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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Navy Seals</title>
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		<dc:creator>Bernard Barbarroux</dc:creator>



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&lt;p&gt;Mi-octobre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'avais aper&#231;u plusieurs fois ces derniers jours. Curieux, mais craintif. M'observant dissimul&#233; derri&#232;re les trembles jaunes et les grands sapins. S&#251;rement un jeune, pas plus de quatre ans &#224; mon avis. Un adulte aurait pass&#233; son chemin ou charg&#233;. Il avait d&#251; renifler, malgr&#233; mes pr&#233;cautions pour dissimuler le peu de restes que je laissais apr&#232;s chaque repas, des odeurs qui devaient lui exciter les narines. Avec le travail qui me restait &#224; faire, je devais avoir les mains libres et je ne (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1451.jpg?1751438759' width='150' height='116' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_602 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/img_1485.jpg?1751438770' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-602 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Mi-octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'avais aper&#231;u plusieurs fois ces derniers jours. Curieux, mais craintif. M'observant dissimul&#233; derri&#232;re les trembles jaunes et les grands sapins. S&#251;rement un jeune, pas plus de quatre ans &#224; mon avis. Un adulte aurait pass&#233; son chemin ou charg&#233;. Il avait d&#251; renifler, malgr&#233; mes pr&#233;cautions pour dissimuler le peu de restes que je laissais apr&#232;s chaque repas, des odeurs qui devaient lui exciter les narines. Avec le travail qui me restait &#224; faire, je devais avoir les mains libres et je ne pouvais pas me balader avec mon Springfield gros calibre tout le temps. Alors, j'ai utilis&#233; les grands moyens. Deux alarmes avec gyrophares, branch&#233;es directement sur une batterie solaire. L'une pos&#233;e sur l'entr&#233;e de la cabane, l'autre fix&#233;e au tronc d'un gros sapin tout proche. J'avais d&#233;j&#224; utilis&#233; le syst&#232;me sur un de ses cong&#233;n&#232;res qui avait essay&#233; d'enfoncer la porte et je savais qu'il fallait prendre quelques pr&#233;cautions. Un gars que j'avais rencontr&#233; &#224; Great Falls me l'avait bricol&#233;. Il m'avait affirm&#233; que cela aurait arr&#234;t&#233; la charge d'un troupeau de bisons. Mais bon, personne n'avait vraiment jamais tent&#233; l'exp&#233;rience jusqu'&#224; pr&#233;sent sur des bisons. J'ai pos&#233; deux morceaux de coton sur chaque oreille et j'ai press&#233; fort avec les deux mains. Pour la mise en route, j'ai appuy&#233; avec le coude. Quand j'ai d&#233;clench&#233;, le son s'est infiltr&#233; partout, passant de l'extr&#234;me grave aux aigus. J'ai pas trop insist&#233;, je ne voulais pas lui foutre les tympans en l'air. Avec l'odorat, ce sont les sens les plus d&#233;velopp&#233;s chez eux et il en aurait besoin l'&#233;t&#233; prochain. J'ai mis sur off et je suis sorti avec la carabine. J'ai fait un tour de reconnaissance, il n'y avait m&#234;me plus un oiseau qui chantait dans le coin. Je devais fermer la cabane pour l'hiver. La neige avait commenc&#233; &#224; tomber. Elle se posait sur les aiguilles des sapins, sur les feuilles des buissons ou sur les branches des arbres et fondait en minuscules gouttes d'eau au retour du premier rayon de soleil. Bient&#244;t, ce serait une autre histoire. Dans quelques jours, le thermom&#232;tre allait descendre au-dessous de z&#233;ro et l'endroit deviendrait hostile. J'ai travaill&#233; toute la matin&#233;e. Le midi, je me suis fait un casse-cro&#251;te cons&#233;quent. L'apr&#232;s-midi, j'ai bouch&#233; la chemin&#233;e et les diff&#233;rents acc&#232;s. Je ne laissais aucune nourriture &#224; l'int&#233;rieur, aucune odeur. J'avais fini mes r&#233;serves de farine et de sel. L'essentiel, la chasse et la p&#234;che me l'avaient fournie. Le lendemain matin, quand j'ai vu le premier rayon de soleil pointer le bout de son nez, j'ai clou&#233; la porte de la cabane avec de larges planches de pin. J'ai jet&#233; un dernier coup d'&#339;il aux alentours. Satisfait, je me suis mis en route, sac &#224; dos et carabine &#224; l'&#233;paule, une balle dans le canon. Personne ne viendrait l&#224; avant le printemps prochain. L'herbe avait pris possession du sentier, mais il &#233;tait encore visible. J'avais fait le chemin en sens inverse &#224; la fin du mois de mars. Je venais de passer six mois dans ce coin perdu au pied des rocheuses. L'endroit est parc national. Pas le genre dans lequel tu peux transiger avec la loi. S'il y a des interdictions de p&#234;che ou de chasse, vaut mieux les respecter. Sinon, tu risques gros, prison