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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Courir vite, vite</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/courir-vite-vite</link>
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		<dc:date>2025-09-30T23:07:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cl&#233;mentine Pons</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;(Ou comment ne pas savoir voler) (Ou comment &#233;teindre son t&#233;l&#233;phone devient vital) &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des jours o&#249; l'on ne demande rien. Pas de r&#233;ponse. Pas de miracle. Pas m&#234;me un message sympa d'un coll&#232;gue passif-agressif. Juste un peu de silence, un peu de vide, un peu de moquette mentale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des jours comme &#231;a, o&#249; exister semble &#234;tre une performance trop ambitieuse, et o&#249; le simple fait de tenir debout rel&#232;ve d'un aveuglement tenace. Alors on renonce. On se d&#233;sactive. On se range dans un coin. On devient (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1460.jpg?1759262323' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(Ou comment ne pas savoir voler)&lt;br class='autobr' /&gt;
(Ou comment &#233;teindre son t&#233;l&#233;phone devient vital)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des jours o&#249; l'on ne demande rien. Pas de r&#233;ponse. Pas de miracle. Pas m&#234;me un message sympa d'un coll&#232;gue passif-agressif. Juste un peu de silence, un peu de vide, un peu de moquette mentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des jours comme &#231;a, o&#249; exister semble &#234;tre une performance trop ambitieuse, et o&#249; le simple fait de tenir debout rel&#232;ve d'un aveuglement tenace. Alors on renonce. On se d&#233;sactive. On se range dans un coin. On devient meuble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit est n&#233; un de ces jours-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un mardi peut-&#234;tre. Ou un jeudi invisible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour sans particularit&#233;, sauf celle d'&#234;tre celui o&#249; j'ai d&#233;cid&#233; que voler &#233;tait une id&#233;e trop arrogante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trop humaine. Trop Google Calendar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit n'a pas de but.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne m&#232;ne nulle part.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une fl&#226;nerie existentielle &#224; plumes, un effondrement doux dans le terrier d'un monde o&#249; l'autruche est reine et o&#249; je ne cherche m&#234;me plus &#224; m'enfuir, je veux juste me planter, comme un bulbe fatigu&#233;, la t&#234;te dans la terre et les id&#233;es dans le coton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous n'y trouverez pas de morale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de solution.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peine une histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si vous avez d&#233;j&#224; eu envie d'&#234;tre une lampe IKEA non fonctionnelle dans un enclos grillag&#233;, alors bienvenue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entrez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Posez votre t&#233;l&#233;phone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Respirez dans un oreiller.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et souvenez-vous : ne m&#234;me pas pouvoir voler, c'est parfois ce qui vous sauve.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_608 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/autruches.jpg?1759481771' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-608 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui je plante ma t&#234;te dans le sol. Encore une fois parce que visiblement deux fois par semaine &#231;a suffit plus. Il faut que je le fasse chaque jour maintenant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sept appels manqu&#233;s, trois textos, un message WhatsApp d'Adrien. Je sais pas s'il comprend vraiment que je r&#233;pondrai pas. Un arr&#234;t maladie plus un prolongement d'arr&#234;t maladie plus encore un prolongement d'arr&#234;t maladie. Je sais que &#231;a inqui&#232;te Adrien. Pas parce qu'il se fait du souci pour moi &#8211; moi il s'en fout &#8211; non, il angoisse pour le bilan financier de la bo&#238;te, l'&#233;tat des comptes et la tr&#233;so. Des charg&#233;s de comm' en int&#233;rim, il y en a plein. Adrien, il s'en fout de moi. Et moi j'aimerais qu'il arr&#234;te de m'appeler.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#8220;Salut Salom&#233;, j'appelais pour prendre quelques nouvelles. Bon ben&#8230; &#233;cris moi si jamais. J'esp&#232;re que &#231;a va quand m&#234;me hein. &#192; tout vite.