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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>La bouture d'&#233;glantier</title>
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		<dc:date>2025-08-31T17:57:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Bessi&#232;res</dc:creator>



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&lt;p&gt;Si j'avais le sens de la formule, la ma&#238;trise du pass&#233; simple et le go&#251;t des choses bien faites, je pourrais d&#233;clamer un peu haut : &#171; voici ce qu'il advint dans mon jardin &#224; propos d'un pied d'&#233;glantine. &#187; Pas mal, comme d&#233;but de programme. Oui mais voil&#224;, si j'&#233;tais l'homme &#233;l&#233;gant, raffin&#233;, courtois et moraliste, &#231;a se saurait. Au lieu de quoi, je pr&#233;f&#232;re embrouiller des bouts de presque rien et raconter mes v&#233;rit&#233;s na&#239;ves. Je laisse aux auteurs morts leur pass&#233; simple, ils l'ont bien m&#233;rit&#233;. Quant &#224; mon (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1459.jpg?1756663022' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_607 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/la_bouture_d_eglantier-2_2618.jpg?1756663030' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-607 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Si j'avais le sens de la formule, la ma&#238;trise du pass&#233; simple et le go&#251;t des choses bien faites, je pourrais d&#233;clamer un peu haut : &#171; voici ce qu'il advint dans mon jardin &#224; propos d'un pied d'&#233;glantine. &#187; Pas mal, comme d&#233;but de programme. Oui mais voil&#224;, si j'&#233;tais l'homme &#233;l&#233;gant, raffin&#233;, courtois et moraliste, &#231;a se saurait. Au lieu de quoi, je pr&#233;f&#232;re embrouiller des bouts de presque rien et raconter mes v&#233;rit&#233;s na&#239;ves. Je laisse aux auteurs morts leur pass&#233; simple, ils l'ont bien m&#233;rit&#233;. Quant &#224; mon jardin, restons modeste, je n'ai pas exactement acc&#232;s aux faits, je veux dire par l&#224; &#224; l'essence des choses, je n'ai pas le droit de dire &#171; il s'est pass&#233; ceci &#187;. Je peux &#224; la rigueur dire ce que j'ai vu, ou du moins ce que j'ai cru voir, et enfin, c'est l&#224; qu'est l'art, je peux tenter de dire ce que j'ai ressenti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour commencer, si je choisis d'&#234;tre honn&#234;te, je dois confesser une erreur de vocabulaire. Je disais &#171; &#233;glantine &#187; pour parler de la plante elle-m&#234;me, alors que correctement, &#171; &#233;glantine &#187; est la fleur, la plante se nomme &#171; &#233;glantier &#187;. Oui mais voil&#224;, j'avais d&#233;j&#224; ma premi&#232;re phrase, et elle sonne assez bien, je n'ai pas eu le c&#339;ur &#224; la corriger. &#171; Pied d'&#233;glantine &#187;, ce n'est pas tout &#224; fait le bon usage, mais vous reconna&#238;trez que c'est beaucoup plus musical que &#171; pied d'&#233;glantier &#187;, qui est assez lourdaud. Et puisque nous en sommes &#224; parler technique, c'est une question qui est importante, comment arbitrer entre la musique et la rigueur ? Il me semble que le principe est simple : les deux doivent &#234;tre satisfaites. La mise en pratique de ce principe n'est qu'une question de travail. Je ne corrige pas ma premi&#232;re phrase, parce que je fais confiance &#224; l'instinct, mais je corrige mon titre, &#171; la bouture d'&#233;glantier &#187;, somme toute, &#231;a sent d&#233;j&#224; presque aussi bon que la fleur elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les pr&#233;liminaires sont importants ; vous en conviendrez, on ne peut tout de