<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Nouvelle Donne</title>
	<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?id_auteur=135&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Nouvelle Donne</title>
		<url>https://www.nouvelle-donne.net/IMG/siteon0.png?1606645713</url>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
		<height>101</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Cap'taine et Matelot</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/cap-taine-et-matelot</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/cap-taine-et-matelot</guid>
		<dc:date>2024-01-01T11:25:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne de S&#232;te</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait un homme bizarre. Il avait baptis&#233; sa maison, car en cet heureux temps on pouvait baptiser sa maison, et le facteur savait la trouver, il l'avait donc baptis&#233;e Cap Ailleurs. C'est un nom &#233;trange, pour une maison, et on le lui avait bien dit, puisque c'est immobile, une maison. Lui l'&#233;tait, immobile, en tout cas il se sentait immobile. Immobilis&#233; par la force des choses. Amput&#233; des deux jambes suite &#224; une m&#233;ningite -vous le saviez, vous, que &#231;a pouvait arriver ? Moi non ! Je l'ai d&#233;couvert avec (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1379.jpg?1704107739' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_586 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/at647_cap_taine_et_matelot3.jpg?1704107749' width='500' height='498' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-586 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2024
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	C'&#233;tait un homme bizarre. Il avait baptis&#233; sa maison, car en cet heureux temps on pouvait baptiser sa maison, et le facteur savait la trouver, il l'avait donc baptis&#233;e Cap Ailleurs. C'est un nom &#233;trange, pour une maison, et on le lui avait bien dit, puisque c'est immobile, une maison.&lt;br class='autobr' /&gt; Lui l'&#233;tait, immobile, en tout cas il se sentait immobile. Immobilis&#233; par la force des choses. Amput&#233; des deux jambes suite &#224; une m&#233;ningite -vous le saviez, vous, que &#231;a pouvait arriver ? Moi non ! Je l'ai d&#233;couvert avec lui- ... Lui, condamn&#233; au fauteuil roulant. Lui, capitaine au long cours&#8230; &#199;a ne sait pas naviguer, un fauteuil roulant. &#199;a supporte mal le roulis, et plus mal encore le tangage. C'est compliqu&#233;, de diriger la navigation sans les allers-retours incessants. D'ailleurs il n'avait jamais aim&#233; le commandement. C'&#233;tait juste bon pour gagner sa vie.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce qu'il aimait, c'&#233;tait la mer. Celle qui ronronne et qui gronde, qui fait le gros dos, qui vous hurle dessus, qui vous &#233;crase de mille menaces, et puis vous berce et vous console.&lt;br class='autobr' /&gt; Il l'aimait d'amour. Ce qui fait qu'il aimait la sentir dans son gouvernail, la sentir sur sa coque, la sentir sous ses pieds. Rien de tout cela quand on commande.&lt;br class='autobr' /&gt; Vivent les coques de noix !&lt;br class='autobr' /&gt; La sienne s'appelait Cap au Large. C'&#233;tait d&#233;j&#224; tout un programme.&lt;br class='autobr' /&gt; Il n'aimait pas les touristes. Mais si vous aviez beaucoup de chance, vraiment beaucoup, il pouvait subitement vous proposer une promenade sur son tr&#233;sor. Parce que vous lui plaisiez. Pourquoi et comment vous lui plaisiez ? Aucune id&#233;e. Les habitu&#233;s des tables voisines de la sienne, au Caf&#233; du Port o&#249; il jetait l'ancre les matins de repos, avaient souvent pari&#233;, et souvent perdu. Aucun point commun entre ceux du mois dernier (ah oui ! Mais l&#224;, il y avait cette jolie petite...) et ceux d'hier (un couple pas jeune, pas aimable, renfrogn&#233;). Aucun crit&#232;re de choix visible. Un vrai myst&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s... Apr&#232;s la maladie, apr&#232;s l'amputation, il avait gard&#233; le Cap au Large. Pas le c&#339;ur &#224; le vendre. Pas le c&#339;ur &#224; le garder non plus. Plus de car&#233;nages. Ses &#339;uvres vives, tout en bois, retournaient doucement &#224; l'&#233;tat de nature.