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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title> Kalamata</title>
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		<dc:creator>Alain Andr&#233;</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ext&#233;rieur nuit, quatre heures du matin, l'&#233;t&#233;. Il rentre chez lui &#224; pied, depuis le fond du XIII&#232;me arrondissement jusqu'au V&#232;me, le sien. Il n'a pas pris son VTT sans &#233;clairage, on y voit trop mal parfois, encore moins la voiture, m&#234;me s'il aime quitter Paris au volant de la vieille Golf. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il saute du trottoir au pav&#233;, &#233;vite une flaque, remonte sur un trottoir, file le long des vitrines closes de l'avenue de Choisy en n&#233;gligeant le c&#244;t&#233; du parc, sans trop se soucier de l'itin&#233;raire, qui lui rappelle (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1400.jpg?1711983420' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_589 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/kalamata-face.jpg?1711983432' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-589 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2024
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ext&#233;rieur nuit, quatre heures du matin, l'&#233;t&#233;. Il rentre chez lui &#224; pied, depuis le fond du XIII&#232;me arrondissement jusqu'au V&#232;me, le sien. Il n'a pas pris son VTT sans &#233;clairage, on y voit trop mal parfois, encore moins la voiture, m&#234;me s'il aime quitter Paris au volant de la vieille Golf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il saute du trottoir au pav&#233;, &#233;vite une flaque, remonte sur un trottoir, file le long des vitrines closes de l'avenue de Choisy en n&#233;gligeant le c&#244;t&#233; du parc, sans trop se soucier de l'itin&#233;raire, qui lui rappelle vaguement l'&#233;poque o&#249; il vivait au Kremlin-Bic&#234;tre avec B&#233;rang&#232;re. Il r&#232;gle peu &#224; peu son pas sur le rythme du type qui marche devant lui, grand, mince, sac &#224; dos, peut-&#234;tre se trouvait-il au m&#234;me vernissage, non, aucune image de la soir&#233;e qui puisse co&#239;ncider avec ce front fuyant vers une calvitie pr&#233;coce, qu'il a juste eu le temps d'apercevoir tandis qu'il traverse au feu, d&#233;marche de randonneur en tout cas, il souffle un peu &#224; le suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;trange qu'il ait d&#233;cid&#233; d'aller &#224; cette exposition. &#171; Y aura un shooting &#187;, avait dit Bella, sa coll&#232;gue du lyc&#233;e, &#231;a donnait quoi au juste, un &lt;i&gt;shooting&lt;/i&gt;, pendant le vernissage d'une exposition de natures mortes ? En tout cas il s'y est bel et bien retrouv&#233;, avec quelques amis. Il a fait le tour de la galerie, deux couloirs, une sorte d'arri&#232;re-salle, o&#249; &#231;a entrait-sortait tout le temps, pour se changer, puis pour se voir, dans l'unique miroir, &#224; l'entr&#233;e de la salle principale. L'expo montrait des toiles, peinture acrylique et photo, pourquoi pas, citations d'Arcimboldo, de Chardin, pourquoi pas, et puis Bella lui &#233;tait tomb&#233;e dessus, crini&#232;re orange et dents en avant, suivie par Aristide, C&#233;lim&#232;ne, Th&#233;o le copain de Bella, des profs comme lui, &#224; la fac ou au lyc&#233;e, ou des plus ou moins artistes, comme Aristide surtout, qui vivait mieux de ses toiles, d&#233;sormais, que de ses prestations de photographe dans les mariages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olives, cacahu&#232;tes. Pourquoi &#233;tait-il venu ? Ces soir&#233;es se ressemblent toutes. &#199;a picore ou &#231;a se goinfre. On a tr&#232;s vite un verre &#224; la main, &#231;a se r&#233;pand dans la salle et puis sur les trottoirs, dans la rue si le temps le permet. Trois tables, quelques chaises, des gens debout pour vapoter, boire, se regarder se jauger se d&#233;sirer se refuser. &#199;a circule, l'ennui et le manque surtout. Le furet rouge du d&#233;sir, parfois. &#201;clairs de peau, sous