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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Poup&#233;es dansantes </title>
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		<dc:date>2024-06-01T16:01:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Pontacq</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Doucement incurv&#233; au-dessus du village, le ciel vire au violet des fins de cr&#233;puscule. Devant la statue de Ganesh Vinayaka, l'encens de la puja fume encore et une odeur de fruits, m&#234;l&#233;e au parfum des jasmins, monte des offrandes entass&#233;es sur l'autel. Dans l'enceinte du temple, une estrade a &#233;t&#233; mont&#233;e, bord&#233;e de pourpre et drap&#233;e de velours. C'est l&#224;, devant un &#233;cran peint, que vont &#233;voluer dans un instant les marionnettes. L'an dernier, un spectacle d'ombres avait cl&#244;tur&#233; les festivit&#233;s. Mais cette fois, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1408.jpg?1717257726' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_591 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/at675_poupe_es_dansantes.jpg?1717257621' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-591 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2024
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt; Doucement incurv&#233; au-dessus du village, le ciel vire au violet des fins de cr&#233;puscule. Devant la statue de Ganesh Vinayaka, l'encens de la &lt;i&gt;puja&lt;/i&gt; fume encore et une odeur de fruits, m&#234;l&#233;e au parfum des jasmins, monte des offrandes entass&#233;es sur l'autel. Dans l'enceinte du temple, une estrade a &#233;t&#233; mont&#233;e, bord&#233;e de pourpre et drap&#233;e de velours. C'est l&#224;, devant un &#233;cran peint, que vont &#233;voluer dans un instant les marionnettes. L'an dernier, un spectacle d'ombres avait cl&#244;tur&#233; les festivit&#233;s. Mais cette fois, ce sont des poup&#233;es du Rajasthan, reli&#233;es par des fils aux doigts des marionnettistes, qui vont s'animer pour le dieu. Le spectacle a d&#233;j&#224; fait le tour du pays, et partout, sa beaut&#233; a &#233;mu les foules. Ils sont l&#224;, tous &#226;ges confondus, r&#233;unis apr&#232;s leur journ&#233;e de travail, d'&#233;cole ou de fl&#226;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nerveux, Murugan fouille l'assembl&#233;e des yeux et y d&#233;niche enfin celui qu'il cherche. Un peu &#224; l'&#233;cart sous le pipal, dont les branches ploient vers la terre, il est l&#224;, le jeune Ramesh. Assis en tailleur &#224; m&#234;me le sol, il se d&#233;tache &#224; peine dans l'ombre de la frondaison et on le confondrait avec la nuit sans la tache claire de sa chemise &#224; col droit. Lui aussi s'est mis sur son trente-et-un, mais pour d'autres raisons. Et Murugan sait bien lesquelles. Il &#233;change un regard avec son beau-fr&#232;re Kumar, qui a &#233;galement rep&#233;r&#233; le gamin. Et son neveu Selvam, bien qu'il fasse mine de rire avec ses compagnons, ne quitte pas des yeux la chemise blanche. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant eux, la sc&#232;ne s'allume et les musiciens s'installent &#8722; le sitariste, le fl&#251;tiste et le joueur de tablas. Tous les yeux sont braqu&#233;s sur le rideau qui se l&#232;ve, d&#233;voilant un &#233;cran o&#249; se dessinent les contours trembl&#233;s d'un palais moghol. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Musicien, quand viendras-tu ?&lt;/i&gt; appelle le r&#233;citant, dont la voix est amplifi&#233;e par un tuyau de bambou.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Je viens, je viens !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Oh, Musicien C&#233;leste, es-tu arriv&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Oui, je suis ici.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tel un astre se l&#232;ve dans le ciel, il appara&#238;t sur les remparts du palais, silhouette &#233;tincelante sur le fond constell&#233; du d&#233;cor. Le sitar s'est tu pour laisser parler la fl&#251;te et l'assistance retient son souffle, envo&#251;t&#233;e. Murugan en a presque oubli&#233; pourquoi il est l&#224;. Son beau-fr&#232;re Kumar tapote discr&#232;tement sa montre pour le rappeler &#224; la r&#233;alit&#233;. Oui, oui, fait Murugan de la t&#234;te. Penaud, il coule un regard vers le pipal. La chemise blanche est toujours l&#224;, dans l'ombre de la canop&#233;e sacr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Princesse, quand viendras-tu ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Je viens, je viens !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les tablas qui r&#233;sonnent &#224; pr&#233;sent, s&#232;ches et rapides comme un c&#339;ur enfi&#233;vr&#233;. La princesse s'avance dans son sari d'or. Le marionnettiste est si habile qu'on oublie les fils attach&#233;s aux bras de la poup&#233;e, on ne voit que la gr&#226;ce de ses poses, la fluidit&#233; de ses gestes. Elle l&#232;ve la t&#234;te, elle aper&#231;oit le musicien dont le visage se penche vers elle. La fl&#251;te a repris, elle r&#233;pond aux tablas, le duo d'amour monte dans la nuit. Quand Murugan, de nouveau, coule un regard vers le pipal, la tache blanche a disparu.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Bon sang !&lt;br class='autobr' /&gt;
