vous vous &#233;chauffez mal ? On cambre, on pointe et on d&#233;roule en sentant bien le poids du corps passer dans la plante et les orteils. Tendu, point&#233;&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Allez boire maintenant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Eva se d&#233;tend un peu. Elle fait partie du groupe des mamans, ces femmes qui, &#224; la suite de leurs filles, cherchent dans la danse des libert&#233;s d'adolescentes. Pourtant, quand arrive le vendredi soir, cette parenth&#232;se que Samuel dit &#171; m&#233;rit&#233;e &#187; lui co&#251;te, souvent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Et c'est parti pour les pli&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Eva finit toujours devant, elle est petite, tout juste un m&#232;tre cinquante et elle doit faire avec. Faire avec, c'est-&#224;-dire s'exposer, assurer, anticiper la honte, aussi. Elle aimerait pouvoir se glisser au milieu, se fondre dans le groupe, avoir quelqu'un devant elle pour l'aider, surtout avec ces fichus temps qu'elle n'arrive pas &#224; compter. Eva aurait pr&#233;f&#233;r&#233; la danse classique, comme Alix, mais, ici, il n'y a pas de cours pour adultes. Et puis, les tutus &#224; froufrou, les paillettes, et les histoires de belles passives, &#231;a fait pas trop femme moderne. Heureusement qu'Alix est moins influen&#231;able qu'elle.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;Dis Eva, tu r&#234;ves ? T'es compl&#232;tement &#224; la ramasse ce soir ! Bon, faites une mini pause, les filles&lt;/i&gt;. Eva a rougi, c'est violent et &#231;a l'envahit comme une bouff&#233;e de chaleur. Para&#238;tre gaie. Elle sourit, comme si c'&#233;tait sans importance, dr&#244;le peut-&#234;tre. Une fois, au d&#233;but, elle s'&#233;tait sentie si gauche, si incapable que les larmes lui &#233;taient mont&#233;es aux yeux. Elle avait ma&#238;tris&#233; son visage mais sa voix l'avait trahie. Depuis, elle &#233;vite de r&#233;pondre quand Lise demande si tout va bien. Heureusement, avec les autres, elle ne discute presque jamais du cours. A la pause ou &#224; la sortie, elles se demandent des nouvelles des enfants, &#233;changent des conseils, parlent boulot. Parfois, l'une ou l'autre glisse que c'&#233;tait dur aujourd'hui et &#231;a rebondit comme une perche tendue au hasard, histoire de voir s'il n'y aurait pas quelqu'un, quelqu'une, pr&#234;te &#224; d&#233;velopper. C'est tr&#232;s rare qu'elles l'admettent ouvertement. Ce sont toutes des femmes fortes.&lt;br class='autobr' /&gt; On reprend ! Eva se concentre. Elle regarde Lise, la fluidit&#233; de ses mouvements, la rapidit&#233; d'une position &#224; une autre. Il faudrait en m&#234;me temps d&#233;coder, m&#233;moriser et effectuer la m&#234;me chose, tout cela en quelques secondes qui recommencent, et recommencent et &lt;i&gt;mais non les filles, le d&#233;gag&#233;, c'est parall&#232;le, et tenez votre centre, sinon vous allez toutes tomber comme des mouches.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Elles sont d&#233;sormais au deuxi&#232;me tiers du cours, musculation et assouplissement. Elles alternent les pompes, &lt;i&gt;pour de beaux port&#233;s, les abdos, pour l'&#233;quilibre et les pirouettes&lt;/i&gt;, et le travail des chevilles. Eva s'accroche, elle souffle, inspire, souffle et elle tient, elle tiendra une pompe de plus, dix secondes de plus, encore une de plus, c'est peut-&#234;tre le seul moment o&#249; elle ma&#238;trise, le moment o&#249; sa petitesse et ses attaches fines ne sont pas un signe de faiblesse - jolie, mais vuln&#233;rable ou peut-&#234;tre jolie parce que vuln&#233;rable. Elle ne tient jamais autant que Lise. Ce soir, ces bras tremblent et elle a du mal &#224; se remettre debout. Le regard de Lise passe sur