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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Comme l'eau sur les plumes d'un canard</title>
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		<dc:date>2013-05-16T21:14:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;oise Rachmuhl</dc:creator>



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&lt;p&gt;La fa&#231;ade du caf&#233; avait &#233;t&#233; repeinte. Elle &#233;blouissait dans la dure lumi&#232;re de l'&#233;t&#233;. La tache des g&#233;raniums &#233;clatait au soleil. Moi, je n'aime pas ces fleurs, se disait Jean Pierrat, Monsieur Pierrat, de l'usine de textiles de Rougemont Bas. Je les trouve b&#234;tes. Celles-ci particuli&#232;rement. Plant&#233;es trop tard ou mal arros&#233;es. Marie s'&#233;tait arr&#234;t&#233;e, la serviette &#224; la main. Elle regardait la t&#234;te de l'homme, un viveur, l'&#339;il bleu &#224; fleur de peau, les l&#232;vres bien ourl&#233;es, s&#251;res de leur succ&#232;s facile&#8230; Et ce ventre (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton359.jpg?1474812765' width='109' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_168 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:400px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L400xH553/canard-db296.jpg?1639926391' width='400' height='553' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-168 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;&lt;i&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2013&lt;/i&gt;
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;ade du caf&#233; avait &#233;t&#233; repeinte. Elle &#233;blouissait dans la dure lumi&#232;re de l'&#233;t&#233;. La tache des g&#233;raniums &#233;clatait au soleil. Moi, je n'aime pas ces fleurs, se disait Jean Pierrat, Monsieur Pierrat, de l'usine de textiles de Rougemont Bas. Je les trouve b&#234;tes. Celles-ci particuli&#232;rement. Plant&#233;es trop tard ou mal arros&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marie s'&#233;tait arr&#234;t&#233;e, la serviette &#224; la main. Elle regardait la t&#234;te de l'homme, un viveur, l'&#339;il bleu &#224; fleur de peau, les l&#232;vres bien ourl&#233;es, s&#251;res de leur succ&#232;s facile&#8230; Et ce ventre de bourgeois. Elle l'avait d&#233;j&#224; vu quelque part. Oui, il &#233;tait pass&#233; voir Andr&#233;, un jour, apr&#232;s la guerre. Jean Pierrat. Lui aussi, apr&#232;s son arrestation, ils l'avaient jet&#233; dans la cave de l'&#233;cole, avant de l'emmener. Il avait &#233;t&#233; dans la cave avec Andr&#233;, elle s'en souvenait &#224; pr&#233;sent.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; install&#233; &#224; une table, il l'interpellait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mademoiselle ! H&#233; ! Mademoiselle ! Est-ce que le patron est l&#224; ? M. Huot ? Andr&#233; Huot ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et elle, d'une voix sans timbre : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est mon mari, Monsieur&#8230; C'&#233;tait mon mari. Il est mort. L'ann&#233;e derni&#232;re. &lt;br /&gt;&#8212; Ah non ! Ce n'est pas vrai ! Le pauvre vieux&#8230; Qu'est-ce qu'il&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Une pleur&#233;sie&#8230; Il n'&#233;tait pas bien solide, vous savez, depuis son retour. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pauvre vieux ! Mourir comme &#231;a alors qu'il en avait r&#233;chapp&#233;&#8230; Jean Pierrat revoyait la cave o&#249; ils s'&#233;taient connus, la pierre humide, le froid, la peur, les prisonniers entass&#233;s l&#224; et cet homme mince et bien &#233;lev&#233;, qui se nommait Andr&#233; Huot. Distingu&#233; pour un patron de bistrot, mais capable de sourire aux plaisanteries que lui, Jean Pierrat, ne pouvait s'emp&#234;cher de faire, m&#234;me dans ces circonstances-l&#224;&#8230; Apr&#232;s tout, c'&#233;tait sa fa&#231;on de lutter, en bon repr&#233;sentant de commerce&#8230; Oui, &#224; l'&#233;poque, il n'&#233;tait que repr&#233;sentant. &#192; pr&#233;sent, directeur commercial. Il avait fait son chemin. Dire que ce pauvre type, cet Andr&#233; Huot, au moment o&#249; son affaire se remettait &#224; marcher, mourait b&#234;tement&#8230; Quelle saloperie, la vie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Marie l'observait &#224; la d&#233;rob&#233;e. C'est bizarre que ce monsieur soit pass&#233; par les m&#234;mes &#233;preuves&#8230; Mon pauvre Andr&#233;, quand il est revenu, ce n'&#233;tait plus le m&#234;me homme&#8230; Us&#233;, voil&#224; ce qu'il &#233;tait. Mais celui-ci, non. Frais et gras. Le malheur a gliss&#233; sur lui comme l'eau sur les plumes d'un canard. Elle pense au gros m&#226;le mordor&#233; qui se dandine dans la ferme voisine, mais la comparaison ne la fait pas sourire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ledit Jean Pierrat pique au bout de sa fourchette, avec un peu de choucroute, un morceau de saucisse, un morceau de lard. Porte &#224; sa bouche, mastique, avale. Puis une pomme de terre, petite, ronde, rose, color&#233;e par le jus de cuisson. Puis un grand bon coup de vin pour faire descendre &#8211; un petit blanc pas mauvais du tout. Je reviendrai. J'am&#232;nerai L&#233;a. &#199;a ne paie pas de mine, mais ils ont un bon cuisinier. Elle, elle s'occupe des clients. Pas mal, cette petite veuve, un peu maigre. Le visage fan&#233;, mais le corps encore agr&#233;able. Distante, par exemple. Et son air&#8230; absent. Dire que je ne l'ai pas reconnue ! La gaffe ! Quand je raconterai &#231;a &#224; L&#233;a&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il avait bien mang&#233;, il s'essuyait les l&#232;vres. Une petite pause au soleil, il pouvait bien s'accorder &#231;a. Il travaillait assez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marie s'approchait, h&#233;sitante, pr&#234;te &#224; desservir. Vu de pr&#232;s, son visage paraissait us&#233;&#8230; les traits brouill&#233;s&#8230; Et ce regard. Dommage. Lui parler ? Il allait encore essayer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je passais, par hasard, et en voyant votre enseigne, je me suis dit : Tiens, si j'allais voir mon copain Andr&#233;&#8230; Prendre l'ap&#233;ritif ensemble, bavarder&#8230; C'est qu'on en a bav&#233;, tous les deux, avec ces brutes. Apr&#232;s ils nous ont s&#233;par&#233;s. Y en avait qui craquaient. Pas lui. Votre mari, c'&#233;tait quelqu'un de bien, qui ne se plaignait jamais. C'&#233;tait pour vous qu'il se faisait du souci. Pour la petite aussi, comment s'appelle-t-elle d&#233;j&#224; ? Pierrette ? Oh il n'a parl&#233; d'elle qu'une ou deux fois. Parler de sa famille, vous comprenez, &#231;a faisait souffrir. Je suis s&#251;r que c'&#233;tait un bon p&#232;re&#8230; un bon mari. &lt;br /&gt;&#8212; Oui&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Et tout bas : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand il est revenu, avec nous, il a eu des moments difficiles&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi prononce-t-elle cette phrase ? Elle ne va pas se confier &#224; cet &#233;tranger tout de m&#234;me. Mais, comme malgr&#233; elle, elle continue : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Des moments difficiles. De tout ce qu'il avait v&#233;cu, dans la cave, et ensuite&#8230; il n'en parlait jamais. Il ne fallait surtout pas lui poser de questions. Faut comprendre&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, faut comprendre. Celle-l&#224;, elle doit tout comprendre, &#231;a se voit, elle est du bois dont on fait les saintes. Dommage. Encore gentille, cette petite veuve. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La cave&#8230; Oui, on a connu &#231;a. C'est de la vieille histoire. La faim. Le froid surtout. C'est ce qui m'a le plus marqu&#233;. Avec les coups. On se demandait si on s'en sortirait. On s'en est sortis finalement. Moi, quand je suis rentr&#233;, je me suis d&#233;p&#234;ch&#233; de me marier. Elle est isra&#233;lite, ma femme. C'est une d&#233;brouillarde. Pendant la guerre, elle s'est teint les cheveux en blond, c'est comme &#231;a qu'elle leur a &#233;chapp&#233;. Marrant, non ? Elle tient un magasin de confection. Tous les matins, elle prend son v&#233;lo, elle va se r&#233;approvisionner aux cinq cents diables. Voil&#224; comment elle l'a remont&#233;, son magasin. Parce que, bien s&#251;r, en 45, il ne lui restait rien. Une maligne, ma femme. Et bonne cuisini&#232;re avec &#231;a. Il faut que vous fassiez sa connaissance. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On croirait qu'il vante sa camelote.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne r&#233;pond rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils se taisent. Ils ne savent plus quoi se dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je ne l'ai jamais vu au Cercle des Anciens D&#233;port&#233;s, votre mari.
&lt;br /&gt;&#8212; Il n'aimait pas &#231;a.
&lt;br /&gt;&#8212; Ah bon&#8230; C'est pourtant l'occasion de se retrouver entre copains&#8230; de parler des moments&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des moments ? Quels moments ?... Des bons moments peut-&#234;tre ? Elle a envie de hausser les &#233;paules.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle lui tend l'addition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il paie, la remercie, lui serre la main, un peu plus longtemps qu'il n'est n&#233;cessaire. Il la regarde, il sourit, d'un sourire qui le rajeunit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'a pas servi depuis des ann&#233;es dans un bistrot sans conna&#238;tre ce regard, ce sourire. Je peux encore plaire, se dit-elle, et une fois de plus le souvenir d'Andr&#233; la transperce. Je peux encore plaire et cette constatation tombe en elle comme un caillou dans un puits sans fond et n'&#233;veille aucun &#233;cho.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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