Kumar s'est d&#233;j&#224; lev&#233; et Selvam contourne discr&#232;tement la foule apr&#232;s avoir adress&#233; un signe &#224; son oncle. Murugan les rejoint dans une venelle, devant l'&#233;choppe ferm&#233;e du potier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Il est parti ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Selvam fait un geste vers l'intersection de l'&#233;troit passage et de la route. Une silhouette contourne le fouillis des deux-roues entass&#233;s sur le bas-c&#244;t&#233;. La chemise blanche s'&#233;loigne, aussi claire qu'une fleur de frangipanier dans la nuit. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Laissons-le prendre un peu d'avance.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; On aurait pu aller l'attendre directement l&#224;-bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Il aurait eu des soup&#231;ons, s'il ne nous avait pas vus &#224; la repr&#233;sentation. Tout le village est l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Sauf Sarala.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selvam ricane.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Mais elle, il sait pourquoi !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Tais-toi, imb&#233;cile, il va nous entendre !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils reculent un peu, et dans leur silence haletant, c'est la voix du r&#233;citant qui de nouveau s'&#233;l&#232;ve. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Elle a rencontr&#233; le Musicien C&#233;leste. L'amour jaillit de son c&#339;ur et elle tombe sur le sol, foudroy&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Ramesh entend aussi, et le mart&#232;lement des percussions l'accompagne tandis qu'il cherche son chemin dans l'obscurit&#233;. Ici, la boutique de Natarajan, le savetier-r&#233;parateur de parapluies. L&#224;, &#224; sa droite, l'arbre dormeur, dont les feuilles se ferment au cr&#233;puscule. Plus loin, les terrasses o&#249; des lumignons palpitent dans leurs coupelles de terre. Et au-dessus, toujours, le clignement des astres, avec la Voie Lact&#233;e bien distincte dans ce ciel pur d'avant la mousson &#8722; un ciel de mansu&#233;tude qui semble d'avance tout pardonner aux hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Princesse, princesse, reviens &#224; toi ! &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ramesh soupire. La voix r&#233;sonne dans son dos, un peu assourdie par la distance. Elle raconte une si vieille histoire, et pourtant ce pourrait &#234;tre la leur, &#224; Sarala et &#224; lui. Pour eux aussi, tout a commenc&#233; comme un conte &#8722; cette petite fille en bleu qui lui souriait, quand il passait chaque matin sous sa terrasse. Ce qui l'a attir&#233; d'abord, ce n'est pas son visage de poup&#233;e, ni m&#234;me ses petits pieds, chauss&#233;s de sandales dor&#233;es. Non, ce qu'il a aim&#233; tout de suite en elle, c'est son bras, ce bras mince et nu qu'elle appuyait sur la balustrade, chair contre pierre, avec ses bracelets de verre o&#249; ricochait le soleil. Sarala, il l'a toujours regard&#233;e en levant les yeux. Lui par terre, elle l&#224;-haut, du c&#244;t&#233; des &#233;toiles. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Princesse, ce n'est pas &#224; celui-l&#224; que tu es destin&#233;e !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il le sait bien, que Sarala n'est pas pour lui. Trop riche, trop belle. Et puis sa caste, bien au-dessus de la sienne. Une fille comme elle, il ne devrait m&#234;me pas lui &#234;tre permis de la regarder. Elle est l&#224;-haut, perch&#233;e dans son monde, bien au-dessus de sa petite vie &#224; lui. On peut &#224; la rigueur lui couler des regards en douce, mais s&#251;rement pas la toucher, jamais. Pourtant, c'est bien &#224; lui qu'elle a demand&#233; un jour, en se penchant sur la rambarde : &#171; Dis, j'ai laiss&#233; tomber ma poup&#233;e. Tu veux bien me la ramener ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ensuite, quand se sont-ils revus ? Il ne sait plus, il a l'impression qu'elle a toujours fait partie de sa vie. Elle lui est aussi intime que le battement du sang dans ses veines. L'aime-t-il ? Il ne sait pas. On ne sait pas si on aime son c&#339;ur, sa peau. On sait seulement qu'on ne pourrait pas vivre sans eux. C'est cela qui le lie &#224; Sarala. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est sa reine, sa d&#233;esse au visage d'enfant, sa Lalita de quinze ans pour toujours. Mais lui, qu'est-il pour elle ? Elle doit bien savoir qu'ils n'ont pas d'avenir ensemble. Le riche Murugan ne donnera jamais sa fille &#224; un paysan.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Ton fianc&#233;, princesse, ce n'est pas le musicien pour qui tu te consumes&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La voix r&#233;sonne toujours, l&#224;-bas, sur la place invisible. Le battement des tablas s'acc&#233;l&#232;re. Un son de fl&#251;te, en arri&#232;re-plan, s'amenuise dans la nuit : le musicien s'en va. C'est le guerrier rajpoute qui vient d'entrer en sc&#232;ne. Ramesh porte la main &#224; sa poitrine. Pourquoi cette douleur ? C'est un beau soir, un soir de rendez-vous. Sarala l'attend dans le vieux pavillon, au fond du bosquet de tamariniers. &#171; Nous serons tranquilles, ils seront tous &#224; regarder le spectacle &#8722; Et toi, tu ne veux pas aller voir le kathputli ? &#8722; Oh, moi, on m'a d&#233;j&#224; racont&#233; la fin ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ramesh se h&#226;te, enfile une venelle apr&#232;s l'autre. Tout &#224; l'heure, trois ombres l'ont d&#233;pass&#233; et il a baiss&#233; la t&#234;te, craignant d'&#234;tre reconnu. Mais les silhouettes ont disparu, sans doute des paysans regagnant leur maison de terre, &#224; l'&#233;cart du village. Ramesh se d&#233;p&#234;che. Il longe l'&#233;tang aux lotus, et le coassement des crapauds-buffles couvre le bruit des instruments derri&#232;re lui. Mais Ramesh conna&#238;t bien l'histoire, il n'a pas besoin d'entendre pour savoir o&#249; en est le spectacle. L&#224;-bas, sur la sc&#232;ne drap&#233;e de pourpre, se succ&#232;dent les &#233;pisodes de la s&#233;duction. Le Rajpoute veut &#233;blouir la princesse, il a convoqu&#233; les acrobates, le jongleur, la danseuse et le charmeur de serpents. La musique se d&#233;cha&#238;ne, des rires perlent dans l'assistance. Puis des cris. Le c&#339;ur de Ramesh se serre. Que s'est-il pass&#233; ? Les tablas manquent un battement, on entend les &lt;i&gt;oh !&lt;/i&gt; de la foule. &lt;br class='autobr' /&gt;