m&#234;me pas commencer un repas sans s'&#234;tre lav&#233; les mains et sans avoir mis la table. Et voil&#224; ce qu'il se passe quand je cuisine pour vous, j'ouvre mon dictionnaire. J'ai cherch&#233; &#171; &#233;glantine &#187; parce que je voulais l'orthographe correcte de &#171; cynorrhodon &#187;, et je voulais m'assurer que c'est bien la m&#234;me plante. On apprend d&#232;s l'&#233;cole qu'un auteur doit &#233;viter les lourdeurs, or les r&#233;p&#233;titions mal ma&#238;tris&#233;es font partie de ces lourdeurs, il faut alors s'&#233;quiper de synonymes. Encore une fois, c'est tr&#232;s simple &#224; comprendre, mais c'est un peu de travail. C'est gr&#226;ce &#224; cette s&#233;rieuse pr&#233;paration que j'ai pu prendre conscience de ma confusion entre &#171; &#233;glantine &#187; et &#171; &#233;glantier &#187;. Je ne voudrais tout de m&#234;me pas professer des b&#234;tises &#224; mes lecteurs. Nous apprenons au passage, dans le m&#234;me dictionnaire, que cette jolie plante dont il est question est parfois aussi appel&#233;e &#171; gratte-cul &#187;, ce qui est plaisant, ou &#171; rosiers des haies &#187;, voire &#171; rosier sauvage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Qu'on me pardonne, mais nous ne sommes pas encore pr&#234;ts &#224; croquer dans le vif de l'histoire. Il faut que j'expose pr&#233;alablement la m&#233;saventure de mon petit ch&#234;ne des garrigues. Il y a des ch&#234;nes des garrigues &#224; deux pas de chez moi, ces arbustes font des rejets. L'encyclop&#233;die est formelle, elle indique que &#171; le pied-m&#232;re forme une plante-fille pourvue de racines, que l'on peut s&#233;parer pour obtenir un individu autonome &#187;. J'ai tendance &#224; faire confiance aux encyclop&#233;dies et j'avais envie d'avoir chez moi un petit ch&#234;ne des garrigues r&#233;cup&#233;r&#233; localement &#224; bon march&#233;. J'avais donc pris ma petite pioche, j'avais pr&#233;lev&#233; une jeune pousse avec ses jeunes racines et un peu de sa terre natale. J'avais plant&#233; cela chez moi dans un pot avec ma meilleure terre d'accueil et mes bons v&#339;ux. J'avais observ&#233;, aim&#233; et arros&#233; ce petit pot avec son ch&#234;ne des garrigues. Il m'avait sembl&#233; que l'arbrisseau s'&#233;tait fait &#224; son nouvel environnement, je me voyais d&#233;j&#224;, peut-&#234;tre l'ann&#233;e suivante, l'installer en pleine terre. Il a tenu un mois ou deux, et il est mort. Trop d'eau ou pas assez, je ne saurai jamais. Je sais deux choses : il a tout de m&#234;me tenu un peu avant de mourir, il n'a pas tenu jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour ce qui est des mises en bouche, nous y sommes presque. Mon lecteur soucieux de se rep&#233;rer dans l'intrigue, tout malin qu'il est, a devin&#233; que pour ma bouture d'&#233;glantier, j'ai tenu compte en premier lieu des enseignements de ma bouture de ch&#234;ne qui avait &#233;chou&#233;. Nous voici donc au printemps. Je suis arm&#233; de la m&#234;me petite pioche que le coup d'avant, et je tente cette fois-ci de pr&#233;lever un rejet d'&#233;glantier. Il est juste de l'autre c&#244;t&#233; de la cl&#244;ture, je ne lui demande vraiment pas un grand voyage, mais j'aimerais l'avoir chez moi. Et j'aimerais pouvoir me dire, que cet &#233;glantier, l&#224; chez moi, est arriv&#233; par ma main. C'est sans doute un peu de ce r&#233;flexe de propri&#233;taire qu'ont les gens qui font des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	J'ai pris toutes mes pr&#233;cautions. Mon petit d&#233;racin&#233;, je lui ai fait un nid douillet, je l'ai nourri d'eau fra&#238;che et m&#234;me de l'amour qu'on peut proposer aux v&#233;g&#233;taux. Je