elle, s'arr&#234;te bri&#232;vement puis fait le tour de la salle. Dans le miroir, sans s'adresser &#224; personne en particulier, elle remarque : g&#233;rer son corps ce n'est pas tester sa solidit&#233;, c'est avoir conscience de sa d&#233;licatesse. Quelqu'un pouffe derri&#232;re Eva, Lucie sans doute, qui d'ailleurs d&#233;clare aussit&#244;t, t'inqui&#232;te Lise, on respecte notre d&#233;licatesse. Les autres rient. Eva les observe parfois en coin, ce groupe de quarantenaires d&#233;complex&#233;es, avec leur corps &#233;vident, leur corps qui ne se d&#233;file pas, tellement pr&#233;sent et r&#233;el, opaque aussi, qui ne laisse rien deviner de ce qui se passe &#224; l'int&#233;rieur, de ce qu'elles pensent vraiment, derri&#232;re leurs sourires assur&#233;s, leurs yeux rieurs, leurs cheveux bien attach&#233;s. Et peut-&#234;tre leur &#233;tait-elle semblable, maintenant qu'elle rigole franchement elle aussi, juste apr&#232;s que Lise remarque que question d&#233;licatesse, tout d&#233;pend du geste et du mouvement, et que d'ailleurs, les sauts et les jet&#233;s, tout &#224; l'heure&#8230; &lt;i&gt;Oh, Lise, tu sais, les sauts, on n'aura qu'&#224; les jeter, ce sera plus rapide !&lt;/i&gt; Lise fait mine de se f&#226;cher et les renvoie toutes au milieu de la salle.&lt;br class='autobr' /&gt; Votre moment &#224; vous, leur vend Lise &#224; chaque cours. C'est celui qu'Eva aime le moins. Elles sont allong&#233;es, Lise parle bas, elles doivent suivre le rythme de leur respiration. L'esprit d'Eva vrille. Elle essaye pourtant tous les trucs, sentir le sol, &#233;tirer les muscles, avoir conscience de chaque contact pour participer de la solidit&#233; du monde, rien n'y fait. M&#234;me les injonctions de Lise sont lointaines. &lt;i&gt;Ramenez la jambe gauche&lt;/i&gt; &#8230;Ce qu'elle entend, c'est la gigue des phrases qui n'auraient pas d&#251; &#234;tre dites, des d&#233;tails oubli&#233;s, des engagements manqu&#233;s : on tire sur le mollet droit et &#8230; l'article qu'elle n'a pas encore relu, le message qu'elle n'a pas ouvert, les papiers pour son stagiaire. Son doctorant &#233;puis&#233; ce matin, qui s'effondre et qu'elle doit consoler, &#224; qui elle r&#233;p&#232;te, maladroitement, qu'il n'y a pas de superman dans la recherche et qu'il n'a pas besoin d'user sa vie dans l'attente d'un r&#233;sultat qui ne vient pas. &lt;i&gt;Eva ! point&#233;, le pied, sinon tu ne travailles rien&lt;/i&gt;. Docilement, elle contracte les orteils mais continue de penser &#224; son doctorant, elle se rappelle comment elle lui parlait, cette difficult&#233; &#224; trouver les mots, les pincettes employ&#233;es pour lui faire comprendre qu'il avait le droit de ne pas y arriver, le droit de s'arr&#234;ter, le droit de ne pas &#234;tre une machine. C'est parce que Tim est un mec, avec une fille, &#231;a aurait &#233;t&#233; plus simple. Avec une fille&#8230; &lt;i&gt;S&#233;rieux Eva, engage ton cou-de-pied, comme &#231;a&lt;/i&gt;. Lise a replac&#233; son pied, ses gestes sont pr&#233;cis et un peu brutaux. Francs. Voil&#224;, comprend Eva, &#231;a ne vient pas de lui, mais de moi. De l'image que je me fais de lui, de ce que l'on peut dire sans le blesser &#224; un homme que l'on pr&#233;suppose fort et chatouilleux sur sa virilit&#233;. Alors, elle a manqu&#233; de franchise. Peut-&#234;tre qu'elle pourrait&#8230; mais Lise les fait asseoir pour continuer &#224; travailler l'ouverture de hanche. Eva abandonne Tim &#224; son sort, pauvre Tim, et pense &#224; l'anniversaire de sa m&#232;re, bient&#244;t, il faut vite trouver un cadeau, et aux sorties scolaires qui s'annoncent. L'ann&#233;e derni&#232;re elle a accompagn&#233; Alix. Cette ann&#233;e ce serait bien d'aller avec Louis. Mais peut-elle se le permettre ? Il y a la th&#232;se de Tim, les budgets &#224; faire, ses propres articles...