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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>QUAI DE L'IMAGINAIRE</title>
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		<dc:date>2023-03-01T11:12:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Monique Coant-Blond</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Samedi onze novembre, quatorze heures vingt, gare de Quimper &lt;br class='autobr' /&gt;
Le TGV est arriv&#233; avec quatre heures de retard. Accident grave de personne entre Redon et Vannes au passage &#224; niveau, le troisi&#232;me cette ann&#233;e d'apr&#232;s le contr&#244;leur. Dans le wagon, &#231;a balan&#231;ait entre compassion et irritation. Quatre heures, &#231;a fait long. &#192; c&#244;t&#233; de moi, une femme avec deux gamins, je dirais sept-huit ans. Ils &#233;taient d&#233;j&#224; infernaux au bout d'une heure de voyage, l&#224;, c'est devenu intenable. Comme personne ne r&#233;agissait, j'ai (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1325.jpg?1677669158' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_577 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/at600_quai_de_l_imaginaire.jpg?1677669173' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-577 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2023
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samedi onze novembre, quatorze heures vingt, gare de Quimper&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le TGV est arriv&#233; avec quatre heures de retard. Accident grave de personne entre Redon et Vannes au passage &#224; niveau, le troisi&#232;me cette ann&#233;e d'apr&#232;s le contr&#244;leur. Dans le wagon, &#231;a balan&#231;ait entre compassion et irritation. Quatre heures, &#231;a fait long. &#192; c&#244;t&#233; de moi, une femme avec deux gamins, je dirais sept-huit ans. Ils &#233;taient d&#233;j&#224; infernaux au bout d'une heure de voyage, l&#224;, c'est devenu intenable. Comme personne ne r&#233;agissait, j'ai gentiment demand&#233; &#224; la m&#232;re de les calmer un peu. Elle l'a tr&#232;s mal pris. &#171; Vous avez des enfants, monsieur ? &#187; Je lui ai dit non, que je n'en avais pas, rien que pour voir sa t&#234;te. Bingo. Les yeux au ciel, haussement d'&#233;paules et long soupir sonore. Traduction : &#171; Pauvre type, encore un frustr&#233; qui est pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; de sa vie et ne supporte plus rien&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le voyage j'avais emport&#233; le bouquin de Christelle. C'est bien la premi&#232;re fois que j'ach&#232;te un livre de cuisine. M&#234;me si, d'apr&#232;s elle, &#231;a n'en est pas tout &#224; fait un. Pendant l'interview sur France 2, elle a dit que les Go&#251;ts de la vie racontait plut&#244;t son histoire, &#224; travers les recettes. Cette phrase, elle doit la r&#233;p&#233;ter &#224; tous les journalistes et celui-l&#224; avait l'air de boire ses paroles. Je serais curieux de savoir si je vais appara&#238;tre, m&#234;me en filigrane, derri&#232;re un des plats. Langoustines &#224; la cr&#232;me du Guilvinec, tartiflette revisit&#233;e fa&#231;on M&#233;nuires, paella de l'oncle Juan&#8230; Il va falloir patienter, avec les chamailleries des gosses, je n'ai pas pu d&#233;passer le chapitre &#171; Enfance &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la gare, le type de chez Avis m'a fait poireauter plus de vingt minutes, comme si je n'avais pas d&#233;j&#224; eu ma dose d'attente&#8230; Un blondinet antipathique au possible. Il a pr&#233;tendu qu'il ne lui restait qu'une Clio, que je devais m'estimer heureux, un jour f&#233;ri&#233;, sans r&#233;servation. Je d&#233;teste les Clio. Anna en a une. Gris fonc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimanche douze novembre, midi, plage d'Audierne.