Accident. L&#224;-bas, sur l'estrade, le filin de soie tendu au-dessus de la sc&#232;ne vient de se briser sous les pas du danseur de corde. Surpris, le manipulateur l&#226;che les fils enlac&#233;s &#224; ses doigts. La marionnette tombe. Elle ne tombe que de la courte distance qui s&#233;pare le ciel peint du parquet de la sc&#232;ne, mais pour elle, c'est une chute infinie. Le bruit du petit corps d'&#233;toffe qui s'&#233;crase ne parvient que plusieurs secondes apr&#232;s aux oreilles de Ramesh, telles ces &#233;toiles lointaines dont l'extinction n'est pas tout de suite perceptible sur la terre. Le danseur g&#238;t dans un coin, ses mains de tissu repli&#233;es sur sa &lt;i&gt;kurta&lt;/i&gt; blanche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Confusion. Applaudissements m&#234;l&#233;s de cris. Puis la voix du r&#233;citant domine le brouhaha de la foule, les tablas cr&#233;pitent de nouveau dans la nuit. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Magicien, oh, magicien, je t'appelle !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ramesh quitte la route, s'enfonce dans un chemin creux. Derri&#232;re lui, le spectacle a repris. On entend s'&#233;crier les enfants, dont les voix aigu&#235;s saluent chaque nouvelle apparition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ramesh s'est mis &#224; courir. Il sait que la repr&#233;sentation se prolongera une partie de la nuit, mais qui lui dit qu'ils resteront tous jusqu'&#224; la fin ? Apr&#232;s le carrefour, il bifurque dans une all&#233;e de tamariniers dont les branches se rejoignent au dessus de sa t&#234;te. Tout au bout, le pavillon se d&#233;coupe sur le fond du ciel. C'est un petit b&#226;timent octogonal, vestige d'une ancienne demeure du temps du Raj. &#171; Ce n'est pas interdit, tu es s&#251;re qu'on peut ? &#187; Elle a ri. &#171; Bien s&#251;r, tu es b&#234;te ! J'ai demand&#233; la clef au jardinier, il ne sait rien me refuser. &#187; Ramesh a promis, lui non plus ne sait pas dire non &#224; Sarala. Mais il n'est pas tranquille. Tout est si calme alentour, la voix du r&#233;citant n'est plus qu'un son &#224; peine audible, dont le murmure se m&#234;le au d&#233;ferlement des vagues. Les tamariniers cachent le ciel. Et ces fleurs blanches au pied du pavillon, on dirait une foule, dont les petits visages se pressent pour mieux voir, dans leur collerette de nuit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ramesh l&#232;ve les yeux vers la balustrade. Une mince silhouette se penche vers lui.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8722; C'est toi ? Monte vite, je suis l&#224;-haut. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ramesh pousse un battant, s'engage dans l'escalier qu'&#233;claire &#224; demi la lueur d'une veilleuse. Il a peur. Comme tous les petits, les grillons de la nuit, il aurait pr&#233;f&#233;r&#233; l'obscurit&#233;. M&#234;me sa chemise le g&#234;ne, si rep&#233;rable dans la p&#233;nombre. Pourquoi a-t-il c&#233;d&#233; &#224; cet absurde besoin de se faire beau ? Sarala sait bien qui il est, elle l'a d&#233;j&#224; vu dans ses frusques de laboureur ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il examine le fouillis d'arbustes des deux c&#244;t&#233;s des marches, les niches o&#249; ont d&#251; autrefois se dresser des statues, mais qui n'abritent plus que de l'ombre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Sarala ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Je suis ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il l&#232;ve la t&#234;te, il la voit appara&#238;tre en haut des marches, il sent descendre vers lui l'odeur du jasmin enlac&#233; &#224; sa natte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle lui tend les bras, et il oublie tout pour s'&#233;lancer vers elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier coup l'atteint au ventre et le plie en deux. Puis il est saisi &#224; la gorge et des poings le frappent &#224; la poitrine, tandis qu'une main s'abat sur le revers de sa t&#234;te. Ils sont trois, ils ont surgi de l'ombre o&#249; ils s'&#233;taient tapis pour l'attendre. Il ne les voit pas, &#224; cause du sang qui lui brouille la vue. Mais il les reconna&#238;t &#224; leur souffle, au son particulier de leur han tandis qu'ils s'escriment sur lui. Il y a l&#224; Selvam, le cousin de Sarala. Murugan, son p&#232;re. Et l'oncle &#224; la montre d'or, le gros Kumar des conserveries de la c&#244;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ramesh d&#233;gringole trois marches, tombe sur le dos, rebondit. De nouveau, ils sont sur lui, le martelant de leurs poings. Il ne se d&#233;fend pas, il n'a m&#234;me pas l'instinct de lever les bras pour se prot&#233;ger le visage. A quoi bon ? Ils sont plus forts que lui et ils ont le droit pour eux, ils d&#233;fendent l'honneur de leur famille. Demain, quand ils se vanteront de leur exploit, tout le village leur donnera raison. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &#199;a va, dit Murugan. Je crois qu'il a son compte.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Alors, fils, tu as compris cette fois ? Tu ne tourneras plus autour de Sarala ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Recroquevill&#233; au bas des marches, Ramesh ne r&#233;pond pas. Il essaie de bouger une main, n'y parvient pas. Il revoit la sc&#232;ne, l&#224;-bas, les poup&#233;es qui s'agitent au bout de leurs fils, actionn&#233;es par les doigts habiles du marionnettiste. N'y a-t-il personne, au-dessus de lui, pour redonner vie &#224; ses membres engourdis ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Sarala !&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est toujours l&#224;, dans son voile d'or. Ramesh se tend vers elle dans un effort d&#233;sesp&#233;r&#233; de tout son &#234;tre. &#171; Je suis petit, si petit, je ne suis rien du tout sur cette terre, et pourtant je t'aime. Est-ce que c'est interdit de t'aimer ? &#187; Les trois hommes n'existent plus, ils lui ont fait mal, mais ils ne sont personne. Son destin s'appelle Sarala. Dans ce grand ciel constell&#233;, elle est pour lui la seule &#233;toile, c'est autour d'elle que gravite son humble vie. Mais Sarala ne r&#233;pond pas. Et lui, il grelotte tout &#224; coup, il fait si froid dans ce silence de Sarala, avec pour unique bruit de fond le mart&#232;lement rythm&#233; des tablas qui r&#233;sonnent au loin, couvrant le grondement &#233;touff&#233; de la mer. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Qui es-tu, enfant, pour pr&#233;tendre ainsi arr&#234;ter le cours du destin ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Sarala !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il la voit se d&#233;tourner et dispara&#238;tre &#224; l'int&#233;rieur du pavillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interm&#232;de entre deux actes. L'estrade est vide, les acteurs ont quitt&#233; la sc&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Sarala&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; Pas de r&#233;ponse. Ramesh est seul, les deux mains repli&#233;es sur sa chemise blanche. Doucement, il rampe vers le parterre, o&#249; les fleurs blanches se haussent du col pour le regarder. &lt;i&gt;Tu as mal, mon petit, tu as mal ? Vois, nous sommes l&#224;, si belles. Vois, nous sommes celles qui consolent de tout&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;-bas, sur la place, Murugan a repris son si&#232;ge aupr&#232;s des autres spectateurs. Le rideau est tomb&#233;, la foule bavarde et rit, elle attend la deuxi&#232;me partie de la repr&#233;sentation. Mais Murugan ne dit rien, son attention est ailleurs. Fascin&#233;, son regard ne parvient pas &#224; se d&#233;tacher du funambule bris&#233;. La marionnette g&#238;t dans un coin, informe tas de chiffons entre le rideau et l'estrade. Les fils encore attach&#233;s &#224; ses doigts serpentent sur le sol. Elle ne bouge plus, elle qui a tant dans&#233;. Murugan remue, mal &#224; l'aise. Assis &#224; l'autre bout de la place, Kumar lui adresse des signes satisfaits et Selvam est retourn&#233; rire avec ses compagnons. Ils ont fait ce qu'ils avaient &#224; faire &#8722; ils ont donn&#233; une le&#231;on &#224; ce blanc-bec qui tournait depuis des mois autour de Sarala. Chacun a son karma et doit rester &#224; sa place en ce monde. Les marionnettes sur la sc&#232;ne, le marionnettiste derri&#232;re le rideau, les &#233;toiles dans le ciel et les vermisseaux sous la terre.&lt;br class='autobr' /&gt; Murugan tire un mouchoir de sa chemise, &#233;ponge son visage en sueur. Un instant, sous le pipal sacr&#233;, il cherche des yeux la chemise blanche. Mais c'est inutile, le gosse ne reviendra pas. Honteux, sans doute. Ou d&#233;&#231;u. Sarala a bien jou&#233; son r&#244;le, il faudra la f&#233;liciter. &#171; T&#226;che de l'attirer dans le pavillon ! &#8722; Et vous me donnerez quoi ? &#8722; Deux bracelets pour tes poignets ! &#187; Elle aime les bijoux, Sarala. C'est une reine et elle le sait. Murugan est fier de sa fille. Et en m&#234;me temps&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le rideau se rel&#232;ve. La Princesse est de nouveau en sc&#232;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Je te donnerai, Princesse, tous les tr&#233;sors de la terre, si tu veux bien, un instant, tourner vers moi ton regard de gazelle&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Murugan n'y tient plus. Il adresse un signe &#224; Selvam, qui contourne le public pour le rejoindre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Retournes-y !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; O&#249; donc ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; L&#224;-bas, au pavillon !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Mais pourquoi, oncle ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Je veux savoir si le gamin est parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Bien s&#251;r qu'il est parti ! Il pouvait marcher, on ne l'a pas amoch&#233; &#224; ce point.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Retourne voir, je te dis. Tu as ton portable ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Oui, mais&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Appelle-moi d&#232;s que tu seras l&#224;-bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selvam s'&#233;loigne, non sans avoir jet&#233; un coup d'&#339;il de regret vers ses amis. Sur la sc&#232;ne, la Princesse fait jouer les reflets des joyaux. Mais elle ne c&#232;dera pas, Murugan le sait. Dans son c&#339;ur de poup&#233;e, l'amour est plus fort que les tentations de ce monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Tu peux garder tes bijoux, &#244; guerrier. Moi, je ne veux que les &#233;toiles&#8230;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Murugan regarde danser les marionnettes, manipul&#233;es d'en haut par le d&#233;miurge invisible. Pourquoi Selvam n'appelle-t-il pas ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le portable sonne enfin, son stridulement se confond d'abord avec les notes perl&#233;es du sitar.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Oncle ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appareil coll&#233; &#224; l'oreille, Murugan s'&#233;loigne de la foule.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Oncle, vous aviez raison, il est toujours ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Murugan porte la main &#224; sa poitrine. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Oncle, ce n'est pas nous. Il n'a pas de blessure, seulement cette bave au coin des l&#232;vres. On dirait qu'il a m&#226;ch&#233; des plantes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Murugan ferme les yeux une seconde, le temps de se rappeler ces fleurs blanches, au pied du pavillon. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Appelle le dispensaire. J'arrive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re lui, le jeu des tablas s'acc&#233;l&#232;re, scande sa course tandis qu'il d&#233;vale la route, la respiration haletante. Il n'est plus qu'&#224; deux cents m&#232;tres du pavillon quand il entend le klaxon d'une voiture. Il acc&#233;l&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ambulance est l&#224;, au pied des marches. Par la porti&#232;re arri&#232;re, deux hommes chargent une civi&#232;re. Une femme en sari blanc, debout derri&#232;re eux, lance des ordres d'une voix br&#232;ve. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Dr Parvati Surendiram. C'est vous qui m'avez fait appeler ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Murugan hoche la t&#234;te, incapable de quitter des yeux le mince visage aux traits pinc&#233;s qui d&#233;passe de la couverture. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Il ne va pas mourir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Que voulez-vous que je vous dise ? Il a mang&#233; beaucoup de datura, il est inconscient. On va lui faire un lavage d'estomac. Ensuite&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Ensuite ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Il est jeune, l'instinct de vie sera peut-&#234;tre le plus fort. Que puis-je vous dire ? Notre destin est dans la main des dieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Oui, nous sommes tous des danseurs de corde&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Pardon ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne r&#233;pond pas. Les porti&#232;res claquent, il regarde l'ambulance d&#233;marrer en trombe et dispara&#238;tre au d&#233;tour de l'all&#233;e. Selvam s'avance vers lui dans la p&#233;nombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Oncle ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Va pr&#233;venir la famille du gosse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Voulez-vous que je vous ram&#232;ne ? J'ai ma moto tout pr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; Non. Je vais rentrer &#224; pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lentement, Murugan remonte le chemin. Tout se tait autour de lui, hors le son lointain des tablas, dont le battement fait &#233;cho &#224; celui de son c&#339;ur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Qui suis-je ? Qui suis-je dans cette nuit ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8722; &lt;i&gt;Tu n'es rien, rien que cette voix qui appelle. Mais le Musicien est parti, Princesse, le Musicien n'est plus l&#224;. Tu es cette voix qui appelle dans le silence du palais d&#233;sert.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Murugan h&#226;te le pas. Une angoisse l'&#233;treint tandis qu'il scrute les bas-c&#244;t&#233;s remplis d'ombre. L'image de Ramesh se m&#233;lange &#224; celle du danseur de corde, elle s'inscrit partout devant ses yeux. Le pouls de Murugan s'acc&#233;l&#232;re, quelque chose en lui se d&#233;double. Il est l'honorable Murugan regagnant sa maison par ce soir de f&#234;te, et il est aussi ce gamin souffrant, cette marionnette bris&#233;e d'&#234;tre tomb&#233;e de son ciel. &#171; J'ai fait ce que je devais. Si je ne l'avais pas fait, les oncles, les cousins l'auraient fait &#224; ma place. &#187; Mais aussi : &#171; Moi, si petit, comment sortirai-je de ce tunnel noir ? Moi, si petit, comment retrouverai-je le chemin de la vie, s'il n'y a personne pour me tenir la main ? &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;-bas, les tablas ont repris leur cadence de fi&#232;vre. Sur un fil de soie tendu d'une tour &#224; l'autre, la Princesse s'&#233;vade, sa silhouette se d&#233;tache, vacillante, contre l'&#233;cran de toile o&#249; l'artiste a plant&#233; des clous d'or pour figurer les astres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &lt;i&gt;Celui que l'on ne m'a pas permis d'aimer, je le retrouverai, duss&#232;-je parcourir tous les chemins du monde. Car l'amour ne peut pas &#234;tre bris&#233;, il a la duret&#233; du diamant qui r&#233;siste &#224; l'enclume.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tablas ne battent plus qu'en sourdine, et c'est la fl&#251;te qui prend la rel&#232;ve. Net et pur, le th&#232;me de l'amour s'&#233;l&#232;ve vers le firmament, tandis que Murugan d&#233;bouche enfin sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autour de lui, le paysage s'&#233;largit, les arbres plus clairsem&#233;s tendent leurs branches au-dessus de l'&#233;tang. Le vent de terre est tomb&#233;, on n'entend m&#234;me plus bruire les feuilles. Le monde se tait pour laisser plus d'espace &#224; la musique. Et Murugan entend ce chant, lui aussi. Les mains crois&#233;es sur la poitrine, il laisse cro&#238;tre en lui cet &#233;lan, cette pri&#232;re qui monte de si loin dans le temps, si loin dans son pass&#233; d'homme et ne s'adresse &#224; rien ni &#224; personne qu'il connaisse, sinon &#224; ce paysage invisible, cette terre endormie qu'il supplie en lui &#8722; de sauver l'enfant.&lt;br class='autobr' /&gt;
De sauver l'enfant&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Deux femmes &#224; la fen&#234;tre.</title>
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		<dc:date>2023-06-29T20:49:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Pontacq</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ce pourrait &#234;tre le titre d'un tableau, et ce n'est pas une remarque gratuite. Toutes les deux ont partie li&#233;e avec la peinture. Chaperonn&#233;e par son fr&#232;re peintre, Jeanne a &#233;tudi&#233; le dessin et la couleur &#224; l'Acad&#233;mie Colarossi, rue de la Grande-Chaumi&#232;re, o&#249; elle a rencontr&#233; sans doute son futur compagnon. Elizabeth a pos&#233; pour les plus grands peintres de son temps. Deux silhouettes &#224; longue chevelure, l'une auburn (&#224; l'acad&#233;mie, on la surnommait Noix de Coco), l'autre de ce blond cuivr&#233; qui faisait r&#234;ver (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1355.jpg?1688071687' width='150' height='120' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_580 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/2023-07-at620_deux_femmes_a_la_fene_tre.jpg?1688071731' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-580 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2023
