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		<title>De&#769;chirer le silence </title>
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		<dc:creator>Corinne Andr&#233;</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ce matin-l&#224;, comme chaque matin, Asli s'assoit au fond de la classe. La place la plus pr&#232;s de la fen&#234;tre, pour regarder danser les rayons du soleil dans la cime des arbres. Depuis quelques heures, des variations infimes sont venues troubler le paysage ; les feuillages se sont effil&#233;s, des morceaux de ciel filtrent &#231;a et l&#224;. La ville elle-m&#234;me a perdu sa stabilit&#233; rassurante. Les remparts qui l'entourent laissent glisser dans les interstices de leurs cr&#233;neaux des nuages hachur&#233;s et r&#233;percutent, en (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1446.png?1746029394' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_600 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L480xH480/dechirer_le_silence2-0b28b.png?1746029483' width='480' height='480' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-600 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ce matin-l&#224;, comme chaque matin, Asli s'assoit au fond de la classe. La place la plus pr&#232;s de la fen&#234;tre, pour regarder danser les rayons du soleil dans la cime des arbres. Depuis quelques heures, des variations infimes sont venues troubler le paysage ; les feuillages se sont effil&#233;s, des morceaux de ciel filtrent &#231;a et l&#224;. La ville elle-m&#234;me a perdu sa stabilit&#233; rassurante. Les remparts qui l'entourent laissent glisser dans les interstices de leurs cr&#233;neaux des nuages hachur&#233;s et r&#233;percutent, en &#233;cho, une phrase entendue aux informations : &#034;aujourd'hui, c'est le jour du d&#233;passement de la terre&#034;. Habituellement, rien de ce qui &#233;mane de l'&#233;cran de t&#233;l&#233;vision ne capte l'attention d'Asli, pourtant l&#224;, elle s'&#233;tait retourn&#233;e, essayant de comprendre ce que le journaliste racontait. En g&#233;n&#233;ral, elle esp&#232;re peu de cette surface glac&#233;e qui fonctionne en continu &#224; la maison car son p&#232;re reste persuad&#233; qu'il faut que cette langue, que sa fille refuse d'entendre - ou de comprendre, on ne sait pas trop - se d&#233;verse dans le salon. Il se trompe. Asli entend tr&#232;s bien, mais rien ne se fixe, ne fait sens. Sauf ce matin. &#034;Le jour du d&#233;passement de la terre&#034;. Elle est partie au lyc&#233;e avec ces mots qui tournent d&#233;sormais dans sa t&#234;te, sans avoir bien compris leur signification. Ils se soul&#232;vent au rythme de sa respiration, retombent dans un bourdonnement diffus. Un son opaque, comme le bruit du train qui l'enveloppe lorsqu'elle passe au-dessus de la voie de chemin de fer, avant d'arriver au lyc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce matin-l&#224;, comme chaque matin, le professeur est &#224; l'entr&#233;e de la classe. Dans un rituel immuable, il accueille chacun avec un bonjour, chaleureux ou automatique, suivant son humeur. Quand vient son tour, c'est &#224; peine si elle entend sa voix. L'a-t-il vraiment vue ? Personne ne semble jamais la remarquer. Les regards se posent sur elle et ne font que l'effleurer. Ou bien suscite-t-elle seulement une forme de r&#233;ticence tant il est impossible de savoir ce qu'elle pense ? Elle parle peu. Son pr&#233;nom d'ailleurs s'&#233;teint dans un souffle. Alors elle avance, le corps droit, la taille rigide. Ses longs cheveux noirs soigneusement liss&#233;s ondulent au rythme de ses pas, d'une lenteur un peu inqui&#233;tante. Son corps murmure le langage de ses lointaines origines asiatiques : la d&#233;licatesse des fleurs et la souplesse des saules. Elle se d&#233;place, l&#233;g&#232;re, port&#233;e par une brise imperceptible. Une