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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Le samoura&#239; </title>
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		<dc:date>2025-01-02T11:24:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Crub&#233;zy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour M&#233;rignac, apr&#232;s le temps court de l'ex&#233;cution &#8212; Tu es vivant te voil&#224; mort &#8212;, est venu le temps de l'&#233;ternit&#233;. L'&#233;ternit&#233; est hors du temps comme l'infini est hors de l'espace. Conviction d'un tueur &#224; gages. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la table basse, &#224; c&#244;t&#233; de ses pieds crois&#233;s l'un sur l'autre, une coupelle de bois remplis de fruits secs &#8212; figues, abricots, noix &#8212;, une bouteille de vodka flanqu&#233;e de deux petits verres et, pos&#233; sur un magazine de mode toujours sous son blister, le pistolet muni du silencieux. &#192; travers la baie (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1431.jpg?1735817083' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_596 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/samourai_2.jpg?1735816778' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-596 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Pour M&#233;rignac, apr&#232;s le temps court de l'ex&#233;cution &#8212; Tu es vivant te voil&#224; mort &#8212;, est venu le temps de l'&#233;ternit&#233;. L'&#233;ternit&#233; est hors du temps comme l'infini est hors de l'espace. Conviction d'un tueur &#224; gages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la table basse, &#224; c&#244;t&#233; de ses pieds crois&#233;s l'un sur l'autre, une coupelle de bois remplis de fruits secs &#8212; figues, abricots, noix &#8212;, une bouteille de vodka flanqu&#233;e de deux petits verres et, pos&#233; sur un magazine de mode toujours sous son blister, le pistolet muni du silencieux. &#192; travers la baie vitr&#233;e, &#224; peine entrouverte sur le jardin, Axel ne voit rien bouger. Le vent, tellement froid depuis deux jours, s'est absent&#233;. Les plots lumineux diss&#233;min&#233;s sur la pelouse impeccablement tondue, d&#233;barrass&#233;e des feuilles mortes, la piscine recouverte de sa b&#226;che verte, les transats repli&#233;s, les peupliers au garde &#224; vous ; monde calme sans volupt&#233;. Tout est immobile. Nuit noire sous les nuages. La lune se planque, indiff&#233;rente. Le temps, comme la mer qui g&#238;t l&#224;-bas en bord de plage, est &#233;tal. &#201;tal, l&#233;tal. Rien ne se passe plus. Quelque chose s'est-t-il d&#233;j&#224; pass&#233; ? L'hiver lui-m&#234;me est en suspens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il entend faiblement le son d'une radio allum&#233;e quelque part dans l'immeuble ou plus loin sur la corniche, sans arriver &#224; distinguer ce qu'il s'y dit. Quelqu'un &#8212; une femme &#8212; interroge quelqu'un &#8212; un homme &#8212;, il semblerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Assis &#224; son bureau, la t&#234;te bizarrement inclin&#233;e sur la gauche, bouche ouverte sur des dents impeccables mais rougies par le sang, le cadavre de M&#233;rignac. Tempe droite explos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel n'a pas retir&#233; ses gants ni sa casquette qui lui offrent un sentiment de protection et d'&#233;l&#233;gance. La bouteille de bi&#232;re, ruisselante de gouttelettes glac&#233;es, mouille l'int&#233;rieur de sa paume, &#224; travers le gant. Il n'aime pas boire sa bi&#232;re trop froide ; chez lui, il la range dans le bas du frigo avec les l&#233;gumes. Mais pour M&#233;rignac, une boisson glac&#233;e devait s&#251;rement &#234;tre synonyme de luxe. Champagne, vodka, bi&#232;re et vin blanc, m&#234;me traitement. Il repose la bouteille &#224; c&#244;t&#233; du pistolet en se disant que M&#233;rignac ne savait pas vivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a tombe bien, il est mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les taches de sang projet&#233;es sur le mur, derri&#232;re le bureau, n'ont pas atteint le Basquiat. Il s'en est fallu de peu que des dizaines de millions disparaissent sous une petite larme rouge. &#192; quoi &#231;a tient, tout &#231;a&#8230; &#192; la viscosit&#233; du sang, &#224; la position de la t&#234;te, la distance entre la tempe et le silencieux, allez savoir. Et quand bien m&#234;me la pauvre cervelle creuse de M&#233;rignac se serait r&#233;pandue sur le soi-disant chef d'&#339;uvre, so what ?! Foutaises ! Axel se fiche absolument de toute peinture. Quelle que soit la toile, aucune &#233;motion. Les gamins peuvent bien d&#233;verser des tombereaux de soupe sur La Joconde si &#231;a les amuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
La sculpture, Axel aime bien. On peut toucher, caresser, soupeser, c'est sensuel, il y a du volume et du poids. En bordure de la piscine, l'immobilit&#233; magnifie les peupliers dans l'obscurit&#233; et en fait des &#339;uvres d'art, aux yeux d'Axel. Statues de bois et chlorophylle. Avant de lever le camp, Il fera le tour de l'appartement pour v&#233;rifier s'il n'y a pas un petit quelque chose, une statuette, un &#171; geste &#187; de pierre ou de bois, ni trop grand ni trop lourd, qu'il pourrait emporter. S'il manque des objets de valeur, de l'argent liquide ou des documents, l'enqu&#234;te risque de s'&#233;garer. Toujours joindre l'agr&#233;able &#224; l'utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel regarde le rectangle vert pomme de la piscine recouverte. S'il ne faisait pas aussi froid, il enl&#232;verait la b&#226;che et prendrait le temps de se baigner. Nu, il nagerait quelques longueurs, rapide ou dolent, il go&#251;terait l'eau glissant sur sa peau. Il aime &#234;tre nu, il aime qu'on le regarde, nu. Il ferme les yeux et imagine qu'une femme entre dans la pi&#232;ce et, au moment o&#249; elle se rend compte &#8212; sans doute alert&#233;e par l'odeur subliminale de la mort &#8212; que le sourire de M&#233;rignac est &#224; jamais imb&#233;cile, Axel se montre &#224; elle, nu. Il entretient son corps, il est muscl&#233;, et la femme ne sait plus ce qu'elle doit regarder de la vie ou de la mort. Alors, elle rit faiblement, nerveusement. Lui, a envie de faire l'amour. &#192; qui pourrait-il faire l'amour, cette nuit ? Peut-&#234;tre une prostitu&#233;e, de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Axel, rouvre les yeux. Le rire qu'il entend, par bribes, c'est le rire complice de l'intervieweuse, suivi des d&#233;n&#233;gations flatt&#233;es de l'invit&#233;. Axel regarde le pistolet couch&#233; sur la table basse et se demande qui m&#233;rite la prochaine balle, la femme ou l'homme. La renarde ou le corbeau ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne lui proposera un tel contrat. Il ex&#233;cute les mauvais payeurs, les femmes infid&#232;les ou leurs amants, les maris d&#233;positaires d'assurance-vie, les g&#234;neurs, les balances ou les juges, les ma&#238;tres-chanteurs, exceptionnellement les criminels de guerre. Pas les animatrices de radio, pas les vedettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel n'a pas encore envoy&#233; le message convenu au commanditaire. Sans se presser, il t&#226;te mollement ses poches &#224; la recherche de son t&#233;l&#233;phone puis, pour rester ma&#238;tre du moment et des horloges, il fait n&#233;gligemment d&#233;filer le r&#233;pertoire jusqu'au D de Diop.&lt;br class='autobr' /&gt;
D. Da. De. Di. Dia. Diamant. Diamant !&lt;br class='autobr' /&gt;
