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		<title>VIE INT&#201;RIEURE </title>
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		<dc:date>2025-02-28T13:06:13Z</dc:date>
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		<dc:creator>L&#233;o Bontempelli</dc:creator>



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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1442.jpg?1740747962' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_598 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/01-03-_mars_2024__at744_vie_inte_rieure1.jpg?1740747799' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-598 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt; Petite faim&#8230; Non, surtout ne pas y penser. Reste concentr&#233;. Laisse le chrono d&#233;filer, garde tes yeux sur le jeu. Manquerait plus que tu rel&#226;ches la pression et que &#231;a finisse mal. Bien d'autres avant toi ont commis l'erreur : se gratter les fesses au mauvais moment, boire une gorg&#233;e d'eau en pleine dispersion, faire signe aux fans dans les gradins&#8230; tout &#231;a, tu oublies. Un seul mot d'ordre : la concentration, bordel ! Tous ces fous furieux derri&#232;re toi ont beau t'insulter et se foutre de ta gueule, ignore-les. Ils rient maintenant, mais dans quinze minutes ils pleureront. &lt;br class='autobr' /&gt; Merde, une contre-attaque ! Ils remontent le terrain c&#244;t&#233; droit. Daniel va intervenir&#8230; mais il se fait dribbler. Mes a&#239;eux, &#231;a se rapproche ! Cambre-toi. Fais tourner ton jeu de jambes, assure tes appuis. Observe bien : leurs deux attaquants font l'appel dans l'axe. Ils vont la jouer longue. Hop ! avance et capte le ballon. C'est bien ! &lt;br class='autobr' /&gt; Pas la peine d'en faire des caisses &#224; jouer les missionnaires sur la pelouse. Relance vite vers ta sentinelle. Apr&#232;s tout, si le jeu est aussi mou, tu as ta part de responsabilit&#233;. Comment va le poteau droit ? Il r&#233;agit bien &#224; mon coup de pied. Est-ce que j'ai le temps d'aller t&#226;ter le gauche ? Je vois que Lionel temporise et joue la passe lat&#233;rale. Barr&#233; comme &#231;a, on risque pas d'aller marquer, les gars ! Au moins, on garde le ballon. &lt;br class='autobr' /&gt; J'ai soif&#8230; Plus tard. J'aurais d&#251; me mettre &#224; l'harmonica. Ce serait marrant de jouer quelques notes au pied des cages pour tuer le temps. Imagine un cow-boy au stade. Et puis c'est pratique, tu peux le glisser dans ton short. On se fait chier&#8230; Vous faites trop de fautes, les enfants ! Penser &#224; des trucs positifs. J'ai h&#226;te de voir la saison 3 ! Mais j'ai peur que les sc&#233;naristes ne partent sur autre chose. En moins bien. Que Rio cultive des patates ou que le Professeur devienne&#8230; vraiment prof. Est-ce que mon homologue regarde la s&#233;rie ? Ce connard de Slov&#232;ne ! S&#251;rement que lui aussi doit bien s'emmerder. Le salaud, il a eu aucun arr&#234;t &#224; faire de tout le match. Et puis, il avait ses supporters derri&#232;re lui pendant la premi&#232;re mi-temps. Il a peut-&#234;tre laiss&#233; un gri-gri pr&#232;s du but ? Et s'il avait piss&#233; sur ma ligne, ni vu ni connu ? Un genre de rituel slave pour me porter la poisse. On est en finale, tous les coups sont permis. J'aurais d&#251; mettre de la colle sur sa barre transversale. Ou du poivre pour le faire &#233;ternuer. Allez, tu d&#233;lires ! Reste zen... &lt;br class='autobr' /&gt; Ah, Andr&#232;s se chauffe ! Il d&#233;double avec Jordi et file c&#244;t&#233; gauche. Il calme le jeu, bien&#8230; Nouveau une-deux avec Jordi et le voil&#224; &#224; l'entr&#233;e de la surface. EN