brindille sur le point de se briser. Install&#233;e &#224; sa place, elle ne bouge plus ; le visage riv&#233; sur son cahier. Un mouvement de t&#234;te de temps &#224; autres pour s'emparer des phrases inscrites au tableau et les recopier sur sa feuille. Elle note tout, syllabe apr&#232;s syllabe ; m&#233;nage des blancs &#233;quilibr&#233;s entre chaque mot. Elle sait que ce soir, lorsqu'elle relira ses notes, elles n'auront aucun sens. Il lui faudra apprendre par c&#339;ur ce bloc compact et au prochain contr&#244;le le restituer sans discernement tant la question pos&#233;e r&#233;sonnera en vain. Depuis son entr&#233;e &#224; l'&#233;cole, c'est toujours la m&#234;me appr&#233;ciation sur les bulletins : &#034;des difficult&#233;s de compr&#233;hension&#034; ; un &#233;l&#233;gant euph&#233;misme pour ne pas la blesser. Pendant des ann&#233;es, on l'a soumise &#224; une batterie de tests, r&#233;guli&#232;rement, inlassablement comme s'il fallait que surgissent une r&#233;ponse, un cadre rationnel dans lequel on pourrait ranger son dossier. On a encha&#238;n&#233; son cerveau &#224; la longue liste des &#034;dys&#034; : dyslexie, dysgraphie, dyspraxie, dyscalculie, dysorthographie, dysmn&#233;sie, dysphasie. Les &#034;dys&#034; se sont d&#233;foul&#233;s sur elle. D&#233;clin&#233;s un &#224; un sans qu'aucun diagnostique n'&#233;merge. Cette langue lui &#233;chappe et nul ne sait pourquoi. Pourtant c'est la seule qu'elle parle, la seule qu'elle entend au quotidien. On lui r&#233;p&#232;te sans cesse que c'est sa langue maternelle, mais qu'est-ce que cela signifie lorsque l'on n'a pas de m&#232;re ? Il ne reste qu'une photo. Une belle femme qui la regarde comme une &#233;trang&#232;re. Les m&#234;mes longs cheveux bruns que les siens, le teint mat, les yeux l&#233;g&#232;rement brid&#233;s. Derri&#232;re elle un ciel qu'elle ne conna&#238;t pas. Des collines au loin forment des boursoufflures sym&#233;triques. On lui a parl&#233; des rizi&#232;res en terrasse. Mais dans quel pays d'Asie ? Elle ne sait pas. Ses questions rebondissent toujours sur un silence aride. Tout juste reste-t-il, dans les plis de sa m&#233;moire, une musique, enfouie sous une lourde &#233;toffe moir&#233;e. Rien ne filtre. Des coutures bien serr&#233;es ont verrouill&#233; les interstices que son p&#232;re ass&#232;che avec soin. Il se contente simplement de fixer le clich&#233;, en disant que cette femme est belle, que sa peau est douce. Il parle d'elle au pr&#233;sent, il se garde bien de dire qu'en r&#233;alit&#233; c'est une autre image qu'il aper&#231;oit, une photo qu'un soir de pluie et de temp&#234;te il n'a pas eu le temps de prendre. Asli sait que quelque part en elle, il doit bien y avoir, nich&#233;es, des bribes, des rires rest&#233;s coll&#233;s, des larmes peut-&#234;tre, des berceuses murmur&#233;es. Cette musique qui est l&#224;, enterr&#233;e, et qu'elle ne peut extirper. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cours commence, mais c'est encore &#034;le jour du d&#233;passement de la terre&#034; qui tourne dans sa t&#234;te. La formule s'enroule en une spirale qui emporte dans sa course d'autres euph&#233;mismes plus familiers ceux-l&#224; : &#034;personne de couleur&#034;, &#034;personne non voyante&#034;, &#034;mal entendant&#034;, &#034;sans domicile fixe &#187; ; et d'autres encore que l'on murmure autour d'elle, avec pr&#233;caution, parce qu'ils parlent de son histoire : &#034;pays en voie de d&#233;veloppement&#034;, &#034;maman partie&#034;. Elle ex&#232;cre cette d&#233;licatesse qui vide les vocables de leur s&#232;ve. Elle m&#233;prise ceux qui ont laiss&#233; s'installer cette suspicion &#224; l'&#233;gard du langage, une suspicion &#233;crasante, juste pour masquer leur peur du r&#233;el. Autant tourner le dos aux mots. S'ils sont si effrayants autant opter pour le silence. Elle fait