et amendes. Quand je suis parti m'installer, ils m'avaient propos&#233; un t&#233;l&#233;phone satellite. J'ai refus&#233;. &#202;tre coup&#233; du monde me convenait parfaitement. J'ai quand m&#234;me &#233;t&#233; survol&#233; une fois par un h&#233;licopt&#232;re qui avait ma position GPS. J'ai fait de grands signes, comme quoi tout roulait et ils ont fichu le camp. Je n'ai jamais tr&#232;s bien compris pourquoi ils avaient install&#233; une cabane aussi loin dans la for&#234;t. Mais je n'ai pas pos&#233; de questions quand on m'a propos&#233; le job. Pirce m'a convoqu&#233; un jour dans son bureau. J'ai un truc pour toi, soldat. J'ai dit oui sur le champ. On devait se faire oublier. Notre derni&#232;re op&#233;ration avait mal tourn&#233;. Des civils avaient pay&#233; le prix fort. Certains d'entre nous &#233;taient partis dans le Pacifique, Ryan au Japon, d'autres &#224; Hawa&#239; ou en Europe. Pirce s'&#233;tait occup&#233; de chacun de nous. Je lui avais dit que je voulais qu'on me fiche la paix. Je ne voulais plus voir &#226;me qui vive. J'ai &#233;t&#233; servi. Il avait contact&#233; l'office des for&#234;ts. Plus personne, chez eux, ne voulait s'isoler un &#233;t&#233; entier dans cette cabane du bout du monde. Seuls des wapitis sont venus renifler dans le coin, un couple de loups aussi, mais il restait &#224; distance, m&#233;fiant. Nous nous sommes regard&#233;s plusieurs fois les yeux dans les yeux. Ils n'avaient jamais d&#251; voir de bip&#232;des de leur existence. &#192; part peut-&#234;tre les kangourous, on n'est pas nombreux &#224; marcher sur deux jambes. Un jour, alors que je p&#234;chais dans la petite rivi&#232;re en contrebas de la cabane, ils ont tent&#233; une approche &#224; revers. Quand je les ai vus, j'ai saut&#233; sur place en tapant dans les mains et en gueulant tr&#232;s fort. Ils se sont enfuis. Je ne les ai jamais revus. Un coyote venait r&#233;guli&#232;rement la nuit. J'ai bien essay&#233; de l'apprivoiser, mais chaque fois qu'il me reniflait d'un peu trop pr&#232;s, il d&#233;guerpissait. J'avais huit heures de marche devant moi, avant la maison des gardes, en lisi&#232;re de la for&#234;t. Apr&#232;s, l'un d'eux me d&#233;poserait &#224; Kalispell dans le comt&#233; de Flathead. Ma voiture dormait l&#224;-bas, dans un garage du Forest Service.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai fait une pause vers midi, histoire de manger un bout de viande s&#233;ch&#233;e. Apr&#232;s, le sentier montait fort, j'ai grimp&#233; les derniers m&#232;tres en courant. Je suis arriv&#233; &#224; la maison des gardes au soleil tombant. Ils m'ont regard&#233; comme une curiosit&#233;. Ma barbe avait sacr&#233;ment pouss&#233; et mes cheveux aussi. J'ai reconnu celui qui m'avait pris en charge six mois auparavant &#224; Kalispell. Un d&#233;nomm&#233; Matthew. Il avait essay&#233; de me cuisiner pour savoir qui j'&#233;tais et pourquoi je venais m'exiler dans le coin. Je lui avais dit de s'occuper de ses oignons, il n'avait pas insist&#233;. L'air moqueur, ils m'ont demand&#233; si le petit s&#233;jour s'&#233;tait bien pass&#233; et si j'avais fait de belles rencontres. Je n'ai pas r&#233;pondu. J'ai demand&#233; lequel des deux m'accompagnait &#224; Kalispell. Le plus grand des deux m'a dit qu'ils n'avaient pas que &#231;a &#224; faire et que je devrais attendre jusqu'&#224; demain. Pour dormir, je pouvais toujours aller faire un tour dans la remise &#224; bois. Deux 4 X 4 de l'office des for&#234;ts &#233;taient gar&#233;s devant la maison. En entrant, j'avais remarqu&#233; les cl&#233;s accroch&#233;es pr&#232;s de l'entr&#233;e. J'ai attrap&#233; un des trousseaux. Le costaud m'a mis la main sur l'&#233;paule : genre, tu vas o&#249; ? &lt;br /&gt;&#8212; Enl&#232;ve ta main de l&#224;, bonhomme ! &lt;br /&gt;&#8212; Tu te crois tout permis ? Tu d&#233;barques, t'es m&#234;me pas du forest service et tu veux donner des ordres !!!
&lt;br /&gt;&#8212; Laisse tomber Frankie, je l'accompagne. &lt;br /&gt;&#8212; T'as de la chance que Matthew soit un brave type. &lt;br /&gt;&#8212; Sinon quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son visage s'empourprait, mais j'avais pas envie de lui mettre une d&#233;rouill&#233;e. Pour mon retour &#224; la civilisation, &#231;a aurait fait mauvais genre. L'autre m'a gentiment pouss&#233; vers la sortie. &lt;br /&gt;&#8212; Il s'&#233;nerve vite, Frankie. Excuse-le, aussi t'arrive comme &#231;a. On ignorait exactement ta date de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai hauss&#233; les &#233;paules. Un peu plus loin, sur la route, il m'a demand&#233; :
&lt;br /&gt;&#8212; Parait que t'es un Navy SEAL. Ils me l'ont dit au QG de l'office des for&#234;ts &#224; Bozeman. &lt;br /&gt;&#8212; S'ils te l'ont dit, alors ils doivent avoir raison. &lt;br /&gt;&#8212; Je l'ai gard&#233; pour moi.