&lt;br class='autobr' /&gt; La puissance de la musique la fait sursauter. Lise se marre. C'est la derni&#232;re partie du cours, la chor&#233;. Est-ce qu'Eva s'en souviendra ? Elle tente de visualiser ce qu'elle doit recr&#233;er. Panique. Se place tout de m&#234;me. Huit temps d'attente et la m&#233;lodie l'attrape. D'un coup, sa m&#233;moire la lib&#232;re, les gestes s'encha&#238;nent : ce creux dans la taille puis l'&#233;tirement qui monte jusque dans la nuque, qui se brise, se plie, succombe dans sa t&#234;te entre le rel&#226;ch&#233; des bras, dans l'oubli d'o&#249; rena&#238;t l'impulsion, l'&#233;nergie qui relance. Droite &#224; nouveau, une seconde dans une temp&#234;te, et d&#233;j&#224; il faut cambrer sur le c&#244;t&#233;, jambe retir&#233;e &#224; la limite de l'&#233;quilibre, tracer cette courbe qui se dessine jusqu'au mouvement des doigts, qui se concr&#233;tise en pirouette, qui rebondit, danse, danse, danse. Comme suspendue &#224; des fils invisibles, comme mani&#233;e par un ind&#233;celable marionnettiste. Eva se sent l&#233;g&#232;re, elle est vivante dans les pas d'un autre, les &#233;motions qui la traversent ne lui appartiennent pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas facile la nouvelle chor&#233;, remarque Lucie dans le vestiaire, heureusement que tu &#233;tais devant Eva, j'ai pass&#233; mon temps &#224; te copier. Eva a les joues un peu roses, l'effort sans doute. Elle minimise, affirme que c'&#233;tait dur pour elle aussi et se d&#233;p&#234;che de dire au revoir &#224; tout le monde, elle veut rentrer avant que les enfants ne s'endorment, c&#226;liner le petit, embrasser la grande. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ses pas claquent dans le noir, au sortir de la danse, souvent, elle se sent grande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle arrive juste &#224; temps pour d&#233;poser les baisers du soir. Samuel a bien g&#233;r&#233;, mais il reste quelques trucs qui tra&#238;nent dans la cuisine, des v&#234;tements oubli&#233;s dans le salon, des enveloppes, s&#251;rement des factures, par encore ouvertes sur la console de l'entr&#233;e. L'adr&#233;naline retombe, elle commence &#224; sentir la fatigue, elle voudrait vite ranger, mais Samuel la retient par les &#233;paules, il dit laisse, il dit je m'en occupe et va donc prendre une douche et comme elle r&#233;siste, il l'am&#232;ne contre lui. Il est si grand qu'en posant sa t&#234;te contre son torse, elle sent les pulsations de son c&#339;ur tambouriner au-dessus de son front. Elle tremble un peu, si &#231;a continue elle va se mettre &#224; pleurer. Samuel ne dit rien. Eva ferme les yeux. Dans quelques minutes tout reprendra son cours mais pour l'instant, le temps s'allonge et ajoute des secondes &#224; la nuit. Il n'y a qu'&#224; l'abri de son amour qu'elle s'autorise &#224; &#234;tre enti&#232;rement elle-m&#234;me : fragile, aussi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Collat&#233;raux</title>
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		<dc:date>2021-11-29T10:24:51Z</dc:date>
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		<dc:creator>Malie Berton-Daubin&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est le mot humanitaire qui la frappa et fit qu'elle s'accrocha au reste, au nom d'une ville, d'une association, aux termes attaque, otages, bless&#233;s. Et morts. Ils finissaient leur petit d&#233;jeuner. Martin souriait, elle vit le sourire s'&#233;teindre et elle pensa, comme si elle d&#233;crochait d'elle-m&#234;me, comme si elle flottait juste au-dessus, qu'elle aussi, elle &#233;tait bl&#234;me. Elle entendit encore quelques morceaux de phrases, des fragments de sens qu'elle n'arrivait plus &#224; connecter &#224; une r&#233;alit&#233;, dans la ville (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1217.jpg?1638181452' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_555 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/at498_collate_01raux-definitif.jpg?1638181392' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	C'est le mot humanitaire qui la frappa et fit qu'elle s'accrocha au reste, au nom d'une ville, d'une association, aux termes attaque, otages, bless&#233;s. Et morts.