cela tr&#232;s bien depuis des ann&#233;es, &#224; tel point qu'aujourd'hui les phrases dansent autour d'elle sans jamais l'emmener dans leur cadence. Pourtant, elle doit bien admettre que, depuis quelques semaines, gr&#226;ce &#224; son nouveau professeur de fran&#231;ais, quelque chose a chang&#233;. D'abord, il y avait eu un po&#232;me de Rimbaud, &lt;i&gt;Le Dormeur du Val&lt;/i&gt;. Elle ne savait pas trop ce qu'&#233;tait un val, mais les trois lettres ouvraient un espace immense. Elle avait pris place aux c&#244;t&#233;s du dormeur, dans une lumi&#232;re suave, sur le sol velout&#233;, c'&#233;tait ensorcelant ces couleurs sur les feuillages. Le po&#232;te avait install&#233; le d&#233;cor avec un soin d&#233;licat. Il suffisait de tendre l'oreille et la m&#233;lop&#233;e de la rivi&#232;re se r&#233;pandait. Il suffisait de se glisser dans ce &lt;i&gt;trou de verdure&lt;/i&gt;, c'&#233;tait doux, c'&#233;tait chaud ; un peu comme dans le ventre d'une m&#232;re, on pouvait se laisser ainsi emporter dans un sommeil savoureux. Et puis le choc du dernier vers : &#034;il a deux trous rouges au c&#244;t&#233; droit&#034;. Elle n'avait rien vu venir. N'avait pas voulu voir. Port&#233;e par le titre, elle n'avait pas per&#231;u la menace. Et d'un seul coup la violence implacable. Le soldat ne dort pas, il est mort ; une seule lettre pour diff&#233;rencier les deux mots, un &lt;i&gt;d&lt;/i&gt; disloqu&#233; et tout s'effondre. Mais Rimbaud ne dit pas que le soldat est mort, il a lui aussi pr&#233;f&#233;r&#233; l'euph&#233;misme et c'est insupportable. Apr&#232;s avoir perdu son lecteur dans les m&#233;andres du langage, il pla&#231;ait sous ses yeux l'horreur. Ce fut pour Asli une exp&#233;rience douloureuse et extraordinaire : le langage n'&#233;tait pas fait uniquement pour &#233;dulcorer, avec lui on pouvait transformer le r&#233;el, le muer en d'infimes sinuosit&#233;s dans lesquelles il devenait possible de se perdre, mais qui pouvaient aussi nous ramener brutalement &#224; la r&#233;alit&#233;. Elle voyait bien que Rimbaud avait tout fait pour que le lecteur se r&#233;veill&#226;t avant le dernier vers. Seulement, elle avait refus&#233; de sortir de cette douce somnolence, elle avait &#233;vit&#233; soigneusement tous les petits signaux qui criaient que la menace &#233;tait l&#224; : les rayons devenus des &lt;i&gt;haillons d'argent&lt;/i&gt;, les mots violemment rejet&#233;s au d&#233;but des vers, brutalisant un rythme qui perdait ainsi toute sa s&#233;r&#233;nit&#233;. Rimbaud lui avait jou&#233; un bien mauvais tour. Ses euph&#233;mismes la ramenaient &#224; la violence, la confrontaient &#224; la stridence du monde. Les mots pouvaient tromper mais aussi dire ce que nous sommes, nous forcer &#224; &#233;couter ce que nous refusions d'entendre. Asli d&#233;couvrait qu'ils n'&#233;taient pas de simples pr&#233;dicats grammaticaux. Ils &#233;taient une mati&#232;re vibrante et chaude, une respiration. Elle avait alors senti qu'il lui faudrait explorer cette ti&#233;deur pour &#233;clairer les parois d'un pass&#233; que tous s'effor&#231;aient de tapisser de voiles protecteurs. Elle ne voulait plus de ces contours estomp&#233;s. Aussi douloureuse que f&#251;t cette r&#233;alit&#233;, elle se sentait capable de l'affronter. Couverte du sang du dormeur du val, elle avait bien r&#233;ussi &#224; se relever.