&lt;br /&gt;&#8212; T'as bien fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui ai demand&#233; de me laisser devant un h&#244;tel, plut&#244;t confort. Il m'a trimball&#233; jusqu'au Hilton du coin, proche de l'a&#233;roport. Heureusement, les pistes &#233;taient d&#233;j&#224; ferm&#233;es. Il a gentiment attendu pour savoir s'il y avait une chambre disponible. Je suis venu le lui confirmer, je l'ai remerci&#233; et je me suis excus&#233; pour mon c&#244;t&#233; rustre. &lt;br /&gt;&#8212; On m'a dit que tu avais v&#233;cu des trucs compliqu&#233;s ces derniers temps et c'est pour &#231;a que t'avais pris ce job. &lt;br /&gt;&#8212; On te dit beaucoup de choses &#224; toi. Non, je voulais simplement qu'on me fiche la paix quelque temps. &lt;br /&gt;&#8212; Mais t'es toujours dans la Navy ? &lt;br /&gt;&#8212; Peut-&#234;tre man, peut-&#234;tre, allez &#224; la revoyure et encore merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, j'&#233;tais toujours dans la Navy, m&#234;me si notre derni&#232;re mission avait &#233;t&#233; faite pour le compte d'une agence du gouvernement. Dans le hall, j'ai pu utiliser un ordinateur. Mon compte en banque &#233;tait florissant, malgr&#233; les pr&#233;l&#232;vements. Voil&#224; des mois que je n'avais pas retir&#233; un cent. Je suis rest&#233; une &#233;ternit&#233; allong&#233; dans le bain. J'ai mis la totalit&#233; des flacons que l'h&#244;tel d&#233;pose sur les &#233;tag&#232;res de la salle de bains dans l'eau du bain. Je me noyais dans la mousse. J'ai d&#251; rester au moins une heure dans la baignoire. J'avais faim, et pas grand-chose de correct &#224; me mettre sur le dos. J'ai fait monter un &#233;norme burger. Au t&#233;l&#233;phone, le r&#233;ceptionniste m'a demand&#233; si je n'avais pas besoin d'autre chose. Je l'ai soup&#231;onn&#233; de vouloir me fourguer une fille. Avec mon allure, je devais ressembler &#224; ces anciens trappeurs qui d&#233;barquaient en ville et faisaient la f&#234;te une fois les peaux de castors et de loutres vendues dans un comptoir. Je me suis endormi aussit&#244;t mon burger aval&#233;. La marche de huit heures n'y &#233;tait pas pour rien. Le lendemain matin, je me suis lev&#233; &#224; six heures. Je suis descendu dans le hall. J'ai pu prendre un caf&#233; et avaler quelques pancakes. J'avais une terrible envie de fumer. J'ai demand&#233; &#224; un individu install&#233; &#224; la table voisine s'il n'avait pas une cigarette. Il m'en a offert une et a voulu entamer une conversation. J'avais des trucs &#224; faire et pas trop de temps pour le bavardage. J'ai command&#233; un taxi et j'ai fil&#233; au garage. J'ai pu r&#233;cup&#233;rer le Ford. J'avais d&#233;branch&#233; la batterie et dit au responsable de la mettre en charge pour d&#233;but octobre. Il l'avait laiss&#233; &#224; c&#244;t&#233; du Ford. Quand je l'ai remise en place, il a d&#233;marr&#233; du premier coup. J'ai trouv&#233; un barbier, proche du centre-ville. Il m'a redonn&#233; figure humaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais quelques trucs pas trop mal &#224; enfiler dans un sac que j'avais laiss&#233; dans le v&#233;hicule. J'ai retir&#233; mille dollars dans une banque du coin et j'ai pris la route. J'en avais au moins pour vingt heures. J'ai fait un stop dans une station essence, histoire de remplir le r&#233;servoir. J'ai aussi achet&#233; un t&#233;l&#233;phone portable, le mien &#233;tait rest&#233; dans mes effets personnels &#224; la base. Je ne connaissais qu'un num&#233;ro par c&#339;ur. Mina n'a pas d&#233;croch&#233; au premier appel, s&#251;rement parce qu'elle ne connaissait pas le num&#233;ro. Au bout de quatre ou cinq, elle a r&#233;pondu par un allo exasp&#233;r&#233;. Pris de court en entendant sa voix, j'ai simplement dit : &lt;br /&gt;&#8212; Salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a marqu&#233; un temps d'arr&#234;t et a raccroch&#233;. Deux minutes plus tard, elle rappelait. &lt;br /&gt;&#8212; Tu crois que tu peux dispara&#238;tre des mois et ressurgir comme &#231;a ! Non, mais tu te prends pour qui ! Allo, c'est moi, je viens de me faire quitter par une pouffiasse alors &#224; tout hasard, je t'appelle. Va te faire foutre. Et ne m'appelle plus jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a de nouveau raccroch&#233;. J'ai attendu. Quelques minutes apr&#232;s, nouvel appel de sa part. &lt;br /&gt;&#8212; T'es o&#249; ? &lt;br /&gt;&#8212; En voiture, quelque part dans le Montana. Je viens de passer Clayton sur la 75.
&lt;br /&gt;&#8212; Connais pas. Et tu vas o&#249; ?
&lt;br /&gt;&#8212; Idaho, Nevada, terminus la Californie, &#224; moins que tu me dises de faire demi-tour. &lt;br /&gt;&#8212; T'es compl&#233;mentent givr&#233; Ray. En plus, tu peux pas prendre l'avion, comme tout le monde ? Tu seras l&#224; quand ? &lt;br /&gt;&#8212; Demain je pense. &lt;br /&gt;&#8212; Quand tu es parti, tu m'as dit quinze jours, pas plus, &#231;a va faire un an. &lt;br /&gt;&#8212; Sept mois. &lt;br /&gt;&#8212; Je vois pas la diff&#233;rence. Je savais m&#234;me pas si t'&#233;tais encore en vie. C'est quoi ce num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je viens de l'acheter. &lt;br /&gt;&#8212; &#192; quelle heure tu seras l&#224; ?
&lt;br /&gt;&#8212; Demain. &lt;br /&gt;&#8212; Tu restes combien de temps, cinq minutes, une heure, le week-end ? &lt;br /&gt;&#8212; On verra. &lt;br /&gt;&#8212; Tu verras ! De toute fa&#231;on, c'est toujours toi qui d&#233;cides.
&lt;br /&gt;&#8212; J'ai des contraintes, Mina.
&lt;br /&gt;&#8212; Tout le monde en a, Ray. Bon, rapplique.
