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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>L&#233;on le po&#232;te</title>
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		<dc:date>2025-03-29T12:15:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jo&#235;lle Caujolle</dc:creator>



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&lt;p&gt;Comme &#224; son habitude, L&#233;on paresse au Caf&#233; Baudelaire, dans un recoin tranquille o&#249; personne ne le d&#233;range. Il appr&#233;cie le charme surann&#233; des murs de briquettes un peu &#233;br&#233;ch&#233;es sur lesquels de petits spots jettent des &#233;clats ros&#233;s. Des ardoises proposent boissons et menus, des cadres noirs mettent en valeur des photos de paysages de montagne ou de bord de mer o&#249; L&#233;on ne s'aventure pas car il d&#233;teste l'eau. Il est l&#224;, pour l'atmosph&#232;re chaleureuse et le charme vieillot du caf&#233;. S'il boit, c'est (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1444.jpg?1743250506' width='120' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_599 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/leon2.jpg?1743250464' width='500' height='626' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-599 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; son habitude, L&#233;on paresse au Caf&#233; Baudelaire, dans un recoin tranquille o&#249; personne ne le d&#233;range. Il appr&#233;cie le charme surann&#233; des murs de briquettes un peu &#233;br&#233;ch&#233;es sur lesquels de petits spots jettent des &#233;clats ros&#233;s. Des ardoises proposent boissons et menus, des cadres noirs mettent en valeur des photos de paysages de montagne ou de bord de mer o&#249; L&#233;on ne s'aventure pas car il d&#233;teste l'eau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est l&#224;, pour l'atmosph&#232;re chaleureuse et le charme vieillot du caf&#233;. S'il boit, c'est essentiellement de l'eau plate, la moindre lamp&#233;e d'alcool le fait divaguer et la caf&#233;ine ne lui convient pas davantage. Lorsqu'il ne somnole pas, il &#233;coute d'une oreille les conversations. Il aime l'animation des moments d'affluence autant que le calme des heures creuses. S'il s'absente, les habitu&#233;s demandent : &lt;br /&gt;&#8212; L&#233;on n'est pas l&#224; ? &lt;br class='autobr' /&gt; Sa place r&#233;serv&#233;e offre une vue compl&#232;te de la salle, havre d'odeurs, de couleurs, de sons vari&#233;s et parfois de musique. Il per&#231;oit le heurt d'une assiette sur le comptoir de bois et la porte qui claque, enregistre l'imperceptible bruissement des pages d'un journal et de petits rires en cascade qui &#233;clatent et s'&#233;puisent peu &#224; peu. L&#233;on est po&#232;te, capable de conna&#238;tre l'extase pour un rai de lumi&#232;re embrasant l'&#233;tag&#232;re des verres ou pour les nuances des tomettes patin&#233;es par des milliers de pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ambiance cool cet apr&#232;s-midi, pense L&#233;on. Quatre participantes &#224; un atelier d'&#233;criture itin&#233;rant sont install&#233;es &#224; une table. Leur regard butine jusqu'&#224; ce qu'un d&#233;tail de leur environnement &#233;veille leur int&#233;r&#234;t, elles posent alors des mots sur leur page, puis leurs yeux refont le voyage entre la salle et leur carnet. L&#233;on observe leur man&#232;ge semblable au va-et-vient d'un insecte obstin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un couple &#226;g&#233;, engourdi par la fatigue post-prandiale, commande des boissons. L'homme boit un caf&#233; vanille dont l'odeur intrigue L&#233;on tandis que la femme savoure sa boisson chocolat&#233;e avec un plaisir &#233;vident qui dessine un joli sourire sur ses l&#232;vres, semblable &#224; celui du chat du Cheshire, songe-t-il. Peu &#224; peu les contours de son visage disparaissent et bient&#244;t il ne discerne plus que son sourire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain la salle s'anime. Des habitu&#233;s &#233;changent des nouvelles et Marina lance des paroles enjou&#233;es depuis le comptoir. Un bruit de bises claque, et encore sa voix proposant un caf&#233;. Un jeune homme debout, parle fort en ponctuant ses paroles de gestes amples. L&#233;on ne quitte pas des yeux ses mains, voletant autour de lui telles d'infatigables oiseaux. Puis il sent une douce torpeur l'envahir et ses yeux se ferment pour une de ces micro-siestes dont il se d&#233;lecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme &#233;l&#233;gant d'une cinquantaine d'ann&#233;es, aux cheveux grisonnants, pousse la porte du Caf&#233; Baudelaire. L'air frais s'infiltre dans la pi&#232;ce tandis qu'il h&#233;site sur le seuil, et il rentre car le froid est trop vif pour rester sur la terrasse offrant une vue magnifique sur la cath&#233;drale Saint-&#201;tienne. Il choisit