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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>BOULEVARD DE BELLEVIE</title>
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		<dc:date>2022-11-06T13:06:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Malik Nahassia</dc:creator>



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&lt;p&gt;En toute fin d'apr&#232;s-midi, les citernes vertes des services municipaux &#233;taient pass&#233;es sur le boulevard et avaient arros&#233; tout du long la promenade centrale. Mais cela n'avait pas eu beaucoup d'effets et, apr&#232;s cette journ&#233;e d'&#233;t&#233; br&#251;lante, la nuit &#233;tait encore trop chaude. Gar&#233; le long du trottoir, h&#233;sitant &#224; rentrer chez moi, j'avais contempl&#233; les gerbes d'eau dor&#233;es retomber sur l'asphalte dans la lumi&#232;re du soir. Plus tard, une arm&#233;e de travailleurs immigr&#233;s avait d&#233;charg&#233; un convoi de camions en (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1300.jpg?1667739964' width='150' height='145' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_571 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/p1310591_paris_xix_bd_de_belleville_final.jpg?1667739973' width='500' height='481' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-571 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2022
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;En toute fin d'apr&#232;s-midi, les citernes vertes des services municipaux &#233;taient pass&#233;es sur le boulevard et avaient arros&#233; tout du long la promenade centrale. Mais cela n'avait pas eu beaucoup d'effets et, apr&#232;s cette journ&#233;e d'&#233;t&#233; br&#251;lante, la nuit &#233;tait encore trop chaude. Gar&#233; le long du trottoir, h&#233;sitant &#224; rentrer chez moi, j'avais contempl&#233; les gerbes d'eau dor&#233;es retomber sur l'asphalte dans la lumi&#232;re du soir. Plus tard, une arm&#233;e de travailleurs immigr&#233;s avait d&#233;charg&#233; un convoi de camions en r&#233;partissant sous les platanes des brass&#233;es de poteaux et de poutrelles. Une deuxi&#232;me &#233;quipe les suivait qui s'&#233;tait affair&#233;e &#224; assembler les structures &#233;ph&#233;m&#232;res qui allaient abriter le march&#233; du lendemain matin. Comme je n'arrivais pas &#224; me d&#233;cider &#224; accomplir la suite de ma journ&#233;e, je suis rest&#233; assis dans ma voiture, jusqu'&#224; minuit, et plus. J'ai toujours aim&#233; regarder les passants, l'agitation des rues, la vie en marche. Et puis, ce qui m'attendait chez moi n'&#233;tait pas si int&#233;ressant, alors pourquoi ne pas paresser encore un peu. &#192; l'heure du dernier m&#233;tro, le quartier avait commenc&#233; &#224; se vider, puis, plus tard, apr&#232;s que les derniers clients des brasseries eurent d&#233;sert&#233; les terrasses, il se fit un grand calme. &#192; trois heures de la nuit, j'&#233;tais encore l&#224;, impuissant sur le bord du boulevard de Bellevie. Quelques voitures passaient au ralenti, un pauvre s'&#233;tait allong&#233; sur un banc, un chat a travers&#233; l'all&#233;e centrale, faisant fuir dans les airs un couple de pigeons et j'allais sans doute me d&#233;cider &#224; partir d&#233;finitivement quand je les ai remarqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas vu d'o&#249; ils avaient surgi, ils sont juste apparus l&#224;, de plein droit au milieu du terre-plein, irradiants de jeunesse, face &#224; face, tr&#232;s proches l'un de l'autre mais ne se touchant pas. C'est sans doute le son de leurs voix que j'entendais chanter tour &#224; tour sans comprendre ce qu'ils se disaient qui m'avait fait les remarquer. Lui, grand et mince, maigre m&#234;me, une v&#233;ritable asperge. Elle, toute petite, surtout compar&#233;e &#224; lui. Elle sautillait sur place en