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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>La rapine</title>
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		<dc:date>2023-05-01T12:10:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mehdi Ikaddaren</dc:creator>



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&lt;p&gt;1. &lt;br class='autobr' /&gt; Les restes du repas sont jet&#233;s &#224; m&#234;me le sol, et deux babines expertes s'en emparent goul&#251;ment. Elles appartiennent &#224; un berger allemand, sombre, couvert de crasse, &#224; l'aspect lupin&#8230; Ses m&#226;choires n'ont aucune peine &#224; briser les os d&#233;licats de la hase confite dans le jus de pruneau. L'animal se joue des esquilles, des effritements, il lape la moelle dans les b&#233;ances, aspire un peu de jus qui suinte. Il semble affam&#233; et son corps musculeux se tend dans la poussi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est impressionnant cette (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1341.jpg?1682928716' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_578 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/2023-03-at607_la_rapine.jpg?1682928726' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-578 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2023
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;	1.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	Les restes du repas sont jet&#233;s &#224; m&#234;me le sol, et deux babines expertes s'en emparent goul&#251;ment. Elles appartiennent &#224; un berger allemand, sombre, couvert de crasse, &#224; l'aspect lupin&#8230; Ses m&#226;choires n'ont aucune peine &#224; briser les os d&#233;licats de la hase confite dans le jus de pruneau. L'animal se joue des esquilles, des effritements, il lape la moelle dans les b&#233;ances, aspire un peu de jus qui suinte. Il semble affam&#233; et son corps musculeux se tend dans la poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est impressionnant cette musculature tout enti&#232;re d&#233;di&#233;e &#224; la poursuite et &#224; la chasse, rien de superflu, rien d'arrogant ou de sophistiqu&#233;, une perfection sauvage, assassine, dont l'aboutissement semble &#234;tre cette gueule effil&#233;e comme une lame, grima&#231;ante, aux crocs d&#233;mesur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tr&#232;s vite, les reliquats du repas sont d&#233;vor&#233;s. Il n'en reste rien sinon une &#233;paisse trace de gras qui attire les mouches. L'animal l&#232;che la main qui l'a nourri avec douceur ; et pour cette preuve d'amour en tout point similaire &#224; celle d'un esclave pour son ma&#238;tre, il n'obtiendra rien, hormis une frappe s&#232;che sur la truffe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'animal baisse la t&#234;te, il renifle. L'air est lourd, un peu suri, alors il passe la langue, il hal&#232;te. Cela dure quelques secondes &#8212; mais que valent les secondes pour un chien ? &#8212; Les sensations se bousculent, le ram&#232;nent vers un monde perdu, vers quelque chose de l'ordre d'un souvenir... Il y a les cris, les hurlements. La s&#233;paration, la cage, et ces constantes brimades. Ces coups port&#233;s au bas des c&#244;tes, l'eau froide jet&#233;e pour qu'il d&#233;guerpisse, cette corde par laquelle on le pend lorsque la rage s'exprime et qu'il faut le calmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tout cela l'&#233;touffe, lui noue l'estomac, alors il regarde son ma&#238;tre. Il n'a jamais rien connu d'autre que ces yeux-l&#224;. Rien connu d'autre que cette main qui agace son collet. Que ces bottes qui le repoussent lorsqu'il c&#232;de &#224; une trop grande gratitude. Que ce monceau mal d&#233;grossi d'homme, enfin, qu'il lui arrive de secouer lorsque l'ivresse le fait choir, lorsqu'il s'effondre sous son propre poids de mis&#232;re et que les larmes et le sang se confondent. Alors tous deux, l'homme et le chien, partagent