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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Sous la grisaille</title>
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		<dc:date>2023-02-04T19:21:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Doroth&#233;e Coll</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un soleil de printemps &#233;claire les vitres de mon bureau. &#199;a fait combien de temps que je n'avais pas vu le soleil ? Des mois. Des mois de grisaille, les yeux sales de tristesse. Le soleil a refait son apparition. J'attends que les fleurs, elles-aussi, se d&#233;cident. C'est le printemps. Mon calendrier l'affirme. Pourtant, rien autour ne semble le confirmer. Apr&#232;s l'incroyable chatoiement de l'&#233;t&#233; dernier, ce sont les couleurs de l'hiver qui se sont impos&#233;es, sans pr&#233;avis, durablement. Je me souviens des (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1318.jpg?1675538370' width='150' height='127' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_575 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/2023-02-sous_la_grisaille_3.jpg?1675538380' width='500' height='421' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-575 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2023
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Un soleil de printemps &#233;claire les vitres de mon bureau.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a fait combien de temps que je n'avais pas vu le soleil ? Des mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des mois de grisaille, les yeux sales de tristesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soleil a refait son apparition. J'attends que les fleurs, elles-aussi, se d&#233;cident.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le printemps. Mon calendrier l'affirme. Pourtant, rien autour ne semble le confirmer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'incroyable chatoiement de l'&#233;t&#233; dernier, ce sont les couleurs de l'hiver qui se sont impos&#233;es, sans pr&#233;avis, durablement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens des bleus, des jaunes, des orang&#233;s&#8230; et puis du gris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce jour-l&#224;, le ciel &#233;tait d'un azur franc et le soleil dardait ses rayons sur la terre avec la cruaut&#233; d'un enfant qui embrase une fourmi &#224; la loupe&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens des bleus, des jaunes, des orang&#233;s, par lesquels sont pass&#233;es les flammes au fur &#224; mesure de ce qu'elles rencontraient. Elles avalaient les arbres, l'un apr&#232;s l'autre, sans jamais se rassasier, recrachant leurs troncs calcin&#233;s comme des pelotes de r&#233;jection.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois le parc d&#233;color&#233;, elles encercl&#232;rent les immeubles et entreprirent de l&#233;cher leurs fa&#231;ades jusqu'&#224; ce qu'ils s'effondrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles galopaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles se moqu&#232;rent du fleuve en empruntant les ponts, d&#233;vorant tour &#224; tour chaque quartier&#8230;. Et, partout, les sir&#232;nes les saluaient&#8230; les sir&#232;nes, et les cris de la foule, dans une ola de maisons qui s'&#233;croulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incapables de lutter, incapables de nous enfuir, bien vite on nous intima de nous r&#233;fugier dans des abris antiatomiques, abandonnant la surface &#224; l'incendie furieux qui ravageait la ville et crachait la fum&#233;e, postillonnait la cendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne voulais pas m'y r&#233;soudre. Je te cherchais dans ce brouillard &#233;pais qui m'attaquait les yeux et m'emplissait le nez, tapissant mes poumons d'une poudre d'acier. Mais, quand au loin je vis ton corps torche vivante, que ma course effr&#233;n&#233;e ne parvint pas rattraper ton dernier souffle, je me laissai tra&#238;ner par mes compagnons d'infortune pour te pleurer sous terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est le printemps sur la ville de dunes grises, d'arbres noirs et de b&#233;ton en partie d&#233;sarm&#233;. Le soleil a perc&#233; la couche de particules fines. J'ai trouv&#233; le courage de marcher jusqu'au quartier des affaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les immeubles sont en ruine. De mon bureau ne restent qu'un sol &#224; moiti&#233; effondr&#233; et un pan de mur h&#233;bergeant deux fen&#234;tres dont les vitres, curieusement, n'ont pas &#233;clat&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le meuble de m&#233;tal sur lequel j'&#233;crivais a encaiss&#233; les flammes sans se d&#233;sagr&#233;ger.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ouvre le tiroir, machinalement, pour m'occuper les mains, l'esprit. Par r&#233;flexe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dedans, je trouve le rapport d'activit&#233; de l'entreprise, celui de l'ann&#233;e derni&#232;re. Il est amoch&#233;. La couverture en plastique a fondu sur la page de garde, la spirale a coll&#233; la tranche et fix&#233; l'ensemble au fond du tiroir. Je tire dessus pour le r&#233;cup&#233;rer. Pourquoi ? Je ne sais pas. Une fa&#231;on peut-&#234;tre de convoquer le pass&#233;, de se rappeler qu'il y a eu un &#171; avant &#187; : ce rapport l'atteste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les derni&#232;res pages refusent de se rendre, les autres c&#232;dent &#224; mon &#233;lan. Je feuillette le document. Je me souviens combien tu t'&#233;tais moqu&#233;e de mon air s&#233;rieux et absorb&#233; alors que je comparais les chiffres des ann&#233;es successives. Je me souviens que tu m'avais dit &#171; Fais voir. &#187;, juste pour me distraire, &#171; Je te le garde pr&#233;cieusement pendant que tu vas acheter des pizzas. &#187; Et tu m'avais pris des mains le dossier parce que tu avais faim. Je me souviens de ta fa&#231;on de faire semblant, de tes &#171; Ah oui ! Tr&#232;s int&#233;ressant ! &#187; pendant que j'enfilais mes chaussures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je feuillette le document et c'est toi que je vois &#224; chaque page : tes yeux, ta moue, ton espi&#232;glerie&#8230; et, tout &#224; coup, ton &#233;criture qui appara&#238;t barbouillant le compte de r&#233;sultat d'un &#171; Surpris, mon amour ? &#187; &#224; l'encre sympathique. La chaleur l'a r&#233;v&#233;l&#233; comme une plaisanterie d'outre-tombe. Tu as toujours aim&#233; les blagues, m&#234;me - surtout peut-&#234;tre - celles que tu ne faisais que pour toi-m&#234;me, celles que seul un accident pouvait rendre accessibles aux autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un soleil de printemps &#233;claire les vitres de mon bureau, mais c'est ton rire qui retentit dans mon c&#339;ur pour faire la pluie et le beau temps. Tu me manques cruellement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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