permanence, changeait de jambe, avan&#231;ait d'un demi-pas, reculait, lan&#231;ait ses bras sur le c&#244;t&#233;, remuait sans cesse, la t&#234;te entra&#238;nant dans son mouvement ses longs cheveux roux. Lui au contraire, lent et fragile, avait une allure de l&#233;zard. Maladroit et &#224; demi-pli&#233; sur ses longues jambes de h&#233;ron, il semblait encombr&#233; par les bras d&#233;mesur&#233;s qu'il laissait ballotter &#224; ses c&#244;t&#233;s. Il avait lui aussi les cheveux longs, des cheveux noirs et lisses qui tombaient en rideau de part et d'autre de son visage tr&#232;s p&#226;le. Ils n'avaient l'air d'aller nulle part en particulier, mais par moments, ils me donnaient l'impression qu'ils allaient devoir se quitter bient&#244;t et qu'ils prolongeaient encore un peu le plaisir d'&#234;tre ensemble. &#192; d'autres moments, j'avais plut&#244;t l'impression qu'ils &#233;taient en train de se disputer, amicalement. Pendant qu'ils se chamaillaient, leurs visages &#233;taient tendus l'un vers l'autre, et je n'arrivais pas &#224; saisir ce qu'il y avait d'agressivit&#233; et de complicit&#233; dans cette confrontation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que cela tournait au comique, car sa t&#234;te &#224; lui, pench&#233;e en avant, lui courbait le haut du dos et lui donnait l'air embarrass&#233; d'un fourmilier, alors qu'elle, vive et gracieuse, continuait de s'agiter sous son regard en ayant l'air de r&#233;clamer la becqu&#233;e. Mais non, car lorsqu'il se penchait un peu plus, la t&#234;te pendante, les l&#232;vres en avant, cherchant le baiser, elle faisait des pirouettes et s'&#233;loignait de lui d'un pas, tout en esquissant une sorte de r&#233;v&#233;rence. Et le pauvre bougre &#233;tait oblig&#233; de se pencher de plus en plus bas tant elle mettait de malice &#224; se faire de plus en plus petite, pliant les genoux et se recroquevillant sur elle-m&#234;me. Ils r&#233;p&#233;t&#232;rent la m&#234;me com&#233;die &#224; plusieurs reprises, lui s'approchant lentement d'elle avec des allures de mort-vivant, elle tournant autour de lui, apparemment consentante, jusqu'&#224; ce qu'elle s'&#233;chappe au tout dernier moment, toujours virevoltante et insaisissable. Ils continuaient de se rire l'un apr&#232;s l'autre, parfois c'&#233;tait des invectives, un peu des deux &#224; la fois et leurs &#233;clats de voix r&#233;sonnaient sous les platanes. Encore et encore. Apr&#232;s avoir tourn&#233; deux ou trois fois autour du grand &#233;chalas, elle se laissait rejoindre, tendait ses l&#232;vres en app&#226;t et quand il &#233;tait sur le point d'arriver &#224; son but, elle se d&#233;gageait en riant. On &#233;tait &#224; la com&#233;die, au th&#233;&#226;tre et &#224; la danse, il n'y avait plus qu'eux dans ma vie, le boulevard de Bellevie leur appartenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils &#233;voluaient lentement sur l'esplanade, slalomant entre les poteaux du march&#233;, d&#233;crivant des orbes de patineurs. Lui, zombie obstin&#233;, avan&#231;ait vers elle la t&#234;te la premi&#232;re, pr&#234;t &#224; plonger sur ses l&#232;vres, pendant qu'elle, plan&#232;te excentrique, continuait d'orbiter sans rel&#226;che. De temps en temps, elle attrapait un des poteaux d'acier, s'en servait de pivot et faisait le man&#232;ge tout autour, cambr&#233;e vers le ciel, son visage et ses seins dans les &#233;toiles, ses cheveux dansant derri&#232;re elle. Cela secouait toute la structure et faisait un bruit de quincaillerie renvers&#233;e, d'autant que lui aussi s'y mettait, attrapant un autre poteau et le secouant de toutes ses forces, d&#233;trompant un peu l'aspect mollasson qu'il avait eu jusque-l&#224;. Moi qui &#233;tais aride depuis bien des ann&#233;es, ils me faisaient revenir l'eau &#224; la bouche et, peu &#224; peu, je me suis exasp&#233;r&#233; que