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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>MON POLICHINELLE</title>
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		<dc:creator>Cyrille Gove</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Tout a chang&#233; ce matin : il vient de sortir en fredonnant. Il fredonne une chanson que, petit, il &#233;coutait sur le phonographe que son p&#232;re avait achet&#233; un an ou deux avant sa naissance, le phonographe dont le plateau &#233;tait voil&#233; depuis que l'appareil &#233;tait tomb&#233; du porte-bagage du Bima Peugeot, sans doute le jour m&#234;me de son achat. Oui : tout a chang&#233;. Il per&#231;oit l'odeur, un sourire aux l&#232;vres, l'odeur par lui tant attendue du retour du beau temps, o&#249; le soleil du matin, par une alchimie invisible mais (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1428.jpg?1733058278' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_595 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/polichinelle-definitif-dia.jpg?1733058127' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-595 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2024
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	Tout a chang&#233; ce matin : il vient de sortir en fredonnant. Il fredonne une chanson que, petit, il &#233;coutait sur le phonographe que son p&#232;re avait achet&#233; un an ou deux avant sa naissance, le phonographe dont le plateau &#233;tait voil&#233; depuis que l'appareil &#233;tait tomb&#233; du porte-bagage du Bima Peugeot, sans doute le jour m&#234;me de son achat. &lt;br class='autobr' /&gt; Oui : tout a chang&#233;. Il per&#231;oit l'odeur, un sourire aux l&#232;vres, l'odeur par lui tant attendue du retour du beau temps, o&#249; le soleil du matin, par une alchimie invisible mais puissante, fait craquer comme des bulles les senteurs des herbes coup&#233;es la veille, ainsi que celles, plus subtiles, des herbes encore sur pied mi-courb&#233;es par le poids des gouttes de diamant parfait de la ros&#233;e. C'est le d&#233;but d'avril. Un avril qui pointe enfin son &#339;il bleu et radieux sur le souvenir pesant de l'humidit&#233; grise et froide d'un interminable hiver.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;i&gt;Je veux mon polichinelle,
&lt;p&gt;Mon joujou, mon joli pantin,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui est si dr&#244;le et si malin&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;	Mais la chanson ne commen&#231;ait pas comme &#231;a. Qu'importe. Il fredonne ; il chante, pour dire le mot juste ! L'a-t-il encore, ce soixante-dix-huit tours ? Il sourit : de la v&#233;tust&#233; du souvenir - au moins soixante-cinq ans -, des objets qui faisaient son bonheur d'alors, et du retour du beau temps.&lt;br class='autobr' /&gt; La douceur du soleil caresse ses l&#232;vres entrouvertes ainsi que la peau de ses mains et de son visage et, malgr&#233; la canne qu'il serre dans sa main droite mais dont il ne sent plus que l'aspect ornemental voire flatteur, il continue &#224; sourire. Les ann&#233;es passent et peu importe puisqu'il retrouve comme aujourd'hui &#224; chaque fois le printemps ; au reste, il ne s'interroge pas : pour lui la vie qui vient est la m&#234;me que la vie qui est. Il suffit d'&#234;tre patient durant les hivers - durant l'hiver, simplement, le m&#234;me &#224; chaque pr&#233;sent. Ce qui serait moche - mais vraisemblable, voil&#224; ce qu'il pense -, ce serait qu'il meure en hiver&#8230; Mais est-ce que la mort est quelque chose qui le concerne vraiment ? Passons. Il marche, accompagn&#233; de ses bonheurs pass&#233;s, il se sent comme quelqu'un que les gens regardent marcher tout aur&#233;ol&#233; de ses gloires. Et celle du moment, c'est d'&#234;tre le seul, &#224; n'en pas douter, &#224; conna&#238;tre la chanson du polichinelle, &#224; en savoir encore air et paroles. Le d&#233;but ? Il chante avec emphase pour le faire revenir, mais c'est vain ; il y avait, en tout cas, avec l'enfant qui r&#233;clame son polichinelle, une m&#232;re - la m&#232;re de l'enfant, oui - et un m&#233;decin ; un docteur, comme on disait il y a un si&#232;cle, date de l'enregistrement de la chanson. Et la chanteuse, c'est - &#171; c'&#233;tait &#187;, tout lui revient petit &#224; petit - une certaine Jane Deloncle, de l'Empire - un th&#233;&#226;tre parisien, sans doute -, avec une voix comme celle des diseuses de l'&#233;poque : roulant les r et grandiloquente malgr&#233; un phras&#233; curieusement nasillard&#8230; Petit, il l'imaginait Jane Deloncle, &#224; cause de son timbre et de l'usure du disque, comme une vieille dame, tiens : comme sa grand-m&#232;re, exactement&#8230; Il s'arr&#234;te dans sa marche pour en rire ; il fait beau.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;i&gt;Je veux tirer la ficelle
