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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Gabriel, Claquette et le juge</title>
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		<dc:date>2025-02-02T14:30:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Prisca Chevallier Curt</dc:creator>



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&lt;p&gt;Nantes, 1931, Lettre au juge &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Monsieur le Juge, &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut lib&#233;rer Claquette ! Ici, on m'a dit : &#171; Tente d'&#233;crire au Juge ! &#187; J'&#233;cris mal, je le sais, il faudra excuser mes fautes d'orthographe, mais vous &#234;tes notre derni&#232;re chance ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Claquette, si on ne vous l'a pas dit, c'est ma s&#339;ur ! Enfin, Claquette, ce n'est pas son vrai pr&#233;nom : elle s'appelle Clara en v&#233;rit&#233;. Mais elle a toujours eu froid, depuis toute petite. Elle claque toujours des dents. Dedans, dehors, il lui manque comme une &#233;tincelle de chaleur. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1438.jpg?1738506647' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_597 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/at738_gabriel_claquette_et_le_juge.jpg?1738506559' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-597 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Nantes, 1931, Lettre au juge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Monsieur le Juge,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut lib&#233;rer Claquette ! Ici, on m'a dit : &#171; Tente d'&#233;crire au Juge ! &#187; J'&#233;cris mal, je le sais, il faudra excuser mes fautes d'orthographe, mais vous &#234;tes notre derni&#232;re chance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claquette, si on ne vous l'a pas dit, c'est ma s&#339;ur ! Enfin, Claquette, ce n'est pas son vrai pr&#233;nom : elle s'appelle Clara en v&#233;rit&#233;. Mais elle a toujours eu froid, depuis toute petite. Elle claque toujours des dents. Dedans, dehors, il lui manque comme une &#233;tincelle de chaleur. Alors, moi, je l'ai tout de suite appel&#233;e ainsi, d&#232;s que j'ai su parler ! Pour rire, et puis c'est rest&#233;. Oh ! ce n'est pas non plus ma vraie s&#339;ur, enfin, je veux dire que je la consid&#232;re comme ma s&#339;ur ! Mais comme on est orphelins tous les deux, qu'on a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s par la m&#234;me nourrice, qu'on s'aime depuis toujours, c'est tout comme. C'est s&#251;r qu'il n'y a qu'&#224; nous coller trente secondes c&#244;te &#224; c&#244;te pour voir comme un probl&#232;me : Claquette a la peau cendr&#233;e, chocolat au lait, les yeux sombres et les cheveux ondul&#233;s noir de jais ; tandis que moi, je suis blond comme les champs de bl&#233; en &#233;t&#233;, mes yeux sont couleur d'eau vive et j'ai le visage parsem&#233; de taches de rousseur sur fond de lait cr&#233;meux... C'est un peu comme pour mon pr&#233;nom : il y a forc&#233;ment eu une erreur ! La s&#339;ur qui m'a recueilli &#224; la naissance n'y a vu que du feu, elle s'est tromp&#233;e en d&#233;couvrant mes deux billes claires et m'a donn&#233; le pr&#233;nom d'un ange ! Gabriel ! Franchement, elle n'aurait pas pu tomber plus &#224; c&#244;t&#233; : je fais plut&#244;t partie de la lign&#233;e des petits malins, tous les mauvais coups dans lesquels j'ai entra&#238;n&#233; Claquette depuis qu'on sait marcher, ou plut&#244;t courir, je ne vous dis pas Monsieur le Juge ! Oh ! mais rien de bien m&#233;chant quand m&#234;me ! Claquette, elle court tellement vite pour une fille. On s'est toujours sortis des embrouilles, sur les march&#233;s, dans les ruelles, sur les quais au milieu des bateaux de marchandises, devant les vitrines des grands magasins et m&#234;me &#224; l'&#233;cole. Il n'y a que dans la maison de Marthe finalement qu'elle n'a pas pu s'enfuir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai prot&#233;g&#233;e comme j'ai pu, vous savez, quand j'ai compris ce qu'il voulait, le Fernand. Il a attendu dans son coin de boutique que Claquette ressemble &#224; une femme, oh ! pas &#224; la sienne, pour s&#251;r ! Marthe, elle cuisine comme un grand chef, mais son derri&#232;re est devenu plus large que ses fourneaux ces derni&#232;res ann&#233;es... et l&#224;, &#224; quatorze ans, il faut dire que ma Claquette elle est devenue bien jolie, m&#234;me que, si on ne se consid&#233;rait pas comme de la m&#234;me famille, celle des &#171; enfants de permission &#187;, je lui aurais bien dit des gentillesses et des douceurs, moi aussi. Peut-&#234;tre qu'elle ne m'aurait pas ri au nez, qui sait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, au d&#233;but, elle a fait comme si de rien n'&#233;tait, mais j'ai bien vu, moi, qu'elle sursautait quand il entrait le soir dans la cuisine, qu'elle &#233;vitait de croiser son regard, qu'elle refusait d'aller &#224; la cave seule avec lui pour remonter les bocaux. J'ai remarqu&#233; qu'il tra&#238;nait davantage autour d'elle quand elle faisait ses devoirs sur la table de la salle &#224; manger, il se penchait sur ses cahiers d'&#233;criture ou ses livres de lecture, lui qui ne lit jamais rien, m&#234;me pas le journal... tout &#224; coup, il s'est int&#233;ress&#233; &#224; son travail, il posait ses grosses mains sur ses &#233;paules. Elle se figeait d'un coup, comme glac&#233;e, pr&#234;te &#224; se briser en petits morceaux de verre. Quand j'ai compris qu'il la reniflait, la fr&#244;lait et qu'il voudrait plus, je lui ai dit : &#171; Claquette, il faut qu'on s'en aille d'ici et vite fait ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a imm&#233;diatement &#233;t&#233; d'accord pour partir &#224; l'aventure avec moi. Et Claquette, elle tremblait tellement, oh, pas le soir en allant se coucher dans son alc&#244;ve, parce que mon lit &#233;tait trop proche du sien pour que le Fernand tente quoi que ce soit &#224; ce moment. Mais dans la journ&#233;e, quand je partais travailler avec Marthe sur les march&#233;s et que le Fernand restait &#224; l'&#233;picerie avec Claquette. Tout ce temps-l&#224; sans moi, c'&#233;tait trop risqu&#233; vous comprenez. Il fallait faire vite. C'est pour &#231;a que j'ai d&#233;cid&#233; de prendre les &#233;conomies de Marthe dans leur cachette : sous la brique de la deuxi&#232;me chemin&#233;e de leur chambre, celle qu'ils n'allument jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le Juge, vous savez, c'est moi l'a&#238;n&#233;, de quelques mois seulement, mais quand m&#234;me ! C'&#233;tait &#224; moi que revenaient les d&#233;cisions, le plan... j'ai tout imagin&#233; seul. Claquette, de toute fa&#231;on, elle n'&#233;tait plus vraiment capable de r&#233;fl&#233;chir ces derni&#232;res semaines avant notre fugue. Elle semblait comme absorb&#233;e par quelque chose en dedans. Dans sa t&#234;te. Et elle ne voulait pas me confier son secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir o&#249; on a d&#233;cid&#233; de s'enfuir tous les deux, je lui ai demand&#233; de pr&#233;parer un petit sac, pas trop lourd, avec juste ce qu'il fallait pour les premiers jours. Et elle l'a cach&#233; sous son lit en attendant le d&#233;part. J'ai choisi un dimanche parce que Marthe se rend &#224; l'&#233;glise du quartier, elle ne rate jamais une messe ; le Fernand non plus, mais on sait bien qu'il l'accompagne uniquement pour aller boire un coup apr&#232;s l'office au comptoir du Petit Quai : ce bistro, c'est le rendez-vous de tous les petits commer&#231;ants de notre rue. Certains y restent des heures : ceux qui n'ont pas de femmes qui pr&#233;parent le rago&#251;t familial et les attendent ; les autres, comme le Fernand, ils rentrent toujours en mettant plus de temps au retour qu'&#224; l'aller, ils zigzaguent un peu, il faut dire... Marthe, cette fois, elle devait rendre visite &#224; une ancienne voisine partie s'installer &#224; Sainte-Luce-sur-Loire ; avec le train, elle en avait pour tout le reste du dimanche, alors je savais que le vieux en profiterait pour tra&#238;ner au troquet plus que d'habitude. Du coup, Claquette a pr&#233;text&#233; des maux de ventre pour ne pas aller &#224; la messe ce matin-l&#224; et moi, depuis que je m'endors durant les pri&#232;res &#224; chaque fois, que je ronfle et que je fais honte &#224; Marthe, elle a d&#233;cid&#233; depuis quelque temps de laisser &#171; mon &#226;me &#224; l'abandon &#187; ; elle tente parfois de m'amadouer pour que je revienne avec eux &#224; Sainte-Jeanne, ou de me faire peur avec ses descriptions de l'Enfer et de ce qui m'attend apr&#232;s la mort. Monsieur le Juge, apr&#232;s la mort, moi je pense qu'il n'y a rien ni personne qui nous attend. En fait, tant mieux, parce que s'il y a vraiment quelqu'un qui est cens&#233; surveiller ce qui se passe ici, il fait dr&#244;lement mal son boulot. Alors, moi, je lui botterais bien les fesses &#224; ce grand Dieu de mis&#233;ricorde qui me para&#238;t carr&#233;ment aveugle, si d'aventure je le rencontrais. Ou alors c'est vraiment qu'il est trop occup&#233; avec tous les criminels de la Terre et qu'il est d&#233;bord&#233;, le pauvre ! Donc moi, je n'allais plus &#224; l'&#233;glise le dimanche, j'allais &#224; la p&#234;che un peu plus bas, le long de la Loire, l&#224; o&#249; les bourgeois des beaux quartiers vont faire du canot en amoureux. Je regardais le fleuve qui file vers l'oc&#233;an, je saluais les navires et le temps passait comme mes chagrins qui disparaissent, lentement, sans faire de bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dimanche-l&#224;, on allait &#234;tre tranquilles, Claquette et moi, pour prendre nos petites affaires et filer d&#232;s que les propri&#233;taires seraient partis. J'ai fonc&#233; jusqu'&#224; la chemin&#233;e, j'ai soulev&#233; la brique. J'ai trouv&#233; le petit coffre, il n'&#233;tait m&#234;me pas cadenass&#233;. J'ai laiss&#233; la moiti&#233; du tr&#233;sor, juste pour Marthe. Elle travaille dur tous les jours, elle s'est bien occup&#233;e de nous deux depuis notre placement chez elle, d'aussi loin que je m'en souvienne. C'est pas de sa faute tout &#231;a, c'est son mari, le cochon ! J'ai entendu tout &#224; coup Claquette qui hurlait depuis notre chambr&#233;e. C'&#233;tait un cri, Monsieur le Juge, vous l'auriez entendu, un cri &#224; vous glacer le sang. J'ai d&#233;val&#233; l'escalier et j'ai vu le Fernand. Finalement, il avait d&#251; changer d'avis apr&#232;s la messe, il &#233;tait rentr&#233; directement. Je ne voyais plus que son dos large et ses mains immenses sur Claquette. Elle &#233;tait comme &#233;cras&#233;e par un ogre, il la maintenait clou&#233;e sur son lit, elle ne bougeait plus, il n'y avait que lui qui s'agitait. J'ai lev&#233; mon bras aussi haut que j'ai pu, j'ai frapp&#233; sur son cr&#226;ne avec la brique que j'avais conserv&#233;e dans la main. Il s'est &#233;croul&#233; d'un coup, il a gliss&#233; contre les montants du lit, sans un mot. J'ai vu le sang sur la brique et sur ma main avant de voir celui qui s'&#233;coulait de la plaie sur sa t&#234;te. J'ai enjamb&#233; son corps, j'ai secou&#233; Claquette. Je n'ai pas eu d'efforts &#224; faire pour qu'elle r&#233;agisse. Brusquement, elle s'est lev&#233;e, elle m'a dit : &#171; On court, Gabriel ! &#187; et on a attrap&#233; son sac sous le sommier. On est partis sans m&#234;me fermer la porte de la boutique (c'est b&#234;te maintenant que j'y pense, c'est ce qui nous a trahis plus vite...) Claquette, son sac, moi et notre maigre fortune. On n'est pas all&#233;s bien loin, vous connaissez d&#233;j&#224; cette partie-l&#224; de notre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez, Monsieur le Juge, depuis qu'on a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s &#224; la sortie de la ville, le lendemain, on a &#233;t&#233; s&#233;par&#233;s. La derni&#232;re fois que je l'ai serr&#233;e dans mes bras, c'&#233;tait quand on a essay&#233; de dormir tout pr&#232;s du pont transbordeur. Avec tous les filets et les ballots qui tra&#238;nent dans le secteur des hangars, on s'&#233;tait fait un petit lit bien douillet pour la nuit. Lorsque les gendarmes sont arriv&#233;s, ce sont les chiens, leurs aboiements, leurs yeux jaunes qui l'ont effray&#233;e, bien plus que les hommes. Et au tribunal, je ne l'ai pas revue. On m'a dit que vous aviez d&#233;cid&#233; de l'envoyer dans une maison pour filles, tenue par des religieuses, une esp&#232;ce de maison de redressement. Moi, vous m'avez plac&#233; dans une maison de