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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Amour pour toujours, petit morveux</title>
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		<dc:date>2013-09-09T16:12:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chantal Portillo</dc:creator>



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&lt;p&gt;Et je continuais &#224; la regarder tous les jours &#224; cinq heures lorsqu'elle passait, ondulante, indiff&#233;rente &#224; tout ce qui n'&#233;tait pas elle et &#224; cette brise indulgente qui faisait frissonner sa jupe, toujours accompagn&#233;e de son amie dont la robe &#233;tait aussi juponn&#233;e, mais tellement moins belle. Et elles passaient ensemble en se jetant des mots comme les graines de melon qu'elles croquaient et rejetaient au milieu de leurs rires. Ces graines &#233;cras&#233;es sous l'empreinte de ses dents que je ramassais et gardais (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_174 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:422px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L422xH600/amour_pour_toujours_1_redimensionner-e0c04.jpg?1639927192' width='422' height='600' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-174 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;&lt;i&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2013&lt;/i&gt;
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Et je continuais &#224; la regarder tous les jours &#224; cinq heures lorsqu'elle passait, ondulante, indiff&#233;rente &#224; tout ce qui n'&#233;tait pas elle et &#224; cette brise indulgente qui faisait frissonner sa jupe, toujours accompagn&#233;e de son amie dont la robe &#233;tait aussi juponn&#233;e, mais tellement moins belle. Et elles passaient ensemble en se jetant des mots comme les graines de melon qu'elles croquaient et rejetaient au milieu de leurs rires. Ces graines &#233;cras&#233;es sous l'empreinte de ses dents que je ramassais et gardais sur l'&#233;tag&#232;re dans du papier transparent au-dessus de mon lit dans un autel improvis&#233;. Tout les faisait rire. Et je cramponnais la balustrade du balcon de la maison de ma grand-m&#232;re, les fesses appuy&#233;es contre le mur, le dos cal&#233; au cas o&#249;&#8230; le balcon, la balustrade, ou je ne sais quoi s'effondrerait. La maison de ma grand-m&#232;re &#233;tait verte, verte comme la foug&#232;re barbue, que l'on ne trouve que dans nos terres &#233;tranges et qu'on aper&#231;oit les soirs de lune amoureuse, recroquevill&#233;e sous les grands arbres humides de la mangrove farouche du Nord. La maison, elle, &#233;tait recroquevill&#233;e au bord d'un trottoir si us&#233; que l'on voyait la terre en dessous, une terre rouge s&#232;che de pauvre, et pourtant sous ses pas &#224; elle, elle reluisait, devenait rouge cuivr&#233;, comme une terre de riche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand j'ai su son nom, je l'ai cri&#233; &#224; tue-t&#234;te &#224; tue-tigre &#224; tue-&#233;toile : &#171; Actinidia, Actinidia &#187; un nom d'arbre fruitier-liane &#224; la fois m&#226;le et femelle qui &#233;tait un aveu de son pouvoir. Quand elle avait d&#233;pass&#233; le balcon, je regardais si des fruits poussaient dans son sillage. Si je pouvais en saisir un et l'ouvrir pour go&#251;ter sous la peau brune des kiwis, identique &#224; la sienne, la chair juteuse et verte de la m&#234;me couleur que la maison de ma grand-m&#232;re. Et cela me semblait le signe de notre destin&#233;e commune. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne m'adressait jamais la parole, elle ne me voyait pas. Le jour o&#249; elle a ralenti encore plus sa marche dolente et m'a dit : &#171; T'as toujours autant de boutons, petit morveux. &#187; en retroussant ses belles l&#232;vres d'un air d&#233;go&#251;t&#233;, je n'ai plus eu honte de mes boutons parce qu'elle les avait regard&#233;s. Et le soir dans mon lit, b&#233;at, je murmurais son chant d'amour : &#171; Boutons, petit morveux&#8230; &#187; et j'entendais : &#171; Amour pour toujours, petit morveux&#8230; &#187; Et mon visage, si blafard d'habitude, resplendissait comme les lucioles bleues du grand parc pr&#232;s de la mairie dans le noir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s vite, apr&#232;s le regard du balcon, je descendais en courant au risque de&#8230; Et je courais, ventre &#224; terre, de rues en jardins de jardins en porches, pour arriver avant, pour capter la lente avanc&#233;e d'Actinidia et de son amie dont le nom importe peu. Elle n'&#233;tait l&#224; que pour ouvrir la route et ramasser la poussi&#232;re devant ses pas. Je courais jusqu'au jardin de Maxime, le gnome-ami de la famille, il avait toujours son bonnet rouge depuis qu'il s'&#233;tait rompu le cou du balcon, il vivait avec L&#233;a la cane dodue et blanche qui lui soutenait le cou quand il dormait et Anna la grande ob&#232;se ros&#233;e au chignon blond veillait sur lui, assise nuit et jour sur un tronc d'arbre. &#171; Mes amours &#187; il les appelait, et en grandissant, en devenant ce gar&#231;on heureux et boutonneux qui avait cousu un drapeau anglais sur son tee-shirt pour ressembler aux Beatles, celui qui regardait passer Actinidia, je sentais que c'est lui qui avait raison, &lt;i&gt;amour&lt;/i&gt; &#233;tait le mot. &#171; Le seul qui vaille la peine &#187; m'avait d'ailleurs affirm&#233; le prof Patou dans son imper un peu crad, qui fr&#233;quentait toutes les manifs de la ville en proclamant qu'&#171; aimer, c'&#233;tait vraiment &#231;a la libert&#233;. &#187; Je courais jusqu'&#224; la porte d'Emma, la snob en gants de cuir qui vivait une raquette &#224; la main pour chasser les mouches de son appart meubl&#233; design, lunettes futuristes assorties masquant son visage de brune chic, en secouant la t&#234;te et en grommelant : &#171; Vulgaire et conne, du toc, comment tu peux &#234;tre aussi fascin&#233; par cette pimb&#234;che d&#233;bile et enturbann&#233;e ? Ah, les mecs ! &#187;. Mais elle me laissait me glisser pr&#232;s de sa porte-fen&#234;tre d'o&#249; on a une vue plongeante sur la rue au moment o&#249; elle dispara&#238;t vers le terrain vague o&#249; se r&#233;unissent clandestinement la nuit pour des courses de voiture les jeunes couples du quartier. Premiers baisers premi&#232;res &#233;motions premi&#232;re et folle vitesse tous phares allum&#233;s. Actinidia terminait son insouciante fl&#226;nerie, l&#224;. Reine incontest&#233;e, jalous&#233;e par toutes les filles enrag&#233;es, reine admir&#233;e par tous les m&#226;les qui en oubliaient jusqu'&#224; leur voiture v&#233;n&#233;r&#233;e. Elle s'arr&#234;tait miraculeusement pour recevoir l'hommage de Bo, le massif, l'errant, l'indocile, qui ne se laissait approcher par personne et que chacun aurait tant voulu caresser, mais il ne se laissait caresser que par elle dans la lueur des phares qui allongeait son regard de gazelle &#233;thiopienne. Oui, Bo, le chien fauve, au grand dam de tous les ados fous r&#233;unis autour de leur voiture, ne se laissait caresser que par elle. Par elle. Et par moi. Et je m'accroupissais, gueule contre gueule. Je plongeais mon regard dans ses yeux d'ambre d'indompt&#233; qui avaient rencontr&#233; les siens. Et je posais mes l&#232;vres exactement o&#249; elle avait pos&#233; les siennes, sur ses oreilles souples qu'elle avait p&#233;tries de ses doigts fins. Et je chuchotais au grand chien si sauvage, mais qui avait accept&#233; mon amour, je lui chuchotais le secret de mon &#226;me : &#171; Petit morveux, peut-&#234;tre, mais Amour pour toujours. Pour toujours. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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