Axel balance le t&#233;l&#233;phone qui rebondit sur la table en verre. Diamant !&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, elle ne s'appelait pas Diamant, c'est lui qui l'avait baptis&#233;e ainsi &#224; l'aube de la premi&#232;re nuit. Raret&#233;, &#233;clat, duret&#233;. Il se l&#232;ve d'un bond, r&#233;cup&#232;re le t&#233;l&#233;phone, sans r&#233;fl&#233;chir appuie sur la touche appeler puis raccroche dans la seconde, jette le t&#233;l&#233;phone dont l'&#233;cran se brise contre le mur. Axel ne respire plus, crise d'asthme, la Ventoline, inhale une fois, deux fois, des claques dans la gueule pour ne pas crier, tourne autour du canap&#233;, une fois, deux fois, fait trop de bruit &#231;a va alerter les voisins, va au Frigidaire, y trouve une bouteille de blanc entam&#233;e, fait sauter le bouchon, engloutit d'un coup un tiers du grand cru, frissonne. Respire. Essaie de se calmer. Diamant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel est debout dans le salon, bouteille &#224; la main, devant le bureau o&#249; se fige lentement le sang de feu le Colonel M&#233;rignac, violeur, pilleur charismatique et tortionnaire &#224; ses heures. Axel interpelle le mort &#224; voix basse. &#171; Arr&#234;te de sourire, M&#233;rignac. Qui n'a pas aim&#233; Diamant ne peut pas sourire. &#187; Le vin glac&#233; lui br&#251;le maintenant l'estomac. Il l&#232;ve les yeux vers le tableau de Basquiat. Hachures de bidonvilles, hachures de chevaux, de cadavres, slogans racl&#233;s sur des murs de mis&#232;re, t&#234;tes n&#232;gres d&#233;construites qui le renvoient &#224; la t&#234;te n&#232;gre et rare de Diamant, &#224; l'&#233;clat de son corps noir d&#233;sax&#233; par l'amour, &#224; la duret&#233; de ses impr&#233;cations. Lom&#233;, novembre. Le diamant pos&#233; sur son nombril, vol&#233; et offert. Lov&#233; &#224; Lom&#233; comme un titre de polar colonialiste. Novembre mais nuit claire &#224; Lom&#233;, la lune n'y est jamais indiff&#233;rente, elle n'h&#233;site pas &#224; &#233;clairer les machettes, les fusils. Violence &#224; Lom&#233;. Intrusion dans la chambre, lutte sauvage sous la clart&#233; de la lune et la vie viol&#233;e qui s'en va. Diamant !&lt;br class='autobr' /&gt;
Basquiat raconte la mort qui chevauche, la violence qui descelle les murs, la beaut&#233; du squelette qui n'&#233;gale que celle de Diamant. Axel subit la vision du tableau. Incr&#233;dule.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il retire ses gants et plonge ses mains dans l'&#233;paisse flaque de sang qui couvre le sous-main de cuir, le parquet et le mur derri&#232;re le bureau. Partout o&#249; il y a du sang, il y met ses mains puis les pose sur la toile. Le fluide ti&#232;de se m&#233;lange aux pigments, les figures s'estompent sous les paumes d'Axel, les d&#233;tails disparaissent dans un magma sombre. Quand ses mains sont s&#232;ches, il retourne &#224; la source, il r&#233;cup&#232;re tout ce qu'il peut et barbouille jusqu'&#224; ce que le tableau ne soit plus qu'une mare de sang verticale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le bureau, il y a un coupe papier, ivoire, bois et bronze. Il le prend et d&#233;chire la toile de deux diagonales crois&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis il finit la bouteille de blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel est nu dans la piscine. Il s'est d&#233;shabill&#233; tout en marchant sur la pelouse, abandonnant ses habits tach&#233;s le long des plots lumineux. Il a roul&#233; la b&#226;che avec pr&#233;caution puis a regard&#233; longtemps la surface noire o&#249; rien ne se refl&#232;te. Le sang qui d&#233;goute des mains d'Axel a trac&#233; un chemin sur les dalles autour du bassin. Il s'aper&#231;oit qu'il serre toujours le coupe papier dans sa main, sourit et choisit le petit escalier pour rentrer dans l'eau. Il a compris que pour lui, c'&#233;tait foutu. Le grand professionnel est arriv&#233; au bout du voyage. Il ne pourra rien nettoyer derri&#232;re lui, il a laiss&#233; trop de traces. Il a merd&#233; grave mais quand on lui passera les bracelets, au moins, il sera propre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la derni&#232;re marche, il a de l'eau jusqu'au genou. L'eau est tr&#232;s froide, il creuse le ventre. Axel ne voit pas ses pieds comme il ne voit pas la grimace qui lui tord le visage. Il hal&#232;te comme un petit chien, serre plus fort le poing autour du coupe-papier. Dans l'air, flotte encore des lambeaux de l'interview &#224; la radio. Axel reconna&#238;t maintenant la voix de l'animatrice ; une intellectuelle m&#233;prisante dont il a toujours d&#233;test&#233; la voix et les &#233;missions. Elle a de la chance qu'il ne soit plus tueur &#224; gages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel fait la planche, l'eau le torture. Il a conscience que le sang de M&#233;rignac s'y m&#234;le lentement alors il r&#233;siste et s'efforce de ne pas bouger. Flegme et volont&#233; sont &#8212; &#233;taient &#8212; sa marque dans le m&#233;tier ; Axel ne l&#226;che jamais rien, il est connu pour &#231;a, on se rappellera de lui pour &#231;a. L'eau glac&#233;e enserre sa nuque, t&#233;tanise les muscles de ses &#233;paules et peu &#224; peu l'anesth&#233;sie. Il s'habitue, il l&#226;che prise, il ouvre sa main et le coupe-papier s'&#233;chappe vers le fond du bassin. Axel n'a plus envie de faire l'amour. Le ciel noir lui parle de l'infini. L'attente qui commence s'apparente &#224; l'&#233;ternit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il lui semble que la cime des peupliers s'agite imperceptiblement dans l'obscurit&#233;, que les statues de bois se mettent en mouvement pour saluer le samoura&#239; d&#233;chu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un rai de lumi&#232;re</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/un-rai-de-lumiere</link>
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		<dc:date>2024-01-31T22:33:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Crub&#233;zy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le sandwich n'est pas bon ; les copeaux de cantal ont go&#251;t de savon, les tomates sont pleines d'eau, le jambon se transforme en p&#226;te &#224; papier dans la bouche de Nour. Nour, vingt-six ans, fille de Pomme et Brahim. Qui h&#233;site &#224; jeter son sandwich, &#224; l&#226;cher son banc, &#224; remonter chez elle, &#224; se coucher apr&#232;s un demi Stilnox. Demain matin, dimanche, de la boulangerie monteront de bonnes odeurs de croissants et de pains frais. Le couple de m&#233;sanges aura peut-&#234;tre repris ses quartiers dans l'un des arbres qui (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1387.jpg?1710951222' width='150' height='113' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_587 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/un_rai_de_lumiere2.jpg?1706527144' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-587 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2024