cela advienne enfin. Car je ne doutais pas qu'elle &#233;tait consentante, ni qu'ils allaient finir par y arriver. Je me disais : &#171; Qu'ils s'embrassent, &#224; la fin ! Qu'on en finisse ! &#187; Mais j'ai trouv&#233; cette derni&#232;re pens&#233;e assez malvenue, ou trop bien adapt&#233;e, c'est selon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non. Soit il ne voulait pas vraiment, soit elle ne l'a pas laiss&#233; faire ou, plus probablement, ni l'un ni l'autre n'en avaient jamais eu l'intention. En tout cas ils ne se sont jamais embrass&#233;s. Je me suis dit qu'il devait s'agir de tout autre chose et qu'ils devaient s'embrasser &#224; pleins poumons le plus clair de leur vie, &#224; d'autres moments, d&#232;s qu'ils en avaient envie. Il a donc continu&#233; de faire comme s'il essayait de l'embrasser, de plus en plus pench&#233; en avant, de plus en plus pli&#233;, girafe maladroite tentant de s'abreuver &#224; la rivi&#232;re et elle, tout en restant toujours &#224; sa port&#233;e, elle a continu&#233; de se soustraire &#224; son invite par des virevoltes de ballerine. Solidarit&#233; masculine, sans doute, j'avais un peu piti&#233; du grand dadais. Mais elle, c'&#233;tait beau et triste &#224; la fois, elle m'&#233;tait comme un souvenir. Je crois que c'est &#224; ce moment pr&#233;cis que j'ai commenc&#233; &#224; douter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps en temps, ils se calmaient et revenaient &#224; leur posture initiale, debout, face &#224; face, immobiles, tr&#232;s proches l'un de l'autre, presque &#224; se toucher, les visages tendus en avant, lui toujours dans cette posture d'&#233;chassier, cass&#233; en deux, pli&#233; vers le bas, elle tendue comme un arc, regardant vers le haut. Parfois, ils continuaient de babiller, comme un jeu de questions r&#233;ponses, &#224; d'autres moments, ils gardaient le silence. Dans ces moments de calme, moi aussi, je reprenais mon souffle, car il me semblait que j'avais absorb&#233; un peu de la vivacit&#233; de la fille, un peu de sa lumi&#232;re. Dans le m&#234;me temps, assez emp&#234;tr&#233; de moi-m&#234;me, je m'identifiais de plus en plus au grand nigaud maladroit, bref, &#224; ma mani&#232;re, j'avais l'impression d'avoir un peu particip&#233; &#224; leur parade amoureuse. Absorb&#233; par le spectacle qu'ils m'offraient, j'avais oubli&#233; mon projet et l'enveloppe dans la poche int&#233;rieure de ma veste. Je ne pensais plus du tout &#224; rentrer chez moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, il leva la main sur elle et lui ass&#233;na une gifle magistrale. Une gifle ou un coup de poing, je n'ai pas bien vu, mais le geste &#233;tait tr&#232;s violent. Sa t&#234;te fut projet&#233;e brutalement sur le c&#244;t&#233; et, visiblement &#233;branl&#233;e, elle tituba de quelques pas en arri&#232;re. Il leva de nouveau la main sur elle, m&#234;mes gestes, m&#234;me intention, mais cette fois elle esquiva le coup et tenta d'y r&#233;pondre par un coup de poing au visage qui n'atteignit pas son but par manque d'allonge. Mais, emport&#233;e par son &#233;lan, elle fut de nouveau &#224; sa port&#233;e et il en profita pour lui porter un nouveau coup &#224; la tempe qui la fit &#224; nouveau chavirer sur ses jambes. Elle r&#233;pondit par une s&#233;rie de coups de poing d&#233;sordonn&#233;s, mais ses petits bras semblaient ridiculement fragiles compar&#233;s &#224; son gabarit &#224; lui et je n'avais pas l'impression que ces coups lui fassent beaucoup de mal. Il allait pour la frapper une troisi&#232;me fois quand elle abandonna la partie et se laissa tomber au sol o&#249; elle se roula en boule pour se prot&#233;ger du mieux qu'elle le pouvait. Lentement, m&#233;thodiquement, comme le pendule d'une horloge, il commen&#231;a &#224; lui envoyer des coups de pied dans les c&#244;tes