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin install&#233;e devant son bureau, elle &#233;crit, comme chaque jour depuis quelques semaines, une quinzaine de mots, &#224; peine, sur sa table. Un court po&#232;me. C'est une victoire qu'elle a r&#233;cemment remport&#233;e dans son long combat quotidien pour apprivoiser la langue, une victoire certes d&#233;risoire puisque les cours qu'elle retranscrit dans ses cahiers conservent leur caract&#232;re abscons. Toutefois, maintenant, des mots nouveaux se fixent dans son cerveau, r&#233;apparaissent sous son stylo. Ils ont perdu leur raideur, celle qui les maintenait fig&#233;s, les mena&#231;ait d'enlisement. Ils ne sont plus tout &#224; fait des squelettes vid&#233;s de leur substance. Gr&#226;ce au po&#232;me de Rimbaud, elle est &#224; l'aff&#251;t. Cette r&#233;v&#233;lation est r&#233;cente. La semaine derni&#232;re, c'est le mot &lt;i&gt;estran&lt;/i&gt; qui est venu caresser son oreille. C'&#233;tait bien autre chose que &lt;i&gt;sable mouill&#233;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#233;tendue sableuse&lt;/i&gt;. Elle avait longtemps r&#234;v&#233; sur ce mot qui s'animait sous ses yeux, l'enveloppait d'une chaleur un peu effrayante mais finalement agr&#233;able. En songeant &#224; ce vocable, elle retrouvait la sensation des pieds aval&#233;s par le contact gluant du sol. Imm&#233;diatement, la surface gondol&#233;e du sable avait trouv&#233; une place confortable dans son imaginaire pour venir se coller &#224; d'autres images nich&#233;es dans son pass&#233;, celles qu'elle associait aux rizi&#232;res en terrasse devant lesquelles sa m&#232;re &#233;tait photographi&#233;e. Peut-&#234;tre aussi aimait-elle ce terme parce qu'il &#233;tait bien difficile de le replacer dans une conversation. Il devait tra&#238;ner lui aussi son fardeau de solitude. Apr&#232;s avoir compris que l'on pouvait r&#234;ver sur un mot, elle avait cherch&#233; &#224; percer le myst&#232;re de la phrase. Mais toutes demeuraient ferm&#233;es &#224; ses efforts. Et puis elle avait d&#233;couvert une forme po&#233;tique un peu particuli&#232;re, le ha&#239;ku. Un art qui la ramenait &#224; ses origines asiatiques et avait l'&#233;l&#233;gance d'une civilisation demeur&#233;e &#233;trang&#232;re. Il suffisait de trois vers, courts, et tout &#233;tait dit. La langue, ainsi condens&#233;e, allait &#224; l'essentiel. Finis les d&#233;tours vertigineux, les pr&#233;cautions oratoires qui &#233;cartaient du r&#233;el. C'&#233;tait encore plus direct que le sonnet de Rimbaud ; une &#233;conomie de mots qui satisfaisait enfin ses attentes. Le monde capt&#233; dans quelques vocables offrait ainsi toute sa lumi&#232;re. Rapidement, Asli s'&#233;tait sentie &#224; l'aise dans cette simplicit&#233;, heureuse de constater que la densit&#233; du monde pouvait &#234;tre enferm&#233;e dans le langage et se d&#233;lester dans un souffle qui menait au silence. Pratiquer l'art du ha&#239;ku, c'&#233;tait s'obliger &#224; l'immobilit&#233;, entrer dans une solitude qui mettait &#224; l'abri de l'agitation des hommes. Alors, Asli avait voulu essayer de go&#251;ter &#224; cette exp&#233;rience et s'&#233;tait cr&#233;&#233; un rituel r&#233;confortant. Elle pose son stylo et relit le ha&#239;ku qu'elle a cueilli hier soir, au coucher du soleil et cach&#233; dans un interstice de son cerveau :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;cran de fum&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
Glissant sur le dos du ciel&lt;br class='autobr' /&gt;
Oh ! Un rideau tombe&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle pourrait tout aussi bien &#233;crire ces vers dans un carnet, mais les noter sur du papier serait leur donner une forme d&#233;finitive qui l'effraie. Elle pr&#233;f&#232;re les inscrire d'une encre p&#226;le sur sa table. Ainsi, chaque matin, le texte de la veille a &#233;t&#233; effac&#233;, la femme de m&#233;nage probablement, mais tant pis, elle recommence, inlassablement. Cela la jette dans une forme d'extase de pouvoir contenir dans trois vers ce r&#233;el qui jusque l&#224; lui filait entre les doigts. Une partition qui pourrait la mener vers la musique de son enfance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce matin toutefois, l'horizon s'est drap&#233; d'un &#233;trange manteau de lumi&#232;res ; elle