une m&#234;me col&#232;re. Le chien se vo&#251;te, montre les crocs. Jamais il ne lui serait venu l'id&#233;e de tout abandonner. Jamais il n'aurait song&#233; &#224; fuir, &#224; laisser inanim&#233;, face contre terre, son bourreau, son ma&#238;tre, l'horizon ind&#233;passable de toute son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce jour-l&#224;, pourtant, l'appel est trop fort. Peut-&#234;tre que l'homme a tout pr&#233;m&#233;dit&#233;, qu'il a lui-m&#234;me entreb&#226;ill&#233; la porte, qu'il a manipul&#233; son fid&#232;le canid&#233; pour avoir toutes les raisons du monde de le suivre &#224; travers bois. Sa grande silhouette se d&#233;tend et se pr&#233;cipite au-dehors. D'abord dans la cour qui entoure la maison, ce terrain vague qu'il conna&#238;t bien, l&#224; o&#249; il passait ses nuits &#224; regarder les &#233;toiles, &#224; hurler avec les loups&#8230; puis, glissant ses flancs r&#226;peux dans la b&#233;ance d'un grillage, il s'exfiltre. Il d&#233;couvre l'immensit&#233; des champs. Il s'&#233;broue dans l'air comme un jeune primesautier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On devine l'ombre impressionnante de la for&#234;t au loin. Les odeurs riches. Le grand air qui renforce son exaltation, tandis qu'il court, retrouvant d'instinct la sauvagerie de ses anc&#234;tres. Il d&#233;vale les talus, contourne les ravines, il se perd dans les fourr&#233;s d'o&#249; il ressort couvert de feuilles et de pollens, &#233;poumon&#233;, rassasi&#233;, tout simplement combl&#233;. Devant lui, la longue perc&#233;e des arbres aux troncs noueux, les &#233;corces moussues. Puis, en retrait, un espace bord&#233; de cl&#244;tures par o&#249; s'&#233;chappent des b&#234;lements qui aiguillonnent sa curiosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Autre chose encore : l'impression confuse et primordiale qu'il faut se rendre &lt;i&gt;l&#224;-bas&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;	2.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	De l'autre c&#244;t&#233; de la cl&#244;ture, il y a l'ennemi, celui dont on sait, d'&#233;vidence, qu'il est l&#224; pour vous voler, pour vous nuire. Sa simple pr&#233;sence vous h&#233;risse. Le doigt fermement port&#233; sur la g&#226;chette, le voisin (c'est ainsi qu'on le nommera) observe cette b&#234;te qui r&#244;de pr&#232;s des moutons, rem&#226;chant une haine imm&#233;moriale, une sempiternelle angoisse. Non loin d'ici la rumeur affirme que le loup a reparu, qu'il s'attaque aux brebis solitaires. On a sorti de la grange les vieux pi&#232;ges, les collets, les fusils charg&#233;s. Mais le loup chasse uniquement la nuit, il le sait &#233;videmment, comme il sait pr&#233;cis&#233;ment &#224; qui appartient ce cabot fam&#233;lique qu'il tient en joue. &#192; l'autre bout du champ, dans la maison jaunie, il y a un homme. Et cet homme, ce &lt;i&gt;moricaud&lt;/i&gt;, c'est l'ennemi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le froid lui cingle les extr&#233;mit&#233;s, mais il reste &#224; l'aff&#251;t. Observer l'ombre, attendre le moment propice&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il s'est construit un observatoire de bric et de broc, du vieux bois et des pneus pour se mettre &#224; couvert. D'ici, il peut voir l'&#233;tendue de son champ, les b&#234;tes qui paissent sous un ciel lourd&#8230; C'est un trou prot&#233;g&#233;, sans plus. Une cahute rudimentaire o&#249; poussent les champignons. Il s'y vautre pour surveiller que l'autre n'y vienne pas, &lt;i&gt;dans sa p&#226;ture&lt;/i&gt;, pour y d&#233;placer un piquet, gagner quelques m&#232;tres de propri&#233;t&#233;. Il rumine un bout de gomme en songeant &#224; cela, &#224; toutes ces sournoiseries qu'on lui a faites, aux siennes qu'il a maniganc&#233;es en retour. &#199;a lui reste en travers de la gorge, toutes ces bravades, ces crispations, ces querelles. Une immense fatigue adoucit son visage. Le voici &#224; l'or&#233;e d'un moment comme il en existe peu, la carcasse du fusil bien en main, suant et tremblant, f&#233;brile comme s'il se trouvait, lui-m&#234;me, de l'autre c&#244;t&#233; de la culasse, redoutant l'approche de la victime avec cette empathie &#233;trange qui ceint le front du bourreau. &#171; &lt;i&gt;Je te tiens, mon salaud&lt;/i&gt; &#187; qu'il siffle, puis il tire. Trois coups&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;	3.