RETRAIT, EN RETRAIT ! Lionel t'attend, il te guette, te supplie, il a le pied chaud, pr&#234;t &#224; envoyer la pur&#233;e ! NON ! Pourquoi tenter ta chance ? L'autre a de la super-glu dans les gants ! J'ai beau mesurer vingt centim&#232;tres de plus, je serais incapable d'avoir sa d&#233;tente. Je peux faire bonne figure en championnat, mais l&#224;, sur la sc&#232;ne europ&#233;enne, si ma d&#233;fense me demande de jouer les albatros pour capter un ballon, je leur dirai : &#171; C'est mort les filles, hors de question que je me p&#232;te une c&#244;te. Karen et moi, on se marie dans deux mois. &#187; Faut reconna&#238;tre qu'il est bon, ce petit b&#226;tard de Slov&#232;ne. Si je lui envoyais un compliment ? Histoire de gueuler sur cent m&#232;tres : &#171; BIEN JOU&#201;, P'TITE BITE ! LA PROCHAINE, TU L'ARR&#202;TERAS PAS ! &#187; Ouais, sauf que &#231;a va &#234;tre mon tour. Je sens le vent qui tourne. Je connais bien cette intuition. C'est pour tr&#232;s bient&#244;t. &lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s le dribble manqu&#233; de Lionel, je vois tout l'espace qu'ils ont dans l'axe pour d&#233;clencher une attaque verticale. Leur ailier droit est d&#233;j&#224; lanc&#233;. Ils font la passe. En bon gardien, je garde mon sang-froid : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; REMONTEZ, BANDE DE CHIENS ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Si ces salauds marquent &#224; la 88&#232;me, on l'aura dans l'os. &lt;br class='autobr' /&gt; Ne pense pas au pire. L'ailier s'appuie sur son milieu et part dans le dos de notre d&#233;fense. La passe est manqu&#233;e, mais leur num&#233;ro 6 veille et peut relancer l'action. Vigilance, ma poule ! Ils changent de c&#244;t&#233; et lancent l'assaut depuis la gauche. J'ai vu l'Allemand. Et j'ai surtout vu que ma d&#233;fense a les yeux riv&#233;s sur le centre. Je m'&#233;nerve, pointe l'Allemand &#224; G&#233;rard, mais c'est trop tard. L'arri&#232;re gauche effectue un centre long et tendu. J'h&#233;site, G&#233;rard h&#233;site, Carlos a l'air de chasser les papillons dans le ciel de Londres, et voil&#224; que le cuir arrive sur l'Allemand. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; D&#201;FENSE ! D&#201;FENSE ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Inutile de gueuler sur tes coll&#232;gues. Inutile aussi de tendre le bras et prendre la pose de statue grecque pour te donner bonne conscience. C'est cuit : l'Allemand s'&#233;l&#232;ve dans les airs, s'impose face &#224; Jordi et pique sa t&#234;te. Le ballon ne t'arrive pas dessus, il rebondit &#224; deux m&#232;tres et va se loger entre la barre transversale et toi. Supr&#234;me humiliation. 1-0 pour les Bavarois. &lt;br class='autobr' /&gt; Tu soupires, tu r&#226;les, vous &#234;tes tous l&#224; &#224; vous rejeter la faute pendant que les autres vont c&#233;l&#233;brer leur but dans le virage nord du stade. Les hurlements des supporters te font dresser les poils de dos - tu n'as pas de poils ailleurs. Pour te r&#233;conforter, tu te revois prenant un bain avec Karen un an plus t&#244;t, quand vous viviez &#224; Amsterdam. Elle et toi jouiez avec les bulles, vous savonniez les &#233;paules, profitiez de votre fortune naissante. C'&#233;tait le bon temps, pas vrai ? Pas de pression, pas de Ligue des Champions, pas de salaire &#224; six chiffres, de marques de bi&#232;res comme sponsors, de contrats mirobolants. Et pas encore de fille. Merde, Gina&#8230; Elle est dans le stade avec Karen. Elle n'a que trois mois mais d&#233;j&#224; l'intelligence de sa m&#232;re : elle sait que son p&#232;re, les co&#233;quipiers, le club, le m&#233;tier, la vie de son p&#232;re, tout &#231;a n'est qu'un &#233;chec monumental. Tu remets tout en question : et si tu avais choisi boulanger plut&#244;t que footballeur ? Et si tu avais &#233;t&#233; un meilleur fils ? Et si tu &#233;tais sorti plus t&#244;t sur l'Allemand ? Que la Terre s'ouvre et m'engloutisse&#8230; Allez, il y a toujours de l'espoir ! Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour Gina. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; ON S'ACCROCHE, LES GARS ! IL RESTE DU TEMPS ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Ouais, enfin, il nous reste deux minutes. Peut-&#234;tre cinq, si l'arbitre est du genre cl&#233;ment. &lt;br class='autobr' /&gt; Remise en jeu dans le rond central. Lionel passe &#224; Didier et c'est reparti !&lt;br class='autobr' /&gt; T'as jamais &#233;t&#233; croyant. Comme ton p&#232;re. Ta m&#232;re, avec ses origines italiennes, a tout fait pour te mener sur la voie de Dieu. M&#234;me si t'as eu droit au bapt&#234;me et &#224; la communion, tout le d&#233;lire de la pri&#232;re, la messe, la confession, c'&#233;tait pas pour toi. Et puis, t'as quand m&#234;me crois&#233; tout ce qu'on fait de plus improbable dans le domaine spirituel ! Rappelle-toi Bogdan, quand tu jouais chez les juniors &#224; Chelsea. Avant chaque match, il allumait de l'encens dans les vestiaires, prenait la pose du lotus et r&#233;citait une phrase bizarre pour b&#233;nir le jeu de l'&#233;quipe. R&#233;sultat : vous &#233;tiez d&#233;j&#224; rel&#233;gu&#233;s &#224; dix matches de la fin du championnat ! Et ton pote Moussa, l'attaquant aux dreadlocks de l'&#233;poque d'Amsterdam, qui t'avait initi&#233; &#224; sa pri&#232;re en direction de la Mecque. Son truc, c'&#233;tait d'entrer pieds nus sur la pelouse. Il t'impressionnait avec son calme, son rel&#226;chement, sa vitesse avec ou sans ballon, cette gr&#226;ce qui fascinait les spectateurs et les photographes. N'emp&#234;che que, quand vous perdiez, c'&#233;tait le premier &#224; p&#233;ter un c&#226;ble dans les douches. Et il y allait pas de main morte : rappelle-toi l'arri&#232;re Alonso et ses vingt points de suture apr&#232;s s'&#234;tre pris les crampons de Moussa en pleine poire. Foutue guerre d'egos. Faut dire que Moussa et le repli d&#233;fensif, &#231;a faisait deux. &lt;br class='autobr' /&gt; Comme j'ai personne d'autre, je m'adresse &#224; toi, Dieu. Seigneur. Barbu Tout-Puissant. Difficile pour moi de bien te nommer. J'ai &#233;t&#233; une &#226;me &#233;gar&#233;e, un ignorant, un vaurien. Encore ce soir, je suis &#233;go&#239;ste. Pardonne-moi, comme je pardonne &#224; ma d&#233;fense. Est-ce que tu m'entends ? Tu as raison, je gagne des sommes folles alors que des pays entiers cr&#232;vent de faim. Mais si je fais ce m&#233;tier, c'est pour eux, pour la joie des foules. Je suis gardien de but, pas po&#232;te. &#192; travers le monde, des millions de c&#339;urs sont en train de battre au rythme de cette finale. Si tu entends ma pri&#232;re, fais qu'on s'approche enfin de ce foutu but adverse et qu'on &#233;galise. Je t'en supplie ! &lt;br class='autobr' /&gt; Mieux vaut tard que jamais, tu t'es mis &#224; croire&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le lointain, Andr&#232;s r&#233;cup&#232;re la balle. Profitant de l'appel de Didier, il d&#233;borde la d&#233;fense. Vas-y, ma poule ! Il acc&#233;l&#232;re, arme sa frappe et d&#233;clenche un missile&#8230; que le Slov&#232;ne d&#233;gage en corner. Tu l&#232;ves les yeux au ciel : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Lui, tu l'as d&#233;j&#224; b&#233;ni, avoue ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Lionel va tirer le corner. C'est la 91&#232;me. Encore deux minutes de temps additionnel. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; nouveau, tu sens ce vent, celui qui parcourt les stades &#224; travers les &#226;ges, la brise impalpable de l'irrationnel. Tu aimerais partir aider les potes mais les consignes du coach sont claires : ne jamais d&#233;laisser tes cages. De cette distance, tu es le meilleur des observateurs. Tu vois Lionel d&#233;poser son ballon dans la for&#234;t de t&#234;tes. Mais surtout, tu vois Didier qui s'est d&#233;barrass&#233; du marquage de la d&#233;fense du Bayern, s'&#233;carte de deux pas vers la droite, prend son &#233;lan et saute, abdos contract&#233;s, pour catapulter du front le ballon EN PLEINE LUCARNE ! Pas de hors-jeu, pas de faute, pas de retour en arri&#232;re. Enfin le Slov&#232;ne s'est inclin&#233; ! &lt;br class='autobr' /&gt; 1 BUT PARTOUT ! &lt;br class='autobr' /&gt; Tu deviens fou. Tu fais la danse de la pluie dans ta surface de r&#233;paration. Tu nargues ces cons de supporters bavarois qui, s'ils le pouvaient, descendraient t'arracher les castagnettes avec les dents. Tu remercies Dieu dans son infinie passion pour le football. Tes filets sont comme un magnum de champagne que tu secoues de retour au port apr&#232;s six mois en mer. Rien n'est perdu, mon vieux ! &lt;br class='autobr' /&gt; Une minute plus tard, l'arbitre siffle la fin du temps r&#233;glementaire.&lt;br class='autobr' /&gt; Ton c&#339;ur bat la salsa. Tu rejoins tes co&#233;quipiers et tapes dans les mains de Didier. Ton h&#233;ros. Pour un peu, tu lui roulerais la pelle du si&#232;cle. Mais tout reste &#224; faire. Boire un coup. Massages des kin&#233;s. Discours du coach : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; BRAVO LES MECS ! SERREZ LES FESSES ET CONTINUEZ LE PRESSING&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Tu sais ce que tu as &#224; faire : ne plus encaisser le moindre but. Ta vie en d&#233;pend. Comme l'honneur de Barcelone. Et l'avenir de ta famille, aussi. Tu jettes un &#339;il aux gradins pr&#232;s des bancs : elles sont l&#224;, au troisi&#232;me rang, &#224; sourire et t'encourager. Les deux femmes de ta vie. C'est pour elles que tu vas gagner. &lt;br class='autobr' /&gt; En retournant sur la pelouse, tu scrutes tes adversaires. L'&#233;galisation leur a fait mal. Ils s'y voyaient d&#233;j&#224;, les blaireaux. Pour eux, c'&#233;tait pli&#233; : le nom de leur club &#233;tait d&#233;j&#224; grav&#233; sur la Coupe, leurs couleurs honor&#233;es &#224; travers le stade, leur &#233;pop&#233;e inscrite &#224; jamais dans l'histoire europ&#233;enne. Et non, on est encore l&#224; ! Nous les r&#233;sistants, &lt;i&gt;O partigiano&lt;/i&gt;, qui secouons le destin &#224; la derni&#232;re minute.&lt;br class='autobr' /&gt; Coup de sifflet. D&#233;but de la prolongation. &lt;br class='autobr' /&gt; Les sens en &#233;veil, je suis le samoura&#239;, le ma&#238;tre zen, le yogi qui ma&#238;trise l'atome. Mes soldats se battent comme des lions. &#199;a se dispute le ballon, &#231;a se chamaille, &#231;a veut gagner la guerre des m&#226;les &#224; d&#233;faut de la possession. De la sueur plein son cr&#226;ne chauve, l'arbitre commence &#224; distribuer les cartons. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; part un centre que je capte facilement, les Bavarois sont en panne s&#232;che. Surfant sur notre coup de th&#233;&#226;tre, on est en confiance. C'est &#231;a, confisquez-moi ce ballon ! Malgr&#233; nos efforts, on a du mal &#224; inqui&#233;ter le Slov&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt; Pause fra&#238;cheur. Changement de c&#244;t&#233;. Nouveau coup de sifflet. Et deuxi&#232;me mi-temps de la prolongation. &lt;br class='autobr' /&gt; Dis-toi que tu es dans &lt;i&gt;La Casa de Papel&lt;/i&gt;. Imagine le Professeur &#224; ta place. Redressant ses lunettes, il met son plan &#224; ex&#233;cution pour gagner le titre. Dans son esprit, l'enceinte de Wembley n'est qu'une banque qu'on peut braquer avec un peu de pr&#233;paration et de bons &#233;l&#233;ments dans son &#233;quipe. Tu te vois convoquer les joueurs autour d'un tableau noir, une r&#233;plique du stade en papier blanc et des portraits de nos adversaires, craie &#224; la main, en d&#233;clarant : &#171; Les gars du Bayern Munich ont une faille, voil&#224; comment nous allons l'exploiter&#8230; &#187; Mais attention, car pendant que tu divagues, Ivan rate sa passe et voil&#224; que les Allemands se rapprochent. Ils se rapprochent m&#234;me tr&#232;s vite ! Leur num&#233;ro 8 lance l'Allemand &#224; l'entr&#233;e de la surface. Il croch&#232;te G&#233;rard, repique dans l'axe. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; ARR&#202;TEZ-LE ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Jordi m'&#233;coute un peu trop et se pr&#233;cipite. Il ne ma&#238;trise pas son geste et fauche l'Allemand dans les 16 m&#232;tres. &lt;br class='autobr' /&gt; Le temps s'arr&#234;te. Je regarde l'homme en jaune et vis trois longues palpitations... Je prie le Tout-Puissant, sans conviction. Je me suis d&#233;j&#224; fait &#224; l'id&#233;e que c'est foutu et j'avale une pinte de salive quand le coup de sifflet retentit. &lt;br class='autobr' /&gt; Penalty pour Munich. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est Pavel qui va tirer. Lui et sa gueule d'alligator, tu les as jamais sentis. Pas de quartier. Montre-lui qui est le roi dans cette surface. Le match l'a mis sur les rotules. Il a couru pendant deux heures. Toutes ses tentatives sont parties en tribunes. Dernier point : il est gaucher. Pavel te regarde. Affronte ses petits yeux de reptile. Il prend un sacr&#233; &#233;lan. Ne bouge pas. Ne t'occupe pas des signes que te font tes co&#233;quipiers. Tu sais o&#249; il va tirer. En l'espace de trois pas, tu sens qu'il va la jouer simple. Il a la balle de la victoire au bout des orteils. Il a trop peur de rater, encore une fois. S'il veut frapper d&#233;crois&#233; ou en panenka, il doit avoir une foi &#224; l'&#233;preuve des balles. Il ne l'a pas. Contrairement &#224; toi. &lt;br class='autobr' /&gt; Il frappe de l'int&#233;rieur, je plonge sur ma gauche et arr&#234;te la balle au ras du sol, elle manque de me passer sous le corps mais je suis vif, vif comme la mangouste face &#224; la vip&#232;re, et je reste au sol en agrippant le ballon. Toujours un but partout ! ET C'EST QUI, LE PATRON !! &lt;br class='autobr' /&gt; Je ne laisserai plus rien passer. Pas le temps de niaiser, je tape le cul de mes quatre d&#233;fenseurs et les renvoie au charbon. Les dieux sont avec nous. Ne rien l&#226;cher, jamais ! Je sautille sur ma ligne. Les cannettes et crachats des supporters du Bayern ne m'atteignent pas. Je n'entends plus que la foule des fid&#232;les catalans qui scandent mon nom. Jusqu'&#224; ma mort, ils voudront m'embrasser, m'offrir des colliers de fleurs, se prendre en selfie &#224; mes c&#244;t&#233;s, porter mes gants magiques et donner mon pr&#233;nom &#224; leurs fils. Je suis leur idole. &lt;br class='autobr' /&gt; Les minutes d&#233;filent. Tu fais tout pour calmer ce tsunami d'ivresse qui ne demande qu'&#224; t'envahir les veines. Coup de sifflet final : l'heure des tirs au but a sonn&#233;. Le moment pour toi d'entrer dans la l&#233;gende. &lt;br class='autobr' /&gt; Tension extr&#234;me au bord du terrain. Le coach donne la liste des tireurs. Tu viens encourager chacun de tes gars. Tu leur dis qu'ils sont les meilleurs, qu'ils doivent avoir confiance. Tu r&#233;p&#232;tes le conseil de Pep Guardiola : &#171; Vous vous fixez un endroit o&#249; tirer et vous ne changez en aucun cas d'avis. Et tout en allant vous placer pour tirer, vous vous r&#233;p&#233;tez en permanence : JE VAIS Y ARRIVER. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Tu salues le Slov&#232;ne. Respect entre goals, esprit sportif, honneurs avant la mise &#224; mort. Qu'est-ce que j'aimerais lui p&#233;ter la gueule &#224; ce connard ! Mais pas besoin. Je sais qu'il a peur. &lt;br class='autobr' /&gt; Par tirage au sort, la s&#233;ance des penalties se fera vers la tribune sud du stade. Face aux supporters catalans ! &lt;br class='autobr' /&gt; Le Slov&#232;ne est le premier &#224; se placer. &lt;br class='autobr' /&gt; Andr&#232;s ouvre le bal. Sous la nuit moite et le vacarme des milliers de fans en transe, mon capitaine s'&#233;lance. Contre-pied dans le petit filet. &lt;br class='autobr' /&gt; 1-0 pour nous. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; mon tour. Je crache deux fois dans mes gants, leur sentinelle se place. Il prend peu d'&#233;lan, s'avance et envoie une patate chaude en plein milieu du but. J'ai plong&#233; &#224; droite pour rien. &lt;br class='autobr' /&gt; 1 partout. &lt;br class='autobr' /&gt; Au tour de Jordi. Notre arri&#232;re gauche inspire, ne tremble pas et transperce la lucarne du Slov&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt; 2-1. &lt;br class='autobr' /&gt; J'y suis presque, mais la frappe d'un Pavel revanchard me fr&#244;le les doigts. &lt;br class='autobr' /&gt; 2 partout. &lt;br class='autobr' /&gt; G&#233;rard et sa m&#232;che s'avancent. Visage de marbre. Ses narines se dilatent, il s'&#233;lance&#8230; et glisse au moment de frapper. Le Slov&#232;ne capte la balle sans probl&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt; Toujours 2 partout. Premi&#232;re tuile&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; Je grimace, frappe des mains, sautille comme un boxeur. C'est au tour de leur num&#233;ro 9. Un gaucher. Je tente le m&#234;me coup qu'en prolongations, je pars sur le c&#244;t&#233; gauche mais sa frappe est trop bien plac&#233;e, &#224; mi-hauteur. &lt;br class='autobr' /&gt; 3-2 pour eux. &lt;br class='autobr' /&gt; Au tour de Lionel. Alors que le Slov&#232;ne bondit sur le c&#244;t&#233; droit, l'Argentin casse son coup de pied et envoie une panenka dans les filets. La classe, la beaut&#233;, le sang-froid. De quoi remotiver nos supporters ! &lt;br class='autobr' /&gt; 3 partout. &lt;br class='autobr' /&gt; Avant de rejoindre l'&#233;quipe dans le rond central, Lionel me lance un regard sanguin que je traduis par : &#171; ARR&#202;TE-MOI LE PROCHAIN ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Tu es le meilleur gardien au monde. Tu vas y arriver. C'est maintenant que l'Histoire s'&#233;crit. Les Catalans te regardent, sois leur Messie. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est l'Allemand qui s'avance. Le seul qui t'a battu pendant le temps r&#233;glementaire. La vie t'offre la plus belle des r&#233;parations. Saisis-la. &lt;br class='autobr' /&gt; Il embrasse le ballon. C'est &#231;a, file-lui l'herp&#232;s &#224; cet enfoir&#233; ! L'Allemand prend son &#233;lan, regarde &#224; gauche de la cage et se concentre. Quand il d&#233;marre sa course, tu as compris. Aucune loi ne l'explique, mais tu sais qu'il va renverser ton th&#233;or&#232;me du pied fort. Il t'a vu arr&#234;ter le tir crois&#233; d'un gaucher en plongeant sur ta gauche. Il sait que tu vas &#234;tre attentif sur le c&#244;t&#233; droit, car c'est plus facile pour un droitier sous pression de viser &#224; cet endroit. Mais c'est un vicieux. Il a regard&#233; ton c&#244;t&#233; gauche. &#192; GAUCHE !