aimerait bien s'en emparer en &#233;crivant un deuxi&#232;me ha&#239;ku, mais il semble que quelque chose soit un peu diff&#233;rent des autres jours. Une l&#233;g&#232;re r&#233;sistance, et ce bourdonnement persistant dans la t&#234;te. Quel poids avait la l&#233;g&#232;ret&#233; de son ha&#239;ku face &#224; l'&#233;paisseur de &lt;i&gt;ce jour du d&#233;passement de la terre&lt;/i&gt;, entendu en continu, d&#232;s le lever ? Elle s'&#233;tait fig&#233;e devant l'&#233;cran. Son p&#232;re lui avait expliqu&#233; que l'on calculait les ressources que l'humanit&#233; pouvait consommer en une ann&#233;e. Cela faisait pas mal de temps d&#233;j&#224; que l'on d&#233;passait le seuil acceptable. Il avait ferm&#233; les yeux mais Asli avait eu le temps de saisir dans son regard les images qu'il lui cachait depuis si longtemps. Il ne s'agissait pas de la photo de sa m&#232;re accroch&#233;e au-dessus de son lit mais c'&#233;tait un autre clich&#233;, celui que son p&#232;re n'avait pas eu le temps de prendre. Au milieu des rizi&#232;res d&#233;vast&#233;es par les inondations, elle aper&#231;oit sa m&#232;re qui court, &#224; ses c&#244;t&#233;s son p&#232;re qui porte un b&#233;b&#233; ; une image d'Apocalypse, l'&#339;uvre insens&#233;e des hommes d&#233;raisonnables : des pluies diluviennes qui s'abattent sur des r&#233;gions enti&#232;res, des pans de terre soulev&#233;s par des d&#233;cennies de d&#233;forestation, la nature sacrifi&#233;e sous le scalpel de l'avidit&#233;. Cette d&#233;flagration lui donne la conviction que plus rien ne peut stopper l'irr&#233;m&#233;diable marche vers la mort ; elle-m&#234;me, apr&#232;s sa m&#232;re, finira par &#234;tre emport&#233;e. Le barrage a c&#233;d&#233;, elle comprend le silence de son p&#232;re, il a voulu la prot&#233;ger mais maintenant tout lui dit que sa m&#232;re est morte. Aucun mot, aucun vers ne saurait constituer un rempart fiable. Alors que le langage commen&#231;ait &#224; l'accueillir dans son giron, c'est une autre digue qui vient de s'&#233;crouler, la certitude qu'il est inutile d'attendre le retour de la femme sur la photo. Son p&#232;re s'est toujours arrang&#233; pour escamoter la fin, laissant la terre charri&#233;e par les flots tout recouvrir. Surtout ne pas fouiller ce qui avait &#233;t&#233; enseveli. Mais Asli n'est pas de cet avis, elle veut aller au bout de l'histoire, reconstituer les fragments manquants, faire surgir devant elle la r&#233;alit&#233; insupportable. Le corps de sa m&#232;re flottant au milieu des arbres arrach&#233;s. Son p&#232;re et elle, seuls rescap&#233;s s'&#233;loignant dans une course folle. Cette histoire ne saurait tenir dans les trois vers d'un ha&#239;ku. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bient&#244;t la fin du cours. Par la fen&#234;tre, elle aper&#231;oit dehors, agglutin&#233;s aux branches des arbres, les &lt;i&gt;haillons d'argent&lt;/i&gt; que le soleil ne parvient plus &#224; &#233;clairer. Elle est devenue ce soldat incapable de se relever de ses blessures, ayant trouv&#233; comme dernier refuge les bras de la nature. Asli imagine alors quel pourrait &#234;tre son refuge &#224; elle. Les rails de la voie rapide, l'&#233;clat m&#233;tallique du train comme requiem, les pierres du ballast comme linceul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le lendemain matin, dans la salle de classe qu'on laissera ferm&#233;e pour quelques jours, personne ne retrouvera les vers que la femme de m&#233;nage a effac&#233;s la veille d'un coup de chiffon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rayon vesp&#233;ral&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;parpill&#233; sur l'estran - &lt;br class='autobr' /&gt;
Points de suspension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Asli a choisi un &#233;crin de mots comme cercueil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Basculer</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/basculer</link>