la lumi&#232;re des r&#233;verb&#232;res et des spots. Lui, il ne se sent pas de ce monde-l&#224;, il y est venu comme tant d'autres et il s'y est fait. On est &#171; mont&#233; &#187; de sa province, C&#233;vennes, Saintonge, Morvan ou Landes peu importe, toujours la m&#234;me com&#233;die, depuis Rastignac et les autres. Humaine, la com&#233;die, &#224; peine : une &#233;conomie, une distribution sociale, impitoyables. Rien de sublime. Galerie, soir&#233;es priv&#233;es, on vient sur carton d'invitation, re&#231;u par mail, ne pas se tromper avec les codes, sinon personne ne vous parle ne vous regarde, on vous jette des regards dans le dos, on vous a invit&#233;, puis on vous &#233;vite, pas le style de pompes ad hoc, pas la bonne intonation surtout, tu vois un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis elle. Dont il a senti la pr&#233;sence dans un autre groupe, avant m&#234;me de la voir. Peut-&#234;tre un &#233;clat de rire ou un trille, c'est le mot qui est venu, c'est quoi d&#233;j&#224; un trille, &#231;a fait oiseau ou fl&#251;tiste, ou alors une odeur, un parfum, en tout cas une pr&#233;sence. Il a jet&#233; un coup d'&#339;il sans cesser d'&#233;couter Bella, qui proposait d&#233;j&#224; d'aller voir ce qui se passait ailleurs, un autre vernissage, de la peinture rock'n roll avec performance, &#224; deux rues d'ici. Il a vu une fille brune, assez grande, une pr&#233;sence, un regard vif, des jambes, des seins ronds sous un chemisier blanc, une bouche pulpeuse, une tignasse &#233;paisse, au carr&#233;, tout &#231;a qui lui a plu d'embl&#233;e. Un corps, une fa&#231;on de bouger, de parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avance bien, &#224; une dizaine de m&#232;tres derri&#232;re celui qu'il a baptis&#233; le randonneur, lequel ne se soucie nullement de sa pr&#233;sence. On aper&#231;oit d&#233;j&#224; le d&#233;but de Vincent Auriol, apr&#232;s ce sera la place d'Italie. Il se refait le film, inlassablement. Olives, cacahu&#232;tes, il a recharg&#233; puis s'est &#233;loign&#233; de Bella, il voulait rester encore un peu, forc&#233;ment. Il a suivi l'autre groupe, d'assez pr&#232;s pour observer, pour &#233;couter. Un type est pass&#233; voir la fille &#224; la coupe au carr&#233;, il l'a vu qui posait sur son &#233;paule une main de propri&#233;taire, dont elle s'est aussit&#244;t d&#233;gag&#233;e, ouf. La trentaine &#224; peu pr&#232;s, un peu plus, un mari comment savoir, peut-&#234;tre un ou deux enfants d&#233;j&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y pense plus, il marche, un peu moins vite, la cinquantaine approche et le randonneur, l&#224;-devant, est en train de le l&#226;cher, moins d'&#233;nergie accumul&#233;e dans les jambes qu'apr&#232;s quatre ou six heures d'&#233;criture, alors tu parles, &#224; quatre plombes du mat'&#8230; On aspire seulement &#224; rejoindre le studio, le futon pos&#233; sur le kilim &#224; m&#234;me la mezzanine, et bonne nuit les petits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fait comme tout le monde. Picor&#233; des olives surtout, il adore les olives. Regard&#233; cinq minutes, fait le tour, moins des peintures que de qui &#233;tait l&#224; ou pas, si les toiles &#233;taient bonnes c'&#233;tait un plus, tant mieux mais bon. Ou des photos, tiens, il y avait aussi des photos, comme &#231;a on faisait des photos de photos, et puis des selfies de photos de photos, et on pouvait &lt;i&gt;forwarder&lt;/i&gt; les selfies, faire un montage sur Insta, quel monde. Expos&#233;es grand format les photos, bien dispos&#233;es, la galeriste connaissait son m&#233;tier, qu'est-ce que tu croyais ? Pourquoi des natures mortes ? Myst&#232;re. &lt;i&gt;Still life&lt;/i&gt;. Peut-&#234;tre par opposition avec ce qui se passait dans la galerie, tout ce pulsionnel grouillant. Voir untel, essayer une robe pour voir quel effet elle produit, boire une coupe, regarder qui est l&#224;, si on peut plaire, si quelqu'un vous pla&#238;t, pour la nuit peut-&#234;tre. Ce qui avait lieu, c'&#233;tait ce qui se d&#233;roulait entre les gens dans ce petit