lui ai offert un peu de ce soleil du printemps, il en faut, mais un peu d'ombre aussi aux heures d&#233;j&#224; chaudes. Je ne veux pas avoir l'air de me vanter, mais je l'affirme devant Dieu et mes voisins, ma bouture &#233;tait r&#233;ussie. Elle a fait ses racines nouvelles dans son pot, elle a fait sienne la terre que je lui ai donn&#233;e. Tous les jours, je veillais sur mon petit &#233;glantier. Trop chaud, pas assez, de l'eau, du soleil, un peu moins, je le savais avant lui, je le sentais aussi bien que lui, je souffrais des m&#234;mes soifs, je grandissais des m&#234;mes joies. Je ne me pr&#233;tends pas jardinier, mais tout de m&#234;me, quand on s'applique, quand on a avec soi les encyclop&#233;dies, la science, et la faveur de la Providence, on peut faire des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je ne l'appelais d&#233;j&#224; plus &#171; ma bouture &#187;, mais &#171; mon petit pied &#187;, mon &#171; rosier sauvage &#187; qui s'est laiss&#233; apprivoiser. &#192; sa base, il avait ses petites feuilles vert fonc&#233;, d&#233;j&#224; bien solides, et plus loin des feuilles vert tendre. Il avait pris des forces, il avait fait de grandes pousses qui d&#233;bordaient joyeusement de son pot. Il avait toute la vigueur, toutes les promesses de la jeunesse, il ne demandait qu'&#224; vivre. Il avait sur ses tiges les piquants de son esp&#232;ce, mais avec moi, il &#233;tait tout doux. De mon c&#244;t&#233;, je n'avais pas d'autre souci dans mon existence que d'&#234;tre inquiet de lui, j'avais du temps, de l'eau, de l'ombre et du soleil &#224; lui offrir. Nous devions traverser l'&#233;t&#233; ensemble, et c'&#233;tait presque s&#251;r, &#224; l'automne il aurait sa place en pleine terre. Soyons fous, soyons ambitieux, l'&#233;t&#233; prochain, peut-&#234;tre d&#233;j&#224; des fleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Votre &#233;crivain r&#234;veur et fabuliste, inutile bien s&#251;r, a tout de m&#234;me un grand d&#233;faut, il ne sait pas mentir. Ici intervient le passage o&#249; je parle de mon chat. Nous sommes au printemps, je ne me soucie que d'un petit pot avec un jeune &#233;glantier. Le 20 juin, une catastrophe d'ordre tr&#232;s sup&#233;rieur me tombe dessus. Un vrai probl&#232;me, de quoi me faire oublier mon jardin. Je suis capable d'aimer les plantes, mais tout de m&#234;me, un animal a la priorit&#233;. Le 20 juin, c'est la date exacte et je suis pr&#234;t &#224; produire la facture du v&#233;t&#233;rinaire, mon chat a d&#251; &#234;tre op&#233;r&#233; en urgence. Le 21 juin, c'est le premier jour de l'&#233;t&#233;, et cet &#233;t&#233; sera la premi&#232;re saison o&#249; je dois m'efforcer de sauver la vie de mon chat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je suis all&#233; &#224; l'&#233;cole presque aussi longtemps que vous, ne me regardez pas de haut avec ce petit air pinc&#233;, on m'a appris &#224; moi aussi &#224; dire du mal des hors-sujet. Et pourtant&#8230; Chaque chose est &#224; sa place dans cette histoire, c'est difficile &#224; croire, mais rien n'est superflu, rien ne d&#233;passe. Le titre annonce un &#233;glantier, et l'on peine &#224; le voir venir, on perd un temps pr&#233;cieux avec mille d&#233;tails, le dictionnaire d'abord, le ch&#234;ne des garrigues ensuite, et maintenant un chat ! Le titre &#233;tait sans doute trompeur, ou alors le d&#233;nouement nous r&#233;serve une compr&#233;hension inattendue &#224; la derni&#232;re phrase ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mon chat bless&#233; et op&#233;r&#233;, il est de retour &#224; la maison. J'ai alors cette injonction cat&#233;gorique, de la part du