<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Nouvelle Donne</title>
	<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?id_auteur=120&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Nouvelle Donne</title>
		<url>https://www.nouvelle-donne.net/IMG/siteon0.png?1606645713</url>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
		<height>101</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title> Agatha</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/agatha</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/agatha</guid>
		<dc:date>2022-05-01T07:45:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claude Delaval</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je r&#233;dige ces notes depuis un motel de... &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'appelle... &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai d&#233;cid&#233; de raconter l'incroyable histoire qui... &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il m'arrive quelque chose, je prie instamment celui qui lira ces lignes de prendre soin de... &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis vieux... si vieux et pourtant si fort aujourd'hui. J'habitais un petit pavillon de banlieue insipide. Solitaire, je passais le plus clair de mon temps devant la t&#233;l&#233;vision, cette lucarne ouverte sur un monde ext&#233;rieur que je ne fr&#233;quentais plus. Un soir, tard, je suis tomb&#233; sur un (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1261.jpg?1651254086' width='138' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_565 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/at556-agatha-3_reduit_2_.jpg?1651254094' width='500' height='546' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-565 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2022
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;del&gt;Je r&#233;dige ces notes depuis un motel de... &lt;/del&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;del&gt;Je m'appelle...&lt;/del&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;del&gt;J'ai d&#233;cid&#233; de raconter l'incroyable histoire qui...&lt;/del&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;del&gt;S'il m'arrive quelque chose, je prie instamment celui qui lira ces lignes de prendre soin de...&lt;/del&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis vieux... si vieux et pourtant si fort aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'habitais un petit pavillon de banlieue insipide. Solitaire, je passais le plus clair de mon temps devant la t&#233;l&#233;vision, cette lucarne ouverte sur un monde ext&#233;rieur que je ne fr&#233;quentais plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un soir, tard, je suis tomb&#233; sur un reportage dont le sujet &#233;tait : les poup&#233;es en silicone. Ce qui m'int&#233;ressait n'&#233;tait pas tant le c&#244;t&#233; &lt;i&gt;sextoy&lt;/i&gt;, car je n'avais plus gu&#232;re de libido, mais j'ai tout de suite &#233;t&#233; subjugu&#233; par l'extr&#234;me r&#233;alisme de ces poup&#233;es &#224; l'apparence si humaine. Des statues hyperr&#233;alistes en quelque sorte.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai consult&#233; le site dont j'avais not&#233; le nom... j'ai h&#233;sit&#233;... j'y suis revenu le lendemain et j'ai fini par commander cette brune qui m'avait tout de suite plu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai re&#231;ue quelques jours plus tard, en fin d'apr&#232;s-midi, dans un colis sans signe distinctif. Enfin... le livreur m'a tout de m&#234;me gratifi&#233; d'un clin d'&#339;il en reprenant son stylo. Il savait.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai ouvert le paquet dans le salon et j'en ai extrait la poup&#233;e que j'ai habill&#233;e avec les sous-v&#234;tements et la robe que j'avais command&#233;s sur un catalogue ainsi qu'une superbe perruque en cheveux naturels... brun-noirs, longs d'une quarantaine de centim&#232;tres. Et enfin... j'ai install&#233; mon invit&#233;e sur le canap&#233; en face de moi et je me suis cal&#233; dans mon fauteuil habituel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;... on allait faire connaissance... elle &#233;tait d&#233;cente. El&#233;gante, m&#234;me. Et la perruque &#233;tait parfaite&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis rest&#233; l&#224;&#8230; Longtemps&#8230; Sans rien dire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas combien de temps s'est &#233;coul&#233; ainsi. J'&#233;tais un peu g&#234;n&#233;, mais j'admirais cette beaut&#233;... et cette longue chevelure qui formait un &#233;crin pour son visage... avec ses yeux d'un noir profond.