th&#233;&#226;tre d'un soir. Si on rentrerait seul ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas question de se laisser compl&#232;tement l&#226;cher par le randonneur. Il le laisse ouvrir la voie mais il s'accroche, puisque c'est &#224; pied qu'il doit rejoindre son chez lui. Le m&#233;tro n'ouvre pas avant belle lurette et il n'a pas envie de poireauter &#224; une station de taxi, on marche on marche et on voit. Sauf que le randonneur file sur la gauche au moment de traverser la place d'Italie, oblique vers Bobillot ou Blanqui et le XIV&#232;me, pas sa route, lui c'est les Gobelins jusqu'&#224; Monge, apr&#232;s il y aura plus qu'&#224; se laisser descendre le long de Cardinal-Lemoine et hop, arriv&#233;, tirer la couette, rideau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il l'a revue, qui demandait o&#249; se trouvaient les cabines, &#171; me changer pour le shooting &#187;, le type interrog&#233; ne savait pas. Lui, &#231;a l'a surpris, mod&#232;le ou danseuse, il ne l'avait pas imagin&#233;e dans le r&#244;le&#8230; Il a fait mine de jouer le sien, par l&#224;, a-t-il dit sans s'arr&#234;ter, comme s'il l'avait entendue par hasard poser sa question, en montrant la direction du rideau, qui dissimulait plus ou moins l'arri&#232;re-salle bond&#233;e d'o&#249; &#231;a entrait-sortait sans cesse. Merci-merci a-t-elle l&#226;ch&#233;, le regardant droit dans les yeux et ponctuant ses deux mots d'un nouveau trille - chou&#239;a d'&#233;nervement peut-&#234;tre, un trille c'est quoi pour un oiseau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait d&#233;j&#224; un petit film qu'il &#233;tait en train de se monter, un bout &#224; bout de quelques secondes, un &lt;i&gt;gif&lt;/i&gt; qu'il se repassait en boucle, qu'est-ce qui s'accrochait &#224; &#231;a ? Une fa&#231;on de bouger. La femme, le sexe. On aurait pu mettre la main dessus, l'attraper la prendre, on le sait, une fraction de seconde, avant de passer &#224; autre chose, mais une femme ne s'attrape pas comme le pied d'une coupette de champagne. Toucher ses jambes, caresser ses seins, la prendre l&#224; comme &#231;a, &#231;a pourrait &#234;tre bien, &#234;tre juste, il l'a senti, &#231;a faisait partie de la soir&#233;e et de ce qui portait le nom de cette femme, qu'il ne connaissait m&#234;me pas, ou pas encore, mais qu'il aurait voulu conna&#238;tre, pour pouvoir l'associer &#224; ce d&#233;but d'ivresse et s'en souvenir, pour le rouler comme un galet dans la bouche, une olivette un avant-go&#251;t un avant-t&#233;ton qui sait, on dit le sexe c'est beaucoup plus, c'est le plein, c'est ce qui comble juste apr&#232;s le rien le manque le vide sid&#233;ral, pur vertige, comme dans la toute petite enfance dont on ne se rappelle rien, parce qu'on n'&#233;tait encore rien, qu'un bout de chou seul devant la plaine &#224; l'odeur de terre, qui regarde les nuages, pas du tout quelqu'un qui peut se souvenir de quelque chose, encore moins remarquer une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il traverse la place d'Italie, trop grande, un trajet qu'il aime moins que celui qu'il empruntait en revenant de chez l'analyste, il n'aurait pas d&#251; reprendre de ce mauvais champagne qui d&#233;cape l'&#339;sophage, vite dodo, l'autre trajet il s'&#233;tait dit plusieurs fois qu'il pourrait le photographier l'&#233;crire, tellement de monde l&#224;-dedans, ce ne serait plus un trajet mais une autobiographie, berk, pas question. Avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis elle &#233;tait ressortie de l'arri&#232;re-salle, avec deux chemisiers sur le bras. Elle a cherch&#233; un dossier &#224; proximit&#233; du miroir pour les poser, pas de dossier, si bien qu'il a tendu la main, elle l'a regard&#233;, a h&#233;sit&#233;, n'a pas dit non, a hauss&#233; une demi-&#233;paule, et il a pris les chemisiers pendant qu'elle &lt;i&gt;checkait&lt;/i&gt; son maquillage. Elle a enlev&#233; le chemisier blanc, il a soulev&#233; un sourcil, pas de trille, une information tr&#232;s s&#233;rieuse : Je l'ai tach&#233; avec leurs foutus p'tits fours. Et le