v&#233;t&#233;rinaire, de veiller mon chat, de ne pas le laisser sortir de la maison : &#171; le plus longtemps possible &#187;. Il est retenu prisonnier, c'est pour son bien d'accord, mais c'est contre son gr&#233;. Hygi&#232;ne d'un humain qui aime son chat, je d&#233;cide que s'il ne peut pas sortir, je ne sortirai pas non plus. Je veux qu'il souffre le moins possible, je ne veux pas que le pauvre animal m'entende marcher librement &#224; l'ext&#233;rieur pendant qu'il est emmur&#233;. L'&#233;t&#233; commence, et je suis enferm&#233; chez moi avec mon chat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les caresses, les longues explications nocturnes, les exasp&#233;rations devant les portes closes, les miaulements et les agacements, les jeux et la liti&#232;re, tout cela ne fait pas partie de l'histoire de mon &#233;glantier. Mon chat et moi, nous avons tenu cinq jours et presque cinq nuits. La cinqui&#232;me nuit, il devenait fou et je n'en &#233;tais plus tr&#232;s loin moi-m&#234;me. J'ai pris une des d&#233;cisions courageuses de mon existence, je l'ai regard&#233;, caress&#233;, et je lui ai dit : &#171; mon bon chat, tu veux sortir, je te comprends, j'ai fait ce que j'ai pu pour ton bien, maintenant je t'ouvre la porte, s'il te pla&#238;t, reviens vivant demain matin ! &#187; Je lui ai ouvert, il a regard&#233; trois secondes, interloqu&#233;, et il est sorti dans la nuit en trottinant. J'ai dormi aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le lendemain matin, mon chat &#233;tait sur le pas de la porte, il est rentr&#233; et sorti gaiement, il &#233;tait bien content de sa libert&#233; retrouv&#233;e. Il n'avait pas l'air f&#226;ch&#233; d'avoir &#233;t&#233; s&#233;questr&#233;. Il n'avait pas l'air non plus d'avoir rouvert sa blessure. Je me suis r&#233;veill&#233; lentement. Et puis, content moi aussi de retrouver la libert&#233;, j'ai profit&#233; de la lumi&#232;re du matin dans le jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pendant cinq jours et cinq nuits, je n'avais pas pens&#233; une seconde &#224; ma bouture. Pendant tout le temps que j'ai pass&#233; &#224; sauver le chat, de son c&#244;t&#233;, le petit pot avec l'&#233;glantier &#233;tait &#224; l'endroit le plus ensoleill&#233; du jardin, tout ce temps sans une seule goutte d'eau, au d&#233;but de l'&#233;t&#233;. Je l'ai retrouv&#233; au matin du sixi&#232;me jour, tout sec, les feuilles jaunes ou marron, les tiges raides. Si l'on peut &#233;prouver du chagrin pour une plante, c'est bien ce qui m'est arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les &#233;crivains d'un autre si&#232;cle auraient dit : &#171; zut ! &#187; C'est ce mot-l&#224; que j'ai eu en t&#234;te. J'&#233;tais d&#233;&#231;u et triste. Ma bouture qui &#233;tait presque faite, mon petit miracle gratuit, mon &#233;glantier &#224; moi, un jour prochain mes &#233;glantines, j'y croyais, &#224; tout cela. Et le pied sec, honn&#234;tement, on voit bien qu'il est mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je contemple mon &#233;glantier mort, je me sens coupable de l'avoir oubli&#233;, c'est par ma n&#233;gligence qu'il est tout grill&#233;. Mais je regarde juste &#224; c&#244;t&#233;, je vois mon chat vivant. Encore une fois, si un bel animal s'attache &#224; moi, si j'ai un peu le sentiment d'avoir &#233;t&#233; utile &#224; un gentil matou, le reste est tr&#232;s secondaire, les broussailles sont de moindre importance. Vous vous en doutez, si j'ai pris la peine de dessiner les tours et les contours de cette petite aventure dans mon jardin, c'est qu'il y a quelque chose dans ma conscience qui ne me laisse pas en paix. J'&#233;tais tout de m&#234;me