&lt;br class='autobr' /&gt; Je plonge, effleure la balle, la d&#233;tourne, elle heurte le poteau et sort du terrain. Le bruit a des allures de tambours, de trompettes, de ces gros cylindres qu'on frappe &#224; la fin d'une symphonie ; c'est l'espoir qui r&#233;sonne contre mon poteau ! &lt;br class='autobr' /&gt; Toujours 3 partout.&lt;br class='autobr' /&gt; Didier me tape dans les mains et vient placer le ballon. Sans ciller, il prend deux pas d'&#233;lan et catapulte un missile dans la lucarne droite. &lt;br class='autobr' /&gt; 4-3 pour nous. &lt;br class='autobr' /&gt; Je serre le poing. Une fois de plus sur la br&#232;che. Si j'arr&#234;te ce tir, le match est gagn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Leur num&#233;ro 8 s'approche. Hector. Un bon gars. Vous avez partag&#233; une saison &#224; Amsterdam. Il conna&#238;t ta femme, tu connais la sienne. Tu l'aimes bien. Et &#224; cet instant, c'est parce que tu l'aimes bien que tu dois &#234;tre le plus f&#233;roce des pr&#233;dateurs. Hector est droitier. Il aurait tendance &#224; frapper &#224; droite. S'il &#233;tait sournois, il viserait &#224; gauche. Mais c'est un chic type et il en a aval&#233;, des kilom&#232;tres. Non seulement il est rinc&#233;, mais il sait qu'un &#233;chec de sa part et son &#233;quipe dit adieu &#224; la Coupe. Que ferais-je &#224; sa place ? Dieu, que ferais-tu ?&lt;br class='autobr' /&gt; Hector s'&#233;lance. Je crois entendre les cris de joie de Gina, voir le sourire &#233;clatant de Karen, je sens une arm&#233;e de petits soldats se mettre en formation dans mon ventre. Le bassin d'Hector s'incline en avant vers sa gauche. FRAPPE CROIS&#201;E ! Impulsion sur mes jambes : &#192; DROITE TOUTE ! J'ai l'impression de grandir de trente centim&#232;tres et boxe le ballon juste avant la ligne. Le cuir flirte avec le poteau mais n'entre pas, il dispara&#238;t dans les tribunes de Wembley. &lt;br class='autobr' /&gt; 4 &#224; 3, score final. &#192; NOUS LA COUPE ! &lt;br class='autobr' /&gt; Toute l'&#233;quipe court vers moi. En un clin d'&#339;il, je disparais sous les joueurs de champ, les rempla&#231;ants, les assistants, l'entra&#238;neur, le staff m&#233;dical et des dizaines de supporters catalans venus participer &#224; la c&#233;l&#233;bration. Paradoxe savoureux : perdu au fond de la pyramide humaine, je sens tout le poids de la finale s'effondrer. Je suis l&#224; et plus l&#224; en m&#234;me temps. Mon esprit se vide. La victoire est l&#224; et j'ai du mal &#224; y croire. &lt;br class='autobr' /&gt; On se rel&#232;ve, tout le monde s'embrasse. Mes gants sous le bras, je f&#233;licite le Slov&#232;ne, salue le capitaine bavarois, ses joueurs, leur entra&#238;neur. Pas de d&#233;monstration : humble et sportif. Puis des larmes de joie &#233;clatent lors du tour de stade avec les &lt;i&gt;amigos&lt;/i&gt;. Karen et Gina me rejoignent sur la pelouse. Que mes reines sont belles, fi&#232;res, lumineuses. Dans quelques minutes, je vais soulever la Coupe aux grandes oreilles. &lt;br class='autobr' /&gt; Je suis le gardien le plus heureux du monde. Et &#224; cet instant, une seule pens&#233;e revient m'obs&#233;der : si tu faisais des p&#226;tes &#224; d&#238;ner ce soir ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;&#224; Johann Cruyff&lt;/i&gt;&lt;/h3&gt;&lt;/div&gt;
		
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