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a commenc&#233; &#224; pleuvoir cette nuit, depuis &#231;a n'arr&#234;te pas. De la pluie en novembre, c'est normal, aurait dit feue ma tante C&#233;leste&#8230; J'aurais bien aim&#233; avoir Ludivine et Tristan avec moi, ils me manquent, mais les circonstances ne s'y pr&#234;tent gu&#232;re. Et leur m&#232;re n'aurait jamais d&#233;rog&#233; au sacro-saint calendrier de la garde altern&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Christophe m'a d&#233;j&#224; envoy&#233; six messages que je n'ai pas ouverts. &#199;a vaut bien la peine de m'accorder une semaine de vacances si c'est pour me harceler par mail d&#232;s le week-end !&lt;br class='autobr' /&gt;
L'H&#244;tel de la Plage, o&#249; je suis descendu, est plut&#244;t sympa, avec une vue sur la mer &#224; couper le souffle. La fille de l'accueil (une Ecossaise, j'en mettrais ma main au feu) a affirm&#233; que &#231;a allait se lever avec la mar&#233;e. Mais m&#234;me sous l'averse, la plage est belle. Longue et blonde, coup&#233;e en trois par une langue rocheuse et une petite digue.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'y ai crois&#233; un type seul qui promenait son labrador. J'attire toujours les chiens, je ne sais pas pourquoi. Celui-l&#224;, un animal magnifique, n'a pas fait exception. Il a fonc&#233; vers moi et ne m'a plus l&#226;ch&#233;. Son ma&#238;tre avait beau l'appeler, rien &#224; faire. Celui-ci a fini par nous rejoindre, m'a vigoureusement serr&#233; la main et s'est pr&#233;sent&#233;. Un nom impronon&#231;able, Argoualc'h, Kergoualc'h ? &#199;a sonne local, en tout cas. La quarantaine, le poil brun, la m&#226;choire carr&#233;e, les yeux tr&#232;s bleus. On a commenc&#233; &#224; discuter : le temps, les chiens, la mer&#8230; &#231;a coulait tout seul. Au bout de dix minutes, j'avais l'impression d'&#234;tre avec un vieux pote. Il m'a propos&#233; d'aller prendre un caf&#233; et j'ai accept&#233;. Les promenades solitaires sous le crachin, tr&#232;s peu pour moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jocelyn (c'est son pr&#233;nom) est cuisinier. Il est n&#233; &#224; La R&#233;union d'un p&#232;re breton et d'une m&#232;re belge. Il y a neuf ans, il est revenu en m&#233;tropole et a ouvert un restaurant avec sa femme &#224; Audierne, La Cambuse, plut&#244;t haut de gamme. Je lui ai demand&#233; s'il connaissait Christelle, &#231;a m'a sembl&#233; &#233;vident qu'un restaurateur et une critique culinaire qui vivent tous les deux dans un aussi petit patelin se soient rencontr&#233;s. R&#233;ponse : &#171; Non, je ne vois pas. &#187; D&#233;ception. Je pensais que Christelle &#233;tait une star ici&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#234;perie pr&#232;s de l'h&#244;tel est incroyable. J'aurais bien invit&#233; mon nouveau copain &#224; d&#233;jeuner, mais il devait aller chercher des bars je ne sais o&#249;. J'ai command&#233; une galette aux saint-jacques &#8211; une tuerie &#8211; et essay&#233; d'engager la conversation avec le patron. On n'&#233;tait pas plus de quinze dans la salle et je m'ennuyais un peu, mais il n'avait pas l'air d'humeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimanche, vingt-trois heures. H&#244;tel de la Plage&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai un beau coquard et la pommette tum&#233;fi&#233;e. &#199;a m'apprendra &#224; m'interposer dans les bagarres. Les deux gars &#233;taient d&#233;j&#224; bien &#233;m&#233;ch&#233;s en arrivant dans le bar et il n'&#233;tait pas dix-neuf heures. Deux gaillards costauds, la petite trentaine burin&#233;e, des marins-p&#234;cheurs je crois. Je les ai rep&#233;r&#233;s tout de suite, s&#251;rement des habitu&#233;s, la patronne les a salu&#233;s chaleureusement. Belle femme, une grande rousse qui a l'air d'en conna&#238;tre un rayon sur la vie et les hommes. Pas le genre &#224; tol&#233;rer qu'on en vienne aux mains dans