d&#233;&#231;u. J'avais tout de m&#234;me &#233;chou&#233;. En cinq jours, j'ai fait mourir un &#234;tre vivant. Ce n'&#233;tait qu'un v&#233;g&#233;tal, c'est entendu, mais c'&#233;tait un &#234;tre vivant, j'avais pris soin de lui, j'avais choisi de m'occuper de lui. Je n'ai pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur de mon arbuste. Et ce n'est pas tout, il se passe pire que cela dans ma mauvaise conscience, je m'en veux d'&#234;tre d&#233;&#231;u pour de la simple verdure, alors qu'&#224; ce moment-l&#224;, je devrais &#234;tre pleinement joyeux pour mon chat sauv&#233;. Je ne devrais penser &#224; rien d'autre qu'&#224; mon animal, la brindille ne devrait m&#234;me pas me pr&#233;occuper. Quand on a un ami v&#233;ritable, on ne se soucie pas d'une paille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est ici, enfin, que commence ma nouvelle. Vers qui, vers quoi se tourner quand on d&#233;sesp&#232;re, quand on a du remords, quand on ne peut pas se satisfaire de ce que l'on a sous les yeux ? C'est le tragique du printemps dernier et des cinq premiers jours de l'&#233;t&#233; dans mon jardin, et c'est le tragique d'un certain nombre d'humains dans un certain nombre de cas. Ce qu'il faudrait appeler &#171; la r&#233;alit&#233; &#187; ne nous convient pas, on veut voir autre chose, ailleurs, plus loin. L&#224; devant moi, cette v&#233;rit&#233;, je la refuse. Je songe &#224; un autre monde. Cela s'appelle &#224; la fois du d&#233;ni et de l'espoir. La bouture d'&#233;glantier s&#232;che et grill&#233;e, apr&#232;s tout, si elle n'&#233;tait pas morte ? Et si, en donnant apr&#232;s coup l'eau et l'ombre qui ont manqu&#233; &#224; ma plante, je pouvais la sauver encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	M&#234;me la biologie la plus stricte est parfois ind&#233;cise. D'un c&#244;t&#233;, la mort a mauvaise r&#233;putation, pour &#234;tre franc, elle a la r&#233;putation d'&#234;tre irr&#233;versible. D'un autre c&#244;t&#233;, la science du vivant reconna&#238;t de mani&#232;re officielle des choses assez miraculeuses, surtout dans le r&#232;gne v&#233;g&#233;tal, et &#231;a s'est vu, des plantes d&#233;clar&#233;es mortes ont fini par repousser. Alors, je prends mon petit arrosoir, je mets ma bouture &#224; l'ombre, je d&#233;cide de ne pas perdre la foi et de refuser la mort de mon &#233;glantier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans les premi&#232;res semaines, il ne se passe rien. Du moins, rien de visible n'appara&#238;t dans mon petit pot de fleur. Voil&#224; une question de m&#233;taphysique, est-ce que le fait qu'il ne se passe rien de nouveau est plut&#244;t bon signe ou mauvais signe ? Un changement, je saurais l'interpr&#233;ter, mais l'absence de changement, dans une situation ind&#233;cise, c'est la porte ouverte &#224; la philosophie. Il faut faire le tri entre le d&#233;ni et les raisons d'y croire. Arriv&#233; &#224; ce point, la science a la main qui tremble, elle n'est plus aussi s&#251;re d'elle. Elle qui a longtemps affirm&#233; tout savoir et de mani&#232;re indiscutable, elle baisse les yeux, elle regarde ailleurs et elle soupire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Plus tard dans l'&#233;t&#233;, mon pied ne se d&#233;cide pas encore, il n'a pas choisi de se d&#233;composer d&#233;finitivement, il n'a pas choisi de reverdir. Et moi, audacieux, je tente un geste. Au s&#233;cateur, je le taille. Apr&#232;s tout, c'est une chose que l'on fait aux rosiers. Cela me remonte un peu le moral. Plus tard encore, des jeunes pousses de tr&#232;fle viennent dans le pot, mais l'&#233;glantier ne bouge pas. C'est joli, d&#233;j&#224;, le tr&#232;fle, &#231;a