&lt;br class='autobr' /&gt; Ils finissaient leur petit d&#233;jeuner. Martin souriait, elle vit le sourire s'&#233;teindre et elle pensa, comme si elle d&#233;crochait d'elle-m&#234;me, comme si elle flottait juste au-dessus, qu'elle aussi, elle &#233;tait bl&#234;me. Elle entendit encore quelques morceaux de phrases, des fragments de sens qu'elle n'arrivait plus &#224; connecter &#224; une r&#233;alit&#233;, &lt;i&gt;dans la ville de K, entre arm&#233;e r&#233;guli&#232;re et paramilitaires, au tour de l'association Terres Vives d'&#234;tre&lt;/i&gt;, et ce cri dans sa t&#234;te, &lt;i&gt;Myriam&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Martin avait renvers&#233; son bol, une vague noire aux reflets mats - pourquoi prend-t-il toujours des caf&#233;s aussi forts ? - inondait la table. Elle le regarda cligner des yeux, elle, elle n'arrivait pas &#224; penser, cerveau bloqu&#233; sur le caf&#233; qui d&#233;goulinait et soudain il se leva, attrapa leurs t&#233;l&#233;phones, &#233;teignit la radio, appelle-la jusqu'&#224; ce qu'elle r&#233;ponde, moi je me charge de l'asso et de l'ambassade. &lt;br class='autobr' /&gt; Alors les r&#233;pondeurs, tout le temps. Il doit pourtant bien y avoir une personne qui, puis une nouvelle annonce sur la messagerie de &lt;i&gt;Terres Vives&lt;/i&gt;, merci de ne pas encombrer la ligne afin que nous puissions joindre les familles concern&#233;es par l'attaque &#224; K.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le silence, sa rage explose, pourquoi Myriam n'est-elle pas rentr&#233;e quand tout le monde lui disait de le faire ? Pourquoi s'obstiner ? Ces gens l&#224;-bas, ils n'&#233;taient rien pour elle, et eux, elle ne pouvait pas penser &#224; eux ? Toujours comme &#231;a les enfants, des &#233;go&#239;stes, on leur donne tout, on vit pour eux, on s'adapte &#224; leurs progr&#232;s, &#224; leurs difficult&#233;s et eux, d&#232;s qu'ils peuvent, ils vous abandonnent. Mais la faute &#224; qui ? Qui leur a appris &#224; vivre leur vie, &#224; prendre leur envol ? A Myriam, qui lui a appris &#224; tenir jusqu'au bout, &#224; assumer, &#224; pers&#233;v&#233;rer, qui ? La force de sa col&#232;re la surprend, elle ne se savait pas capable de cela, de les d&#233;tester tous, tous et Myriam aussi.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut qu'on attende. Il faut&#8230; tu te sens d'aller travailler ?&lt;br class='autobr' /&gt; Non, elle ne pouvait pas. Comment porter attention &#224; ses &#233;l&#232;ves, comment tenir ses classes en &#233;tant habit&#233;e par cet ailleurs innommable. Martin h&#233;sitait, elle sentait qu'il voulait &#224; la fois conserver une apparence de normalit&#233; et ne pas la laisser seule.&lt;br class='autobr' /&gt; Moi non plus. J'arriverais &#224; rien de toutes fa&#231;ons.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle reprit son portable, marqua &#224; nouveau le num&#233;ro de Myriam. Ce n'&#233;tait plus l'intonation joyeuse de sa fille qui promettait de rappeler au plus vite, mais une voix inconnue, aux inflexions officielles, annon&#231;ant que la messagerie &#233;tait pleine.&lt;br class='autobr' /&gt; Les r&#233;seaux sociaux ! L'id&#233;e est venue d'un coup et, effectivement, ce ne serait pas la premi&#232;re fois que Myriam ou l'un de ses coll&#232;gues les rassureraient par Facebook ou Instagram. Oui, regarde, toi, r&#233;pondit Martin moi je vais essayer de contacter ses amis.