&lt;br /&gt;&#8212; A demain alors. &lt;br /&gt;&#8212; Oui, c'est &#231;a, &#224; demain, Ray.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, je me suis arr&#234;t&#233; &#224; Winnemucca dans le comt&#233; de Humboldt, une petite ville typique de l'Ouest am&#233;ricain. John Wayne aurait pu surgir &#224; tout moment du coin d'une rue, un colt &#224; barillet &#224; la main. J'ai dormi dans un motel et le lendemain matin t&#244;t, je reprenais la route. Je suis arriv&#233; &#224; Santa Cruz vers dix-huit heures. J'ai gar&#233; le Ford derri&#232;re le b&#226;timent. Avant d'entrer, j'avais encore un truc important &#224; faire. J'ai appel&#233; Pirce. J'avais beaucoup cogit&#233; l&#224;-bas et durant la route aussi. Je ne voulais pas me retrouver un jour confront&#233; &#224; la m&#234;me situation que celle que nous avions v&#233;cue quelques mois auparavant. Pour moi, c'&#233;tait le bout de la route avec eux. Puis j'allais avoir bient&#244;t trente-cinq ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le raid manqu&#233; sur Islamabad, ils allaient s&#251;rement me proposer un poste d'instructeur &#224; Little Creek ou &#224; Coronado. J'&#233;tais accro au combat, pas &#224; la Navy. Je ne me voyais pas gueuler toute la journ&#233;e apr&#232;s des gamins de vingt ans. L'&#233;cole de surf fonctionnait &#224; plein r&#233;gime, pour ce que j'en savais. Trois ans auparavant, avec Mina, on avait achet&#233; des jet-skis. &#199;a avait boost&#233; l'activit&#233;. Il ne me restait que quelques pr&#233;l&#232;vements sur mon compte pour finir de les payer et j'avais surtout envie de passer du temps avec elle, beaucoup de temps. Je l'avais connue quand j'&#233;tais &#224; la base de San Diego. Pendant mon stage dans les SEALs. On &#233;tait tout jeune &#224; l'&#233;poque. On s'est rapidement mis ensemble. On pratiquait le surf tous les deux. Moi comme une brute, elle comme une championne. Cette ann&#233;e-l&#224;, elle a m&#234;me gagn&#233; la California Cup. Pour quelques dollars, on a repris une baraque ferm&#233;e depuis des lustres et install&#233; des planches sur une plage de Santa Cruz, o&#249; d'&#233;normes rouleaux d&#233;ferlent gr&#226;ce au vent offshore du matin et du soir. Sa r&#233;putation de surfeuse a fait le reste. Je donnais un coup de main &#224; chaque permission. On a agrandi le truc. Achet&#233; les scooters. Des engins &#233;lectriques fabriqu&#233;s par des Californiens. Pas question de polluer l'oc&#233;an. Des VTT &#224; grosses roues aussi, pour rouler sur le sable. Avec le snack en face de l'oc&#233;an, on employait cinq personnes. Le soir, il &#233;tait plein &#224; craquer. Les surfeurs venaient d&#238;ner en regardant le soleil, grosse boule orange, se perdre &#224; l'horizon. Mina dirigeait &#231;a comme un chef. On voulait aussi mettre en route un b&#233;b&#233;. Pourtant, &#224; cause des risques que j'encourais lors de chaque op&#233;ration, on a retard&#233; le moment. Aujourd'hui, j'&#233;tais pr&#234;t &#224; d&#233;poser les armes. Ma seule incertitude, c'&#233;tait elle. Comment allait-elle r&#233;agir ? J'aurais pu attendre de voir sa r&#233;action avant d'appeler Pirce, mais ce n'&#233;tait pas mon genre. Il fallait que je me sente libre, avant de la revoir, sans parachute de secours. Je fonctionne comme &#231;a. J'ai appel&#233; la base. Pirce &#233;tait dans son bureau. J'ai tout d&#233;ball&#233;. Il m'a laiss&#233; parler. Ensuite, il m'a expliqu&#233; qu'il avait sign&#233; ma promotion pour le grade de capitaine. Avec toutes les op&#233;rations que nous avions effectu&#233;es en terrain hostile et qui comptaient double et parfois triple, j'allais toucher une belle retraite &#224; mon &#226;ge. Il avait eu Mina au t&#233;l&#233;phone quelques mois auparavant et l'avait rassur&#233;e sur mon sort. Je laissais douze ans de ma vie derri&#232;re moi. Je savais tuer en silence, m&#234;me &#224; mains nues, faire un tas de trucs dont je ne me servirais plus jamais dans la vie civile. Je comptais creuser un grand trou sur la plage le lendemain, jeter mes regrets et mes remords dedans et tout ce que j'avais appris et mis en pratique durant des ann&#233;es. Et que l'oncle Sam aille au diable. Great America, tu parles. &lt;br class='autobr' /&gt;
En arrivant, j'ai expliqu&#233; &#224; Mina l'avenir, mon avenir en dehors de la Navy, et donc le n&#244;tre si elle y souscrivait. Elle devait d&#233;cider : reste ou part. Simple &#224; dire. Quelle que soit sa r&#233;ponse, je ne ferais pas d'histoires. Le pickup &#233;tait gar&#233; derri&#232;re le b&#226;timent. Si elle le d&#233;cidait, je mettrais les voiles sur le champ et je la laisserais tranquille. Malgr&#233; tout ce que j'avais v&#233;cu, je n'en menais pas large. Je jouais les durs, mais j'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; &#234;tre en train de sauter de nuit &#224; quatre mille m&#232;tres et sous oxyg&#232;ne depuis un gros C-17. &#199;a, je savais faire.