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour compenser, il avait pris un chien, qu'il avait baptis&#233; Matelot. &#201;videmment &#231;a ne compensait rien. Ni puc&#233; ni tatou&#233;, adopt&#233; sur un coup de c&#339;ur, il &#233;tait Matelot, point. Mais Matelot, n&#233; d'amours clandestines entre adultes certes consentants, mais de races ind&#233;termin&#233;es, avait une bonne t&#234;te de chien et une affection sans faille pour son ma&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Qui pourtant pouvait parfois lui crier dessus sans autre raison qu'un gros coup de cafard.&lt;br class='autobr' /&gt; Matelot semblait comprendre. Aplati sur le sol, il laissait passer l'orage, puis revenait vers son ma&#238;tre et posait la t&#234;te sur ses genoux. L'&#339;il humide et plein d'amour, il le regardait. Alors, la main tremblante, chenue, se posait sur cette t&#234;te confiante, et la caressait, frictionnant un peu les oreilles. Et la voix, grognonne, s'excusait.&lt;br class='autobr' /&gt; Oui, la main &#233;tait chenue. Et l'homme &#233;tait vieux. Pas en ann&#233;es, il &#233;tait &#224; peine entr&#233; dans la cinquantaine. Mais dans l'aspect.&lt;br class='autobr' /&gt; Et surtout &#224; l'int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt; De l'amour, il n'avait connu que des projets avort&#233;s, ou des aventures sans aucun sel. Et depuis... depuis la maladie, il &#233;tait tout &#224; fait seul. Seul, et sans naviguer. Quant &#224; se baigner...&lt;br class='autobr' /&gt; Seul, et sans la mer.&lt;br class='autobr' /&gt; Le matin, Marjorie venait l'aider au lever, &#224; la toilette, &#224; l'habillement. Puis il allait au caf&#233;, journal en poche. Il s'installait, en terrasse, sortait sa pipe, bien s&#251;r &#034;d'&#233;cume de mer&#034;, son journal, et sans qu'il dise rien voyait arriver son premier verre de ros&#233;. L'occasion de parler un peu avec Lucas, le patron, qui, m&#234;me bouscul&#233;, trouvait toujours du temps pour lui.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait toujours en terrasse qu'il se mettait. Si le temps &#233;tait vraiment trop abominable, alors il se contentait d'y tirer quelques bouff&#233;es de sa pipe, et rentrait.&lt;br class='autobr' /&gt; Un jour, il ne vint pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce n'&#233;tait pas trop son genre, mais bon, &#231;a peut arriver. Son aide du matin n'avait pas sp&#233;cialement alert&#233;, donc... Sans doute un coup de fatigue. Ou de mauvaise humeur. Ou le chien avait eu besoin du v&#233;to ?&lt;br class='autobr' /&gt; L'apr&#232;s-midi, toujours pas de Cap'taine, comme on l'appelait. Bah, il aime mieux le matin. Demain, on le verra se pointer, tranquille !&lt;br class='autobr' /&gt; Mais non, le lendemain, toujours personne.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelqu'un a vu Marjorie ?&lt;br class='autobr' /&gt; Non. Personne.&lt;br class='autobr' /&gt; Ben alors, c'est qu'y a rien de grave.&lt;br class='autobr' /&gt; Ouais. C'est bizarre, quand m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais tout est bizarre, avec lui ! M&#234;me lui, il est bizarre !&lt;br class='autobr' /&gt; Bien s&#251;r, il y a encore des rires. Mais ils s'&#233;teignent vite. Et de l'inqui&#233;tude s'installe en tra&#238;tre dans les regards.&lt;br class='autobr' /&gt; Bon, dit soudain Lucas, en s'essuyant les mains sur son jean. Je vais appeler Marjorie. C'est pas normal, il est peut-&#234;tre malade.