&lt;br class='autobr' /&gt; Myriam leur avait donn&#233; plusieurs num&#233;ros, au cas o&#249; les lignes fonctionneraient mal ou pour d'autres futurs qu'on avait pr&#233;f&#233;r&#233; taire. Elle leur r&#233;p&#233;tait qu'elle &#233;tait encore utile. C'&#233;tait &#231;a &#234;tre utile vraiment, comme martyre, comme proie ? Elle avait envie de crier, pauvre idiote, fichue ent&#234;t&#233;e, petite imb&#233;cile, comment leur fille pouvait-elle leur causer tant d'angoisses ?&lt;br class='autobr' /&gt; La sonnette de la porte les fit sursauter avant que ne leur parvienne la voix de Rapha&#235;l, pr&#233;voyant leur panique, papa, maman, c'est moi, c'est Rapha.&lt;br class='autobr' /&gt; Petits, Rapha&#235;l et Myriam passaient leur temps &#224; se disputer. Pour un jouet, pour un livre, pour une d&#233;limitation de territoire dans le couloir entre leurs deux chambres. Rapha&#235;l tapait, Myriam mordait. Les deux hurlaient. Elle avait tout essay&#233;. Pendant des vacances en Italie, elle avait m&#234;me achet&#233; une affiche avec la pri&#232;re du Pauvre d'Assise, l&#224; o&#249; il y a la guerre que je mette la paix, l&#224; o&#249; il y a la haine que je mette l'amour. Elle l'avait accroch&#233;e sur le mur entre les portes de leurs chambres mais rien &#224; faire. Et c'&#233;tait toujours &#224; elle, leur m&#232;re, de r&#233;agir avant que la bagarre ne d&#233;g&#233;n&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Ils &#233;taient petits, six ou sept ans pour Myriam, pas encore dix pour Rapha&#235;l, quand elle leur avait invent&#233; cette histoire. Il &#233;tait une fois un personnage A qui avait fait une grosse b&#234;tise. B qui en avait souffert fit pire et puis C encore pire et D et E, et &#224; la fin, ce fut la guerre. Il &#233;tait une fois une autre histoire. A, l&#224; aussi, avait fait une grosse b&#234;tise mais B se d&#233;brouilla pour arranger les choses. Et C et D et E, qui ne surent jamais rien, n'eurent pas l'occasion de commencer la guerre. C'&#233;tait une histoire b&#234;te, mais des ann&#233;es plus tard, quand Rapha&#235;l avait quitt&#233; la maison et qu'il avait demand&#233; &#224; emporter l'affiche, Myriam avait accept&#233;, moi j'ai mon personnage B. Mais si maman, B2, tu te souviens pas. Celui gr&#226;ce &#224; qui il n'y a pas la guerre. Si elle avait su ce qu'elle faisait ce jour-l&#224;, si on savait seulement quand on a ou on n'a pas de l'influence sur ses enfants.&lt;br class='autobr' /&gt; Rapha&#235;l &#233;tait v&#233;t&#233;rinaire. Myriam, apr&#232;s une &#233;cole de commerce, s'&#233;tait engag&#233;e dans l'humanitaire. C'&#233;tait sa troisi&#232;me mission en Afrique. A son premier d&#233;part, elle avait demand&#233; &#224; sa m&#232;re de lui dessiner un bonhomme sur un bout de feuille, un porte-bonheur &#224; garder avec sa carte d'identit&#233;. Le personnage B2.&lt;br class='autobr' /&gt; On se croit toujours sur le bon chemin et pendant ce temps... Si elle ne l'avait pas tant pouss&#233;e, si elle n'avait pas tant sermonn&#233;. Si elle n'avait pas fait la fi&#232;re aussi, approuver, cacher son effroi, la laisser vivre sa vie. Si tu lui avais dit que tu crevais de peur, est-ce qu'elle ne serait pas rentr&#233;e, ta fille ?&lt;br class='autobr' /&gt; Maman, tu m'entends ? Tu veux un verre d'eau ?&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'est-ce que &#231;a peut me faire un verre d'eau ?&lt;br class='autobr' /&gt;