&lt;br /&gt;&#8212; T'es vraiment con de poser la question, Ray. Je me demande ce qu'il te traverse la t&#234;te parfois. Vous les militaires, vous &#234;tes carr&#233;s, carr&#233;s. Il vous faut des r&#233;ponses &#224; tout. T'es chez toi ici et je suis ta femme. Point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un blondinet type surfeur californien avec de larges &#233;paules et de beaux yeux bleus est entr&#233; &#224; ce moment-l&#224; et il avait les cl&#233;s. &lt;br /&gt;&#8212; Merde, j'ai pas eu le temps de te parler de Tom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;action du blondinet a &#233;t&#233; un truc dans le genre : c'est qui celui-l&#224;. Sans m&#233;nagement, Mina lui a dit de r&#233;cup&#233;rer ses affaires et de partir. &lt;br /&gt;&#8212; C'est fini entre nous, Tom. D&#233;sol&#233;, mais je t'avais rien promis. &lt;br /&gt;&#8212; Comme &#231;a, d'un coup ? Je rentre et tu me mets dehors ? &lt;br /&gt;&#8212; Pourquoi ? Tu voulais un faire-part ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gars avait sa fiert&#233;. Alors, il n'a rien rajout&#233;. Il est all&#233; dans la chambre, en est ressorti quelques minutes plus tard avec un grand sac de sport plein &#224; craquer dans une main, un troph&#233;e en forme de vase de l'autre et sous un bras deux combinaisons de surf. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a pos&#233; le tout devant l'entr&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; T'es d&#233;gueulasse, Mina, &#231;a marchait plut&#244;t bien entre nous, ce type d&#233;barque et tu me cong&#233;dies. &lt;br /&gt;&#8212; C'est toi qui dis que &#231;a marchait et ce type, c'est mon mari, figure-toi alors, pas de sc&#232;ne, je t'en prie.
&lt;br /&gt;&#8212; Ton mari ? Premi&#232;re nouvelle, tu m'as jamais dit que tu &#233;tais mari&#233;e, et il d&#233;barque d'o&#249;, de la lune ?
&lt;br /&gt;&#8212; Non, de prison. Laisse-nous, Tom. &lt;br /&gt;&#8212; Merde, Mina, tu me jettes comme &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est partie dans la cuisine. Le gars s'est retourn&#233; vers moi. &lt;br /&gt;&#8212; C'est ta femme ? &lt;br /&gt;&#8212; Si elle te le dit.
&lt;br /&gt;&#8212; Et t'&#233;tais en prison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mina a cri&#233; de la cuisine.
&lt;br /&gt;&#8212; Mets le dehors, Ray, on va pas y passer la soir&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis lev&#233;, le gars me faisait de la peine. Pendant un court instant, il a bomb&#233; les muscles, mais mon physique et ma nouvelle &#233;tiquette de taulard l'ont s&#251;rement dissuad&#233; de tenter quelque chose. &lt;br /&gt;&#8212; Allez, laisse tomber, bonhomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cru un instant qu'il allait pleurer. Je l'ai raccompagn&#233; jusqu'&#224; la porte. Il est sorti sans dire un mot. Au bout de la plage, le soleil se glissait lentement dans le grand oc&#233;an. Quand elle est revenue dans le salon, j'ai dit &#224; Mina :
&lt;br /&gt;&#8212; Une dr&#244;le de trouvaille l'histoire de la prison. &lt;br /&gt;&#8212; C'est ce que je me disais au quotidien. Il est en prison, il va sortir un de ces quatre et r&#233;appara&#238;tre, genre bonjour, c'est moi. Je ne m'&#233;tais pas tromp&#233;. Bon sang, que ce fut long, Ray. J'ai appel&#233; la base, j'ai r&#233;ussi &#224; avoir un colonel au t&#233;l&#233;phone, ce doit &#234;tre celui que tu appelles Pirce. Il m'a dit que tu allais bien, que tu te refaisais une sant&#233; et que tu d&#233;barquerais ici un jour ou l'autre. Maintenant, suis-moi, on a des trucs &#224; mettre &#224; jour dans la chambre. T'es pas venu jusqu'ici que pour terroriser les blondinets du coin, je suppose. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des bottines en cuir rouge et &#224; talons hauts.</title>
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		<dc:date>2024-07-01T14:34:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard Barbarroux</dc:creator>



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&lt;p&gt;Quand je suis rentr&#233; du boulot, Jenna n'&#233;tait pas &#224; la maison, il y avait juste un mot sur la table de la cuisine. &#171; Avec Cassie, nous sommes parties nous changer les id&#233;es, t'as du gratin de macaroni dans le four et des pains de ma&#239;s sur la table de la cuisine, y sont dans l'assiette sous le torchon, bises mon nounours. &#187; J'ai pris deux bi&#232;res dans le frigo, j'ai descendu la premi&#232;re illico et je suis sorti sur la terrasse avec la seconde. Il restait un bout de jour, on pouvait encore apercevoir la (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1411.jpg?1719844433' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_592 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/at702_des_bottines_en_cuir_rouge_4.jpg?1719844255' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-592 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2024