prouve que tout est encore possible. &#171; Tant qu'il y a de la vie&#8230; &#187; dit le proverbe, mais l&#224;, y a-t-il vraiment de la vie ? Y a-t-il vraiment de l'espoir ? D'autres proverbes, je le crains, disent aussi que les r&#233;surrections sont choses rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La science ayant fait place &#224; la philosophie, celle-ci c&#232;de &#224; son tour la place &#224; une forme de mystique. Voil&#224; le ph&#233;nom&#232;ne qu'on observe dans mon jardin cet &#233;t&#233;. Un homme qui n'est ni jardinier ni savant, qui aime un chat et des fleurs, un homme qui ne croit gu&#232;re &#224; la philosophie et aux religions, fait des allers-retours avec un petit arrosoir et des mauvaises pens&#233;es. Voil&#224; encore ma conscience qui me travaille. Est-ce que je perds mon temps, est-ce que je me voile la face ? Je suis peut-&#234;tre en train d'arroser de mani&#232;re totalement improductive une herbe morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Une autre voix r&#233;pond : &lt;i&gt;Improductive &#187;, et alors ? &#171; Morte &#187;, ce n'est pas &#224; toi d'en juger&#8230; Je vais te dire ce qui se passe. Tu rends hommage &#224; la d&#233;pouille d'une bouture que tu as aim&#233;e un mois ou deux. Mon petit bonhomme, il n'y a pas de mal. Et si te recueillir te fait du bien ? Et si tu aimes faire le geste de donner un peu d'eau au souvenir de ta plante et aux jeunes tr&#232;fles qui sont venus lui faire une couronne ? Apr&#232;s tout, il y a d'autres humains qui vont &#224; la Toussaint fleurir des tombes. Ils savent tr&#232;s bien que leurs disparus ne vont pas ressortir de terre. Ils ne sont pas plus b&#234;tes que toi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je continue donc, d&#233;votement, &#224; arroser mon petit pot, ce petit pot avec sa bouture dont personne ne sait si elle est morte ou vive. Cela ne sert peut-&#234;tre &#224; rien, mais je me sens humain. Un jardinier ou un botaniste auraient possiblement un avis, un th&#233;ologien &#233;galement. Mais je n'ai aucun de ces experts sous la main. Je dois me contenter de mon jardin, de ma cl&#244;ture et de ce que j'ai appris &#224; l'&#233;cole. Ce qui m'int&#233;resse, c'est que mon chat se porte de mieux en mieux, et moi aussi, car mon sentiment de culpabilit&#233; s'estompe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il faut me voir, moi le m&#233;cr&#233;ant, avec mon petit arrosoir, avec ma petite bouche qui n'a jamais articul&#233; des pri&#232;res, ma petite bouche qui ne sait pas comment faire pour demander de l'aide au ciel, j'esp&#232;re la r&#233;surrection, je n'ai aux l&#232;vres qu'un rictus. J'ai l'impression de trahir les encyclop&#233;dies. Mais je fais ce geste presque sacr&#233;, j'arrose une herbe s&#232;che. Imaginez qu'elle repousse, ma bouture ! Au printemps prochain, quelle joie ce serait ! Je fais mes allers-retours avec l'arrosoir, tout cela m'aide. Je commence &#224; comprendre le sens du mot &#171; rituel &#187;, et au-del&#224; du mot, je commence &#224; comprendre le rituel m&#234;me. Avec le temps, j'en viens &#224; me consoler tout &#224; fait de ma peine. Apr&#232;s tout, mon chat est en bonne sant&#233;, cet &#233;t&#233; se d&#233;roule finalement tr&#232;s bien. Que l'&#233;glantier repousse au milieu de ses petits tr&#232;fles ou qu'il s'&#233;teigne tout &#224; fait, les deux solutions me conviennent. S'il est mort, j'ai gaspill&#233; un peu d'eau de pluie. Mais un peu d'eau de pluie pour me reconstruire le moral, ma foi, c'est d&#233;j&#224; une op&#233;ration rentable. S'il revit, j'aurai presque fait une nouvelle pour rien, oh, tant pis, cela m'a fait