&lt;p&gt;Qui le fait danser dans mes mains,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman, Maman, tu le sais bien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux mon polichinelle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;	Un polichinelle&#8230; Les enfants d'aujourd'hui - les petits gar&#231;ons, car les petites filles avaient-elles le droit d'y toucher ? - savent-ils seulement ce que c'est ? Accepteraient-ils, &#224; l'aire des consoles de jeu, de jouer avec un pantin en bois ? Et que veut dire, d'ailleurs, jouer avec un pantin en bois ? Comment s'y prend-on au juste ? Lui-m&#234;me, qui n'a jamais vu l'objet autre part que sur des images anciennes ou oubli&#233; au fond d'une brocante, secoue la t&#234;te en formulant la question&#8230; En outre,&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i&gt;On vend tr&#232;s cher un joujou de la sorte,&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;explique Jane Deloncle &#224; l'oreille de sa m&#233;moire, toujours en roulant les r, dans une phrase qui lui parait un rien trop didactique pour une chanson. &lt;br class='autobr' /&gt; Et puis, quel sens faut-il comprendre au juste dans le mot &#171; malin &#187; de &#171; &lt;i&gt;Il est si dr&#244;le et si malin&lt;/i&gt; &#187; ? Et d'ailleurs, le temps lui aussi a chang&#233; en un clin d'&#339;il. M&#233;chantes - malignes - surprises d'avril, il fait gris, il fait froid : pr&#233;sent captif, sans la moindre odeur, pr&#233;sent emprisonn&#233; mais qui, d'un coup, lib&#232;re les tout premiers mots de la chanson :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;i&gt;Dans son lit blanc, tout grelottant de fi&#232;vre,
&lt;p&gt;L'enfant se meurt et la pauvre maman&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;	La canne a perdu son aimable d&#233;corum : elle n'est plus qu'un indispensable fardeau, pesant comme un membre malhabile et, tra&#238;trise douloureuse d'une ancienne alli&#233;e, elle commence &#224; blesser la main qui la tient trop serr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; La vieille chanson a cent ans, elle lui fait mal &#224; pr&#233;sent, agressive comme un mythe qui vous aveugle par ses sortil&#232;ges incompr&#233;hensibles : il vient de retrouver en elle une de ses peurs enfantines, une de ces peurs que les enfants ne savent pas raconter, mais qui planent, peur o&#249; se m&#234;laient la voix nasillarde et le ton de Jane Deloncle, les paroles offensives &#224; force d'&#234;tre douloureuses, mais dont il ne trouvait nulle part la force de s'extraire, et par-dessus tout, la peur de l'aiguille du phono qui allait sauter de fa&#231;on imminente puisque toujours au m&#234;me endroit, entra&#238;nant le bras dans un d&#233;raillement terrifiant, d&#233;rapant sur tout le disque et qu'il fallait avoir le courage d'immobiliser afin de couper court &#224; l'&#233;crabouillement de la voix&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Et tout cela parce que l'hiver est revenu, qui &#233;largit le pr&#233;sent en une grisaille sans lendemain, infinie, dans laquelle on pourrait se dissoudre sans m&#234;me en avoir la moindre conscience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>VISAGES, VIES SAGES</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cyrille Gove</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Hiver. Campagne grise n&#233;anmoins attirante, o&#249; volettent des myst&#232;res entraper&#231;us par la fen&#234;tre : entraper&#231;us seulement car le train passe trop vite. Des fum&#233;es de feu de bois, que l'on voudrait humer, respirer, toucher du regard en s'y piquant les yeux, mais qui ne se laissent que deviner. Un coin de ciel calme, presque bleu. Simon s'installe plus confortablement. Pas si mal, apr&#232;s tout, la vie. Il cesse de regarder &#224; l'ext&#233;rieur. Quel &#226;ge a-t-il d&#233;j&#224; ? C'est lui qui se pose la question. Depuis (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1309.jpg?1672494402' width='150' height='144' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_574 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/2023-01-at595_visages_vies_sages_dia.jpg?1672494197' width='500' height='478' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-574 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2022