son &#233;tablissement. Et pourtant, c'est ce qui est arriv&#233; ! Une histoire de perceuse emprunt&#233;e et jamais rendue, on aurait dit qu'ils parlaient d'un Van Gogh. Quand ils ont commenc&#233; &#224; s'empoigner, j'ai voulu les s&#233;parer (qu'est-ce qui m'a pris ?) et le coup est parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sultat, me voil&#224; d&#233;figur&#233;, alors que je dois revoir Christelle demain. La patronne a voulu m'offrir ma bi&#232;re, pour s'&#171; excuser du dommage &#187;, mais j'ai coll&#233; un billet de cinq sur le comptoir et je suis sorti, la t&#234;te haute. En v&#233;rit&#233;, je n'en menais pas large, je ne suis pas un foudre de guerre, comme disait Anna. La pharmacie de garde &#233;tait ouverte et j'ai achet&#233; du fond de teint, pour essayer de rattraper les d&#233;g&#226;ts. Apr&#232;s &#231;a, j'avais besoin de r&#233;confort, d'un lieu familier, alors je suis retourn&#233; &#224; la cr&#234;perie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque je suis rentr&#233; &#224; l'h&#244;tel, la fille de l'accueil &#233;tait encore l&#224;. J'ai eu beau raser les murs, elle m'a demand&#233; si je voulais de la glace, en esquissant un geste sur sa joue. Sacr&#233; sens de l'observation. J'ai d&#233;clin&#233;, un peu honteux, et j'ai fil&#233; dans ma chambre. Au, moins, elle n'a pos&#233; aucune autre question. Dans les h&#244;tels, ils voient de tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le matelas est ferme comme j'aime. Je devrais dormir comme une souche, je suis crev&#233;. Sans doute la balade sur la plage, j'ai perdu l'habitude de faire du sport depuis qu'Anna est partie. Demain, &#231;a fera pile un an.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; gauche de mon lit, une photo du phare d'Ar-Men est accroch&#233;e au mur : &#171; l'Enfer des Enfers &#187;, en pleine temp&#234;te. &#199;a correspond assez bien au paysage de ma vie, en ce moment&#8230; &#192; c&#244;t&#233;, j'entends un couple faire l'amour. Il faut dire qu'ils y mettent du c&#339;ur ! &#199;a me rappelle la premi&#232;re fois qu'on a couch&#233; ensemble, avec Christelle. J'avais vingt-cinq ans, elle dix-neuf. Pas ma meilleure performance. Elle avait d&#233;j&#224; pas mal d'exp&#233;rience, beaucoup plus que moi. Au lieu de m'exciter, &#231;a m'avait coup&#233; mes moyens. Pourtant, j'&#233;tais dingue d'elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce qu'elle va me reconna&#238;tre ? &#199;a fait quand m&#234;me dix-sept ans&#8230; J'ai emport&#233; un vieux clich&#233; dans mon sac, histoire de lui rafra&#238;chir la m&#233;moire, au cas o&#249;. Le jour de la photo, on &#233;tait all&#233;s se balader au jardin du Luxembourg, une touriste avait immortalis&#233; l'instant. On ne faisait pas trop de selfies &#224; l'&#233;poque. Dessus, elle porte une robe bleue &#224; bretelles, les cheveux mi-longs, elle est bronz&#233;e, elle sourit. Ce sourire&#8230; aujourd'hui encore, &#231;a me fait de l'effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lundi treize novembre, onze heures trente, bar de l'Escale&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fiasco int&#233;gral. Quand je pense que je me suis tap&#233; sept heures de TGV, quatre cents euros de location de Clio, sans parler de la semaine &#224; l'h&#244;tel, plus le resto&#8230; tout &#231;a pour &#231;a ! Pourtant, la librairie portait un joli nom : Quai de l'Imaginaire. Je ne suis pas arriv&#233; trop t&#244;t, histoire de me fondre dans la petite foule d&#233;j&#224; sur place. J'avais faim (rien pu avaler le matin), je ne trouvais plus la photo souvenir et mon coquard virait au violet verd&#226;tre. La totale. Assise devant une pile de bouquins, le Mont-Blanc &#224; la main, les cheveux relev&#233;s en chignon, Christelle &#233;tait toujours aussi canon, mais en plus dure, plus hautaine. Je peux bien