plaisir quand m&#234;me. Cela m'a occup&#233; un peu et m'a donn&#233; l'occasion de passer du temps avec celui qui voudra bien me lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De toute fa&#231;on, on ne sait jamais rien. Imaginez que mon &#233;glantier ressuscite, je ne saurai toujours pas si c'est gr&#226;ce &#224; l'eau ou gr&#226;ce aux pri&#232;res. Vous pouvez bien vous efforcer &#224; ranger les livres de sciences et les livres de morale sur une m&#234;me &#233;tag&#232;re, vous ne parviendrez pas pour autant &#224; les faire dialoguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans cette nouvelle, pour faire le compte &#224; la fin, il n'y a absolument rien de faux, rien d'invent&#233;. Est-ce que c'est si grave de dire la v&#233;rit&#233; ? Est-ce que c'est si grave de dire ce &#224; quoi on pense ? Le d&#233;but a &#233;t&#233; tr&#232;s long, au milieu il ne s'est rien pass&#233;, et voil&#224; que maintenant la fin s'&#233;ternise. L'ensemble est poussif, on se demande pourquoi l'auteur tient &#224; nous maintenir en &#233;veil en m&#234;me temps qu'il semble nous pousser &#224; dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cet &#233;crivain r&#234;veur et fabuliste, futile sans doute, il a tout de m&#234;me r&#233;uni dans le m&#234;me papier les acharn&#233;s de la science positive et les acharn&#233;s du divin imp&#233;n&#233;trable. On me le reprochera &#224; coup s&#251;r, d'un camp comme de l'autre, mais on ne m'emp&#234;chera pas d'&#234;tre fier de mon papier. Peut-&#234;tre m&#234;me que les moins acharn&#233;s des deux camps, c'est-&#224;-dire les moins b&#234;tes, voudront bien m'accorder un sourire, et me reconna&#238;tre une certaine astuce. Finalement, je ne crois pas &#234;tre si m&#233;chant. Et je crois m&#234;me que je n'ai dit du mal de personne. Ce principe vital qui fascine les biologistes aussi bien que les religieux, est-ce qu'il est si diff&#233;rent ? Quand le pr&#234;tre sugg&#232;re que &#171; le Seigneur fait pour nous des merveilles &#187;, est-ce que le scientifique, de son c&#244;t&#233;, oublie sa capacit&#233; &#224; s'&#233;merveiller devant cette nature objectiv&#233;e mais fascinante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Voil&#224; le bilan, dans mon jardin, il ne s'est pas pass&#233; grand-chose, il s'est pass&#233; une chose banale : une tentative de bouture a &#233;chou&#233;. Et je me laisse aller &#224; ma faiblesse naturelle, &#224; mon grand d&#233;faut, je bavarde, je ne sais pas me taire, je fatigue mon lecteur de tours et de d&#233;tours assez pr&#233;somptueux. Disserter est une vertu de philosophe, conclure est la force du sage. Il faut maintenant en finir. Si le m&#234;me sentier est parcouru par un randonneur et par un p&#232;lerin, il me semble &#224; moi, qui ai &#233;t&#233; berc&#233; d'ath&#233;isme, que le p&#232;lerin invente une valeur qui n'existe pas dans la mat&#233;rialit&#233;. Mais en grandissant, j'ai appris &#224; laisser venir &#224; moi le doute et la beaut&#233;, il faut &#234;tre juste, le sentier a davantage de sens pour le p&#232;lerin. Sa marche est plus heureuse qu'une simple randonn&#233;e. Je me d&#233;p&#234;che de faire cette nouvelle avant d'avoir la r&#233;ponse au printemps prochain, parce que la r&#233;ponse, miracle ou poussi&#232;re, le d&#233;nouement de l'intrigue, on s'en moque compl&#232;tement, c'est la derni&#232;re des choses qui m'importe, &#231;a ne ferait que perturber la fable. Je ne vais pas m'amuser &#224; g&#226;cher un beau myst&#232;re avec l'expression objective des faits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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