&lt;br class='autobr' /&gt; Quand il revient, son expression est grave.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est pas elle, cette semaine. Elle est remplac&#233;e. Elle va chercher &#224; savoir, et puis elle rappellera.&lt;br class='autobr' /&gt; Autour des pastis, un silence anormal s'est install&#233;. Lucas rentre essuyer quelques verres. Le t&#233;l&#233;phone sonne.&lt;br class='autobr' /&gt; Lucas d&#233;croche aussit&#244;t. Il &#233;coute un peu, s'exclame deux ou trois fois, raccroche, et ressort sur la terrasse.&lt;br class='autobr' /&gt; Les gars, &#231;a ne va pas. La fille qui remplace Marjorie, hier elle a trouv&#233; porte close, alors elle est repartie, comme &#231;a. Et aujourd'hui, pareil !&lt;br class='autobr' /&gt; Faut aller voir !&lt;br class='autobr' /&gt; Elle dit qu'elle n'a pas non plus entendu aboyer.&lt;br class='autobr' /&gt; Alors &#231;a, c'est bizarre !&lt;br class='autobr' /&gt; Mais bien s&#251;r, c'est bizarre ! Tu l'as d&#233;j&#224; dit !&lt;br class='autobr' /&gt; Et dans un grand raclement de chaises, quatre d'entre eux partent chez le Cap'taine. C'est l&#224;-bas, hors du village, un peu isol&#233;. Naturellement au ras des flots. Justement c'est l'&#233;quinoxe, et m&#234;me si nos mar&#233;es &#224; nous, toutes petites, toutes modestes, en font rigoler certains, la mer quand m&#234;me monte un peu plus, surtout si le vent de sud la pousse.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est le cas. Il y a encore des plantes du jardin qui vont souffrir. Elles n'aiment pas trop le sel. Il n'y a que les salicornes et les tamaris pour appr&#233;cier.&lt;br class='autobr' /&gt; Gr&#233;goire a pris la t&#234;te du petit groupe. Il frappe. Rien. Il essaie la poign&#233;e. Ferm&#233;. Ils contournent la maison, tous les quatre. La porte de derri&#232;re, ils savent, eux, comment lui parler.&lt;br class='autobr' /&gt; Une fois dedans, ils font le tour, mais ils savent d&#233;j&#224; : toute la maison respire l'absence. Il n'y a personne. Ni chien ni ma&#238;tre, dit Gr&#233;goire. Et &#231;a les fait sourire, quand m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt; Sur la table, deux lettres. Non. Une lettre et une enveloppe ouverte, vide. Sur l'enveloppe, un coup de tampon : Inconnu &#224; cette adresse. Mais le nom et l'adresse, couverts au marqueur noir, ont &#233;t&#233; rendus absolument invisibles.&lt;br class='autobr' /&gt; La lettre est du Cap'taine.&lt;br class='autobr' /&gt; Je pars. Vous le saurez bien assez t&#244;t. J'ai une fille, loin d'ici, cherchez pas. On s'&#233;crivait, j'ai pas d'ordinateur, vous le savez, et puis ma derni&#232;re lettre est revenue : inconnue &#224; son adresse ! J'ai attendu les cong&#233;s de Marjorie, et je vais la chercher. Matelot vient avec moi, j'ai besoin de lui. Merci pour tout. Je mets le Cap Ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt; Les quatre se la passent. Abasourdis. Ils en oublient de fermer la porte en repartant, s&#251;r que les go&#233;lands vont en profiter.&lt;br class='autobr' /&gt; Au Caf&#233; du Port, ils racontent. Et puis ils montrent la lettre.&lt;br class='autobr' /&gt; Pas possible. Une fille ? Il n'en a jamais parl&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt; Parti tout seul ? En fauteuil roulant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En fait, on n'a jamais su.&lt;br class='autobr' /&gt; Peut-&#234;tre y a-t-il quelque part un fauteuil roulant, enfoui sous les vagues, rouillant tranquillement, tandis qu'un chien pleure sur la plage en refusant de s'&#233;loigner des vagues.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais peut-&#234;tre y a-t-il vraiment une fille qui a retrouv&#233; son p&#232;re, apr&#232;s tout ce temps de courriers, et deux &#234;tres heureux qui se tiennent chaud.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