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		<dc:date>2024-10-30T18:08:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Andr&#233;</dc:creator>



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&lt;p&gt;Une fois encore, elle n'a rien vu venir. C'est arriv&#233; d'un coup. Au d&#233;tour d'une phrase. Un peu avant le feu, elle a ralenti la voiture, elle n'a pas compris : tourner avant le feu ou apr&#232;s ? Parce que &#034;tourner au feu &#224; droite&#034;, ce n'est pas tr&#232;s clair ; elle lui demande de r&#233;p&#233;ter. Trop tard, la voiture vient de passer la rue, il va falloir faire demi-tour. &#034;Ma pauvre Myriam, t'es vraiment trop conne ; tu connais le fran&#231;ais, oui ou non ?&#034;. Elle n'aime d&#233;j&#224; pas beaucoup son pr&#233;nom, un peu vieillot, mais (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1422.jpg?1730311694' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_594 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/basculer.jpg?1730311587' width='500' height='501' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-594 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2024
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&lt;p&gt;Une fois encore, elle n'a rien vu venir. C'est arriv&#233; d'un coup. Au d&#233;tour d'une phrase.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un peu avant le feu, elle a ralenti la voiture, elle n'a pas compris : tourner avant le feu ou apr&#232;s ? Parce que &#034;tourner au feu &#224; droite&#034;, ce n'est pas tr&#232;s clair ; elle lui demande de r&#233;p&#233;ter. Trop tard, la voiture vient de passer la rue, il va falloir faire demi-tour.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ma pauvre Myriam, t'es vraiment trop conne ; tu connais le fran&#231;ais, oui ou non ?&#034;. Elle n'aime d&#233;j&#224; pas beaucoup son pr&#233;nom, un peu vieillot, mais l&#224; sous ses dents pointues, c'est insupportable. Derri&#232;re cette phrase d'autres encore, ac&#233;r&#233;es, attendent sur la ligne de d&#233;part. C'est une d&#233;ferlante bien huil&#233;e. Quelques mots suffiront &#224; d&#233;truire les douces journ&#233;es qu'ils viennent de passer au bord de la mer. Comme s'il n'&#233;tait pas tol&#233;rable que s'install&#226;t dans leur existence un peu de s&#233;r&#233;nit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut attendre maintenant, laisser les cris jaillir, les phon&#232;mes entrer dans la chair. C'est bien les mots, cela ne laisse pas de traces sur le corps. Il n'est pas n&#233;cessaire qu'elle regarde pour savoir que son visage a commenc&#233; &#224; se transformer sous l'effet de la col&#232;re. Son angle de vision est suffisamment large pour ne pas ignorer que les traits se sont d&#233;j&#224; crisp&#233;s, les yeux ont perdu leur qui&#233;tude l&#233;g&#232;re. L'iris s'est rempli d'une encre noir&#226;tre ; la bouche se tord, c'est le visage tout entier qui se d&#233;compose. M&#233;connaissable, effrayant. Elle aper&#231;oit les mains devenues incontr&#244;lables, elles entreprennent une danse risible qui pourrait bien les mener &#224; des gestes extr&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle continue &#224; tenir le volant, elle sait que sa force, c'est le silence. Mais jusqu'&#224; quand et pourquoi ? Et ce silence, c'est peut-&#234;tre son tombeau. Au nom de quoi supporter une col&#232;re qui s'abat sur elle et dont elle n'est pas la cause ? Derri&#232;re ces cris, ce sont les miasmes d'un pass&#233; qu'elle n'a pas connu et qui affleurent r&#233;guli&#232;rement. Et depuis des ann&#233;es, elle accepte d'&#234;tre le r&#233;ceptacle de ces scories parce qu'il y a les enfants, parce qu'ils forment une famille unie aux yeux de tous, un mod&#232;le