l'avouer maintenant, j'ai &#233;t&#233; un peu d&#233;&#231;u. M&#234;me si elle &#233;tait toujours aussi sexy, en pantalon de cuir noir et blouse vaporeuse &#233;chancr&#233;e&#8230; Moi, j'avais mis ma veste Hugo Boss, une chemise noire et un jean brut qui me serrait autant que mes boots flambant neuves. Devant moi, une dizaine de personnes attendaient leur d&#233;dicace. Quand mon tour est venu, j'ai tendu mon livre &#224; Christelle, tout sourire. Elle l'a ouvert et m'a lanc&#233; un regard vide. &#171; Votre pr&#233;nom ? &#187; J'ai r&#233;pondu et elle n'a pas tiqu&#233; une seconde. Interloqu&#233;, j'ai ajout&#233; : &#171; On s'est connus au club d'escalade, autrefois, &#224; Versailles. &#187; R&#233;ponse : &#171; Ah oui ? Sympa d'&#234;tre venu. &#187; Et, sans m&#234;me lever les yeux, elle m'a &#233;crit la m&#234;me phrase type qu'&#224; tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon amour-propre, d&#233;j&#224; malmen&#233; par Anna, venait encore d'en prendre un coup. Un peu secou&#233;, je ne me suis pas attard&#233;. J'ai d&#233;ambul&#233; dix minutes sur le port et mes pas m'ont port&#233; jusqu'&#224; l'Escale, le bar du coquard. J'avais besoin d'un verre. La rousse m'a reconnu tout de suite. Elle s'est encore excus&#233;e, m'a remerci&#233; de ne pas avoir appel&#233; les flics. J'ai &#233;clus&#233; deux bi&#232;res coup sur coup, eu envie d'une troisi&#232;me&#8230; mais j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; en rester l&#224; et j'ai appel&#233; Jocelyn, sur une impulsion. Il &#233;tait &#224; son restaurant et m'a invit&#233; &#224; passer mercredi soir chez lui pour prendre un verre, c'est son jour de fermeture. &#199;a m'a remont&#233; le moral. Tout &#231;a est un peu rapide, mais &#231;a me va. Depuis notre divorce, j'ai d&#233;cid&#233; de prendre le contrepied de cet &#171; homme lent &#187; qu'Anna m'accusait d'&#234;tre. Lent ? Je me sentais bien avec elle, tout simplement, et je voulais que rien ne change. Mais, au bout du compte, notre relation n'&#233;tait qu'un leurre, et la vie est si courte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mercredi quinze novembre, treize heures, Cr&#234;perie des Embruns.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette cr&#234;perie, c'est ma cantine. Le patron va finir par croire que je suis tomb&#233; amoureux de lui ! Il fait toujours la gueule, il traverse peut-&#234;tre une mauvaise passe lui aussi. D'ici la fin du s&#233;jour, j'aurai test&#233; presque toutes ses galettes : bigouden, paimpolaise, bor&#233;ale, tatin&#8230; Tristan adorerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, j'ai vite dig&#233;r&#233; le bide avec Christelle, mauvaise id&#233;e de vouloir renouer avec des amours pass&#233;es, d'autant que les n&#244;tres avaient &#233;t&#233; furtives. J'aurais mieux fait de rester sur ma photo souvenir (je l'ai retrouv&#233;e, coinc&#233;e entre le couvre-lit et les draps, et je l'ai jet&#233;e). Fin de l'histoire. Et m&#234;me pas d'amertume, ou si peu&#8230; &#199;a doit &#234;tre la r&#233;gion qui m'apaise. Crachin ou pas, j'aime cet endroit. Je m'y sens bien. Hier, j'ai pris mon sac &#224; dos et j'ai remont&#233; les chemins c&#244;tiers jusqu'au port du Loch. Cinq bonnes heures de marche aller-retour. &#199;a m'a compl&#232;tement retap&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demain, je prendrai peut-&#234;tre le bateau pour l'&#238;le de Sein, ils pr&#233;voient du soleil et la mer devrait &#234;tre belle. Erin, la fille de l'h&#244;tel (elle est irlandaise, au temps pour moi), m'a dit que c'&#233;tait une exp&#233;rience inoubliable, &#171; initiatique &#187; m&#234;me, c'est le mot qu'elle a utilis&#233;. Elle a d&#251; comprendre que mon voyage ici n'avait rien d'anodin. On a un peu discut&#233; tous les deux, elle m'a confi&#233; s'&#234;tre install&#233;e en Bretagne pour