en balan&#231;ant ses longues jambes de compas. Tout cela n'a dur&#233; que quelques instants, le temps que je r&#233;alise qu'il &#233;tait en train de la frapper, le temps que je sorte de ma r&#234;verie et de ma voiture, le temps que je me pr&#233;cipite vers eux et que je m'interpose pour emp&#234;cher qu'il continue de la massacrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas eu l'air &#233;tonn&#233; outre mesure de mon intervention. Il s'est arr&#234;t&#233; imm&#233;diatement de porter des coups &#224; la fille et il m'a regard&#233; droit dans les yeux en me souriant d'un air malin. De plus pr&#232;s, il avait l'air bien moins godiche que tout &#224; l'heure, assez beau gosse m&#234;me, plut&#244;t muscl&#233; et toujours aussi grand. D'autant plus que j'ai eu l'impression qu'il s'&#233;tait redress&#233; &#224; mon approche, qu'il avait chang&#233; de posture et abandonn&#233; cette allure de pantin d&#233;sarticul&#233; qu'il avait quelques instants auparavant. Il se tenait maintenant tr&#232;s droit et bien camp&#233; sur ses longues jambes, un rien arrogant, presque hostile et je me suis senti intimid&#233; par ce changement de personnalit&#233;. Mais la trace de menace que j'avais cru percevoir s'est &#233;vapor&#233;e aussi vite qu'elle &#233;tait apparue pour laisser la place &#224; un sourire bienveillant. Le temps que je m'adapte, la fille &#233;tait d&#233;j&#224; debout. Elle n'avait aucune trace de violence sur son visage et, souriante et gaie comme une hirondelle, elle s'est serr&#233;e contre moi sur le c&#244;t&#233;, puis m'a gentiment enlac&#233;, comme une enfant caline et m'a dit d'une voix riante : &#171; Comme il est gentil, Papi ! Comme il est brave ! Non ? Tu ne trouves pas ? &#187; Mais c'est plut&#244;t &#224; son compagnon qu'elle s'adressait. D'ailleurs, il lui a r&#233;pondu : &#171; Oui, oui, il est brave ! Et gentil avec &#231;a ! En plein milieu de la nuit, il vient &#224; la rescousse de la femme en danger ! Heureusement qu'il &#233;tait l&#224; ! Moi je dis bravo ! &#187; Lui aussi s'est approch&#233; de moi et m'a enlac&#233; &#224; son tour. Puis il a pos&#233; tendrement sa t&#234;te contre mon &#233;paule, et tout en me c&#226;linant, ils ont continu&#233; &#224; chanter mes louanges, presque comme si je n'&#233;tais pas l&#224; ou plut&#244;t comme si je n'avais pas voix au chapitre. &#171; Tu as vu comme il est brave ? Oui, il a surgi de sa voiture, souple et agile comme un tigre, pr&#234;t &#224; en d&#233;coudre ! Il est venu pour me sauver, mon Papi, mon gentil Papi ! Oui, il voulait te sauver ! Et peut-&#234;tre plus m&#234;me ! Hein Papi ? Oh ! Ne fais pas le jaloux ! Il croyait vraiment que j'&#233;tais en danger ! &#187; Si elle avait l'air de prendre mon parti, je trouvais que lui, il &#233;tait tout de m&#234;me un peu moqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en continuant &#224; se parler de moi, ils se sont mis &#224; me serrer de plus en plus pr&#232;s en me faisant des petites caresses derri&#232;re la t&#234;te et dans le dos, comme pour flatter un bon toutou. Je sentais les formes de la fille contre moi, sur ma gauche, son pubis appuy&#233; sur ma cuisse et plus haut, ses seins contre mon flanc. Cela faisait tellement longtemps que je n'avais pas eu le corps d'une femme si pr&#232;s du mien que je me suis &#233;tonn&#233; que cela m'&#233;meuve encore. J'aurais bien aim&#233; pouvoir m'&#233;mouvoir plus avant, mais lui aussi, sur ma droite, s'&#233;tait coll&#233; contre moi et je sentais qu'il frottait doucement contre ma jambe sa verge en &#233;rection, et ce contact masculin, sans m'&#234;tre &#224; proprement parler d&#233;sagr&#233;able, me d&#233;concentrait et m'emp&#234;chait de profiter tout &#224; fait de son contact &#224; elle. Puis ils sont devenus insistants, me prodiguant des caresses