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt; Quand je suis rentr&#233; du boulot, Jenna n'&#233;tait pas &#224; la maison, il y avait juste un mot sur la table de la cuisine. &#171; Avec Cassie, nous sommes parties nous changer les id&#233;es, t'as du gratin de macaroni dans le four et des pains de ma&#239;s sur la table de la cuisine, y sont dans l'assiette sous le torchon, bises mon nounours. &#187; J'ai pris deux bi&#232;res dans le frigo, j'ai descendu la premi&#232;re illico et je suis sorti sur la terrasse avec la seconde. Il restait un bout de jour, on pouvait encore apercevoir la cime des grands arbres qui font face &#224; la maison. Un vieux soleil orange disparaissait dans l'ouest lointain. Avec Jenna, on habite une grande baraque &#224; la sortie de la ville. On l'a achet&#233;e en viager &#224; un client du garage, un Fran&#231;ais, enfin un cajun nomm&#233; Robillard. Ici, on les appelle les Fran&#231;ais &#224; cause de leur dr&#244;le d'accent et de leur nom de famille, mais il n'est pas fran&#231;ais, le gus. C'est un vrai Am&#233;ricain. Il passe tous les mois pour prendre son argent, bon pied, bon &#339;il. C'est dr&#244;le quand m&#234;me d'attendre qu'un type passe l'arme &#224; gauche pour r&#233;cup&#233;rer sa maison, m&#234;me si c'est le deal. Je n'aime pas trop &#231;a et en plus, il est sympa Robillard. Jenna dit que je m'attache trop, mais c'est la premi&#232;re &#224; lui proposer de boire un coup ou de rester manger avec nous. Malgr&#233; l'heure tardive, la chaleur &#233;tait toujours l&#224;. J'avais boss&#233; tard au garage, le travail s'accumulait. La voiture de Lansky &#233;tait d&#233;soss&#233;e, j'attendais les pi&#232;ces de rechange depuis une semaine. Joseph Meyer m'avait appel&#233; plusieurs fois dans l'apr&#232;s-midi, il voulait r&#233;cup&#233;rer son pick-up et j'avais refus&#233; des bricoles que les gars ne voulaient plus faire eux-m&#234;mes. Chaque fois, il fallait leur expliquer le topo et je perdais du temps. &#192; une &#233;poque pas si lointaine, tout le monde mettait les mains dans le cambouis. Aujourd'hui, serr&#233;s dans leur costard-cravate comme des danseurs de tango, la plupart ne savaient m&#234;me pas ouvrir un capot de voiture. Mais, c'est le Dodge qui m'avait pris le plus de temps. Le gars avait d&#233;barqu&#233; la veille. Il avait cass&#233; la rotule et la biellette de direction en tapant sur une souche d'arbre. J'avais envoy&#233; Stanley et le petit pour qu'ils le remorquent jusqu'au garage. Il m'avait promis un paquet de dollars si je le r&#233;parais dans les vingt-quatre heures. Je me suis fait livrer en express toutes les pi&#232;ces, on a boss&#233; dessus une grosse partie de la journ&#233;e. J'ai pu lui rendre la voiture dans l'apr&#232;s-midi. Un sacr&#233; engin, avec un V8 de 6,2 litres, une des voitures les plus puissantes du monde. Le prix du bolide devait &#233;galer celui du garage ou presque. Au loin, dans le cr&#233;puscule, des oies des neiges volaient en formation. Elles allaient faire une halte pr&#232;s du petit lac. Demain matin, si je me levais aux aurores, je pourrais en d&#233;busquer une, Jenna adore les cuisiner. Elle en avait fait r&#244;tir une pour No&#235;l, avec des pommes et des raisins. Elle disait que &#231;a lui rappelait son enfance, du c&#244;t&#233; de Sonoma Valley. Son paternel avait des vignes, pr&#232;s de Santa Rosa. Un joli coin. On est all&#233; y faire un tour apr&#232;s le mariage. La ferme &#233;tait toujours l&#224;, mais son p&#232;re et sa m&#232;re reposaient dans un petit cimeti&#232;re &#224; l'&#233;cart de la ville. Avec Jenna, on ne peut pas dire qu'on soit de grands voyageurs, mais on a bien boug&#233; &#224; cette &#233;poque. &#192; mon retour de l'arm&#233;e, j'avais embauch&#233; dans une usine qui fabriquait des pales d'h&#233;lices pour h&#233;licopt&#232;res. J'avais aussi am&#233;nag&#233; un vieux van Chevrolet de 1976. Je le bricolais d&#233;j&#224; avant de la connaitre. J'y passais mes week-ends. J'avais comme une envie de grands espaces, en revanche, je n'avais pas fix&#233; de date de d&#233;part pr&#233;cise. &#192; l'&#233;cole, je ne comprenais pas grand-chose aux baratins des profs, mais j'ai toujours &#233;t&#233; dou&#233; pour piloter tout ce qui roule. J'adore la m&#233;canique et ouvrir un capot, pour moi, c'est un peu comme ouvrir un paquet-cadeau, pour un gamin, un soir de No&#235;l. On ne m'a jamais appris, je sais toujours ce qu'il faut faire, c'est comme un instinct. J'avais reculass&#233; le moteur du van, il fallait voir les reprises qu'il avait &#224; ce moment-l&#224;. J'avais aussi refait l'int&#233;rieur avec un petit espace douche, des plaques de cuisson au gaz et un mini-frigo, remplac&#233; les deux si&#232;ges avant par une banquette, qui se rabattait et devenait un excellent lit. Il y avait un large coffre sous le plancher dans lequel j'avais cal&#233; une r&#233;serve d'eau. C&#244;t&#233; conducteur, j'ai trafiqu&#233; une planque, je pouvais cacher mon herbe, m&#234;me un chien des stups n'aurait pas pu la renifler. J'avais aussi pr&#233;vu un espace pour un colt 45, faut voyager prudent, le pays est grand. La couleur du van n'&#233;tait pas terrible, un vert p&#226;le meurtri par les ann&#233;es, mais bon, je m'en suis content&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Un dimanche, j'ai rencontr&#233; Jenna dans une concentration de bikers. Je filais un coup de main &#224; deux types en rade. Leur Harley &#233;tait en panne. L'&#233;lectricit&#233; de la b&#233;cane coupait, puis red&#233;marrait, puis coupait. Ils &#233;taient dans la m&#233;lasse. Je connaissais un des deux gars, un d&#233;nomm&#233; Tucker. On s'&#233;tait fritt&#233;s quelques fois dans les bals du coin, mais apr&#232;s, on avait fait copain. Il m'a demand&#233; de jeter un coup d'&#339;il. Il ignorait d'o&#249; &#231;a venait et ma r&#233;putation de m&#233;cano chez les motards &#233;tait d&#233;j&#224; bien &#233;tablie. J'ai regard&#233; imm&#233;diatement du c&#244;t&#233; de la tresse de masse de batterie, &#231;a arrive quand ces motos ont beaucoup de kilom&#232;tres au compteur et l&#224;, c'&#233;tait le cas. J'ai eu le bingo direct. Ils m'ont pay&#233; &#224; boire dans le bar du coin, Jenna &#233;tait l&#224; avec deux copines. Les mecs ont invit&#233; les filles, elles ont