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	Hiver. Campagne grise n&#233;anmoins attirante, o&#249; volettent des myst&#232;res entraper&#231;us par la fen&#234;tre : entraper&#231;us seulement car le train passe trop vite. Des fum&#233;es de feu de bois, que l'on voudrait humer, respirer, toucher du regard en s'y piquant les yeux, mais qui ne se laissent que deviner. Un coin de ciel calme, presque bleu. Simon s'installe plus confortablement. Pas si mal, apr&#232;s tout, la vie. Il cesse de regarder &#224; l'ext&#233;rieur. Quel &#226;ge a-t-il d&#233;j&#224; ? C'est lui qui se pose la question. Depuis quelques ann&#233;es, la r&#233;ponse ne lui vient plus automatiquement ; il doit se livrer &#224; un rapide calcul : Gilles a trente ans, donc, voyons, lui en a vingt-sept. Vingt-sept ans et demi. Petite v&#233;rification : oui, c'est bien &#231;a. Apais&#233;, il regarde &#224; l'int&#233;rieur du compartiment. Des visages de femmes, surtout, sur lesquels il pose les yeux comme on pose une main sur des cheveux dont on sait d'avance qu'ils exhalent cette odeur douce-am&#232;re d'&#233;corce rest&#233;e expos&#233;e tout le jour au soleil. Oui, ce sont des visages de femmes qui l'arr&#234;tent, des visages pr&#234;ts-&#224;-contempler, exactement comme on dit &#171; pr&#234;t-&#224;-porter &#187; d'un v&#234;tement qui, malgr&#233; sa discr&#233;tion, vous a attir&#233; dans l'instant et que vous souhaitez emporter aussit&#244;t sans m&#234;me vouloir l'essayer. Il sort son petit carnet et note, apr&#232;s un nouveau coup d'&#339;il sur la campagne qui d&#233;file, satisfait par avance de l'id&#233;e comme de la formulation : &#171; Des paysages reposants comme des visages de femmes &#187;. Quel &#226;ge ont ces trois femmes, ces trois femmes qui ne se connaissent pas, qui oublieront les traits les unes des autres d&#232;s ce soir, peut-&#234;tre m&#234;me avant, d&#232;s le prochain arr&#234;t, des femmes dont on aimerait pourtant d&#233;couvrir qu'elles n'ont pas d'autre vie que celle de passag&#232;res du train Corail. Elles ont l'&#226;ge femme. Exactement. Il note &#224; nouveau. &#171; Chez les hommes, il y a l'enfance, la jeunesse, l'&#226;ge adulte, l'&#226;ge m&#251;r, le vieil &#226;ge. Chez les femmes, non : en dehors de l'enfance et de la vieillesse, il existe l'&#226;ge femme, celui des visages dans lesquels le passant souhaite s'immerger le plus longtemps possible, secr&#232;tement, c'est-&#224;-dire sans &#234;tre d&#233;voil&#233; : car la magie aussit&#244;t se brise si celui qui voit est vu &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Quand il est parti, ce matin, Gilles, qui l'accompagnait &#224; la gare, lui a dit : &#171; toujours pareil ! &#187;, au moment o&#249;, s'&#233;tant retourn&#233; vers lui du haut des trois marches en m&#233;tal, ils se sont solidement serr&#233; la main en faisant semblant de sourire. C'est &#224; la fois triste et bon de quitter son fr&#232;re, son alter ego, pour trois ou quatre mois. On a aim&#233; &#234;tre ensemble ; on peut aussi bien aimer la vie qui nous attend, ce ne serait pas un bonheur vol&#233;. Simon, en tout cas, veut bien en faire le pari. Pour Gilles, bien entendu, comme d'habitude, c'est tout autre chose. &lt;br class='autobr' /&gt; La femme qui est le plus pr&#232;s de lui est brune. Elle a les cheveux courts, c'est dommage mais in&#233;vitable. Elle a des yeux&#8230; De quelle couleur ? Inutile de chercher, dans une paire d'heures, il ne reverra m&#234;me pas son image. En attendant&#8230; En attendant, il faut savoir profiter de l'instant. Age quod agis, dirait Gilles, mais certainement pas dans une telle circonstance. Son regard, qui se pose sur le livre qu'elle tient sur ses genoux, est fixe. Donc elle ne lit pas. Pour une raison que Simon ignore, elle n'a pas relev&#233; les yeux pour r&#233;fl&#233;chir. &#192; quoi r&#233;fl&#233;chit-elle, d'ailleurs ? Tiens, elle sourit, en son r&#234;ve &#233;veill&#233;. Tr&#232;s l&#233;g&#232;rement. &#201;mouvant d&#233;cor que celui d'un visage pacifi&#233; de femme qui sourit gratuitement. Il voudrait bien s'approcher, se mettre en face d'elle pour sourire aussi, pour l'engloutir dans son sourire &#224; lui, pour lui montrer que c'est son sourire &#224; elle qui le fait sourire lui.