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ce pourrait &#234;tre le titre d'un tableau, et ce n'est pas une remarque gratuite. Toutes les deux ont partie li&#233;e avec la peinture. Chaperonn&#233;e par son fr&#232;re peintre, Jeanne a &#233;tudi&#233; le dessin et la couleur &#224; l'Acad&#233;mie Colarossi, rue de la Grande-Chaumi&#232;re, o&#249; elle a rencontr&#233; sans doute son futur compagnon. Elizabeth a pos&#233; pour les plus grands peintres de son temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux silhouettes &#224; longue chevelure, l'une auburn (&#224; l'acad&#233;mie, on la surnommait Noix de Coco), l'autre de ce blond cuivr&#233; qui faisait r&#234;ver les peintres pr&#233;rapha&#233;lites. Des toisons d&#233;mesur&#233;es, sinueuses, coulant d'elles sans en faire tout &#224; fait partie, comme une extension un peu d&#233;voratrice. Et sous cette parure, un visage exsangue, comme pomp&#233; par ce foisonnement plus fauve qu'aucun automne. Car elles sont p&#226;les, toutes les deux. Presque vid&#233;es de leur sang sous leurs cheveux pr&#233;cieux, leurs cheveux d'or. Tous leurs contemporains ont soulign&#233; cette blancheur de leur visage, tr&#232;s pris&#233;e &#224; l'&#233;poque d'Elizabeth, un peu moins du temps de Jeanne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas laquelle des deux est la plus fragile, la plus menac&#233;e. Leur t&#234;te inclin&#233;e (c'est ainsi qu'on les voit sur les portraits qu'on poss&#232;de d'elles) semble ployer sous un fardeau, invisible &#224; nos yeux mais trop lourd pour elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a, chez elles, quelque chose qui bouleverse, qui fait mal. Trop jeune, l'une. Trop malade, l'autre. Trop vuln&#233;rables, toutes les deux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Retourne chez toi, tu n'es pas faite pour moi, tu pleures des larmes de lait&lt;/i&gt;, disait l'amant de l'une.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lunaires, toutes les deux ? Oui, des femmes d'outre-monde, &#224; collerette de douleur, c'est ainsi qu'on les voit. La Valentine ch&#226;taine du &lt;i&gt;Grand Meaulnes&lt;/i&gt;, contrepartie nocturne de la solaire Yvonne, ressemblait elle aussi &#224; un &lt;i&gt;joli Pierrot&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Debout derri&#232;re une fen&#234;tre close, &#224; trois cent soixante kilom&#232;tres et cinquante-huit ans de distance et de temps qui les s&#233;parent, elles sont deux &#224; la fen&#234;tre, mais pas &#224; la m&#234;me fen&#234;tre ni au m&#234;me moment. Elles ne se sont pas connues, n'ont jamais su ce qui les rapprochait malgr&#233; leurs diff&#233;rences, leur parent&#233; profonde, quelque part au-del&#224; des apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne a vingt et un ans, Elizabeth trente-deux. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'une et l'autre sont enceintes pour la deuxi&#232;me fois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier enfant de Jeanne, une petite fille, a &#233;t&#233; confi&#233; &#224; une nourrice, dans le Loiret. Celui d'Elizabeth &#233;tait un b&#233;b&#233; mort-n&#233;. Elle ne l'a jamais tenu dans ses bras, elle a &#224; peine entrevu son visage, mais sa disparition la hante, comme tant d'autres choses : l'enfant perdu, l'amour perdu, le talent inabouti, et cette toux qui la d&#233;chire depuis tant de mois et que son corps ne peut plus endurer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce vraiment depuis les trop longues poses dans l'eau refroidie d'une baignoire qu'elle tousse ainsi ? On a dit que la derni&#232;re s&#233;ance s'&#233;tait trop prolong&#233;e, que les bougies allum&#233;es sous le tub s'&#233;taient &#233;teintes sans que le peintre, absorb&#233; par sa t&#226;che, s'en aper&#231;oive, et qu'elle &#233;tait rest&#233;e l&#224; sans rien dire, immobile et docile, afin qu'il puisse achever son &#339;uvre : le portrait de cette jeune femme allong&#233;e, bouche entrouverte sur un dernier chant parmi les fleurs d'une rivi&#232;re, cette abandonn&#233;e chantant son ingu&#233;rissable peine. Il est certain qu'elle a fait une pneumonie apr&#232;s cette s&#233;ance-l&#224; et que son p&#232;re a exig&#233; du peintre qu'il prenne en charge le co&#251;t des m&#233;dicaments et les honoraires du m&#233;decin. Mais aujourd'hui, n'est-ce pas plut&#244;t la tuberculose qui la mine, la &lt;i&gt;phtisie&lt;/i&gt;, comme on l'appelle en ce temps ? N'est-ce pas ce mal-l&#224; qui, lorsqu'elle tousse, injecte un instant du rouge sur ses pommettes livides, &#233;puise ses forces, sape son &#233;nergie, d&#233;j&#224; presque tarie, avec en plus cet enfant en elle qui la mange et dont elle ne sait pas si elle pourra lui donner assez de sa substance pour qu'il se fa&#231;onne et la prolonge, alors qu'elle a d&#233;j&#224; si peu de vie en elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont seules, toutes les deux, &#224; la fen&#234;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mari d'Elizabeth tra&#238;ne quelque part dans Londres, elle ne sait pas o&#249;, dans l'un de ces bordels, peut-&#234;tre, o&#249; le ram&#232;ne son go&#251;t des chevelures fauves, des chairs &#224; peindre, peut-&#234;tre aussi sa lassitude des hauteurs o&#249; elle habite, o&#249; il l'a hiss&#233;e lui-m&#234;me et o&#249; il s'&#233;puise &#224; demeurer pr&#232;s d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne n'&#233;prouve pas la m&#234;me incertitude, elle sait o&#249; est son compagnon, et que de l&#224; o&#249; il se trouve, il ne pourra plus revenir vers elle, que c'est fini leur histoire, leur terrible et merveilleuse aventure. Toutes deux quitt&#233;es, oubli&#233;es, l'une pour un soir, l'autre &#224; jamais. On ne sait pas laquelle des deux est la plus seule.&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;vrier 1862. &lt;br class='autobr' /&gt;