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Un &#233;clair ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'animal se fige, aux aguets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette br&#251;lure&#8230; Elle lui vrille l'estomac. Elle aiguise ses instincts au point de lui faire sentir intens&#233;ment l'odeur de sang, les bouquets floraux du fourrage, le lourd encens des moutons qui b&#234;lent au loin. Alors, il remarque le visage planqu&#233; derri&#232;re le vieux tas de pneus, son &#339;il torve qui le fixe &#224; travers le point de mire du fusil. Il d&#233;taille sa figure creus&#233;e, sa peau gr&#234;le, la toison dense de ses sourcils&#8230; Le poil hirsute qui tapisse ses joues ravin&#233;es&#8230; Ses os tremblent, sa nuque craque, ses jointures sont fines et d&#233;li&#233;es, presque obsc&#232;nes &#224; force de d&#233;licatesse dans ce contexte terrible. Tous deux ont la mis&#232;re en partage&#8230; La m&#234;me humilit&#233;&#8230; Ils ne forment qu'une seule et m&#234;me figure malheureuse, antagonistes d'un simulacre qui se rejoue sans cesse : le bourreau et sa victime, le chasseur et sa proie, l'oppresseur et l'opprim&#233;&#8230; Tour &#224; tour dominants, veules, col&#233;reux, rebutants, exalt&#233;s, poussifs, fr&#233;n&#233;tiques, enrag&#233;s&#8230; &#192; toujours vouloir &#233;craser ce qui empi&#232;te, ce qui outrepasse, ce qui louvoie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	S'ils savaient, l'un l'autre, que d'un geste tout pourrait s'achever&#8230; Juste un pas de c&#244;t&#233;&#8230; Le chien pourrait le rejoindre, lui que la col&#232;re &#233;touffe, sauter dans cette basse fosse o&#249; il se terre, lui mouiller d'un coup de langue la moiti&#233; du visage dans un grand geste d'amour et de fraternit&#233;&#8230; S'ils savaient cela&#8230; Mais le voisin n'en a que faire, tant il est concentr&#233; sur son aff&#251;t, repli&#233; sur sa vaine querelle&#8230; Et le chien, tournant la t&#234;te, vient &#224; comprendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au loin, la cime des arbres dispara&#238;t dans la brume. Les nuages guettent la charogne. Les &#226;mes perdues, celles que l'on a sacrifi&#233;es sur l'autel des conflits mill&#233;naires, elles se retrouvent l&#224;-bas, comme empes&#233;es de vapeurs, nous observant de leurs yeux pleins de larmes&#8230; Mais le chien ne le remarque pas, avec sa bonne gueule na&#239;ve, il ne voit rien devant lui, rebroussant chemin, sinon le corps recroquevill&#233; de son ma&#238;tre. La besace qu'il serre tout contre lui, d'o&#249; &#233;merge quelque chose... Il voudrait le rejoindre, lui faire la f&#234;te, aboyer tout son saoul au plaisir des retrouvailles. Mais voil&#224;, en face, dans la tranch&#233;e, il y a cet homme qui les ajuste patiemment&#8230; Dans ce lopin maudit, la terre garde m&#233;moire. On se souvient de tout, pour continuer &#224; vivre&#8230; Combien de morts pour pas grand-chose ! Le voisin le sait. Il sait qu'il vise un fant&#244;me, peut-&#234;tre un &#233;tranger, un semblable, en tirant sur cette ombre qui lui g&#226;che le soleil. Pour gagner quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le coup part&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#199;a claque dans le ciel, l'homme s'effondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On ne saurait dire, du ma&#238;tre, du chien ou du voisin, lequel en fut d&#233;livr&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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