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est temps de regarder &#224; nouveau dehors : hiver ; campagne grise mais attirante, fum&#233;es de feu de bois que l'on voudrait humer, respirer, toucher du regard en s'y piquant les yeux, mais qui n'existent d&#233;j&#224; plus alors que vous vous penchez inutilement en avant pour en d&#233;busquer l'origine ; la nuit, en outre, approche d&#233;j&#224;. Dans la vitre &#233;paisse et double, le reflet de la femme brune, celle qui sourit sans lire, celle qui sourit sans le savoir, celle dont le sourire va s'&#233;vaporer sans faire d'&#233;mules, sans laisser de trace sauf un moment sur son &#226;me &#224; lui : un minuscule et pr&#233;cieux secret vol&#233;, ou plut&#244;t partag&#233; en cachette, offert, mais sans l'assentiment, ou plus exactement sans la conscience, de celle qui le livre ing&#233;nument aux regards de ceux qui, &#224; c&#244;t&#233; d'elle, sont enferm&#233;s dans leur solitude&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; Brume du soir sur la campagne proche. Un passage &#224; niveau &#8212; tr&#232;s rare &#224; pr&#233;sent &#8212; sonne et son grelot est distordu comme une onde douloureuse par la vitesse du train. Brume aussi au loin, sur un petit cours d'eau : il lui semble tout &#224; coup qu'il est dans &lt;i&gt;Mon premier Larousse en couleurs&lt;/i&gt; o&#249; son fr&#232;re et lui, enfants, cherchaient avec passion la vaste double page &#8212; parfois sans r&#233;ussir &#224; la retrouver &#8212; du dessin merveilleux d'une campagne qu'ils pourraient bien passer leur vie &#8212; maintenant encore, Simon en est certain &#8212; &#224; chercher le mod&#232;le illusoire, en vain bien entendu.&lt;br class='autobr' /&gt; Et si ce qu'il entrevoyait l&#224;, derri&#232;re la vitre &#233;cran, n'&#233;tait pas plus r&#233;el que la double page du dessin magique ? Ou bien si tout &#233;tait invers&#233; ? Et si c'&#233;tait par exemple le vieux tracteur rouge immobile et sans chauffeur, tout &#224; c&#244;t&#233; de la petite maison solitaire au pignon sale, qui le regardait, lui, de ses phares jaunes allum&#233;s, avec le m&#234;me ineffable bonheur que Gilles et Simon eux-m&#234;mes &#233;prouvaient, enfants, face au paysage dessin&#233; du &lt;i&gt;premier Larousse&lt;/i&gt; ? &lt;br class='autobr' /&gt; Il a d&#251; s'assoupir en pleine r&#234;verie, en pleine confusion. Le train ralentit ; il n'a pas encore retir&#233; sa valise du porte-bagage. Il se l&#232;ve pr&#233;cipitamment. La nuit est tomb&#233;e. Sans doute sera-t-il le seul &#224; descendre &#224; la gare de N., un arr&#234;t totalement inutile, lui avait dit son coll&#232;gue Dominique&#8230; &#171; Bien utile pour moi, en tout cas. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Il actionne la manette d'ouverture, descend les trois marches. &#171; Toujours pareil&#8230; &#187; Il tient sa valise dans sa main droite et son sac fourre-tout dans la gauche. Il marche sur le quai humide et gris, presque noir. &#171; Si j'avais une troisi&#232;me main, je boutonnerais mon manteau jusqu'en haut ! &#187; Mais il est press&#233;. Press&#233; par quoi ? &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Monsieur, attendez ! Vous avez fait tomber quelque chose, je crois !&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi, il n'&#233;tait pas seul ! Il se retourne alors que la femme brune aux cheveux courts s'est baiss&#233;e et a d&#233;j&#224; ramass&#233; le portefeuille. Elle le lui tend. Elle le lui tend et sourit : sourire conscient, plus beau encore, plus doux aussi, que l'inconscient de tout &#224; l'heure&#8230; Et cette fois, c'est bien &#224; lui qu'il est destin&#233; ! Ses yeux sont verts, il ne l'oubliera pas&#8230; &lt;i&gt;Age quod agis !&lt;/i&gt; Simon lui dit quelque chose, n'importe quoi, pour qu'elle use &#224; nouveau de sa voix profonde et chaude comme un songe, comme une caresse, comme une haleine, comme un baiser. &lt;br class='autobr' /&gt; Tu sais, Gilles, on peut aussi bien aimer la vie qui nous attend, ce ne serait pas un bonheur vol&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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