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis dit qu'il fallait tout de m&#234;me que je me lance. J'ai prononc&#233; quelques mots d'une banalit&#233; affligeante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je parlais &#224; voix basse, presque inaudible. Je crois que j'avais peur qu'on m'entende de l'ext&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Stupide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout de quelques minutes, je me suis enhardi. J'ai racl&#233; ma gorge et le ton de ma voix s'est affermi... et affirm&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais fascin&#233; par le regard de cette poup&#233;e qui semblait me scruter et me psychanalyser sans rien dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, d'embl&#233;e, j'ai cru bon de lui pr&#233;ciser qu'elle n'&#233;tait pas l&#224; pour le sexe et que je la respecterais. J'avais seulement besoin de compagnie et j'esp&#233;rais devenir son ami. Elle est rest&#233;e sans r&#233;action, bien s&#251;r.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier jour, j'en suis rest&#233; l&#224;. C'&#233;tait d&#233;j&#224; beaucoup pour moi. Je l'ai laiss&#233;e dans le salon et suis all&#233; me coucher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain matin, j'ai ressenti une certaine excitation &#224; l'id&#233;e de la retrouver. Je me suis lev&#233; avec entrain. J'ai descendu l'escalier d'un pas l&#233;ger, presque sautillant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle &#233;tait l&#224;, bien s&#251;r. Je l'ai salu&#233;e furtivement, puis je suis all&#233; d&#233;jeuner &#224; la h&#226;te et j'ai fait une toilette rapide avant de la rejoindre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis rassis dans mon fauteuil... et je suis rest&#233; l&#224;, &#224; parler de tout et de rien, de ma vie... enfin, de ce qu'il en restait. Je lui ai dit aussi quelques mots sur mon pass&#233;... mais &#231;a n'avait pas l'air de l'int&#233;resser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qu'est-ce que je raconte, moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je passe sur les d&#233;tails. A la fin de la journ&#233;e, j'avais l'impression qu'elle comprenait ce que je disais.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est idiot, non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis revenu chaque jour dans le salon. Et chaque jour je lui ai parl&#233;. De moi. De qui j'aurais aim&#233; &#234;tre, de ce que j'aurais aim&#233; avoir. De toutes ces choses que je n'avais plus la force de faire... ni l'envie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'imaginais qu'elle m'&#233;coutait. C'&#233;tait tr&#232;s agr&#233;able de parler &#224; nouveau apr&#232;s ces ann&#233;es de silence. Bien s&#251;r, elle ne pouvait pas r&#233;pondre, mais c'&#233;tait tout de m&#234;me bien. C'&#233;tait plaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis... insensiblement, au fil des jours, j'ai eu l'impression qu'elle voulait communiquer avec moi. Etait-ce un effet de mon subconscient ? J'imagine que oui.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pourtant l'impression qu'&#224; certains moments, son regard se faisait plus intense... ses l&#232;vres semblaient se pincer... comme si elle voulait&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, c'&#233;tait juste un effet de mon imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imperceptiblement, avec beaucoup de patience, beaucoup de temps pass&#233; aupr&#232;s d'elle, j'ai commenc&#233; &#224; discerner des bribes de phrases... des mots combin&#233;s &#224; d'autres.. que je devinais... des mots silencieux, certes, mais perceptibles... par moi seul, sans doute.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, c'&#233;tait comme quand on parle &#224; un ami qu'on conna&#238;t tellement bien qu'on sait d'avance ce qu'il va r&#233;pondre quand on lui pose une question. On entend sa r&#233;ponse dans notre t&#234;te avant qu'il ne la formule de vive voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs jours avaient pass&#233;. C'&#233;tait d&#233;sormais les bases d'un v&#233;ritable dialogue qui s'instauraient entre nous. Au moment o&#249; je m'y attendais le moins, jailli de nulle part, un pr&#233;nom a &#233;merg&#233; : Agatha. Elle s'appelait Agatha. Je n'avais pas choisi, c'est elle qui me l'avait dit !