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui je plante ma t&#234;te dans le sol quand j'ose jeter un &#339;il &#224; mon t&#233;l&#233;phone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je le jette &#224; travers l'appart' et je m'&#233;tale sur le lit, le visage enfonc&#233; dans l'oreiller. Et puis dedans je crie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, je me risque &#224; me lever pour faire du caf&#233;. Mais je m'habille quand m&#234;me pas. C'est trop t&#244;t, c'est trop dur. Le caf&#233; est pas assez fort. C'est du sale jus de vieux slip pas lav&#233;. Je le bois en grima&#231;ant mais en &#233;tant quand m&#234;me fi&#232;re de ressentir quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ouvre pas mon ordi, j'ouvre pas mes mails, je rallume pas mon t&#233;l&#233;phone qui est tomb&#233; en rade de batterie cette nuit. Que ce soit Adrien ou n'importe qui, les copines, le facteur, la voisine du boucher de la cousine de mon oncle : j'en ai plus rien &#224; foutre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je mange presque. Quelques fruits secs. &#192; midi c'est pasta box parce que flemme de faire m&#234;me des vraies p&#226;tes. Je suis devenue liquide. Je glisse sur tout et tout m'absorbe. Des fois je jette un &#339;il vers mon portable. Je sais. Je sais que je devrais l'allumer. Et je sais qu'Adrien et les autres attendent derri&#232;re leurs tout petits minuscules &#233;crans. J'allume la t&#233;l&#233;. Elle m'avale, me bouffe, me m&#226;che et me recrache, encore plus broy&#233;e. Je suis qu'un tas d'os qui coule dans sa propre peau et qui s'enfuit dans le sol puisque j'y plante ma t&#234;te, le plus loin, le plus profond possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bient&#244;t 23 h &#8211; je crois. J'ai tout &#233;teint pour que personne puisse plus me contacter, mais du coup j'ai plus l'heure. Alors je devine, &#224; la lumi&#232;re du ciel, de la rue et au moment o&#249; le lampadaire coll&#233; &#224; ma fen&#234;tre s'allume.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai pas de rideau alors ce lampadaire illumine tout mon mini micro-studio trop petit pour moi et mes amertumes. Le rideau il est tomb&#233; il y a huit mois. Je l'ai jamais remis. Pas par flemme, mais parce que c'est tellement plus facile d'ignorer. Et puis c'est pas si pire de dormir &#224; la lumi&#232;re des r&#233;verb&#232;res. Je suis cal&#233;e sur le rythme de vie de la rue. &#199;a semble naturel, mais en fait c'est juste une mani&#232;re de pas prendre mes responsabilit&#233;s d'adulte, de pas m'occuper de moi-m&#234;me, de me laisser flotter parce que je sais plus faire que &#231;a. Et prendre des d&#233;cisions, m&#234;me juste celle d'aller dormir maintenant ou plus tard, c'est trop pour moi. &#199;a d&#233;rape, &#231;a rampe, &#231;a coulisse dedans moi, &#231;a se faufile, &#231;a s'insinue puis &#231;a s'&#233;chappe. Et puis je d&#233;rive, je sombre, je bascule. Et c'est l&#224; que j'enfonce ma t&#234;te dans le sol. &#199;a m'ancre. &#199;a m'immobilise. &#199;a me bloque, me calme, me neutralise. Je m'enfouis, &#224; d&#233;faut de m'enfuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui je m'habille. Je me regarde dans le miroir, mais j'arrive pas encore &#224; m'observer. C'est furtif. Juste pour v&#233;rifier que je suis toujours l&#224; et que j'ai toujours un visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est 13 h 30 environ, je pense. Je me lance dans le caf&#233; du r&#233;veil &#8211; plus de matins, de journ&#233;es, de soirs, de nuits pour moi maintenant. Cette fois je le fais trop fort. &#199;a se d&#233;verse au-dedans moi. Et &#231;a br&#251;le, &#231;a r&#226;pe, &#231;a &#233;corche ma gorge. Elle devient le ravin du ruisseau brun puissant, robuste, qui s'&#233;coule vigoureusement ou qui s'infiltre, goutte &#224; goutte ou par flots, comme le sang d'une b&#234;te bless&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un long temps &#224; regarder par la fen&#234;tre, inventer des vies aux passants et dormir, je me r&#233;veille le lendemain et, cette fois, c'est d&#233;cid&#233;, je sors. Je regarde mes chaussures comme un objet cataclysmique qui va peut-&#234;tre d&#233;truire ma journ&#233;e, comme si elles pouvaient m'exploser &#224; la gueule. Et puis je d&#233;cide que non. Ces chaussures, je vais les d&#233;scratcher, les mettre et les rescratcher. Et puis, en plus, et surtout, je vais marcher avec. Descendre les deux &#233;tages qui me s&#233;parent de la rue et avancer sur le b&#233;ton pas encore trop chaud de l'apr&#232;s-midi qui fait que commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sens l'air, pour de vrai de vrai, pas juste par la fen&#234;tre. Je respire peut-&#234;tre un peu plus fort, je suis pas s&#251;re. Comme je veux plus parler aux humains, je d&#233;cide d'aller au zoo. Il y a du monde donc finalement c'&#233;tait peut-&#234;tre