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Le sandwich n'est pas bon ; les copeaux de cantal ont go&#251;t de savon, les tomates sont pleines d'eau, le jambon se transforme en p&#226;te &#224; papier dans la bouche de Nour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour, vingt-six ans, fille de Pomme et Brahim.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui h&#233;site &#224; jeter son sandwich, &#224; l&#226;cher son banc, &#224; remonter chez elle, &#224; se coucher apr&#232;s un demi Stilnox.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demain matin, dimanche, de la boulangerie monteront de bonnes odeurs de croissants et de pains frais. Le couple de m&#233;sanges aura peut-&#234;tre repris ses quartiers dans l'un des arbres qui font face &#224; sa fen&#234;tre. Alors, odeurs du bonheur et chants d'oiseaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour, la gorge s&#232;che, le ventre dur comme une pierre tombale, qui sait que les oiseaux ne chantent plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son dos, la voie ferr&#233;e qui part vers l'Ouest, vers l'Am&#233;rique. Elle a souvent pens&#233; courir le long des trains, quand ils roulent encore doucement, &#224; la mani&#232;re des hobos de la Grande D&#233;pression.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bruit des roues &lt;i&gt;takatchoum takatchoum takatchoum&lt;/i&gt;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour, d&#233;pressive, qui sauterait dans un wagon de marchandises dont les portes ne seraient &#233;tonnamment pas ferm&#233;es. Magie des r&#234;ves. Qui dormirait, clandestine et heureuse, dans une odeur de ferraille ou de paille &#224; bestiaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui, le temps que le somnif&#232;re agisse, pourrait lire quelques pages des &lt;i&gt;Raisins de la Col&#232;re&lt;/i&gt;. Puis r&#234;verait d'Henry Fonda. Ses yeux bleus sur elle qui dort toujours &#224; oilp&#233;. Magie de la litt&#233;rature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou &#233;crire, le temps que le somnif&#232;re agisse, des mots, des phrases, peut-&#234;tre tout un paragraphe. Pornographique. &lt;i&gt;Je suis arriv&#233;, la s&#233;ance &#233;tait commenc&#233;e. Je t'ai rep&#233;r&#233;e dans la p&#233;nombre assise au dernier rang contre le mur, sous la vitre du projectionniste. Seule dans ta rang&#233;e, ce qui &#233;tait assez &#233;tonnant, vu l'endroit. Tu avais d&#233;j&#224; d&#251; virer les connards, les morts de faim qui d&#233;gainent leur outil avant de dire bonjour. Tu attendais la bonne personne. Moi.&lt;/i&gt; Commencer un roman &#233;pistolaire porno, l'envoyer &#224; Ovidie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour, rue Vercing&#233;torix, en col&#232;re et sans amour. Qui r&#233;p&#232;te &#224; tout bout de champ &lt;i&gt;Ni Dieu Ni Ma&#238;tre&lt;/i&gt;. Dans sa t&#234;te, elle l&#232;ve un poing gant&#233; de noir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui &#233;tait la seule &#224; pleurer, tout &#224; l'heure au cimeti&#232;re. Sans raison, elle a pleur&#233;. Sans raison, l'eau des larmes a jailli de ses yeux masqu&#233;s de lunettes noires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui depuis longtemps a envie de se raser la boule &#224; z&#233;ro mais qui n'ose pas le faire. Elle se raserait le cr&#226;ne et ne s'habillerait que de surv&#234;tements noirs dont elle aurait masqu&#233; les logos. Ninja. La surprise des mecs quand ils verraient que la chatte aussi. Non &#231;a, elle ne le fera s&#251;rement pas ; la peur de se blesser, c'est fragile par l&#224;. Trouver un institut de beaut&#233; qui rase les chattes, peut-&#234;tre&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour, qui s'&#233;vanouit &#224; la vue du sang. Qui a souvent envie de mourir mais qui ne supporte pas l'id&#233;e de mourir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Glisser &#224; la lisi&#232;re de la mort, glisser, lisse, le long de la vie, le long de la voie ferr&#233;e, le long des odeurs, le long des corps. Bouchon au fil de la rivi&#232;re. Dispara&#238;t dans le tourbillon, appara&#238;t. Dispara&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour, que sa m&#232;re appelait &lt;i&gt;Mon p'tit bouchon&lt;/i&gt; quand elle lui donnait le bain. &lt;i&gt;Ferme les yeux mon p'tit bouchon ou le shampoing va piquer&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui voit la nuit tomber au ralenti sur le square du P&#232;re Plumier et derri&#232;re les arbres sur les immeubles bordant les voies, la nuit allong&#233;e sur l'espace vide o&#249; on a trac&#233; le chemin vers l'Am&#233;rique. Bient&#244;t l'&#339;il fatigu&#233; ne reconna&#238;tra plus le fil noir du fil blanc, tous les chats deviendront gris. Les lascars vont lacer leurs baskets.&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; jeter le sandwich poussi&#233;reux ? Les B&#233;douins cuisent le pain dans le sable et les scorpions meurent br&#251;l&#233;s dans la p&#226;te. Pas de poubelle en vue. Un train de marchandises commence doucement son voyage vers l'Ouest et Nour qui l'entend. Le bruit des roues &lt;i&gt;takatchoum takatchoum Takatchoum&lt;/i&gt;&#8230; Sauter dans un wagon, partir, redresser l'oblique qui la brise. Atteindre New-York en passant sous l'oc&#233;an.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour, qui se demande si elle n'est pas maudite, issue d'une &#233;toile, &#233;chou&#233;e sur Terre apr&#232;s un naufrage galactique. Tr&#232;s loin, dans une &#233;trange lumi&#232;re croisent les navires interstellaires. Des boulons perdus se satellisent et viennent perforer les radars &#224; cent millions. Il y a des orages l&#224;-haut, des &#233;clairs laissant appara&#238;tre de dangereuses falaises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui se sait en d&#233;sordre. Qui &#233;puise les psys. Qui s'enferme dans la nuit, la sienne. Galaxie personnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour, qui entend trop fort la ville feuler autour d'elle. Trop fort. La ville feule. D'un souffle automobile. &#192; moins d'un kilom&#232;tre d'elle, le p&#233;riph&#233;rique encercle Paris, lui-m&#234;me encercl&#233; de hobos qui n'ont plus la force de courir pour jumper dans les wagons &#224; bestiaux &#233;tonnamment ouverts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour que le sommeil fuit. Que l'espoir fuit. Que les hommes fuient comme si elle &#233;tait en surv&#234;tement, t&#234;te ras&#233;e, gant&#233;e, poing noir lev&#233;, gueulant &lt;i&gt;Ni Dieu ni Ma&#238;tre&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cimeti&#232;re, sur qui a-t-elle pleur&#233; derri&#232;re ses lunettes noires ? Le sait-elle ? La famille semblait ne rien voir de son tourment et Nour entendait depuis les rues bordant le cimeti&#232;re, les klaxons, les p&#233;tards et les youyous d'une noce exub&#233;rante. C'&#233;taient peut-&#234;tre les &#233;chos lointains de cette joie qui la faisait pleurer. Nour, que la vie fuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle aimerait que la boulangerie reste ouverte la nuit, comme un refuge de montagne. Nour, qui passerait la nuit &#224; discuter avec la caissi&#232;re. Mais elle sait que le rideau de fer restera ferm&#233; alors Nour se l&#232;ve, quitte le banc, se dirige vers la Place de Catalogne.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;-bas, il y a des poubelles ; elle y oubliera le mauvais sandwich. Son lacet est d&#233;fait ; elle prend le temps de le renouer puis se met en marche. Personne dans la rue, des lambeaux de musique suspendus virevoltent quelque part au loin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle voit les premi&#232;res &#233;toiles appara&#238;tre dans le vaste ciel. Nour qui r&#234;ve d'Am&#233;rique sait que leur lumi&#232;re dit la distance comme elle indique le chemin. Reine Mage. Elle aime l'odeur de la pierre d'ambre que ses parents lui ont offerte pour ses vingt ans. Toujours quelque part avec elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour, qui n'est pas d'ici, &#224; coup s&#251;r. Comme son p&#232;re, Brahim.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a march&#233; sa route, Brahim, depuis le sud marocain o&#249; voyageaient lentement les dunes sous les pieds de son p&#232;re, Hassan, le grand-p&#232;re de Nour. Magie de la l&#233;gende. Le sable se d&#233;place, les &#233;toiles se d&#233;placent, les hommes avancent. Les destin&#233;es sont aveugles ; on marche &#224; t&#226;tons.