correction, pour &#171; pupilles de la nation &#187; on m'a dit. C'est pas pour vous f&#226;cher, Monsieur le Juge, mais Claquette, elle n'a pas besoin d'&#234;tre &#171; redress&#233;e &#187;. D'abord, parce qu'elle n'a rien fait, rien pr&#233;par&#233;, rien voulu. Tout &#231;a, c'est comme un torrent qui nous a secou&#233;s, on a juste essay&#233; de garder la t&#234;te hors de l'eau. Elle a seulement suivi mon id&#233;e. Ensuite, parce que, &#224; ce que je d&#233;couvre des &#233;tablissements qui s'occupent de gamins comme nous, c'est parfois pire que tout ce qu'on a connu auparavant... peut-&#234;tre que vous n'en avez jamais entendu parler dans vos beaux bureaux, mais moi, j'en avais discut&#233; avec des gar&#231;ons qui avaient &#233;t&#233; envoy&#233;s quelque part en Touraine, une &#171; colonie &#187; comme ils l'appelaient. Ils y &#233;taient rest&#233;s plusieurs mois. Rien qu'&#224; les &#233;couter, &#231;a ne m'avait pas paru bien glorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que j'y suis, dans un de ces camps pour mineurs, je travaille presque dix heures par jour sous l'ordre de contrema&#238;tres, &#224; la forge, &#224; la saboterie, &#224; la brosserie... on dort dans des hamacs puants, on mange &#224; de grandes tabl&#233;es, mais les assiettes sont bien petites ! On est toujours sous le regard mena&#231;ant des plus vieux. Des jeunes de l'assistance publique font la loi, triant entre les faibles, les durs et leurs favoris... Je fais partie des teignes, l&#224;-bas, j'y suis bien oblig&#233; si je ne veux pas me retrouver dans de sales draps... et ce n'est pas une image, Monsieur le Juge, les plus grands, ils profitent des plus petits et ils les forcent &#224; venir dans leurs sales combines. Les coups pleuvent, l&#224;-bas, de partout, il faut se m&#233;fier de tous. Et puis je ne risque pas de progresser en math&#233;matiques ou en lecture, parce que vu le temps qu'il nous reste pour les le&#231;ons dans la journ&#233;e, avec la fatigue, on s'endort plus sur nos livres d'&#233;tude qu'on ne les lit. Mais personne ne s'en pr&#233;occupe vraiment. Malgr&#233; le d&#233;cor, les jolies all&#233;es bord&#233;es de marronniers et l'&#233;glise, c'est un vrai bagne, Monsieur le Juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors si je vous &#233;cris, ce n'est pas pour moi, vous voyez, moi je tiendrai le choc. Plusieurs ann&#233;es, s'il le faut. Et je retrouverai ma Claquette apr&#232;s. Mais si chez les bonnes s&#339;urs, c'est pareil que pour les gars, elle ne va pas tenir, ma brunette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce que je veux vous demander, Monsieur le Juge, c'est de faire preuve de mis&#233;ricorde, justement, vu que c'est vous qui d&#233;cidez de notre sort. Claquette, elle m&#233;riterait des brouettes enti&#232;res de gentillesse. Le Fernand, il s'en est sorti avec quelques points de suture. J'ai bien entendu ce qu'il vous a dit &#224; l'audience : qu'il fallait faire un exemple. Que nous, les enfants de personne, on est de la sale graine. Pour s&#251;r, avec un tuteur comme lui, on ne risque pas de pousser droit ! C'est Marthe qui m'a fait mal au c&#339;ur &#224; la barre, &#224; s'imaginer qu'on n'en voulait qu'&#224; son argent et qu'on ne l'aimait pas vu qu'on l'a quitt&#233;e comme &#231;a...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous jure, Monsieur le Juge, si vous trouvez &#224; Claquette un bon foyer, un endroit o&#249; elle n'aura plus &#224; avoir besoin d'un protecteur, elle grandira bien mieux. Elle deviendra la plus belle des filles de Nantes. Si &#231;a se trouve, avec le temps, elle effacera toute cette mis&#232;re de sa m&#233;moire. Et s'il faut qu'elle m'oublie pour trouver un amoureux, un vrai, je veux dire, un qui lui apporte de la chaleur toute douce et du bonheur, et bien, quand j'aurai purg&#233; ma peine, je partirai de Nantes ; des bateaux qui engagent des mousses, il y en a plein le port : il y en aura bien un qui voudra avoir &#224; son bord un ange, vous ne pensez pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gabriel &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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