voil&#224; qui d&#233;gage du cintre la soie qu'il lui montre, pas si facile le strapping, dit-elle, attention au strapping, c'est quoi un &lt;i&gt;strapping&lt;/i&gt; ? Nouveau trille, un battement r&#233;p&#233;t&#233; &#224; la fl&#251;te peut-&#234;tre, il ne visualise pas, ah oui, ce ruban, l&#224;, le strapping donc, qui fait partie du chemisier en fait, ensuite il faut replacer les deux extr&#233;mit&#233;s d'une barre &#224; l'int&#233;rieur des trous de ce cintre tr&#232;s particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il trace, vite, sans y penser. Elle, la peau claire, des seins ronds, cr&#233;meux. Il l'aide &#224; enfiler le nouveau chemisier en soie, propre, cr&#232;me justement, ou ivoire, pas vraiment un chemisier, sans col ni manches ou &#224; peu pr&#232;s. &#201;mu de toucher le chemisier en sa pr&#233;sence, &#233;mu de partager &#231;a &#224; l'improviste avec elle, il l'aide, sa pr&#233;sence d&#233;licieusement g&#234;nante, se tenant alors tout pr&#232;s d'elle, il a son corps devant les yeux, ne pas y penser, comment faire quand on ne pense qu'&#224; &#231;a, c'est l&#224;, si encombrant qu'on en deviendrait maladroit, avec ces doigts qui soudain ont la tremblote, que &#231;a ne se voie pas surtout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se trouve debout devant lui, de dos maintenant, attendant gentiment, en jupe noire, talons hauts, jambes longues, soutien-gorge. Il voit trop sa peau, son dos, ses &#233;paules. Toute proche, l'acceptant dans sa bulle, &#224; la fois tr&#232;s v&#234;tue et tr&#232;s d&#233;v&#234;tue, juste ce soutif qui donne &#224; voir plus qu'il ne cache, grain de beaut&#233; en haut du sein droit. Elle sait qu'il la voit forc&#233;ment, point de beaut&#233; inclus, elle l'a vu aussi il le sait, on sait bien ces choses-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instant s'&#233;tire, il a le temps de se souvenir du dos d'une autre femme, soir de tango, une grande V&#233;n&#233;zu&#233;lienne. Le dos c'est une grande &#233;tendue de peau, on pourrait s'y allonger sous la lune, sur un pr&#233;, s'y promener, au moins le temps d'une phrase, musicale, huit temps, c'est troublant un dos nu, une tr&#232;s jolie peau. Celui-ci est fin, solide, d'une suavit&#233; enivrante. Elle peut le ferrer comme un poisson au bout de la ligne du d&#233;sir, ou le laisser filer plus loin dans le courant, pour toujours. Elle se retourne, pose les yeux sur sa bouche et lui soudain, sans l'ombre du d&#233;but du commencement d'une d&#233;lib&#233;ration interne, tend la main vers son visage et l'embrasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il attrape l'avenue des Gobelins, la fatigue tout &#224; coup. Quinze ans de vie parisienne pour en arriver l&#224;, une vieille Golf au lieu d'une Polo neuve, sacr&#233; gain, un studio de trente m&#232;tres carr&#233;s relook&#233; par un pote archi au lieu des dix-huit m&#232;tres carr&#233;s de la rue Ternaux, propri&#233;taire maintenant tu parles, m&#234;me s'il avait d&#233;j&#224; eu &#231;a &#224; l'&#233;poque o&#249; il vivait au Kremlin avec B&#233;rang&#232;re, &#231;a ne l'aurait pas emp&#234;ch&#233;e d'aller de temps en temps se faire voir chez ce babouin de Geronimo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fille aurait pu pousser un cri, le rembarrer on appelle &#231;a un vent, un r&#226;teau, ou &#233;clater de rire, ou au moins h&#233;siter, il s'y attendait presque, mais non. Les voil&#224; qui s'embrassent et c'est profond, irr&#233;sistible, &#231;a dure. Il sent son parfum, Mitsouko il l'aurait pari&#233;, sa peau, il se fout de son rouge &#224; l&#232;vres il go&#251;te sa langue et elle la lui donne, olives cacahu&#232;tes, il sent son corps s'ouvrir, une mangue, tandis qu'une m&#232;che de ses cheveux ch&#226;tain lui balaie la figure les yeux, elle est juste assez grande pour qu'il puisse la prendre vraiment dans ses bras, c'est comme un abrazo de tango, il a la main droite pos&#233;e dans son dos, sur la fermeture du soutien-gorge exactement, et ses seins ronds sont cal&#233;s contre