pas la meilleure id&#233;e en tant que personne qui voulait &#233;viter tout contact. Il faut juste que j'&#233;vite les regards, que je baisse la t&#234;te tout bas, tout bas, encore plus bas, le plus bas possible. Je me roule presque en boule sur le chemin de terre battue. J'avance &#224; l'intuition, &#224; pas h&#233;sitants. Je regarde les singes savoir &#234;tre plus sociables que moi, plus avenants que moi, plus humains que moi. Je reste longtemps &#224; regarder les singes. Ils sont malins, dr&#244;les, certains un peu moches. Je souris. &#199;a faisait longtemps je me rends compte, alors j'arr&#234;te de sourire, comme si c'&#233;tait interdit. J'avance encore et j'aper&#231;ois l'autruche dans son enclos trop petit. Elle est calme, immobile, elle me scrute, je me rapproche. Elle m'examine, elle se rapproche. Elle m'inspecte, je tends un bras que je sais trop court pour la toucher, mais c'est juste pour le geste &#8211; je suis une femme dramatique. On s'observe les yeux dans les yeux pendant longtemps, longtemps. Je m'assois sur le banc et on continue &#224; se regarder longtemps, longtemps, et m&#234;me encore plus longtemps que &#231;a. Et puis j'oublie en fait que la journ&#233;e a une fin : le vigile du parc vient me rappeler qu'il faut que je rentre chez moi, je me rappelle que j'ai un chez moi, et qu'effectivement je dois rentrer chez moi. Alors je rentre chez moi. Et peut-&#234;tre que demain je reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le lendemain je reviens, oui. L'autruche est toujours l&#224; mais cette fois la lumi&#232;re est plus claire, je vois mieux ses plumes et son bec. Elle me semble immense, mais je me rapproche et elle rapetisse, moins impressionnante, en fait elle me ressemble je crois. Je vois dans ses yeux la m&#234;me flemme de vivre que moi. Mais je pense qu'elle, elle a pas d'Adrien qui lui envoie des mails et des textos et des messages sur WhatsApp et Instagram et m&#234;me sur Facebook ou sur Copains d'avant. Pas d'appels manqu&#233;s d'Adrien pour l'autruche. Comme je me suis rapproch&#233;e, je lis la plaque en plastique vert et orange devant : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Enclos de l'autruche&lt;br class='autobr' /&gt;
Struthio camelus&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les autruches sont les plus grands oiseaux du monde, incapables de voler mais incroyablement rapides &#224; la course (jusqu'&#224; 70 km/h).&lt;br class='autobr' /&gt;
Merci de ne pas nourrir les animaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gardez une distance de s&#233;curit&#233; &#8212; cet oiseau peut &#234;tre curieux&#8230; et un peu taquin !&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre autruche s'appelle Astrid.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je murmure : &#8220;Astrid&#8221; sans point &#224; la fin, une phrase pas commenc&#233;e que d&#233;j&#224; elle est pas termin&#233;e. Juste un pr&#233;nom en suspens, un pr&#233;nom d'autruche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens le lendemain. Et tous les lendemains. Et tous les jours en fait. Et toute la journ&#233;e. Je suis l&#224; &#224; l'ouverture &#8211; et m&#234;me avant parfois, j'attends devant la grille &#8211; et jusqu'&#224; la fermeture. Jojo le vigile partage souvent une clope avec moi avant de fermer le parc. Un signe de la main et je rentre chez moi. Mais l'autruche reste. L&#224;. Dans la t&#234;te. Dans les yeux. Je commence m&#234;me &#224; en r&#234;ver. Et quand j'y retourne je crois bien que je vois dans son regard qu'elle a aussi r&#234;v&#233; de moi. Elle me le dit par la pens&#233;e je crois. Elle envoie des signaux. Des ondes. Des impulsions d'autruche. On est comme branch&#233;es sur la m&#234;me fr&#233;quence, Astrid et moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme moi, elle est grande mais invisible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme moi, elle est immobile et muette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme moi, elle a les plumes un peu de travers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme moi, son pr&#233;nom a six lettres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Astrid et Salom&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A S T R I D&lt;br class='autobr' /&gt;
S A L O M &#201;&lt;br class='autobr' /&gt;