Janvier 1920. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'une et pour l'autre, c'est l'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bas, sous la fen&#234;tre de Jeanne, se devine une cour &#233;triqu&#233;e, entre des immeubles aux volets clos. Cinqui&#232;me arrondissement de Paris, cinqui&#232;me &#233;tage. Le jour n'est pas encore lev&#233;, elle ne distingue rien en-dessous d'elle que le bossellement gris des pav&#233;s o&#249; se dilue d&#233;j&#224; le peu de neige tomb&#233;e dans la nuit, et il n'est pas certain qu'elle l&#232;ve le regard vers le ciel, ce n'est pas l&#224; qu'elle veut aller, c'est vers un autre part &#224; l'int&#233;rieur d'elle, un pays dont elle ne conna&#238;t ni le nom ni les rues, juste elle sait que &#231;a existe, cet ailleurs, que c'est l&#224; qu'elle a toujours voulu se r&#233;fugier quand la vie faisait trop mal de partout. Quelque chose s'&#233;touffe en elle, qui avait besoin d'air, et d'envol, et maintenant se cogne, dans une nuit dont elle ne voit pas la fin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est seule, abandonn&#233;e, avec cet enfant &#224; venir qui n'aura pas de p&#232;re. Car il ne reviendra pas, celui qui l'aimantait. Il lui a sign&#233;, devant t&#233;moins, une promesse de mariage, mais que vaut-elle &#224; pr&#233;sent ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Non, il ne reviendra pas, mais ce qu'elle &#233;prouvait pour lui est toujours l&#224;, sans but d&#233;sormais. Que fait-on de l'amour quand l'amant n'est plus l&#224; ? Elle ne sait pas, sans doute n'a-t-elle pas assez d'aspiration vers le haut et le plus loin pour offrir une autre aire &#224; cet amour, c'est une femme charnelle qui ne voit pas au-del&#224; de cette chose battante en elle, dont elle ne sait plus que faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re la fen&#234;tre d'Elizabeth, c'est aussi la nuit, mais la longue tra&#238;n&#233;e d'argent qui scintille sous ses yeux remplace les &#233;toiles absentes, son ciel &#224; elle est un ciel d'eau. Devant le ruban d&#233;ploy&#233; de la Tamise, elle r&#234;ve peut-&#234;tre de cette luxuriance dont le peintre a jadis entour&#233; son visage bl&#234;me : &#233;glantines, reines des pr&#233;s, coquelicots rouges et myosotis bleus, toutes les fleurs du printemps pour sa couronne d'eau, pour sa lente noyade. D'une certaine fa&#231;on, elle est vraiment cette noy&#233;e. Tout en elle se dissout, il n'y a plus de rive &#224; atteindre, elle n'est plus qu'un corps d&#233;fait dont elle ne sent pas les contours. Seule sa douleur l'arrime encore au monde, cette pointe rouge au creux de sa poitrine, quand elle respire, quand elle tousse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a si longtemps qu'elle &#233;touffe&#8230; Peut-&#234;tre ne se souvient-elle-m&#234;me plus du temps o&#249; elle &#233;tait une enfant comme les autres, une adolescente r&#234;veuse qui s'est mise &#224; &#233;crire des po&#232;mes parce qu'elle avait d&#233;couvert, dit-on, un po&#232;me de Tennyson imprim&#233; sur l'emballage d'un paquet de beurre. Puis est venu ce jour o&#249; Walter Deverell a vu se profiler son visage de madone derri&#232;re la vitrine de la chapellerie o&#249; elle travaillait, Cranbourne Alley. Coup de foudre artistique. Elle est devenue le mod&#232;le et la muse d'un groupe de peintres passionn&#233;s qui ont fait de sa rousseur l'astre flamboyant de leurs toiles. Mais la maladie a march&#233; plus vite que l'art, et m&#234;me que l'amour. Quand elle a &#233;pous&#233; Dante Gabriel, elle &#233;tait d&#233;j&#224; si faible qu'il a d&#251; la porter &#224; l'autel dans ses bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'imagine, tra&#231;ant du bout du doigt des arabesques sur la vitre embu&#233;e. Comme Jeanne, elle dessine et elle peint, c'est son compagnon peintre qui l'a initi&#233;e &#224; cet art, peu et mal, quand il n'&#233;tait pas ailleurs avec d'autres femmes, quand il avait le temps. Comme Jeanne, elle est dou&#233;e d'un ind&#233;niable talent, que la vie (la sienne et celle des femmes d'alors, si retreintes dans leurs besoins, leurs aspirations) ne l'a pas laiss&#233; exprimer pleinement. Ses croquis, ses peintures, comme ceux de Jeanne, resteront longtemps inconnus du public, il faudra beaucoup de temps pour qu'ils sortent de l'ombre o&#249; les ont maintenus l'&#339;uvre plus aboutie de leur compagnon &#8211; parce qu'ils ont eu le temps, eux, et les moyens, parce que les femmes artistes, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, ne sont pas prises au s&#233;rieux comme leurs compagnons. On tol&#232;re leurs aptitudes comme un &lt;i&gt;&#224;-c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, jamais comme la flamme qui les anime et les fait vivre. Si Elizabeth a &#233;t&#233; la seule femme &#224; exposer &#224; Fitzroy Square en 1857 aux c&#244;t&#233;s des peintres pr&#233;rapha&#233;lites, les dessins de Jeanne, eux, ne seront d&#233;couverts qu'en 1992. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus de soixante ans apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux femmes &#224; bout en cette nuit d'hiver, qui ne se conna&#238;tront jamais, mais dont le c&#339;ur bat de la m&#234;me douleur. On ne conna&#238;t pas leurs pens&#233;es ni leur tourment, on peut juste imaginer leur corps, sa fatigue, la fa&#231;on dont elles se tiennent toutes deux pench&#233;es vers cette fen&#234;tre qui ne leur donne rien &#224; voir qu'un paysage flout&#233; de ville au plus profond de l'hiver. Ces femmes pour qui la couleur a tant compt&#233;, compagnes de peintres et peintres elles-m&#234;mes, n'ont plus que du gris sous les yeux, comme si le monde s'estompait devant elles, se diluait avant l'effacement dernier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un chemin qui s'arr&#234;te, comme celui du Champ de bl&#233; aux corbeaux, mais sans les jaunes &#233;clatants de Van Gogh. Pour elles, il n'y a plus de soleil. Tout se dissout dans ce qu'on appelle aussi un cr&#233;puscule, celui du matin. Apr&#232;s cette cendre qu'est devenue la vie, ce lavis de bruns et de gris o&#249; tout se