de plus en plus appuy&#233;es, et des bisous dans le cou, probablement venant de lui, vu nos tailles r&#233;ciproques, m&#234;me si j'ai remarqu&#233; que la fille s'&#233;tait hiss&#233;e sur la pointe des pieds pour mieux me papouiller. Pendant ce temps, ils continuaient de m'enivrer de paroles affectueuses. Quelque chose de rationnel en moi voyait bien ce que tout cela avait d'artificiel et de pr&#233;par&#233;, mais, apr&#232;s tant d'ann&#233;es de solitude, qui pourra me jeter la pierre d'avoir abandonn&#233; toute d&#233;fense pour profiter de ces marques d'affection inattendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une main invasive est venue se plaquer contre mon sexe, une main invasive et plut&#244;t &#233;nergique, m'enserrant &#224; travers le fin tissu de mon pantalon d'&#233;t&#233;, tout &#224; la fois la verge et les testicules. Vu l'enchev&#234;trement de nos trois individus, cela m'est assez difficile d'&#234;tre cat&#233;gorique mais, vu l'emprise n&#233;cessaire, &#231;a ne pouvait &#234;tre que sa main &#224; lui. Cela m'a surpris, d&#233;stabilis&#233; m&#234;me, c'&#233;tait d&#233;rangeant au point de prendre le dessus sur toute autre consid&#233;ration et quand il a commenc&#233; &#224; me faire mal, je me suis vivement d&#233;gag&#233; de leurs embrassades et me suis &#233;loign&#233; d'eux de quelques pas. Ils &#233;taient maintenant face &#224; moi, l'un &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, et j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; par leur immense beaut&#233;. La beaut&#233; de chacun d'entre eux et la beaut&#233; qu'ils avaient &#224; &#234;tre ensemble. Deux jeunes animaux des villes, deux dieux grecs adolescents, Aphrodite et Dionysos sans doute, deux amoureux sauvages, transpirant d'&#233;nergie et de sexe, le m&#226;le en majest&#233;, la femelle en majest&#233;, deux voleurs de grands chemins, rebelles et insouciants, voleurs d'&#226;mes &#233;gar&#233;es, deux sublimes cr&#233;atures, violentes et cruelles, mais sans m&#233;chancet&#233;. Ils devaient avoir seize ans, dix-sept ans tout au plus et moi, je ne me souvenais m&#234;me plus d'avoir &#233;t&#233; aussi jeune. Nous sommes rest&#233;s quelques instants immobiles, face &#224; face, confront&#233;s de part et d'autre de la vie, puis toujours enlac&#233;s, ils se sont retourn&#233;s et se sont &#233;loign&#233;s de moi en riant aux &#233;clats. J'aurais voulu qu'ils restent encore un peu, qu'ils m'expliquent leur danse, leur dr&#244;le de c&#233;r&#233;monie, qu'ils me disent leurs noms. J'ai juste eu le temps de crier : &#171; Attendez ! Ne partez pas ! &#187; Lui, m'a r&#233;pondu par un petit au revoir de la main, sans m&#234;me se retourner. Elle, par contre, a bri&#232;vement jet&#233; un regard par-dessus son &#233;paule et m'a dit : &#171; Ciao Papi ! Merci pour tout ! &#187; Puis leurs rires se sont &#233;loign&#233;s, ils ont tourn&#233; le coin d'une rue et je me suis retrouv&#233; seul sur le boulevard de Bellevie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faisait enfin frais en cette nuit d'&#233;t&#233;, et d&#233;j&#224;, tout au bout du boulevard, l'Aurore aux doigts de roses faisait p&#226;lir le ciel. Je suis remont&#233; dans ma voiture et j'ai parcouru les derni&#232;res centaines de m&#232;tres qui me s&#233;paraient de chez moi. Quand je suis arriv&#233; dans mon appartement, j'ai voulu sortir de ma poche, pour la d&#233;chirer, la lettre d'adieu que j'avais pr&#233;par&#233;e, mais elle avait disparu, ainsi que mon portefeuille. J'ai eu pour eux une pens&#233;e attendrie et reconnaissante. Je suis mont&#233; sur mon tabouret et j'ai d&#233;croch&#233; de la poutre la corde que je m'&#233;tais pr&#233;par&#233;e. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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