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rue est d&#233;serte sous le ciel lilas. Nour trace son chemin, elle veut atteindre l'Am&#233;rique. C'est quoi l'Am&#233;rique ? Une poubelle, un regard qu'elle croisera, un cul dans un jean, l'amour qui lui &#233;vitera le somnif&#232;re. Elle marche vite dans le silence mais le bruit des roues, &lt;i&gt;takatchoum takatchoum takatchoum&lt;/i&gt;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour qui pense &#224; demain, &#224; l'odeur du pain, au chant des m&#233;sanges. Mais avant demain, il faudra dormir.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une fen&#234;tre, troisi&#232;me &#233;tage d'un immeuble blanc tout neuf, le son d'une f&#234;te. Sound system, rires, lumi&#232;res rouges/mauves/bleues/rouges. Beaucoup de monde ; moiteur des jeunes corps. Nour qui s'arr&#234;te et hurle vers la fen&#234;tre ouverte &#171; Quelqu'un, une clope ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour qui danse toute seule sur le trottoir en attendant la r&#233;ponse. Qui redemande &#171; Quelqu'un, une clope ? &#187; Personne ne l'entend ou ne veut l'entendre. Une femme brune &#224; lunettes noires quand la nuit tombe, &#231;a fait peur. &lt;i&gt;Rouge/mauve/bleu/rouge&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien ne vient vers elle, on ne lui donne rien. Merci pour rien. Nour qui arme son bras comme un joueur des Mets de New-York et balance son sandwich vers la fen&#234;tre. Baseball rue Vercing&#233;torix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour qui rate sa cible mais plus besoin de poubelle. Qui gueule &#171; Fuck you ! &#187; et repart plus l&#233;g&#232;re mais pr&#234;te &#224; bouffer le premier emmerdeur. Elle pense &#224; son grand-p&#232;re marocain, ne sait plus s'il &#233;tait berger de ch&#232;vres translucides ou cordonnier ou cafetier ou mendiant ou peut-&#234;tre tout &#224; la fois selon la fortune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se voit guider les ch&#232;vres &#224; l'&#233;cart des dunes. Le sable abrase les chevilles cercl&#233;es d'une fine cha&#238;ne en or, investit la bouche, pique les yeux comme le shampoing mais le bruit des roues, &lt;i&gt;takatchoum takatchoum takatchoum&lt;/i&gt;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui, l&#224;-bas, ne se plaindrait pas de la chaleur et aurait des enfants. Ventre sollicit&#233; et f&#233;cond. Si ce soir elle dort aux c&#244;t&#233;s d'un homme, qu'il vienne du Sud, que ses mots de d&#233;sir soient pollu&#233;s de son origine lointaine. Et si demain il veut rester, qu'il reste. Nour hospitali&#232;re pr&#234;te &#224; voler des chevaux pour lui. Se pense M&#233;d&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour qui cherche Jason, qui sait pourtant que Jason est un salaud. Jason qui aurait pu &#234;tre le pr&#233;nom de l'oncle qu'ils ont enterr&#233; cet apr&#232;s-midi, aventurier renverseur d'oc&#233;ans et de femmes. La m&#232;re de Nour, Pomme, qui dit que l'oncle &#233;tait un salaud. Brahim qui s'en fout, c'est pas ses affaires mais on respecte les morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour ne se souvient plus du titre mais quand Brahim faisait encore du th&#233;&#226;tre, il a jou&#233; dans une pi&#232;ce qui parlait des morts et du respect qu'on leur doit. Nour, qui avait honte que son p&#232;re fasse l'acteur mais encore plus qu'il ne trouve pas de r&#244;le. Hors l'arabe de service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui ne sait pas si elle doit se sentir arabe. Qui se voit comme telle dans le regard des autres. Nour, dont les pens&#233;es br&#251;lent et qui la br&#251;lent. Elle l&#232;ve la t&#234;te, inspire puis expire longuement comme pour chasser le trop plein de ce quelque chose tapi en elle qui la consume. Qui saute en l'air et cherche &#224; toucher du bout de ses doigts le bout de ses pieds. Qui recommence plusieurs fois jusqu'&#224; trop d'essoufflement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour, qui s'&#233;puise &#224; s'&#233;puiser est revenue du P&#232;re-Lachaise &#224; pied. Paris du Nord au Sud, les yeux rougis d'&#233;motion. Elle se promet que c'est la derni&#232;re fois qu'elle suit un enterrement. Trop fragile, trop nerveuse. Bipolaire, lui a dit un jour la femme psy. Nour, consum&#233;e entre deux p&#244;les ; le Sud et le Nord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des bribes de musique encore audibles viennent s'&#233;chouer sur ses talons. Nour qui s'arr&#234;te et se retourne. La fen&#234;tre, l&#224;-bas, qui palpite comme un c&#339;ur lumineux. &lt;i&gt;Rouge/mauve/bleu/rouge. Daft Punk&lt;/i&gt; couvre le bruit des roues, &lt;i&gt;takatchoum takatchoum takatchoum&lt;/i&gt;&#8230; Qui se demande si elle ne va pas faire demi-tour et taper l'incruste &#224; la f&#234;te. Elle enl&#232;vera ses lunettes noires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jason danse comme un h&#233;ros, les alcools, les clopes, les joints, #metoo reste &#224; la porte, il faut crier pour s'entendre et personne ne s'occupe de la nuit qui tombe. Au petit matin, les seuls cadavres seront les bouteilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nour, qui rebrousse chemin. Qui marche vite. Arriver avant les douze coups de minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est devant la porte de l'immeuble, au t&#233;l&#233;phone. La peau tr&#232;s fonc&#233;e, les cheveux tr&#232;s noirs, longs, lisses et libres. Une chemise rouge &#224; rayures bleues, ouverte jusqu'au sternum mouill&#233; de sueur, les manches relev&#233;es, un jean gris, des tongs aux pieds. Nour, saisie par sa beaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une voix douce qui dit des choses totalement incompr&#233;hensibles. Sabir. Une voix si douce ; on dirait qu'il parle &#224; son enfant pour l'endormir. Ou &#224; sa vieille m&#232;re qui s'inqui&#232;te pour lui &#224; l'autre bout de la terre. Nour pense qu'elle a raison de s'inqui&#233;ter. Pomme s'inqui&#232;te, Brahim s'inqui&#232;te. Pour elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nour s'approche de lui et mime le geste de fumer une cigarette. De sa main libre, il extirpe un paquet de la poche arri&#232;re de son jean et le tend &#224; Nour sans cesser de parler de sa voix douce. Dans le paquet, Nour trouve un briquet. Elle allume la clope et coince le paquet entre son ventre et sa ceinture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant qu'il parle &#224; sa m&#232;re, &#224; son enfant, il regarde Nour. Clope au bec, elle commence &#224; danser devant lui. D'abord, il semble choqu&#233; de voir cette femme qui ondule devant lui, si pr&#232;s. Et puis ses yeux la d&#233;taillent, il s'&#233;loigne de sa conversation, sa voix douce devient inaudible, ses phrases incompr&#233;hensibles sont ind&#233;cises, il cherche ses mots. &#201;tranger &#224; sa propre langue, peut-&#234;tre qu'il ne comprend plus ce qu'il dit de sa voix sucr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il commence &#224; danser. Il balance ses tongs, se hisse sur la pointe des pieds, l&#232;ve les bras et danse en miroir de Nour. Depuis le troisi&#232;me &#233;tage, on l'appelle &#171; Qu'est-ce que tu branles Yusuf, t'es malade ? &#187; Nour regarde vers la fen&#234;tre et sans s'arr&#234;ter de danser tend ses deux majeurs vers les f&#234;tards. Yusuf &#233;clate de rire en la voyant faire. Il range son t&#233;l&#233;phone et accentue les mouvements dans&#233;s de son bassin. Quelque chose a boug&#233; en lui. Nour se rapproche encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu parles fran&#231;ais ?
&lt;br /&gt;&#8212; Un peu, pas beaucoup.
&lt;br /&gt;&#8212; Je t'apprends si tu veux.
&lt;br /&gt;&#8212; Oui ?