oublier un mariage rat&#233;. &#199;a nous fait un point commun. Dommage que mes vell&#233;it&#233;s de s&#233;duction aient &#233;t&#233; sap&#233;es par l'&#233;pisode Christelle, sinon j'aurais peut-&#234;tre tent&#233; ma chance. J'ai l'impression qu'elle ne serait pas contre. Mais je pars dans quatre jours, &#231;a rimerait &#224; quoi&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai h&#226;te d'&#234;tre &#224; ce soir. J'ai crois&#233; Jocelyn en ville ce matin. Je suis heureux de l'avoir rencontr&#233;, on dirait que c'est r&#233;ciproque. Finalement, j'aurai enterr&#233; dans ce petit port breton un amour d&#233;&#231;u et je me serai fait un nouvel ami. Le bilan est plut&#244;t positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi seize novembre, deux heures du matin, H&#244;tel de la Plage.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais plus o&#249; j'en suis. Quelle soir&#233;e ! J'ai le corps en surchauffe, la t&#234;te qui explose, j'ai l'impression d'&#234;tre un autre. Je me sens plus vivant que jamais, mais coinc&#233; sous une chape de plomb. Pourquoi y a-t-il toujours des &#171; mais &#187; dans ma vie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Hier, avant d'aller chez Jocelyn, je suis repass&#233; Quai de l'Imaginaire lui acheter un polar nordique &#8211; ses pr&#233;f&#233;r&#233;s. Il y avait encore un portrait de Christelle affich&#233; au mur, mais &#231;a ne m'a fait ni chaud ni froid. Je me demande m&#234;me comment j'ai pu croire qu'il pourrait y avoir une suite &#224; notre amourette&#8230; Plus j'y pense, plus je me dis que c'&#233;tait un pr&#233;texte pour partir seul, une semaine, dans un lieu inconnu. Une exp&#233;rience de plus dans ma nouvelle vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jocelyn habite tout en haut d'une venelle &#233;troite &#224; peine &#233;clair&#233;e (style coupe-gorge), qui donne sur le port. De jour, &#231;a doit avoir un certain charme et la vue est s&#251;rement imprenable. J'ai laiss&#233; la Clio en bas et je suis mont&#233; &#224; pied. La vache ! Il va falloir que je reprenne le footing&#8230; J'&#233;tais un peu en avance, mais Jocelyn a ouvert &#224; la premi&#232;re sonnerie. Je lui ai tendu le bouquin et une bouteille de chablis que j'avais prise, en plus. &#171; Tu es fou, fallait pas, c'est juste un ap&#233;ro ! &#187; Peut-&#234;tre, mais je voulais marquer le coup. Lui aussi, de toute &#233;vidence : sur la table basse, j'ai aper&#231;u tout un assortiment de verrines et de tapas. Il s'est fendu d'un grand sourire : &#171; &#199;a te donnera une id&#233;e de mes talents. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a ouvert la bouteille et on a attaqu&#233; les amuse-gueule avant l'arriv&#233;e de sa femme, L&#233;a, partie faire du shopping &#224; Quimper. On en est vite arriv&#233;s &#224; des choses plus personnelles : politique, amiti&#233;, loyaut&#233;&#8230; Couple aussi. Je lui ai tout d&#233;ball&#233; pour Anna, son histoire depuis deux ans avec l'autre salopard &#8211; pas mon meilleur pote, mais presque &#8211;, les bobards, les textos, les cadeaux &#224; cinq mille balles&#8230; &#199;a m'a soulag&#233; de lui donner tous les d&#233;tails, m&#234;me les plus sordides, c'&#233;tait la premi&#232;re fois que je parlais de &#231;a &#224; quelqu'un, mon avocate mise &#224; part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lui aussi a morfl&#233;, encore plus que moi. Trahi, humili&#233;, ruin&#233; : il a connu tout &#231;a, a touch&#233; le fond du fond, s'en est relev&#233; et il est reparti de rien. Gr&#226;ce &#224; L&#233;a. &#171; Ce que j'ai construit avec elle, je ne laisserai personne me l'enlever. Jamais. &#187; Je ne suis pas pr&#232;s d'oublier ces mots-l&#224;, pas plus que son regard quand il les a prononc&#233;s, celui d'un homme &#224; qui on ne la fera plus. J'ai approuv&#233;, il