une petite table ronde avec vue imprenable sur la fa&#231;ade de briquettes roses qui illumine la place. Il &#244;te son manteau et avant de s'asseoir, sort de l'une de ses poches, une enveloppe kraft qu'il pose sur la table et t&#226;te d&#233;licatement. Il se sent &#224; l'aise dans l'ambiance de ruche du Caf&#233; Baudelaire et jette un regard intrigu&#233; vers le petit groupe affair&#233; &#224; l'&#233;criture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un verre de bi&#232;re est &#224; pr&#233;sent pos&#233; &#224; c&#244;t&#233; de l'enveloppe, il y plonge ses l&#232;vres avec d&#233;lectation et observe un quinquado qui, sit&#244;t entr&#233;, dispara&#238;t derri&#232;re l'&#233;cran de son ordinateur. Cliquer, mailer ou je craque ! Ses neurones happ&#233;s par le circuit &#233;lectronique de la machine, il n'accorde aucun regard &#224; la salle et personne ne fait plus attention &#224; lui. Non loin du groupe de l'atelier d'&#233;criture, des jeunes gens papotent en un jargon d'&#233;tudiants d'&#233;cole de commerce, entrecoup&#233; d'expressions que L&#233;on, tir&#233; de son sommeil, comprend mal : c'est galvaud&#233;, h&#233;site pas, je r&#233;gale, c'est pas zizou. Une fille recommande : Cheulez pas trop ! sans se d&#233;partir de son air guind&#233;. Enfin ! ils sortent. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme &#224; la chevelure blanche a pouss&#233; la porte et s'assied &#224; pr&#233;sent devant le gu&#233;ridon proche de celui de l'homme. Sans attendre, elle fouille dans son sac pour en extraire une enveloppe blanche qu'elle pose devant elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il lui sourit et se pr&#233;sente : &lt;br /&gt;&#8212; Je suis Paul ! &lt;br /&gt;&#8212; Louise, r&#233;pond-elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle explique qu'elle a &#233;t&#233; motiv&#233;e par l'aspect ludique de la proposition d'&#233;criture. Il r&#233;pond que c'est sa seconde exp&#233;rience mais cette fois le contenu de son enveloppe est diff&#233;rent. Cette rencontre extravagante amuse Louise, et tandis que Paul admire le rideau soyeux et nacr&#233; de sa chevelure, elle trouve malicieux les yeux noirs de son co&#233;quipier. Elle songe que l'affinit&#233; ressentie de l'un envers l'autre, n'est pas de moindre importance pour ce qu'ils s'appr&#234;tent &#224; faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le groupe des &#233;crivaines les observe tout en continuant &#224; prendre des notes. Marina remarque Le Petit Robert pos&#233; sur leur table &#224; c&#244;t&#233; d'un dictionnaire des synonymes. Bel &#233;crivodrome, aujourd'hui ! se r&#233;jouit-elle. Le volume de la musique est bas, une belle lumi&#232;re passe par la porte vitr&#233;e et la cath&#233;drale resplendit sur la place Saint-&#201;tienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici venu le moment magique si attendu o&#249; Paul et Louise &#233;changent leur enveloppe, suscitant la curiosit&#233; de l'entourage. Les deux protagonistes d&#233;collent enfin le papier avec d&#233;licatesse et chacun &#233;tale le butin sur sa table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le gu&#233;ridon de Paul se d&#233;ploie la quintessence de la vie de Louise : &#224; c&#244;t&#233; d'un pinceau de peinture chinoise, de nombreuses photos : en minuscule b&#233;b&#233; souriant, enlac&#233;e &#224; un jeune homme, fillette sur une trottinette rouge, adolescente v&#234;tue d'une jupe indienne &#224; clochettes, adulte avec deux enfants. Suit le clich&#233; d'un jardin envahi de volubilis et de roses tr&#233;mi&#232;res, un billet d'entr&#233;e de l'exposition Chagall, &lt;i&gt;Le Triomphe de la Musique&lt;/i&gt;. Une jolie carte postale de &lt;i&gt;Soleil rouge&lt;/i&gt; de Zao Wou-Ki et une image du Mont Valier enneig&#233; compl&#232;tent ce micro-univers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Louise a dispos&#233; devant elle une partition de Vivaldi et divers clich&#233;s : chaussures de marche, biblioth&#232;que tapiss&#233;e de livres, femme en manteau de fourrure. Paul b&#233;b&#233;, dans les bras d'un grand gar&#231;on, photographi&#233; un jour de rentr&#233;e sous le porche de l'&#233;cole Jean Jaur&#232;s. Paul adulte, avec un chat roux &#224; pattes blanches endormi sur un tas de feuillets pos&#233;s sur son bureau. Adolescent, camp&#233; fi&#232;rement sur une mobylette rutilante. Une reproduction du &lt;i&gt;Jardin des D&#233;lices&lt;/i&gt; et une vieille loupe au manche orn&#233; d'un dauphin, &#233;meuvent Louise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consigne de leur jeu d'&#233;criture est d'inventer un texte dans une forme libre, &#224; partir du territoire intime d&#233;ploy&#233; sous leurs yeux. Louise et Paul sortent calepin et stylo et les voici partis pour une bonne heure d'&#233;criture. Juste le souffle de l'inspiration m&#234;l&#233; &#224; l'observation des objets. Ils restent r&#233;ceptifs &#224; la pr&#233;sence muette de l'autre qui pourrait r&#233;v&#233;ler des traits de son caract&#232;re. Louise observe de pr&#232;s les photos en s'aidant de la loupe et range les portraits en ordre chronologique. De ces tr&#233;sors, na&#238;tra un r&#233;cit fictif dont son partenaire sera le h&#233;ros.