&lt;br /&gt;&#8212; Oui. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bruit des roues s'est &#233;vanoui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>La commissaire divisionnaire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Crub&#233;zy</dc:creator>



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&lt;p&gt;Dernier texto de la journ&#233;e, &#224; la sortie du parking souterrain du square d'Anvers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Message re&#231;u, Inspecteur. Merci. Nous en parlerons lundi. E. M. &lt;br class='autobr' /&gt;
Stop. &#201;dith &#233;teint son t&#233;l&#233;phone et l'enfouit dans la poche int&#233;rieure de son blouson. Une journ&#233;e de travail doit se terminer &#224; un moment ou &#224; un autre et si possible avant minuit. Demain, dimanche ; elle laissera le portable sur la table de chevet. Madame la commissaire divisionnaire f&#234;tera ses trente ans de mariage. Que les souris de tous poils en (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1363.png?1693571372' width='150' height='150' /&gt;
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&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/png/lcd_pc.png?1693571336' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-582 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2023
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Dernier texto de la journ&#233;e, &#224; la sortie du parking souterrain du square d'Anvers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Message re&#231;u, Inspecteur. Merci. Nous en parlerons lundi&lt;/i&gt;. E. M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stop. &#201;dith &#233;teint son t&#233;l&#233;phone et l'enfouit dans la poche int&#233;rieure de son blouson. Une journ&#233;e de travail doit se terminer &#224; un moment ou &#224; un autre et si possible avant minuit. Demain, dimanche ; elle laissera le portable sur la table de chevet. Madame la commissaire divisionnaire f&#234;tera ses trente ans de mariage. Que les souris de tous poils en profitent pour danser, le chat ne sera pas l&#224; et si le pr&#233;fet veut lui parler, il devra envoyer les motards &#224; Giverny. Lunel n'a rien vu d'anormal au P&#232;re-Lachaise, bon. Donc, elle a eu raison de ne pas y aller et Lunel est content, &#231;a le conforte dans l'id&#233;e que l'Aventurier est mort sans l'aide de personne, bon. C'est possible mais elle va quand m&#234;me continuer &#224; creuser. Lunel a beau mettre en avant le manque de certitude du rapport d'autopsie et gloser &#8212; l'imb&#233;cile irrespectueux &#8212; sur l'&#226;ge avanc&#233; du docteur Laurent, &#201;dith veut faire confiance &#224; l'intuition de son parrain. C'est lui qui a fait les premi&#232;res constatations dans la maison du Cap N&#232;gre, il y a deux semaines, et pour lui il &#233;tait &#233;vident que Julien Rosavin n'&#233;tait pas d&#233;c&#233;d&#233; de mort naturelle. &lt;i&gt;Parrain n'est pas encore s&#233;nile&lt;/i&gt;. Donc, on cherche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais tout &#231;a et le reste avec attendra lundi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;dith longe le square d'Anvers pour gagner l'avenue Trudaine. Il n'est pas loin de minuit. En attendant qu'elle rentre de sa r&#233;union avec le pr&#233;fet, Max doit &#234;tre en train de regarder une s&#233;rie, style serial killer sur dix saisons. Elle ne va pas se presser de le rejoindre pour le whisky rituel du soir ; elle aime cette gangue de chaleur qui l'entoure et les tueurs fous, elle en a sa dose pour aujourd'hui. Quatre heures de r&#233;union pour finaliser, en pr&#233;sence de tous les chefs de service concern&#233;s et du pr&#233;fet, tatillon et pusillanime &#8212; coinc&#233; du cul, dit l'&#233;l&#233;gant Tapissandre &#8212;, l'op&#233; de lundi matin. &#201;dith a la t&#234;te comme un fourgon blind&#233;. L'autorit&#233; de tutelle n'est pas contente et l'autorit&#233; de tutelle s'inqui&#232;te. Elle trouve que les Serbes psychopathes courent toujours trop vite mais aussi que l'&#201;tat de droit doit pr&#233;valoir en toutes circonstances. Madame la commissaire principale &#8212; &lt;i&gt;Ch&#232;re &#201;dith&lt;/i&gt;, comme se permet le coinc&#233; du cul &#8212; ne peut m&#234;me pas lui donner tort. Radmilo Gi&#353;ic compte &#224; son actif cinq r&#232;glements de compte dans les cinq derniers mois avec balles dans la t&#234;te et bains d'acide. Radmilo Gi&#353;ic, qui ne rechigne pas &#224; s'occuper lui-m&#234;me des basses &#339;uvres, formellement reconnu par un gamin, t&#233;moin du meurtre d'un dealer pakistanais en d&#233;but d'ann&#233;e. Un t&#233;moin de quinze ans, sous protection polici&#232;re permanente, pour faire tomber l'ordure... Mais Radmilo Gi&#353;ic, qui se terre depuis qu'il a &#233;chapp&#233; &#224; la sourici&#232;re, le jour de la Saint-Valentin, sur les contre all&#233;es de l'Avenue Foch. Radmilo Gi&#353;ic qui continue &#224; inonder Paris de poudre blanche, de cailloux gorg&#233;s d'ammoniac, qui n'en finit pas de soumettre &#224; sa loi jeunes filles et jeunes gar&#231;ons sans papiers. Radmilo Gi&#353;ic, grand corbeau mortif&#232;re, noir de cheveux, un m&#232;tre quatre-vingt quinze sous la toise, maigre comme bouff&#233; par sa m&#233;chancet&#233;, &#233;ternellement cach&#233; sous d'immenses lunettes noires valant un demi Smic. Mais qui sait, au juste, &#224; quoi ressemble vraiment cette incarnation du mal ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Radmilo Gi&#353;ic, cauchemar vivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la tutelle n'est pas contente, elle tut&#233;lise, admoneste, fait passer des messages tout sauf subliminaux, dit son impatience et son attente de r&#233;sultat. &#201;dith et ses coll&#232;gues policiers se sont donc employ&#233;s &#224; r&#233;expliquer au pr&#233;fet, en long et en large, le nouveau plan d'action pr&#233;vu pour lundi aux aurores. Gi&#353;ic &#8212; toujours &#224; Paris selon des informations certifi&#233;es et recoup&#233;es &#8212; se planque dans les sous-sols d'une cit&#233; HLM, dans un entrelacs de caves de plusieurs immeubles reli&#233;es entre elles et am&#233;nag&#233;es en un immense bunker, boulevard des Mar&#233;chaux. &#192; deux pas du Bureau des L&#233;gendes... L'informateur a d&#233;crit une Gotham City en miniature avec appartements dot&#233;s de tout le confort, war room, alarmes en tout genre, espaces de stockage, espace de d&#233;tente. Il y aurait m&#234;me quelques filles tenues en permanence &#224; disposition de ses soldats du crime les plus m&#233;ritants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lundi matin, du c&#244;t&#233; de la porte des Lilas, le bon peuple se r&#233;veillera t&#244;t, dans le bruit et la fureur. C'est &#201;dith qui dirigera en personne la cohorte de policiers qui partiront &#224; l'assaut du Joker serbe et de ses complices. Op&#233;ration bien s&#251;r ultra secr&#232;te et pr&#233;par&#233;e depuis des semaines avec les diff&#233;rents services d'intervention. Mobilisation et coordination d'une cinquantaine d'hommes pour une efficacit&#233; maximale et d&#233;finitive. &#199;a passe ou &#231;a casse. Si l'op&#233; est un succ&#232;s, &#224; pas encore cinquante ans, la commissaire divisionnaire entre dans les livres d'histoire et son futur clignote de mille feux. Si c'est l'&#233;chec, si ce frappadingue de Gi&#353;ic arrive encore &#224; se faire la belle et si les morts sont du mauvais c&#244;t&#233;... alors il y aura peu de monde pour d&#233;fendre &lt;i&gt;Ch&#232;re &#201;dith&lt;/i&gt; et lui &#233;viter le tranchant de la hache administrative. Certains, autour d'elle, pourraient m&#234;me se proposer pour aff&#251;ter l'outil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait tr&#232;s chaud. Elle regrette son blue jean, son blouson et ses boots mais il n'&#233;tait pas question qu'elle