AS SA TL RO IM D&#201;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son pr&#233;nom je me fragmente un peu. Dans son pr&#233;nom je me brise, je m'effrite. Je me morcelle, me divise, d&#233;compose, d&#233;chire, je me fractionne, m'&#233;clate, me d&#233;membre, me scinde en deux ou dix ou mille parties, je me d&#233;structure, je me disloque, me s&#233;pare de moi-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme Astrid, je regarde celles et ceux de l'autre c&#244;t&#233; de l'enclos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme Astrid.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois qu'Astrid, c'est beaucoup plus qu'une simple ressemblance, qu'un &#233;cho ou deux regards crois&#233;s. Je suis en elle. Elle est ma fuite. Plus d'Adrien, plus de blockchain, d'IA, de machine learning, big data, cloud computing, plus de metaverse, de software, low-code, no-code, stack technique, devOps, fullstack, plus d'infrastructure scalable, de workflows, de data-driven, d'UX et UI design, plus de putain de merde de disruption &#224; la con.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, le mardi, Astrid a l'air de plut&#244;t bonne humeur. Et je me surprends &#224; me dire que moi aussi. Une famille bien propre et structur&#233;e m&#233;thodiquement passe devant moi, assise sur le banc. Lui, petite casquette Ralph Lauren, polo Tommy Hilfiger bleu marine, jean slim faussement ab&#238;m&#233; et paire de Stan Smith trop blanches pour &#234;tre honn&#234;tes. Je devine sur son sourire de sale con que c'est s&#251;rement sa femme qui lave ses baskets et qu'il a les m&#234;mes termes qu'Adrien dans la bouche : branding, storytelling, engagement, benchmarking et autres mots-vomis. Il avance avec le reste de la petite tribu &#8211; c'est s&#251;rement comme &#231;a qu'il appelle sa famille. Elle, la compagne, essaie de se sortir de la prise de deux enfants qui crient : un d'excitation, un de chagrin &#8211; ou de douleur ? La poussette est doucement berc&#233;e. Et l&#224;, dans cet instant suspendu entre cauchemar ordonn&#233; et chants bucoliques des oiseaux enferm&#233;s, lui, le Ralph-Lauren-Tommy-Hilfiger-Stan-Smith, il dit : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &lt;i&gt;Astrid ? Ahaha c'est super moche comme nom !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa compagne dit quelque chose d'indistinct. Je m'approche pour entendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ajoute : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &lt;i&gt;C'est un peu nul en plus les autruches, c'est vraiment l'animal de la l&#226;chet&#233; et du d&#233;ni. Venez, on va voir les singes, eux au moins ils bougent un peu.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me fige, je suis p&#233;trifi&#233;e par l'horreur de ses propos. Je comprends alors. Je comprends tout. Tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre chez moi en courant, je passe devant Jojo qui me fait un signe de la main sans m'arr&#234;ter, je lui souris m&#234;me pas, l'instant est trop grave.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrive chez moi en nage et sans plus de souffle. Quelque chose doit changer. J'ai compris, tout ! Gr&#226;ce &#224; Astrid et Ralph-Lauren-Tommy-Hilfiger-Stan-Smith.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#226;chet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;ni.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, Astrid n'est ni l&#226;che ni dans le d&#233;ni. Et moi non plus, putain !&lt;br class='autobr' /&gt;
J'allume mon t&#233;l&#233;phone : 14 appels manqu&#233;s, 27 textos, mais pas tous d'Adrien &#8211; heureusement, &#231;a aurait &#233;t&#233; plut&#244;t effrayant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;cide de les prendre dans le d&#233;sordre chronologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#8220;Hello Sal, on se voit bient&#244;t ? J'ai appris que t'&#233;tais en arr&#234;t, &#231;a peut peut-&#234;tre te faire du bien de sortir.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Sal, comment &#231;a va ? J'ai pas eu de r&#233;ponse alors je voulais savoir si t'avais bien eu mon texto de la derni&#232;re fois. Bisouuuus&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Coucou Sal, tu peux me rep ? Je m'inqui&#232;te un peu.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Bonjour Mme Bazin, pourriez-vous me recontacter rapidement ? Je souhaiterais faire un point avec vous et je n'arrive pas &#224; vous joindre par t&#233;l&#233;phone.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Salut Salom&#233;. Comment vas-tu ? Je viens un peu aux nouvelles, avec toute la team on pense fort &#224; toi. Des bises&#8221;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle bande de cons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;gueule tous ces mots dans chaque recoin de mon studio minuscule. J'ouvre les fen&#234;tres, je dois respirer, d&#233;verrouiller. Je r&#233;ponds &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une nuit mystique &#224; base de r&#234;ves psych&#233;d&#233;liques g&#233;ants &#224; plumes, je me l&#232;ve &#224; peine repos&#233;e. Mais je dois aller au zoo. C'est plus vraiment une option. C'est une n&#233;cessit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme chaque jour, Astrid est l&#224;, me regarde avec tendresse, perplexit&#233; parfois, mais jamais de col&#232;re ou de chagrin. Elle est immobile, comme si elle attendait. Ou peut-&#234;tre ne fait-elle rien, juste &#234;tre, -immense, silencieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'approche lentement, je m'arr&#234;te &#224; un m&#232;tre, le regard fix&#233; dans ses yeux ronds et sombres. C'est ni un regard humain, ni un regard sauvage, c'est une pr&#233;sence brute, sans artifice. Je ferme les yeux. Dans ce silence, j'entends mon propre c&#339;ur. Lent. Pesant. Assourdi.