accept&#233;. Tucker a gliss&#233; une pi&#232;ce dans le juke-box, il a mis &lt;i&gt;Born To Be Wild&lt;/i&gt;, la musique d'Easy Rider avec Peter Fonda et Dennis Hopper. Les filles voulaient danser, l'une d'elles m'a pris par la main, mais Jenna a dit non. Lui, il est &#224; moi. Cinq minutes apr&#232;s, on se barrait du bar et on ne s'est plus jamais quitt&#233;s, un truc de dingue. Pourtant, j'avais connu beaucoup de filles auparavant, mais l&#224;, j'avais pris dix millions de volts en une fraction seconde dans la tronche. &lt;br class='autobr' /&gt; Un soir d'&#233;t&#233;, je lui ai demand&#233; si &#231;a lui dirait qu'on prenne le large quelque temps, histoire de faire comme nos anc&#234;tres, une petite conqu&#234;te de l'Ouest bien &#224; nous. Je lui ai propos&#233; de partir balader avec le van. L'arm&#233;e m'avait refil&#233; un joli petit p&#233;cule, l&#224; o&#249; j'&#233;tais cantonn&#233;, on ne d&#233;pensait presque rien. Nous passions notre temps &#224; crapahuter dans les montagnes. Elle m'a dit chiche. Alors, la semaine d'apr&#232;s, nous nous sommes mari&#233;s, juste pour r&#233;gulariser notre histoire, et on est partis. On a d'abord fil&#233; vers le sud. On a visit&#233; la Louisiane, les &#201;tats du sud, le Mississippi, l'Alabama, apr&#232;s, on a travers&#233; le Texas et le Nouveau-Mexique. On a aussi pouss&#233; jusqu'en Californie, jusqu'&#224; Santa Rosa, l&#224; o&#249; Jenna avait grandi. On s'achetait des trucs &#224; manger dans les magasins du coin, le soir, on regardait le soleil se coucher, parfois, on dormait carr&#233;ment sous les &#233;toiles. Le van a march&#233; nickel, une chouette balade. Il est toujours l&#224;, gar&#233; au fond du jardin avec des toiles d'araign&#233;es &#224; l'int&#233;rieur. Parfois, on se dit qu'on va repartir un de ces quatre, mais avec le boulot, c'est toujours compliqu&#233;. J'ai fini ma bi&#232;re et j'ai souri en pensant &#224; Jenna ; mon rayon de soleil. J'ai d&#233;fait ma chemise, je transpirais encore, la m&#233;t&#233;o avait chang&#233; en quelques jours, le printemps s'&#233;clipsait, laissant place &#224; l'&#233;t&#233;, j'avais besoin d'une bonne douche. Je suis rest&#233; un long moment sous l'eau, je me suis nettoy&#233; les mains avec du savon &#224; p&#226;te pour faire partir l'huile et la graisse, apr&#232;s, j'ai pass&#233; la cr&#232;me que Jenna m'ach&#232;te chez Walmart. En sortant de la salle de bains, j'ai enfil&#233; un short treillis, mais je suis rest&#233; torse nu. J'avais un petit creux, j'ai fait r&#233;chauffer le gratin dans le four, j'ai attrap&#233; les pains de ma&#239;s dans la cuisine, deux bi&#232;res dans le frigo, et je suis retourn&#233; sur la terrasse. &lt;br class='autobr' /&gt; Je mangeais un des deux pains et une part de gratin dans le silence de la nuit, quand la voiture a d&#233;boul&#233; devant la maison. Le conducteur a plant&#233; un grand coup de frein et puis il est sorti du v&#233;hicule. C'&#233;tait une fille, mais pas une fille lambda. Celle-l&#224;, c'&#233;tait une fille du genre pin-up, comme on en voit seulement dans les magazines de routiers ou sur des calendriers, &#233;pingl&#233;s contre un mur ou scotch&#233;s &#224; la porte d'une armoire m&#233;tallique au fond des garages. Miss Juin, la fille de l'&#233;t&#233;. Elle &#233;tait habill&#233;e d'un short en jeans frang&#233;, tr&#232;s court, avec un d&#233;bardeur blanc largement &#233;chancr&#233; sur les c&#244;t&#233;s et des bottines en cuir rouge &#224; tr&#232;s hauts talons, cheveux blonds californiens, longs et boucl&#233;s. Quand elle m'a vu, elle a grimp&#233; les marches qui m&#232;nent &#224; la terrasse, elle s'est arr&#234;t&#233;e en face de moi, de l'autre c&#244;t&#233; de la table et elle m'a envoy&#233; direct : &lt;br /&gt;&#8212; Alors c'est vous l'escroc ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour pouvoir lui r&#233;pondre, j'ai aval&#233; le bout de pain que j'avais dans la bouche. Je me suis pr&#233;cipit&#233; et il a d&#251; passer de travers. Quand j'ai voulu lui r&#233;pondre, je me suis mis &#224; tousser. Je n'arrivais plus &#224; reprendre ma respiration. J'ai bu un peu de bi&#232;re, &#231;a allait mieux, elle m'observait, amus&#233;e, les bras crois&#233;s, j'ai enfin pu lui r&#233;pondre : &lt;br /&gt;&#8212; Mais de quoi vous parlez ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En revanche, ma voix n'&#233;tait plus ma voix. C'&#233;tait celle d'un gamin de dix ans, le morceau de pain avait touch&#233; les cordes vocales, j'ai racl&#233; ma gorge plusieurs fois pour pouvoir r&#233;cup&#233;rer, elle a ri.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous avez l'air d'&#234;tre un dr&#244;le de comique, vous !&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'est assise en face de moi &#224; la table de la terrasse, elle a attrap&#233; la deuxi&#232;me bouteille de bi&#232;re encore pleine et m'a demand&#233; : &lt;br /&gt;&#8212; Je peux ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'est envoy&#233; une bonne lamp&#233;e, la bi&#232;re a ruissel&#233; sur son menton, sur sa gorge et entre ses seins, elle s'est essuy&#233;e avec la paume de la main. Elle a repris : &lt;br /&gt;&#8212; Mon mari m'a dit que vous aviez soi-disant r&#233;par&#233; le Dodge pour un paquet de dollars, mais il est en panne sur la route d'Atlanta, il est furieux. Comment on fait dans ces cas-l&#224; ? Vous remboursez ? Vous d&#233;pannez ? &lt;br /&gt;&#8212; Mais il est en panne de quoi ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je sais pas moi, c'est vous le m&#233;canicien, il dit que la voiture ne d&#233;marre plus.