&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais fascin&#233; par ce que je venais de vivre. A pr&#233;sent, pour moi, le doute n'&#233;tait plus permis : il y avait quelque chose... un lien... un contact... quelque chose, oui... je ne savais pas quoi ni comment l'expliquer... mais pourquoi l'expliquer ? C'&#233;tait agr&#233;able. Je me laissais entra&#238;ner dans cette &#233;trange relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas tomber dans la routine, j'ai commenc&#233; &#224; installer alternativement Agatha dans diverses pi&#232;ces de ma modeste maison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque l'heure du d&#238;ner approchait, je l'asseyais en face de moi, &#224; la table de la salle &#224; manger. J'avais mis son couvert et lui servais les m&#234;mes plats qu'&#224; moi. Nous mangions sans rien dire, en regardant les informations &#224; la t&#233;l&#233;. Comme un couple ordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin du repas, je lui faisais gentiment le reproche de ne pas avoir fini son assiette. Mais elle &#233;tait si mince, je ne pouvais pas lui en vouloir de faire attention &#224; sa ligne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusque-l&#224;, je n'avais ressenti aucun d&#233;sir pour elle. Et puis un jour, je l'ai conduite dans la salle de bains. L&#224;, dans l'intimit&#233; de cette pi&#232;ce exigu&#235; qui fait se fr&#244;ler les corps, je l'ai observ&#233;e de pr&#232;s... de si pr&#232;s, sous l'&#233;clairage cru du n&#233;on. Elle m'a demand&#233; de lui brosser les cheveux. Je n'ai pas r&#233;fl&#233;chi. J'ai pris une brosse dans un tiroir et j'ai ob&#233;i. Les cheveux s'ordonnaient parfaitement sous la caresse de la brosse. Elle ne disait plus rien... moi non plus. J'ai alors ressenti les pr&#233;mices d'une &#233;rection. Je me suis immobilis&#233; et j'ai go&#251;t&#233; ce moment magique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a attendu... parfaitement immobile elle aussi... complice de mon trouble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le d&#233;licieux vertige a pris fin, de lui-m&#234;me, nous sommes revenus au salon. Ce soir-l&#224;, nous n'avons pas beaucoup parl&#233;. Qu'aurions-nous bien pu dire ? Un homme et une femme ne peuvent pas vivre sous le m&#234;me toit, dans l'intimit&#233;, sans qu'&#224; un moment ou &#224; un autre&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai alors pris une d&#233;cision. A partir d'aujourd'hui, elle dormirait dans la chambre d'amis ! &#199;a ressemblait &#224; quoi de la laisser seule sur le canap&#233;, la nuit dans le noir ? Elle avait droit &#224; davantage d'&#233;gards. J'aurais d&#251; y penser plus t&#244;t. J'ai voulu m'excuser pour ce manque de... mais elle m'a coup&#233; la parole et m'a dit de ne pas m'en faire pour si peu. Toutefois, elle acceptait volontiers ce surcro&#238;t de confort, et surtout... de consid&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela s'est accompagn&#233; de divers changements. Sur Internet, je lui ai achet&#233; une nouvelle robe. Puis d'autres. Et des chaussures &#224; talon. A chaque fois, je la trouvais si &#233;l&#233;gante. Elle semblait en &#233;prouver de la fiert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je la d&#233;pla&#231;ais partout o&#249; j'allais dans la maison. Je la portais dans mes bras. Cela ne me choquait pas d'agir ainsi car, dans les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, ma femme &#233;tait handicap&#233;e et je proc&#233;dais ainsi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Agatha &#233;tait plus l&#233;g&#232;re qu'elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, j'ai ressorti de la cave le vieux fauteuil roulant. Et les d&#233;placements entre les pi&#232;ces ont &#233;t&#233; plus faciles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque soir, au coucher, je lui retirais sa robe pour ne pas la froisser. Au matin, je lui apportais un petit d&#233;jeuner que je prenais avec elle, assis sur le rebord du lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dialogues &#233;taient de plus en plus fluides. J'avais parfaitement assimil&#233; la gymnastique intellectuelle qui consistait &#224; laisser vagabonder mon esprit pour &lt;i&gt;entendre&lt;/i&gt; les r&#233;parties pertinentes d'Agatha, ou m&#234;me g&#233;n&#233;rer quelques souvenirs qu'elle distillait au fil des jours, en confidence, pour que j'apprenne &#224; mieux la conna&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce regard.. ce regard qui semblait me p&#233;n&#233;trer jusqu'&#224; l'&#226;me et qui me rappela ce vers de Lamartine appris dans mes jeunes ann&#233;es de coll&#232;ge : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Objets inanim&#233;s, avez-vous donc une &#226;me qui s'attache &#224; notre &#226;me et la force d'aimer ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une &#226;me... se pouvait-il, par on ne sait quel sortil&#232;ge, qu'une &#226;me &#233;gar&#233;e ait investi ce personnage inerte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette fois o&#249;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions install&#233;s tous les deux sur le canap&#233;, l'un &#224; c&#244;t&#233; de l'autre. Je lui faisais &#233;couter un disque de la 7&#176; symphonie de Beethoven. Nous fixions le tableau champ&#234;tre accroch&#233; au mur d'en face, les yeux perdus dans le vague.