m&#233;lange et se confond dans la m&#234;me uniforme absence, quelque chose poindra : une lueur tr&#232;s p&#226;le, du c&#244;t&#233; de l'est. C'est bient&#244;t le jour, mais elles n'en veulent pas, ni l'une ni l'autre. Leur journ&#233;e s'est achev&#233;e, apr&#232;s celle-l&#224; elles n'en souhaitent pas d'autres. Ce qu'elles veulent maintenant, c'est que la nuit ne finisse pas. C'est se reposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans bruit, pour ne pas r&#233;veiller son a&#238;n&#233;, son fr&#232;re jadis tant aim&#233; et qu'on a charg&#233; de veiller sur elle, Jeanne ouvre la fen&#234;tre du salon. Sa derni&#232;re vision, c'est cela : une cour parisienne au petit matin, sous un ciel fumeux tach&#233; de noir. Celle d'Elizabeth, c'est le ciel du lit o&#249; elle s'est recouch&#233;e apr&#232;s avoir pris sa dose de laudanum. Juste un peu plus que la derni&#232;re fois. Juste un peu trop qu'il ne faudrait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous ses fen&#234;tres, la Tamise continue de couler.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Seine aussi, de l'autre c&#244;t&#233; de la Manche. Tous les fleuves la nuit se ressemblent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'Elizabeth s'endort, Jeanne s'accroupit sur le rebord de pierre. Peut-&#234;tre h&#233;site-t-elle un instant, le buste plaqu&#233; contre la fen&#234;tre, cherchant un appui. On imagine l'instant &#8211; suspendu, cette infime seconde o&#249; l'irr&#233;m&#233;diable n'est pas accompli, o&#249; on pourrait presque rembobiner le temps, revenir en arri&#232;re. Ce fragment de seconde, cela pourrait &#234;tre celui du choix qui lui est laiss&#233; jusqu'au dernier moment, si tout n'&#233;tait pas d&#233;j&#224; jou&#233; en amont. Pour Jeanne, c'est &#233;vident : elle n'a plus envie, ce c&#244;t&#233;-ci des choses lui est devenu &#233;tranger, ne l'int&#233;resse plus, quelque chose en elle ne bat plus, ne sent plus, l'a abandonn&#233;e. D'un dernier regard, elle &#233;value la distance de la fen&#234;tre au sol. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand elle tombe, le temps se contracte, se replie sur lui-m&#234;me. Une chute, c'est toujours plus court qu'un envol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les pav&#233;s, le corps s'est ouvert comme une coque, pour laisser &#233;chapper sa s&#232;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Noix de Coco&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ouvrier qui se rend au travail le d&#233;couvre au petit matin. Levant les yeux vers le haut de l'immeuble (la fen&#234;tre sans doute est rest&#233;e ouverte) il prend la jeune morte dans ses bras et la monte jusqu'au cinqui&#232;me. Pour rien. Quelques instants plus tard, il redescend avec elle, ahanant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fr&#232;re n'en veut pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les parents n'en veulent pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils lui en veulent, &#224; elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
De leur avoir &#233;chapp&#233;, d'avoir fait &#231;a. &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre que c'est compr&#233;hensible apr&#232;s tout. Il y a des r&#233;alit&#233;s impossibles &#224; supporter, on les &#233;carte de la vue, on leur dit non. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme ne sait plus que faire. On l'imagine, essouffl&#233;, en sueur malgr&#233; le froid. Avec cette morte dans les bras, qui n'appartient &#224; personne. &lt;br class='autobr' /&gt;
De guerre lasse, il charge le corps dans un tombereau, et c'est dans cette charrette brinquebalante que Jeanne ach&#232;vera son voyage, rue de la Grande-Chaumi&#232;re, dans l'atelier qu'elle a habit&#233; avec son amant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elizabeth, elle, sera d&#233;couverte endormie par son mari, de retour du bouge ou du tripot o&#249; il a pass&#233; la nuit. &lt;br class='autobr' /&gt;
La fiole vide est pos&#233;e pr&#232;s d'elle, sur la table de chevet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il comprend. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'assoit pr&#232;s d'elle, la regarde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Longuement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il pense d&#233;j&#224; au dernier portrait qu'il peindra d'elle : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Beata Beatrix.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne les laissera pas reposer en paix, &#224; supposer que mortes, elles se reposent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Highgate, la tombe d'Elizabeth Siddal sera rouverte, Dante Gabriel Rossetti souhaitant r&#233;cup&#233;rer un manuscrit de po&#232;mes, qu'il avait fait enterrer avec elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a dit que le corps &#233;tait intact, que les longs cheveux avaient conserv&#233; leur &#233;clat de flamme, qu'ils avaient m&#234;me continu&#233; &#224; cro&#238;tre, mais c'est sans doute une l&#233;gende.&lt;br class='autobr' /&gt;
Exhum&#233; par la famille, le corps de Jeanne H&#233;buterne sera d&#233;plac&#233; du cimeti&#232;re de Bagneux &#224; celui du P&#232;re-Lachaise, o&#249; elle partagera la tombe de son amant. Apr&#232;s maintes palabres, ses parents auront enfin consenti &#224; la coucher aupr&#232;s de Modigliani, mort deux jours avant elle &#224; l'h&#244;pital de la Charit&#233;, de la tuberculose dont il souffrait depuis des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les monuments, on parle de vestiges. Pour les humains, de restes. Restes remu&#233;s, violent&#233;s de lumi&#232;re, puis rendus &#224; l'ombre de nouveau, sous le marbre ou dans la terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et le temps, qui fait tout repousser : des fleurs sur le sol, de la mousse et du lichen entre les pierres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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