sa poitrine &#224; lui, t&#233;tons durcis, voil&#224;, ils pourraient danser, il est un elfe libre, comme Dobbie dans &lt;i&gt;Harry Potter&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'embrassent. Il per&#231;oit peu &#224; peu que certains, autour d'eux, regardent, que quelqu'un m&#234;me prend des photos, d'eux, qui sait, surveiller ses mains. Il entend quelqu'un s'&#233;nerver contre le photographe, qui ne doit pas &#234;tre le seul &#224; regarder, bande de cons retournez &#224; vos natures mortes. Ils s'arr&#234;tent, elle a les yeux ouverts, immenses, on ne sait pas encore ce qu'ils disent. Et puis, en jetant un &#339;il autour de lui, il voit que le mari ou quoi que ce soit d'autre les regarde : immobile, d&#233;vast&#233;, comme s'il n'y avait rien &#224; faire, m&#234;me pas leur casser la gueule. Un type qui sait que la messe est dite, sans doute depuis longtemps d&#233;j&#224;. Sinon, ce serait trop simple, action-r&#233;action, coup de poing dans la gueule, on saurait tr&#232;s vite si. On sonde en silence, on est attentif, on &#233;value, on observe, on cherche &#224; deviner, la place ou pas la place, on aurait pu s'en tenir l&#224; mais c'est trop fort d&#233;j&#224;. Ou bien est-ce qu'il n'a servi qu'&#224; &#231;a, faire passer un message que la fille voulait faire passer &#224; ce type ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera bient&#244;t de retour chez lui, dodo, il n'a plus l'&#226;ge des nuits blanches. Vers le bout des Gobelins, avant de traverser le boulevard Saint-Marcel pour rattraper Monge, il se sent pris d'une faiblesse. Il sait. Elle et lui. Ce n'&#233;tait pas ou pas seulement un message. Elle ne parvenait pas &#224; le l&#226;cher. Lui non plus. Aimant&#233;s. Ils allaient se revoir. Partir ensemble, sans doute, o&#249; ? Elle est com&#233;dienne, quelque chose de ce genre, quelle importance ? Il vacille, se demande s'il a envie du sc&#233;nario, pas d&#233;j&#224; peut-&#234;tre, pas si vite. Il s'arr&#234;te &#224; la terrasse d'un bistrot, se laisse glisser sur une chaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un serveur b&#226;ille &#224; l'entr&#233;e de la salle, il commande une salade et se rassoit. Le soleil se l&#232;ve, il ne le voit pas vraiment, il le sent. Une douche et puis dormir. Il lisse du bout des doigts, dans sa poche, le papier sur lequel elle a not&#233; son num&#233;ro. Ce geste ancien, au lieu d'attraper le smartphone, &#231;a lui laisse une trace. &#199;a y est, il le conna&#238;t par c&#339;ur, il ne l'oubliera plus, il l'entre quand m&#234;me tout de suite dans ses contacts, un papier &#231;a peut se perdre. Regarde la lumi&#232;re sur les pav&#233;s mouill&#233;s du boulevard, de plus en plus vive. Le serveur revient, tomates, f&#234;ta, olives, le genre salade grecque apparemment, bizarre avec un caf&#233;, &#231;a ou rien de toute fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cet instant qu'il tombe en arr&#234;t devant deux olives diff&#233;rentes des autres. Plus grosses, luisantes, d'un vert sombre, comme verniss&#233;es. C'est &#231;a : il y en a surtout des petites, des ni&#231;oises, et puis il y a ces deux belles, l&#224;, des kalamata : d'un vert profond, tirant l&#233;g&#232;rement vers le noir tant elles sont m&#251;res, grasses, charnues. Deux, comme eux qui viennent de s'&#233;treindre, malgr&#233; la pr&#233;sence de toutes les ni&#231;oises du vernissage. L'amour, alors ? Le contraire de la belle mort du h&#233;ros, le &lt;i&gt;kalos thanatos&lt;/i&gt; fa&#231;on Achille devant les murs de Troie. Lui, se dit-il, il est du genre Ulysse plut&#244;t, jamais vraiment parti d'Ithaque et dispos&#233; &#224; y vivre longtemps. Ces olives, les plus belles, il va les garder pour la fin. En g&#233;n&#233;ral, il fait comme &#231;a, il garde le meilleur pour la fin. Et puis non : il les mange tout de suite, qu'elles partent en premier, la vie passe tellement vite, &#224; cinquante ans on n'a plus le droit d'attendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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