participe &#224; cette r&#233;union de grands chefs &#224; plumes autrement qu'en pantalon ; nous ne sommes jamais qu'au vingt et uni&#232;me si&#232;cle, apr&#232;s tout. Peu de voitures, peu de passants. Pas de bruit. Le temps semble ne pas s'&#233;couler, coagul&#233;, englu&#233; ou ligot&#233; dans une &#233;trange atmosph&#232;re tropicale. Pas d'air, une s&#233;cheresse noire mais qui ne l'inqui&#232;te pas ; jusqu'&#224; lundi rien ne l'inqui&#233;tera. &#201;dith marche lentement, attentive &#224; ses sensations. Sereine. Elle se h&#226;te lentement vers demain qui sera un autre jour et un beau jour. Max et les deux filles toute la journ&#233;e &#224; Giverny. Le jardin de Monet, le resto &#233;toil&#233; et encore le jardin pour la lumi&#232;re qui ne sera pas la m&#234;me. Giverny, pour toujours rep&#232;re et repaire de leur amour. Souvenir de leur premi&#232;re fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle entend des rires &#233;touff&#233;s, des gloussements qui viennent du square, peut-&#234;tre du c&#244;t&#233; du kiosque &#224; musique. Le square est ferm&#233; &#224; cette heure ; ils ont d&#251; passer par-dessus la petite barri&#232;re qui donne sur l'avenue. Des jeunes, sans doute. Si elle se rapproche, elle sentira s&#251;rement l'odeur de l'herbe ou du shit. D&#233;formation professionnelle, la commissaire divisionnaire tente de voir qui occupe ind&#251;ment le square plong&#233; dans la p&#226;le obscurit&#233;, alerte ses capteurs olfactifs. Elle ne met pas longtemps &#224; les apercevoir, assis, enlac&#233;s sur un banc. Ils n'ont pas vingt ans, peut-&#234;tre pas dix-huit, ils sont jeunes, beaux, et se transmettent bouche &#224; bouche la fum&#233;e bien odorante de leur roul&#233;e. Une lumi&#232;re mordor&#233;e les &#233;claire et les sublime dans la nuit d'&#233;t&#233;. Devant eux &#224; quelques m&#232;tres, le grand charme du square et ses branches vigoureuses, en arri&#232;re-plan la charpente m&#233;tallique du kiosque. Ils sont les sujets d'un tableau idyllique ; un petit berger et sa berg&#232;re insoucieux de tous les &#233;quipages, hymne &#224; la jeunesse, &#224; l'amour. Ils n'imaginent pas demain qui sera peut-&#234;tre gris. Ils n'imaginent pas Radmilo Gi&#353;ic, rat maigre et cruel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;dith voit ces deux enfants s'aimer au creux de leur paradis et pense &#224; Nina et Emma, ses deux filles &#224; l'aube de tout elles aussi. Sont-elles amoureuses, sont-elles confiantes ? &#201;dith imagine que oui, l'esp&#232;re en tout cas. Elles disent si peu. Que craignent-elles ? Max et elle ont tout fait, ont fait tout leur possible afin que les filles soient arm&#233;es, blind&#233;es, pr&#234;tes &#224; affronter l'avenir qui leur para&#238;t, &#224; eux, si sombre. Mais &#201;dith n'est s&#251;re de rien. Quelque chose claudique &#224; la maison. Elle sent bien qu'Emma et Nina, chacune &#224; leur mani&#232;re, s'inqui&#232;tent pour elle. La pression, le danger, les horaires &#224; rallonge les perturbent, les agressent. Et difficile de se vanter d'avoir une m&#232;re flic. L'&#233;vidence tranquille qui &#233;mane de ces deux gamins sur le banc lui fait prendre conscience que, oui, &#231;a boitille dans la famille. Si &#201;dith arrive &#224; peu pr&#232;s &#224; communiquer avec Emma, elle est &#224; la peine avec Nina, toujours r&#233;tive et incandescente. Qu'est-ce que cache ce caract&#232;re devenu soudain abrupt il y a quelques ann&#233;es, certitude ou panique ? Demain, soit pendant la promenade dans les jardins soit au restaurant, &#201;dith tentera des questions. Elle essaiera de dissiper ses craintes de maman au risque qu'on lui r&#233;ponde &lt;i&gt;Mais... Maman... arr&#234;te, &#231;a va bien, tu veux que je te dise quoi ?&lt;/i&gt; Il n'y aura pas d'&#233;clats pourtant, jour de f&#234;te oblige. Emma sera magnanime devant son inqui&#233;tude, Nina plus impatiente. Max regardera les n&#233;nuphars ou l'&#233;tiquette du Mercurey.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Calme, calme, reste calme Connais le poids d'une palme Portant sa profusion.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On joue de l'harmonica, quelque part dans un des appartements de la place d'Anvers. Beaucoup de fen&#234;tres sont ouvertes &#224; cause de la chaleur et le son enrou&#233; parvient &#224; &#201;dith, t&#233;nu mais clair. Un homme dans son lit qui ne trouve pas le sommeil. La chambre n'est &#233;clair&#233;e que par l'&#233;norme lune suspendue dans le ciel et dans cette lumi&#232;re froide, sans quitter l'astre des yeux, il a cherch&#233; &#224; t&#226;tons son diatonique sur la table de nuit puis il a redress&#233; l'oreiller contre le mur et maintenant, sous le poster de Magritte il joue la musique des grands espaces. La musique des cow-boys, des migrants sur le paquebot, des vagabonds dans le train de marchandises. Allong&#233;e &#224; ses c&#244;t&#233;s, une femme l'&#233;coute. Le sommeil la fuit, elle aussi. Tout &#224; l'heure, elle a repouss&#233; les draps inutiles et encombrants loin de leurs corps nus. Elle a pos&#233; sa main sur le ventre de son mari, de son amant, dont elle sent la houle l&#233;g&#232;re se mouvoir au rythme de la musique. Elle garde les yeux ferm&#233;s. C'est elle qui lui a demand&#233; de jouer ; c'est elle, la nostalgique. La musique soupire, s'&#233;chappe de la chambre, se glisse par la fen&#234;tre ouverte du salon et vient s'accrocher aux branches du grand arbre au milieu du square. Le petit berger et sa berg&#232;re l&#232;vent la t&#234;te et cherchent d'o&#249; vient la s&#233;r&#233;nade triste. La berg&#232;re a la t&#234;te qui tourne, le joint &#233;tait un peu fort pour elle. Elle s'allonge sur le banc et pose sa t&#234;te sur les cuisses du petit berger. Elle se sent bien dans son vertige, la main de son amoureux lui caresse tendrement les cheveux, la musique plane au-dessus d'elle. Elle ne va pas tarder &#224; s'endormir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Madame la commissaire divisionnaire laisse les deux gamins &#224; leur amour, leur r&#234;ve d'amour embu&#233; de shit et tant pis si leurs parents s'inqui&#232;tent. &lt;i&gt;Pas mon probl&#232;me&lt;/i&gt;. &#201;dith rentre chez elle retrouver son mari et se taper avec lui un petit pur malt douze ans d'&#226;ge. Elle presse le pas, maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;dith traversa l'avenue Trudaine pour s'engager rue Rodier. Elle rep&#233;ra tout de suite la grosse Harley stationn&#233;e sur sa b&#233;quille lat&#233;rale le long des num&#233;ros impairs, presque face &#224; sa porte. Appuy&#233; contre la selle, le conducteur, casqu&#233; mais visi&#232;re relev&#233;e, consultait son t&#233;l&#233;phone. D'instinct, &#201;dith ralentit et tenta de d&#233;crypter les signaux que lui envoyait le profil du motard. Un type court sur pattes, rond comme une barrique, blouson jean sans manches, pantalon de cuir et santiags &#224; bouts ferr&#233;s. Il avait retir&#233; le gant de sa main droite pour pouvoir manipuler son t&#233;l&#233;phone ; ses doigts &#233;taient charg&#233;s de bagues. Qu'est-ce que pouvait bien attendre un Hell's &#224; minuit en haut de la rue Rodier ? Une bourgeoise en mal de canaille ou une commissaire de police ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;dith, arriv&#233;e devant la porte coch&#232;re de son immeuble, prit le temps de d&#233;visager le motard avant d'actionner le digicode. Elle n'&#233;tait pas arm&#233;e et le jeu &#233;tait de ne montrer ni peur ni animosit&#233;, juste une curiosit&#233; d'honn&#234;te citoyenne. Le type leva les yeux vers elle et lui sourit. Le r&#233;verb&#232;re l'&#233;clairait d'un jaune soufr&#233; et lui donnait un teint maladif. Barbe de Viking, yeux bleus, balafre &#224; la paupi&#232;re gauche.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bonsoir, Madame.