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'imagine mes pieds s'enfoncer dans la terre, comme si le sol dur devenait sable chaud, doux, mouvant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sens mes os s'all&#233;ger, mes muscles se d&#233;faire et se lib&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je deviens l'autruche. Je deviens Astrid et Astrid devient moi je crois.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ouvre les yeux. Elle me regarde. Je sais que nous sommes unies, une m&#234;me pr&#233;sence ancr&#233;e dans l'instant, une m&#234;me r&#233;sistance immobile. Je fuis plus. Je l&#226;che plus. Je nie plus. Je suis l&#224;, en elle et elle en moi. Un seul souffle vital, une seule identit&#233; hybride, un seul animalindividu, deux essences fusionn&#233;es, une id&#233;e magistrale transcendante, le sublime, le grandiose, le triomphe. Astrid et moi on se m&#233;lange et se mixe, je nous confonds et c'est &#233;blouissant, c'est prodigieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jojo me sort de ma torpeur, il me retire d'Astrid, deux &#226;mes qui se s&#233;parent pour sans doute mieux se retrouver demain. Je dis : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &lt;i&gt;Astrid, t'en fais pas, je reviens demain, comme d'habitude.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jojo me regarde avec l'air confus de quelqu'un qui regarde une fl&#226;neuse parler &#224; une autruche comme si leurs deux vies en d&#233;pendaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &lt;i&gt;Salut Jojo, merci, &#224; demain !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, on est vendredi je crois maintenant, ou samedi peut-&#234;tre. Il y a du monde. Et puis oui, voil&#224;, c'est aujourd'hui que tout bascule. Astrid est simplement pas l&#224;. Je cherche des yeux, me vide de ma consistance, je deviens une flaque d'organes et de sang au milieu du zoo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hier on faisait qu'une, aujourd'hui Astrid. Juste. Plus. L&#224;. Le panneau en plastique vert et orange est recouvert d'une feuille A4 o&#249; il est mal &#233;crit &#224; la main : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Transfert d'animaux en cours.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah oui donc voil&#224;. L&#226;chet&#233;. D&#233;ni. C'&#233;tait si simple que &#231;a ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je plante ma t&#234;te dans le sol.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je plante&lt;br class='autobr' /&gt;
Plante&lt;br class='autobr' /&gt;
Plante&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour redevenir autruche&lt;br class='autobr' /&gt;
Et rien ne vient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une voix me ram&#232;ne &#224; la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &lt;i&gt;C'&#233;tait moche hein ? Un gros oiseau quoi.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un gros oiseau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Astrid c'&#233;tait un putain de gros oiseau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et moi je suis putain de d&#233;pressive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je devrais m'en foutre de tous ces textos, de tous ces appels. Je leur dois rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je rentre.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ouvre Instagram.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais une story avec texte blanc sur fond noir :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Je quitte les r&#233;seaux et mon tel, pas la peine d'essayer de me joindre, bisous.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai encore un mois d'arr&#234;t maladie, on verra plus tard pour la suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, je vais dormir, m&#234;me si on est au milieu du jour, parce que je m'en fous &#8211; plus de matins, de journ&#233;es, de soirs, de nuits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et enfin je trouve un sommeil plein de belles images et je me rappelle : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les autruches sont les plus grands oiseaux du monde, incapables de voler mais incroyablement rapides &#224; la course (jusqu'&#224; 70 km/h).&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je m'imagine courir, vite, vite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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