d'&#233;quilibre. Elle seule sait que cet &#233;quilibre est chim&#233;rique, au moindre souffle, ravag&#233;. Elle voudrait arr&#234;ter net le moteur de la voiture, sortir et s'&#233;loigner, seule sur la route. Mais derri&#232;re, les regards de ses fils l'accrochent au si&#232;ge. Ils ont d&#233;sormais l'habitude ; ils ferment leurs oreilles, tout simplement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se concentre sur les marquages de la route. S'en tenir &#224; ce qui est balis&#233;. Sa vie, son mariage, les choix qu'elle a revendiqu&#233;s ; pas question aujourd'hui d'admettre qu'elle s'est tromp&#233;e, que finalement elle ne pourra jamais rien pour lui. Elle n'a fait que le maintenir dans sa toute-puissance, des murailles bien solides pour le prot&#233;ger des violences de l'enfance, mais en m&#234;me temps, elle a ouvert de nouvelles trou&#233;es, celles de l'emprise. Elle a construit sa propre prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fois, elle sent bien qu'il a perdu tout sens de la mesure. Il commence une d&#233;monstration grammaticale sur le bon usage de la pr&#233;position &#224;. &lt;i&gt;A droite&lt;/i&gt;, &#231;a ne signifie pas apr&#232;s le feu, il se veut pointu, pr&#233;cis ; il l'&#233;crase de ses sarcasmes. Il n'est pas utile de suivre son raisonnement, rien ne saurait l'arr&#234;ter. Alors elle laisse les phrases couler, chavirer au milieu des insultes et des mots grossiers. Un d&#233;cha&#238;nement qui la ram&#232;ne aux vagues s'&#233;crasant sur les rochers ; une belle vision qui l'aide &#224; supporter l'instant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, elle entrevoit le moyen de s'&#233;chapper : &#224; la radio, elle reconna&#238;t la musique du film de Godard, Le m&#233;pris. Elle va pouvoir s'accrocher au &#034;th&#232;me de Camille&#034;, en esp&#233;rant qu'il n'ait pas la mauvaise id&#233;e de l'&#233;teindre. Elle va puiser au fond de sa m&#233;moire des phrases qu'elle connait bien tant elle a regard&#233; ce film un nombre de fois infini. &lt;i&gt;Georges Delerue a &#233;crit la musique&lt;/i&gt;. L'orchestre murmure, rien que pour elle, la trag&#233;die amoureuse de deux &#234;tres, cette d&#233;chirure qui les s&#233;pare, enlis&#233;s qu'ils sont dans la monotonie de leur vie amoureuse. L&#224;, maintenant, son existence &#233;parpill&#233;e au milieu des injures de celui qu'elle aime - de celui qu'elle a aim&#233; doit-elle enfin s'avouer -, elle la regarde diff&#233;remment. Ce film la hante depuis si longtemps. Camille est incapable d'expliquer pourquoi elle n'aime plus Paul, tout simplement parce qu'il est inutile de chercher des explications. Le fait est qu'elle ne l'aime plus, qu'&#224; un moment - elle n'est pas capable de dire lequel - le m&#233;pris s'est install&#233;. A quel instant a eu lieu le basculement ? La phrase m&#233;lodique s'accroche &#224; son cerveau, les cordes se superposent, se m&#233;langent tout en s'&#233;loignant les unes des autres. Le motif est ressassant jusqu'au vertige, il glisse dans la br&#232;che form&#233;e insidieusement, une fissure qui s'&#233;carte de plus en plus pour dire la violence qui vient de faire son entr&#233;e et dont il ne sera plus possible de se d&#233;faire. Les quelques notes de harpe n'y font rien. Les mots de Camille ne parviennent plus &#224; freiner la catastrophe qui s'annonce. &lt;i&gt;Autrefois tout se passait comme dans un nuage d'inconscience, de complicit&#233; ravie&lt;/i&gt;. Maintenant, Camille lance l'aveu fatal avec une simplicit&#233; qui ne laisse aucun doute sur sa sinc&#233;rit&#233;. &lt;i&gt;Je te m&#233;prise&lt;/i&gt;. Un verbe qui &#233;crase beaucoup plus implacablement que &#171; je ne t'aime plus &#187;. Un verdict sans appel, irr&#233;versible. &lt;i&gt;C'est trop tard, j'ai chang&#233; d'avis sur toi&lt;/i&gt;. Myriam se laisse