et puis lasse tout &#224; coup - pardon, je ne voulais pas &#234;tre agressive.&lt;br class='autobr' /&gt; Martin s'acharnait sur son t&#233;l&#233;phone, sans r&#233;sultat. Le monde s'&#233;loignait, se coupait d'eux. Myriam et le monde entier. La maison les &#233;touffait. Rapha&#235;l proposa de sortir, avec les portables maintenant, on pouvait les joindre n'importe o&#249;. Ils marchaient comme s'ils &#233;taient en retard. Grandes foul&#233;es pour courir apr&#232;s le temps, pour rattraper la distance et les heures oubli&#233;es. Que faisaient-ils, eux, au moment de l'attaque ? Que faisait Myriam ? Que faisait-elle l&#224;, en ce moment ?&lt;br class='autobr' /&gt; Comme ils habitaient presque au bout du village, ils se trouv&#232;rent bient&#244;t dans les champs, sur un sentier qui montait au-dessus des maisons. Il y avait une chapelle sur un promontoire, la cl&#233; &#233;tait cach&#233;e derri&#232;re une pierre descell&#233;e. Machinalement, elle la prit et se glissa &#224; l'int&#233;rieur. &#199;a faisait longtemps qu'elle n'&#233;tait pas entr&#233;e. Comme un retour de r&#233;alit&#233;, elle nota que les chaises paill&#233;es avaient &#233;t&#233; remplac&#233;es par des bancs de bois, que &#231;a sentait bon la cire et qu'il y faisait sombre et doux comme l'image qu'elle avait toujours eue d'un ventre maternel.&lt;br class='autobr' /&gt; - Tu veux prier, maman ?&lt;br class='autobr' /&gt; Martin s'&#233;tait assis. Elle secoua la t&#234;te. Prier, non, prier c'&#233;tait accepter qu'il ait pu se passer quelque chose. Demander que quelque chose soit r&#233;par&#233;, att&#233;nu&#233; alors que tout ce qu'elle voulait c'est que rien ne soit arriv&#233;. Et puis cette fureur contre Myriam. Etait-elle incapable de penser aux cons&#233;quences, ne faisant que ce qu'on lui avait appris, mal appris, &#233;go&#239;stement, trouve un sens &#224; ta vie, donne-toi, offre-toi, prends ce qui vient &#224; toi, ouvre les bras, regarde ce qui est beau, accroche-toi et accomplis-toi. Mais les autres ? Personne ne lui avait donc appris &#224; penser aux autres, &#224; ceux qui lui &#233;taient si proches ? Rapha&#235;l restait debout et Martin juste derri&#232;re, la t&#234;te entre les mains, parti, trouvant son propre souffle pour supporter l'attente.&lt;br class='autobr' /&gt; Le temps, immense, intol&#233;rable, indiff&#233;rent.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout &#224; coup, le vrombissement d'un portable laiss&#233; sur vibreur, celui de Martin. &lt;br class='autobr' /&gt; - C'est l'ambassade, je sors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Rapha&#235;l : tu viens maman ? Le raclement de la porte en bois sur la pierre. Vas-y, toi. Elle ne pouvait pas, pas encore. Elle la sentait l&#224;, Myriam, entre ses bras, Myriam b&#233;b&#233;, enfant, jeune fille, prot&#233;g&#233;e et sauve, et elle ne pouvait plus la l&#226;cher pourtant d&#233;j&#224; sa fille se d&#233;robait et elle la contemplait de loin, tandis qu'elle choisissait d'entretenir sa propre lumi&#232;re aussi fugace et petite soit-elle. Maintenant le temps lui &#233;chappait. Myriam, comme une part d'elle-m&#234;me qui ne lui avait jamais appartenu. C'est alors que les mots surgirent, ces mots qui montaient d'elle ne sait o&#249;, du souvenir de sa fille ou peut-&#234;tre du fond de ses entrailles, mon Dieu, si jamais vous existez, quoi qu'il se soit pass&#233; et quoi qu'il se passe ensuite, faites que nous soyons toujours l'autre personnage B, que nous ayons ce courage, d'&#234;tre encore le deuxi&#232;me personnage B.&lt;br class='autobr' /&gt; Ensuite, seulement elle put se lever. Elle entendait la voix de Martin qui essayait de rester ferme. Elle sortit avec lui dans le jour empli de soleil, lui prit la main tandis qu'il hochait la t&#234;te &#224; la question venue des t&#233;n&#232;bres : oui, allez-y, vous pouvez parler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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