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Caf&#233; Baudelaire, le quatuor lit les textes produits avant de clore la s&#233;ance et le quinquado est sorti. Paul et Louise notent, raturent, r&#233;&#233;crivent, attel&#233;s au miracle d'offrir &#224; l'autre une version in&#233;dite de sa vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps &#233;coul&#233;, c'est Louise qui commence &#224; lire son texte, il porte sur l'origine du d&#233;sir d'&#233;crire de Paul. Celui-ci y retrouve, comme c'est le cas dans les sc&#233;narios des r&#234;ves, des &#233;pisodes modifi&#233;s de son existence, tandis que certains faits sont conformes &#224; la r&#233;alit&#233;. Un paragraphe &#233;voque le petit Paul se r&#233;fugiant dans la senteur florale du manteau de fourrure de son &#233;l&#233;gante m&#232;re. Plus loin est d&#233;crite son entr&#233;e &#224; l'&#233;cole Jean Jaur&#232;s o&#249; naquit sa passion pour la lecture et &#224; tant lire, il aima bient&#244;t &#233;galement &#233;crire. Adulte, il trouvait son inspiration dans la marche sur les sentiers des for&#234;ts d'Ari&#232;ge, les id&#233;es d'ingr&#233;dients pour de futures nouvelles, jaillissant au rythme de ses pas. La pr&#233;sence contemplative d'Ambre, sa chatte rousse &#224; pattes blanches, install&#233;e sur son bureau, &#233;tait l'autre &#233;l&#233;ment ind&#233;fectible de son inspiration.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin du r&#233;cit est tr&#232;s sombre. Un hiver, Ambre avait disparu et avec elle, le d&#233;sir d'&#233;crire de Paul. Nostalgique, il admirait parfois avec sa vieille loupe, une photo de sa muse d&#233;sormais absente. &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233;, Ambre &#233;tait particuli&#232;rement casani&#232;re et ne s'&#233;loignait jamais de l'espace de la maison et du jardin. Pendant la lecture de la nouvellette, L&#233;on, tir&#233; de sa somnolence, a redresse la t&#234;te pour mieux entendre, ennuy&#233; du ton grave qu'a pris l'histoire. Le drame n'est pas sa tasse de th&#233; ou pour mieux dire sa soucoupe de lait. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; pr&#233;sent, Paul lit son texte, un po&#232;me rim&#233; au style enfantin qui amuse Louise : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si fi&#232;re &#233;tait la fillette &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur sa rouge trottinette&lt;br class='autobr' /&gt;
Et plus tard v&#234;tue d'indienne&lt;br class='autobr' /&gt;
Telle une petite reine &lt;br class='autobr' /&gt;
Si pourpre le volubilis&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui la coiffe avec malice&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel d&#233;lice, cette h&#233;lice !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on s'est lev&#233; afin de mieux entendre le po&#232;me. Il creuse son &#233;chine, s'&#233;lance et saute l&#233;g&#232;rement sur le gu&#233;ridon de Paul pour venir se caler sur ses &#233;paules. Celui-ci se sent &#233;mu, car de la fourrure blonde et brune de L&#233;on, sort un parfum si doux !
&lt;br /&gt;&#8212; Oh ! dit-il en lui caressant le dessus de la t&#234;te, que voil&#224; un beau chat, fort, doux et charmant ! L&#233;on, sensible aux caresses et &#224; la po&#233;sie, ronronne joliment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marina s'est approch&#233;e et remarque que le discret L&#233;on fait une fois de plus la fiert&#233; du Caf&#233; Baudelaire.
&lt;br /&gt;&#8212; Quand il miaule, on l'entend &#224; peine, fait-elle malicieusement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul d&#233;clame alors : &lt;br class='autobr' /&gt;
Il juge, il pr&#233;side, il inspire&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes choses dans son empire ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre est-il f&#233;e, est-il dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berc&#233; par la musique baudelairienne, le feu des prunelles p&#226;les de L&#233;on donne &#224; ses yeux l'apparence magique de vivantes opales. Alors il miaule longuement, langoureusement. Louise conclut en souriant, que pour dire les plus longues phrases, sa voix n'a pas besoin de mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;f&#233;rence : Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, Texte de 1861, LI, Le chat&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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