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'issue du premier mouvement, particuli&#232;rement prenant, je me suis tourn&#233; vers elle en disant : &lt;br /&gt;&#8212; Magnifique, non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai sursaut&#233; ! Je me suis lev&#233; d'un bond. Sur sa joue coulait une larme !&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais le souffle court, soudain rattrap&#233; par cette r&#233;alit&#233; un peu effrayante qui me d&#233;passait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis rassis, me suis pench&#233; sur elle et j'ai r&#233;colt&#233; la larme du bout de l'index. Je l'ai examin&#233;e de pr&#232;s... l'ai port&#233;e &#224; ma langue. C'&#233;tait du silicone qui avait suint&#233;, juste &#224; cet endroit... juste &#224; ce moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#239;ncidence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cet incident, les discussions ont redoubl&#233; et se poursuivent d&#233;sormais jusque tard dans la nuit. Un soir, je me suis m&#234;me endormi sur le fauteuil en face d'elle. Lorsque j'ai rouvert les yeux, elle s'est gentiment moqu&#233;e de moi, pr&#233;tendant que je ronflais. Cela nous a fait rire. Puis les rires se sont estomp&#233;s. Nous nous regardions toujours. Je me suis lev&#233;, me suis agenouill&#233; tout pr&#232;s d'elle et... l'ai embrass&#233;e doucement sur les l&#232;vres. A mon grand &#233;tonnement, elle m'a dit d'une voix chantante :
&lt;br /&gt;&#8212; Tu te d&#233;cides enfin ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le trouble &#233;tait &#224; son paroxysme. Je l'ai port&#233;e dans mes bras jusqu'&#224; ma chambre. Elle &#233;tait l&#233;g&#232;re. J'&#233;tais fort.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, j'ai d&#233;couvert pour la premi&#232;re fois la nudit&#233; de son corps de mannequin.
&lt;br /&gt;&#8212; Prends-moi ! a-t-elle dit sur un ton sans appel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin d&#233;barrass&#233; de toute inhibition et de r&#233;serve envers cette histoire que je consid&#233;rais comme folie lors de mes rares moments de lucidit&#233;... je lui ai fait l'amour.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais fort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s un dialogue tendre au cours duquel elle m'a r&#233;v&#233;l&#233; qu'elle avait toujours su que cela arriverait un jour entre nous et qu'elle en &#233;tait heureuse, nous nous sommes endormis enlac&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir de cette nuit, notre couple s'est construit. Je ne sortais pratiquement plus de chez nous que pour aller faire des courses, non sans lui avoir demand&#233; ce qu'elle voudrait manger, ou la p&#226;tisserie qui lui ferait plaisir. Inexorablement, ma raison d&#233;rivait. Je le savais. Mais quel mal y avait-t-il ? Je me sentais si bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis un jour, Agatha m'a racont&#233; un souvenir d'enfance. Elle &#233;tait en vacances avec ses parents dans un petit village des Pyr&#233;n&#233;es. Un feu de for&#234;t d'une rare violence les a forc&#233;s, en pleine nuit, &#224; quitter pr&#233;cipitamment leur chalet avant qu'il ne soit la proie des flammes. Litt&#233;ralement arrach&#233;e de son lit par les bras de son p&#232;re, elle n'avait pas eu le temps d'emporter sa poup&#233;e. Elle en a &#233;t&#233; malade de chagrin et rong&#233;e par le remord... durant des ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une id&#233;e m'a travers&#233; l'esprit, je ne sais pourquoi, je me suis mis &#224; l'ordinateur et j'ai compuls&#233; sur Internet les vieilles archives d'un journal local. A l'ann&#233;e en question, au jour dit... un incendie avait bel et bien d&#233;truit des chalets dans la station de sports d'hiver o&#249; r&#233;sidait la famille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Stupeur !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis tourn&#233; vers Agatha qui me fixait avec ce regard per&#231;ant et ce sourire &#233;nigmatique. Sa t&#234;te semblait l&#233;g&#232;rement inclin&#233;e sur le c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, cela ne faisait plus de doute pour moi : la poup&#233;e que j'avais install&#233;e chez moi &#233;tait &lt;i&gt;habit&#233;e&lt;/i&gt; par une entit&#233;. Une femme, &#233;videmment.