&lt;br /&gt;&#8212; Je n'ai pas touch&#233; au moteur, ni au circuit &#233;lectrique, &#231;a n'a rien &#224; voir avec mon boulot. &lt;br /&gt;&#8212; &#201;coutez, je suis pas experte, pas dans ce domaine en tout cas, appelez-le, il est dans un motel, il attend votre coup de fil, voil&#224; le num&#233;ro. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis entr&#233; dans la maison, la fille m'a suivi, j'ai compos&#233; le num&#233;ro. C'&#233;tait la r&#233;ception d'un h&#244;tel, le gars m'a demand&#233; le nom de la personne, j'ai demand&#233; &#224; la fille. Elle m'a dit Crossman, Jack Crossman. Le type de la r&#233;ception m'a transf&#233;r&#233; vers sa chambre, apr&#232;s plusieurs bips, il a d&#233;croch&#233;, je lui ai dit que j'&#233;tais le m&#233;canicien du garage. Il m'a dit que le Dodge calait tous les cent m&#232;tres, j'ai r&#233;pondu que je ne pouvais pas trouver la panne &#224; distance et je lui ai expliqu&#233; que le travail que j'avais fait sur le Dodge n'avait rien &#224; voir avec la m&#233;canique, ni avec l'&#233;lectricit&#233;. Il m'a r&#233;pondu bon, je vais me d&#233;merder et il a raccroch&#233;. J'ai r&#233;p&#233;t&#233; la conversation &#224; la fille, elle m'a dit : &lt;br /&gt;&#8212; C'est toujours comme &#231;a avec lui, devant moi, il gueule et apr&#232;s, on l'entend plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
On est ressortis, elle a regard&#233; le plat de gratin pos&#233; sur la table et m'a demand&#233; si elle pouvait en prendre. J'ai fait oui de la t&#234;te. Elle en a mang&#233; plusieurs morceaux. Elle les a pris avec la main, en s'aidant du pain de ma&#239;s, ensuite, elle s'est l&#233;ch&#233; les doigts. Je n'avais jamais rencontr&#233; une fille avec un tel aplomb. &#201;videmment, elle &#233;tait magnifique et elle le savait. Elle m'a dit qu'elle avait oubli&#233; de manger le midi. Elle avait fait une s&#233;rie de photos pour une marque de bottes, elle m'a montr&#233; celles qu'elle avait aux pieds.
&lt;br /&gt;&#8212; Regarde, elles sont chouettes, non ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;taient des bottines en cuir rouge, &#224; hauts talons avec le bout ouvert. Un truc a s&#251;rement plusieurs centaines de dollars. Mais, ce sont surtout ses longues jambes que je reluquais. Elle m'a dit arr&#234;te de mater mes cuisses et elle m'a demand&#233; si c'&#233;tait moi qui avais pr&#233;par&#233; le gratin, j'ai dit non, elle a ri, c'est ta petite femme alors, j'ai pas r&#233;pondu.
&lt;br /&gt;&#8212; En tout cas, il est bon. T'aurais pas une autre bi&#232;re, s'il te pla&#238;t, mon chou ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis all&#233; la chercher. Apr&#232;s l'avoir bu, elle a sorti un paquet de cigarettes, elle m'en a propos&#233; une. J'ai fait le tour de la table, je me suis servi, j'avais un zippo sur moi, j'ai allum&#233; nos cigarettes, elle m'a dit :
&lt;br /&gt;&#8212; T'approche pas trop pr&#232;s quand m&#234;me, &#231;a craint, et elle a pos&#233; sa main sur mes abdos. Waouh, c'est du costaud &#231;a, une sacr&#233;e tablette de chocolat. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais plant&#233; devant elle, sans r&#233;action, p&#233;trifi&#233; comme une statue, j'&#233;tais la proie magn&#233;tis&#233;e que le serpent va ingurgiter. D'en haut, je voyais ses seins, qui, vu leur format XL, devaient se sentir &#224; l'&#233;troit dans son d&#233;bardeur. Et, c'est &#224; ce moment-l&#224; que Jenna a rappliqu&#233;. Elle a gar&#233; la voiture au pied de la terrasse, en sortant, elle a marqu&#233; un temps d'arr&#234;t. &lt;br /&gt;&#8212; C'est qui celle-l&#224; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a mont&#233; les marches et nous a rejoints. Je lui ai expliqu&#233; en quelques mots le topo, mais elle a rajout&#233; : &lt;br /&gt;&#8212; Et maintenant, elle fait quoi ici ? Des heures sup ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La fille lui a r&#233;pondu : &lt;br /&gt;&#8212; Tout va bien, cordon bleu, j'allais pas te le piquer, mais je n'aurais pas dit non pour une part de dessert. &lt;br /&gt;&#8212; Pour le dessert, je peux toujours te coller une tarte, a r&#233;pliqu&#233; Jenna. &lt;br class='autobr' /&gt; Elles ont ri en m&#234;me temps. Jenna s'est assise &#224; c&#244;t&#233; de la fille et m'a demand&#233; d'aller lui chercher une bi&#232;re. &#199;a commen&#231;ait &#224; me gonfler de jouer au barman, pourtant je sais pas dire non &#224; Jenna, la fille a rajout&#233; :
&lt;br /&gt;&#8212; Alors deux, mon chou.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je suis ressorti de la maison, Jenna &#233;tait en train d'essayer les bottines de la fille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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