m'a tap&#233; sur l'&#233;paule et nous a resservi un verre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque L&#233;a est arriv&#233;e, il &#233;tait d&#233;j&#224; tard et on &#233;tait gentiment pompettes tous les deux. En la voyant, j'ai desso&#251;l&#233; direct. Frapp&#233; en plein c&#339;ur. Je jure devant Dieu que je n'ai jamais connu un truc pareil, m&#234;me pas avec Anna, la femme que je croyais avoir &#233;pous&#233;e pour la vie. Elle a embrass&#233; Jocelyn du bout des l&#232;vres et s'est retourn&#233;e vers moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je ne savais pas qu'on avait un invit&#233;&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a fait les pr&#233;sentations et elle m'a tendu la main, une main chaude et douce. J'ai senti quelque chose passer de sa peau &#224; la mienne, comme un courant, impalpable mais implacable. J'avais du mal &#224; ne pas baisser les yeux, comme d&#233;j&#224; pris en faute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'est assise dans le fauteuil, en face de moi, et a commenc&#233; &#224; picorer distraitement dans les plats, en sirotant une limonade au gingembre. J'ai pass&#233; le reste du temps &#224; l'observer en douce, &#224; m'impr&#233;gner de son image, de son visage. Sa voix, son regard, son corps, ses cheveux&#8230; tout me pla&#238;t en elle, m&#234;me ce c&#244;t&#233; absent et un peu d&#233;senchant&#233;. Par chance, Jocelyn, absorb&#233; dans une histoire de circuit &#224; moto au Maroc, ne s'est aper&#231;u de rien. Enfin, il me semble. Mais elle, si, forc&#233;ment. Il faut dire qu'elle avait l'air de s'ennuyer ferme. J'ai mis &#231;a sur le compte de la fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand il a fallu partir, je me sentais vraiment limite pour prendre le volant, m&#234;me si l'h&#244;tel est &#224; moins de deux kilom&#232;tres. Les routes sont tra&#238;tresses par ici. Jocelyn ne valait pas mieux, on avait vid&#233; presque trois bouteilles &#224; nous deux. L&#233;a m'a demand&#233; si je voulais qu'elle me reconduise. J'&#233;tais bien charg&#233;, mais encore assez lucide pour savoir que si je me retrouvais seul avec elle, dans l'intimit&#233; douillette de sa voiture, tout pourrait tr&#232;s vite basculer, au moins en paroles. J'ai toujours eu l'alcool sentimental. Et je connais le pouvoir de certains mots. &#171; Sinon, tu peux dormir ici &#187;, a sugg&#233;r&#233; Jocelyn. &#199;a, il n'en &#233;tait pas question, alors j'ai accept&#233; la proposition de L&#233;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimanche dix-neuf novembre, seize heures trente, TGV Quimper-Paris, voiture quinze&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; l'heure, j'ai boucl&#233; ma valise et rendu la chambre, comme pr&#233;vu. Erin m'a demand&#233; si la r&#233;gion m'avait plu et si je comptais revenir, j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; rester &#233;vasif. On ne sait jamais. Puis j'ai mis le cap sur Quimper et rendu la Clio. &#171; Vous n'avez pas beaucoup roul&#233; &#187;, a remarqu&#233; le blondinet (toujours le m&#234;me). Et c'est vrai. En termes de kilom&#232;tres, je ne suis pas all&#233; tr&#232;s loin. Pourtant, j'ai parcouru un dr&#244;le de chemin. J'&#233;tais venu ici pour retrouver une ancienne conqu&#234;te et me voil&#224; devenu, en quelques jours, l'antith&#232;se de moi-m&#234;me : un homme capable de trahir un copain &#8211; m&#234;me si celui-ci est moins clair qu'il n'y para&#238;t &#8211;, de lui voler ce qu'il a de plus cher&#8230; Un type pr&#234;t &#224; prendre tous les risques aussi, quitte &#224; y laisser sa peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui serait assez fou pour ne pas saisir le Graal quand il est &#224; port&#233;e de main ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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