emporter par le leitmotiv, elle aimerait pouvoir prononcer les phrases qui sortent de la bouche de Camille, elle ne veut pas encore s'avouer qu'elle est l&#226;che, qu'elle a refus&#233; d'enclencher le m&#233;canisme tragique qui vient miner les plus belles histoires d'amour, mais le processus est l&#224;, aux aguets, il trouvera bien un moyen pour se faufiler. Les cordes aigu&#235;s jouent en contrepoint des arp&#232;ges comme des sanglots que l'on ne parvient pas &#224; retenir. Myriam tente de maintenir ce th&#232;me satur&#233; dans un coin de sa t&#234;te pour ne plus entendre les mots qui blessent. Au cin&#233;ma, l'image fige l'instant dans une intensit&#233; &#233;paisse, mais l&#224; on n'est pas dans une salle obscure. Tout est devenu sordide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle le m&#233;prise pour ses col&#232;res, ses insatisfactions permanentes glissant &#224; intervalles irr&#233;guliers en phases de d&#233;pression qui laissent la famille exsangue. Depuis bien longtemps elle ne l'admire plus. A quel moment pour elle aussi le m&#233;pris s'est-il immisc&#233; ? Ils se sont aim&#233;s oui, infiniment, envers et contre tous. Mais les amours de jeunesse sont-ils &#233;ternels ? A dix-huit ans, ce que l'on aime chez l'autre, c'est aussi ce qu'il pourrait devenir, puis les faiblesses, la m&#233;diocrit&#233; s'installent et alors la d&#233;ception creuse une fissure qui fait achopper les sentiments, un faux pas, et l'amour se mue en honte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout retombe, la musique vient de s'arr&#234;ter. Le silence investit l'espace, durablement. Elle veut encore se raccrocher &#224; la douceur de ces deux derniers jours pass&#233;s &#224; la mer, de beaux moments d&#233;sormais chiffonn&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Progressivement, c'est comme un retour &#224; la vie ; un regard ; une l&#233;g&#232;re caresse qui effleure la main. Une longue travers&#233;e du d&#233;sert. Il refait surface, toujours, avec la m&#234;me phrase : &#171; tu pourrais t'excuser tout de m&#234;me &#187; &#8230; mais de quoi ?... elle finit par ne plus savoir ce qui a d&#233;clench&#233; sa col&#232;re. Ses id&#233;es sont confuses, son esprit &#233;puis&#233;, boursouffl&#233; comme apr&#232;s un K.O. dans un match de boxe. Alors oui, peut-&#234;tre a-t-elle laiss&#233; passer une remarque, elle a exag&#233;r&#233;, sa col&#232;re &#233;tait s&#251;rement justifi&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une seule certitude, elle est responsable de n'avoir pas su, une fois de plus, saisir le moment o&#249; quelque chose se d&#233;chire en lui, le ram&#232;ne &#224; des blessures, un sentiment d'inanit&#233;. Un grand vide dans lequel elle n'a plus sa place. Elle ne veut plus s'installer dans ses fragilit&#233;s. Elle n'en a plus la force. Elle ne lui dit pas que cela l'&#233;crase &#224; chaque fois. Cette col&#232;re qui s'engouffre entre eux. Elle a peur qu'un jour le ressac les emporte. A jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore quelques heures, et il lui dira : &#034;je ne suis qu'une merde&#034;, les m&#234;mes mots, inlassablement, &#034;un jour, tu finiras par partir&#034;. Les phrases cl&#233;s qui la font rester, l'encha&#238;nent dans les mailles de la culpabilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, cette nuit, elle fera certainement ce r&#234;ve qui revient r&#233;guli&#232;rement, d'ailleurs de plus en plus souvent ces derniers temps : elle est seule sur un balcon ; elle ne voit pas le nombre d'&#233;tages, mais en dessous d'elle le vide cherche &#224; la happer. La balustrade est sur le point de se dessouder, elle la sent fl&#233;chir sous ses mains. Il ne faut pas qu'elle c&#232;de.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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