&lt;br /&gt;&#8212; Bonsoir, je peux vous aider ?
&lt;br /&gt;&#8212; Merci, tout va bien. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;dith fit le code sans le quitter du regard. La brute ne s'occupait plus d'elle et tapotait rapidement sur les touches du t&#233;l&#233;phone. La porte s'ouvrit que franchit &#201;dith.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le hall &#233;tait plong&#233; dans le noir mais, une fois la lourde porte referm&#233;e, elle eut la sensation qu'elle n'y &#233;tait pas seule. Elle entendit le moteur de la Harley se remettre en marche. Son caqu&#232;tement lourd et caract&#233;ristique. La moto ne bougeait pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment o&#249; la commissaire appuyait sur le bouton de la minuterie, une lumi&#232;re froide, violente, vint la frapper au visage. Elle se plaqua dos &#224; la porte coch&#232;re et tenta d'interrompre de sa main le faisceau &#233;blouissant. Celui qui tenait la lampe-torche ne parlait pas mais &#201;dith qui ne distinguait qu'une vague forme devant elle comprit qui la tenait ainsi en joue. Par-dessus le bruit patient du moteur, elle entendit distinctement Radmilo Gi&#353;ic armer son flingue.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Commissaire, pffff... les femmes ne devraient pas faire ce m&#233;tier. &#192; trois, je te tue, 1. 2. 3. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cho des deux d&#233;tonations rebondit dans le grand hall de pierre, le son atroce s'enroula le long du large escalier et monta d'&#233;tage en &#233;tage, perdant la force de son message &#224; chaque palier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Max et &#201;dith habitaient au cinqui&#232;me &#233;tage. Max, surpris par ce qui lui sembla &#234;tre une d&#233;tonation, abandonna sa t&#233;l&#233;vision pour voir ce qu'il se passait dans la rue. Il &#233;carta le rideau de la fen&#234;tre du salon et vit une grosse moto, emportant deux passagers, qui finissait de remonter la rue Rodier &#224; contre sens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La fille de Chelsea</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/la-fille-de-chelsea</link>
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		<dc:date>2022-03-01T12:46:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Crub&#233;zy</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le soleil se sentait bien, haut dans le ciel. La chaleur enserrait v&#233;g&#233;taux, b&#234;tes et humains comme dans une cage et le soir &#233;tait encore loin ; l'air allait rester solide encore de longues heures autour de la ferme. Dans la bassine, l'eau croupissait. Le chien renifla quelques instants, d&#233;rangea d'un coup de langue la surface sale encombr&#233;e de brindilles et de feuilles racornies puis se r&#233;signa &#224; ne pas &#233;tancher sa soif. Michel n'allait pas tarder &#224; &#233;merger de la sieste et la gamelle serait vite (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1243.jpg?1646138830' width='150' height='141' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_563 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/01-02-22-at533-la_fille_de_chelsea-final.jpg?1646138837' width='500' height='469' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-563 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2022
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Le soleil se sentait bien, haut dans le ciel. La chaleur enserrait v&#233;g&#233;taux, b&#234;tes et humains comme dans une cage et le soir &#233;tait encore loin ; l'air allait rester solide encore de longues heures autour de la ferme. Dans la bassine, l'eau croupissait. Le chien renifla quelques instants, d&#233;rangea d'un coup de langue la surface sale encombr&#233;e de brindilles et de feuilles racornies puis se r&#233;signa &#224; ne pas &#233;tancher sa soif. Michel n'allait pas tarder &#224; &#233;merger de la sieste et la gamelle serait vite remplie d'eau claire sinon fra&#238;che. Il retourna &#224; son coin d'ombre et s'y allongea lamentablement. &#192; quelques centim&#232;tres de la truffe du chien, des fourmis visitaient, dans une organisation toute militaire, l'os d'un des gigots servis &#224; la noce. La grosse b&#234;te, Z&#233;non, un dogue allemand de presque un m&#232;tre, consid&#233;ra les petites bestioles d'un &#339;il fatigu&#233; et r&#233;sign&#233;, souffla, faisant voler la poussi&#232;re autour de l'os, puis chercha encore une fois la bonne position du museau entre les deux pattes. Tout br&#251;lait ; les murs d&#233;cr&#233;pits, le gravier de la cour, la pelouse rabougrie et jusqu'aux tommettes de la cuisine, dans laquelle il n'avait de toute fa&#231;on pas le droit d'entrer et o&#249; m&#234;me les mouches avaient l&#226;ch&#233; l'affaire se faisant invisibles dans l'attente du prochain cr&#233;puscule.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'&#233;tage, dans sa chambre aux volets presque clos, Michel ne dormait pas. Il venait de sortir d'une seconde douche prise moins d'une heure apr&#232;s une premi&#232;re et, allong&#233; nu sur le vieux lit en bois, les bras bien &#233;cart&#233;s le long du corps, se demandait s'il &#233;tait possible de contrarier l'&#233;vaporation de l'eau. Il s'&#233;tait couch&#233; sans s'&#234;tre essuy&#233;, d&#233;goulinant, mais maintenant il sentait sa peau s&#233;cher inexorablement, la suffocation rempla&#231;ant peu &#224; peu la fra&#238;cheur retrouv&#233;e au fur et &#224; mesure que les gouttes d'eau froide s'an&#233;antissaient. Bient&#244;t, le drap redeviendrait sec et hostile. Michel se for&#231;ait &#224; respirer calmement, fixait une microfissure au plafond qu'&#233;clairait un fin pinceau de lumi&#232;re, &#233;prouvait son poids et le creux qu'imposait son corps au matelas. La quasi-obscurit&#233; qu'il avait impos&#233;e &#224; la pi&#232;ce ne pouvait rien contre l'atmosph&#232;re accablante ; bouger &#233;tait devenu une vertu surhumaine. Michel n'avait m&#234;me pas la force de se redresser pour attraper la tabati&#232;re o&#249; devait tra&#238;ner un reste de shit et puis ses doigts &#233;taient s&#251;rement trop humides pour le papier &#224; rouler. Il ferma les yeux et pensa au moineau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercure avait fait sa terrible embard&#233;e &#224; l'aube de lundi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, samedi soir tout le monde avait eu chaud mais quarante personnes sous un hangar au milieu du mois de juin, quarante noceurs qui mangent, boivent, crient, chantent et dansent sans r&#233;pit n'engendrent pas sp&#233;cialement la fra&#238;cheur. Tout le monde s'&#233;tait couch&#233; gris ou ivre, les pieds lourds et les joues en feu mais, pour qui n'aurait pas particip&#233; &#224; la f&#234;te, la moiteur ambiante n'avait rien d'insupportable. Sans avoir vraiment dormi, les mari&#233;s s'&#233;taient &#233;clips&#233;s au tout petit matin d&#233;j&#224; doucement ti&#232;de du dimanche. Z&#233;non avait accompagn&#233; la d&#233;capotable jusqu'&#224; la lisi&#232;re du bois, d&#233;ployant encore avec aisance sa belle foul&#233;e musculeuse. Les invit&#233;s, la petite famille et les tr&#232;s nombreux amis du mari&#233;, avaient pass&#233; le dimanche &#224; laver et ranger la vaisselle, d&#233;monter les guirlandes &#233;lectriques, remiser les planches, les tr&#233;teaux, finir les plats, calmement, au rythme des r&#233;veils de chacun, des derni&#232;res bouteilles et des restes de ros&#233; en cubi. Assis sur une chaise en formica devant la fen&#234;tre de la cuisine, Michel avait supervis&#233; toute cette agitation en &#233;grenant des accords de blues sur sa stratocaster branch&#233;e &#224; un petit ampli crachouilleur. De temps en temps, il murmurait par-dessus la musique quelques paroles en anglais, s'appliquant &#224; reproduire avec d&#233;lice l'accent tra&#238;nant des bluesmen texans. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fin d'apr&#232;s-midi, tout ce beau monde avait fini par partir dans un dernier concert de cris et de klaxons imb&#233;ciles et rituels provoquant l'aboiement furieux du chien. Immobile au milieu de la cour, tenant d'une main le dogue par le collier et de l'autre sa guitare debout contre sa jambe, Michel avait attendu que les clameurs s'estompent derri&#232;re les platanes bordant la nationale puis disparaissent une fois le convoi pass&#233; de l'autre c&#244;t&#233; de la rivi&#232;re. L'habituel silence de la ferme &#233;tait revenu ; une sensation mauve se r&#233;pandait dans l'air, assurant de l'arriv&#233;e du soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le moineau avait pris son envol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel se retrouva seul avec Z&#233;non qui avait cess&#233; d'aboyer. Il portait toujours son costume de p&#232;re de la mari&#233;e et, m&#234;me s'il &#233;tait froiss&#233; et tach&#233;, n'avait pas envie de le quitter. Pendant ces deux jours il s'&#233;tait vu riche. La noce avait co&#251;t&#233; cher &#8212; pour la payer, il avait d&#251; se r&#233;soudre &#224; vendre sa paire de bottes mexicaines en croco et son vinyle d&#233;dicac&#233; par John Lee Hooker &#8212; mais tout le monde s'&#233;tait amus&#233; et tout le monde &#233;tait tomb&#233; sous le charme de Laurence si belle dans sa robe blanche. Belle comme un soleil. Tenant pour anecdotique l'amour de sa fille pour son mari, Michel &#233;tait persuad&#233; qu'elle ne devait son bonheur qu'&#224; ce mariage qu'il lui avait offert. Bon, elle n'avait pas remerci&#233;, elle avait fui avec son coquin avant qu'il ne se r&#233;veille mais l'ingratitude des enfants&#8230; Un genou &#224; terre, Michel caressait la t&#234;te de son chien avec le sentiment du devoir accompli. Tout &#233;tait calme autour de lui et lui-m&#234;me semblait toucher &#224; l'apaisement. Normalement, elle allait &#234;tre enfin heureuse et ce n'&#233;tait pas si courant de nos jours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le silence bienvenu redonnait du volume et de la solennit&#233; &#224; la cour et au corps principal de la ferme. Michel consid&#233;ra longuement le hangar. Il regrettait de ne pas avoir film&#233; la f&#234;te o&#249; jeunes et vieux s'&#233;taient d&#233;hanch&#233;s des heures durant sur des musiques qu'il ne reconnaissait pas. Il avait entendu un ami du mari&#233;, t&#234;te de parisien, parler de Woodstock techno bouseux. Pourquoi ce petit con parlait-il de Woodstock et qu'est-ce qu'il savait de Woodstock ? Laurence avait d&#251; raconter l'histoire &#224; son mari qui l'avait r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; son petit con de copain. Woodstock. Alvin Lee et Chelsea. Et puis Chelsea et Michel, Mike, &lt;i&gt;my french lover with a such big dick&lt;/i&gt;. Quand Alvin Lee les regardait faire l'amour dans le camion derri&#232;re le matos ou &#224; l'h&#244;tel apr&#232;s les concerts, c'&#233;tait surtout sur Michel qu'il posait ses regards et quelquefois ses mains. Un peu p&#233;d&#233; le guitar heroe et puis pourquoi pas ? C'&#233;tait une autre &#233;poque, ces dix mois aux USA ; il y avait des choses que Michel n'avait pas dites &#224; sa fille. La dope, mais pas que. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;I'm going home, my baby&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Il &#233;tait rentr&#233; &#224; la maison avec le b&#233;b&#233;. Sans Chelsea.&lt;br class='autobr' /&gt;
Z&#233;non assis, Michel &#224; genoux, la t&#234;te de l'homme et du chien &#233;taient &#224; la m&#234;me hauteur. Le Woodstock techno bouseux avait &#233;t&#233; bien rang&#233; et nettoy&#233; mais malgr&#233; tout une fl&#251;te &#224; champagne tra&#238;nait sur le marchepied du Ferguson. Michel ne trouvait pas le courage de la ranger
&lt;br /&gt;&#8212; La f&#234;te est finie, Z&#233;non, dit l'homme au chien. Je vais me coucher t&#244;t et me repasser le film en fumant un petit stick. Elle est belle, le moineau, hein ? T'as pas connu sa m&#232;re&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Michel se redressa, tapota son genou pour en d&#233;gager la poussi&#232;re grise, ce qui ne l'emp&#234;cha pas de lustrer la pointe de ses santiags sur ses mollets &#8212; la gauche sur le droit, la droite sur le gauche &#8212; puis se dirigea vers la cuisine en ajoutant &#224; mi-voix :
&lt;br /&gt;&#8212; Mais lui, il fait un peu cr&#233;tin, les dipl&#244;mes, &#231;a ne r&#232;gle pas tout. Il continua, baissant encore la voix, y aura pas de petit, c'est trop tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Z&#233;non attendit que son ma&#238;tre ait referm&#233; la porte de la cuisine, &#233;mit un jappement bref et rejoignit l'os de gigot &#224; c&#244;t&#233; de la gamelle d'eau. Il but &#224; grandes lamp&#233;es. L'eau &#233;tait chaude et sale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun coup de fil depuis leur d&#233;part. Il s'y attendait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Michel avait fait l'effort d'attraper la tabati&#232;re qu'il faisait rouler dans ses doigts sans se d&#233;cider &#224; l'ouvrir. Il &#233;tait inquiet. Toute l'h&#233;ro&#239;ne qu'avait pu ingurgiter Chelsea avait provoqu&#233; des trous dans la raquette neuronale de Laurence qui, plus de cinquante ans plus tard, n'&#233;taient pas combl&#233;s et le gentil mari semblait bien jeune pour s'occuper d'elle avec discernement. Pas m&#234;me trente-cinq balais, en plein boum dans son boulot de neurologue ; s&#251;r que souvent il la laisserait seule. Et &#231;a, c'&#233;tait pas bon. Qui veillerait sur le moineau quand il serait d'astreinte ou en congr&#232;s &#224; Cujes les Pins ? Pas bon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lui, il avait fait le job depuis 1970. Les biberons, les couches, les cauchemars, les poules, les canards, les bons gros chiens, l'&#233;cole &#224; la ferme, Montessori, Dolto, le tracteur sur les genoux &#224; papa, l'harmonica, les visites chez le psy et pas trop de belles-m&#232;res ; il s'&#233;tait d&#233;men&#233; tout ce temps pour bricoler &#224; sa fille fragile la plus belle des vies, une vie men&#233;e selon un principe intangible, beau comme un titre de blues : Freedom. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et maintenant ? Aucune nouvelle depuis deux jours. Et cette fournaise insens&#233;e. Fournaise d'enfer. Highway to hell. Ses doigts mim&#232;rent deux accords dans le vide et il ressentit comme une br&#251;lure sur ses phalanges. Il consid&#233;ra un instant ses mains rid&#233;es et parsem&#233;es de taches brunes. Il sentait son sang bouillir, ses veines se dilater et eut vaguement l'id&#233;e que son c&#339;ur ne tiendrait pas longtemps loin du moineau. Il pensa &#224; Chelsea, s&#251;rement morte d'overdose quelques mois apr&#232;s son d&#233;part. Il se demanda quelle maman, quelle vieille elle aurait faite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps de la musique &#233;tait pass&#233;, maintenant. C'&#233;tait le soleil qui mettait le feu, maintenant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il restait un gros bout de marocain, Michel d&#233;cida de se faire un bon trois feuilles bien tass&#233;. Il alluma le briquet et commen&#231;a &#224; faire chauffer la p&#226;te pour l'&#233;mietter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, il appellerait le mari toubib sur son portable pour, tout de m&#234;me, lui donner quelques conseils.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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