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un commun accord, nous avons d&#233;cid&#233; de ne plus parler de son pass&#233;. Jamais. Elle &#233;tait l&#224;, j'&#233;tais l&#224;, c'&#233;tait tout ce qui comptait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conversations &#233;taient &#224; pr&#233;sent spontan&#233;es, vives et intuitives. Et surtout d'une logique d&#233;concertante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me posais plus de questions. Je vivais l'instant pr&#233;sent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais une nuit, tout a bascul&#233;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;t&#233; r&#233;veill&#233; en sursaut par la chute d'un vase dans le salon. Malgr&#233; les protestations &#224; voix basse d'Agatha, j'ai voulu descendre, pour voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pied de l'escalier, je me suis trouv&#233; face &#224; un cambrioleur. Une courte lutte s'en est suivie. L'intrus &#233;tait jeune et sportif, il est venu facilement &#224; bout de moi. Assomm&#233;, j'ai perdu connaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque j'ai repris mes esprits, le voleur avait fouill&#233; la maison et trouv&#233; Agatha dans le lit. Il la tra&#238;nait n&#233;gligemment et s'est moqu&#233; ouvertement de moi qui &#233;tais toujours hagard, allong&#233; sur le carrelage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par jeu, l'intrus m'a dit qu'il allait go&#251;ter &#224; ce plaisir inconnu de &lt;i&gt;baiser une poup&#233;e en plastique&lt;/i&gt;. Il lui a arrach&#233; ses sous-v&#234;tements de satin, a pelot&#233; avidement ses seins souples en grognant et s'est allong&#233; sur le tapis avec elle. Agatha, &#233;cras&#233;e sous le corps du violeur, avait la t&#234;te tourn&#233;e vers moi. Ses yeux semblaient m'implorer de faire quelque chose. D&#233;j&#224;, l'intrus la p&#233;n&#233;trait sans m&#233;nagement et prenait du bon temps en clamant haut et fort que :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est le pied, ce truc ! C'est dingue !&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un sursaut d'&#233;nergie, je me suis relev&#233; p&#233;niblement, j'ai saisi la lampe en bois massif du gu&#233;ridon et, en proie &#224; une transe qui d&#233;cuplait mes forces, j'ai port&#233; &#224; ce salaud plusieurs coups violents &#224; la t&#234;te. Je me suis acharn&#233;, semblant vouloir lui faire &#233;clater le cr&#226;ne. Il s'est affal&#233; lourdement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne m'&#233;tais jamais comport&#233; ainsi. M&#234;me &#233;tant plus jeune.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#226;chant mon gourdin de fortune, j'ai d&#233;gag&#233; Agatha en la r&#233;confortant. Je l'ai port&#233;e dans la salle de bain pour laver son intimit&#233; et essuyer le sang qui avait &#233;clabouss&#233; son visage.&lt;br class='autobr' /&gt;
A notre retour dans le salon, l'intrus &#233;tait toujours l&#224;, inerte... mort sans doute.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; ce moment que j'ai vraiment pris conscience de la gravit&#233; de la situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'en &#233;tait fini de la petite vie tranquille dans ce pavillon. Dans les heures qui allaient suivre, ce serait : police, garde &#224; vue, tribunal... explications sur la pr&#233;sence d'Agatha. Notre histoire serait &#233;tal&#233;e au grand jour devant un jury d'assises qui ne comprendrait pas. Personne ne pourrait nous comprendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain d&#233;termin&#233;, j'ai ramass&#233; &#224; la h&#226;te quelques affaires, des v&#234;tements, un peu d'argent que je cachais dans une bo&#238;te, et j'ai fourr&#233; le tout dans une valise. Puis, soulevant Agatha par un bras, j'ai trottin&#233; en boitant vers le garage. Je l'ai install&#233;e &#224; la place du passager et j'ai d&#233;marr&#233; en trombe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous sommes enfonc&#233;s dans la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions en cavale..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'il pleuvait. Je conduisais vite. Les essuie-glaces ronronnaient et moi je parlais sans fin, je me justifiais, j'expliquais, je redisais pour la dixi&#232;me fois que je ne laisserais jamais personne lui faire du mal, qu'elle &#233;tait ma femme, qu'ils n'avaient pas le droit de... Emport&#233; par ma fougue, je criais presque.&lt;br class='autobr' /&gt;
A mes c&#244;t&#233;s, Agatha, immobile comme toujours, fixait la route droit devant elle. Son visage de silicone semblait sourire plus qu'&#224; l'accoutum&#233;e...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
