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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Verre dormant</title>
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		<dc:date>2025-10-31T10:02:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alyssia Petit</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je suis toujours rest&#233;e discr&#232;te et vous n'avez pas entendu parler de moi, &#224; part tr&#232;s localement. Ma silhouette vous est devenue famili&#232;re, longue, &#233;troite, sombre, presque invisible, effac&#233;e contre la muraille, comme s'y confondant. Je suis quasi inexistante pour l'&#339;il indiff&#233;rent des passants sur le trottoir d'en face. Je ne me comporte pas comme ces jeunes cadres dynamiques, qui se pavanent et s'exhibent dans nos villes de nos jours, avec non seulement leurs parures pleines de raideur, blanches ou (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1463.jpg?1761904979' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_610 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/verre_dormant-signature.jpg?1761904863' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-610 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je suis toujours rest&#233;e discr&#232;te et vous n'avez pas entendu parler de moi, &#224; part tr&#232;s localement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma silhouette vous est devenue famili&#232;re, longue, &#233;troite, sombre, presque invisible, effac&#233;e contre la muraille, comme s'y confondant. Je suis quasi inexistante pour l'&#339;il indiff&#233;rent des passants sur le trottoir d'en face. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me comporte pas comme ces jeunes cadres dynamiques, qui se pavanent et s'exhibent dans nos villes de nos jours, avec non seulement leurs parures pleines de raideur, blanches ou gris anthracite, ou noires, mais aussi cet air de transparence faussement virginale, qui vise &#224; mieux s&#233;duire.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours v&#233;cu ici. Mon angle de la rue est une tourelle qui d&#233;bouche sur une placette pav&#233;e et ombrag&#233;e d'un tilleul centenaire, survivant pr&#233;serv&#233; du jardinet voisin. Le soir, comme depuis une citadelle, je coule un regard oblique, pr&#233;cautionneux, un regard incisif, appuy&#233; mais qui ne croise celui de personne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le quartier, je le sais, on me trouve vaguement mena&#231;ante. On m'&#233;vite. On ne l&#232;ve pas les yeux vers moi. Alors je suis libre d'observer la maison d'en face en toute discr&#233;tion. C'est l&#224; que tout a commenc&#233;, sur le trottoir, sous le balcon du premier &#233;tage. Le soir, pour profiter de la fra&#238;cheur, Les Deux venaient s'installer comme un couple d'hirondelles accroch&#233;es au bord de leur nid de boue, d'herbes, de plumes et de brindilles. Ils s'asseyaient sur l'appui de fen&#234;tre ext&#233;rieur de leur &#233;troit logis, un studio &lt;i&gt;refait &#224; neuf&lt;/i&gt;, c'est ce qu'on dit maintenant. Lui sortait une petite table en m&#233;tal ronde, et elle, deux verres emplis de Lillet et de petits cubes bleut&#233;s qui ressemblaient &#224; des fragments de pav&#233;s de verre. A chaque fois, les ar&#244;mes d'orange am&#232;re, de menthe, de sourires et de tendresse me parvenaient, traquenard olfactif referm&#233; sur moi et ma solitude, moi qui avais pourtant &#233;t&#233; confront&#233;e de longue date &#224; des odeurs autrement plus d&#233;sagr&#233;ables. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne comprenais pas ce qu'elle lui trouvait. Il fallait admettre qu'il &#233;tait bien b&#226;ti, mais son visage &#233;tait inexpressif, avec un regard aussi vague et vide que celui d'un &#339;il de b&#339;uf au fond d'une &#233;table perdue. Elle, je la trouvais magnifique. Elle &#233;tait &#233;l&#233;gante, bien proportionn&#233;e, avec la gracieuse ossature d'une jeune fille du nord. Elle venait en vacances chaque &#233;t&#233; en Gironde. Sa blondeur cendr&#233;e, c'&#233;tait comme monter dans un grenier au c&#339;ur de l'&#233;t&#233;, et contempler depuis une lucarne entrouverte le bl&#233; dor&#233; de juillet par un gai clair de lune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moi, j'&#233;tais son exacte oppos&#233;e. On me disait repli&#233;e sur moi-m&#234;me, obscure, obtuse, redoutable. On me qualifiait d'&#233;pouvantail &#224; moineaux et d'appeau pour araign&#233;es. Certes, ma raideur hautaine inspire la dignit&#233;. J'ai une verticalit&#233;, un maintien de bon aloi, qui force le respect. Mon sourire, s'il existe, se veut une mince fente qui ne livre rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me comporte pas comme ces jeunes cadres &#224; la derni&#232;re mode, qui se pavanent et s'exhibent dans nos villes de nos jours, avec non seulement leurs parures pleines de raideur, blanches ou gris anthracite, ou noires, mais aussi leurs paumelles moites et banales, et cet air de transparence faussement virginale, qui vise &#224; mieux s&#233;duire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On me d&#233;crit parfois comme susceptible d'agressivit&#233;. Mes anc&#234;tres, il est vrai, n'h&#233;sitaient pas &#224; pr&#234;ter main-forte pour se d&#233;barrasser de leurs adversaires. Mon a&#239;eule fut glorieuse arbal&#233;tri&#232;re de grand talent, qui tint son rang et prit part &#224; toutes les r&#233;bellions, guerres de religions et territoires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir, les intonations de leurs conversations me parvenaient, assourdies par l'&#233;paisseur du mur. Les Deux se querellaient &#224; mon sujet. Lui pensait que ma silhouette et mon allure globale ne pr&#233;sentaient aucun int&#233;r&#234;t. Il en &#233;tait venu &#224; une d&#233;testation qui confinait &#224; la haine. Oui, il me ha&#239;ssait, il voulait me d&#233;truire, me faire dispara&#238;tre de cette habitation dans laquelle j'&#233;tais n&#233;e. Pour lui, je n'&#233;tais qu'un objet de r&#233;pulsion, &#224; l'hygi&#232;ne discutable et aux redoutables remugles, recluse dans un taudis priv&#233; de lumi&#232;re du jour et mal ventil&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se comportait comme un vulgaire coupe-jarret, acharn&#233; &#224; me perdre, et se gargarisait de mots vengeurs. &lt;i&gt;Soupirail, sabord, jour de souffrance, fen&#234;tre &#224; guillotine, fer maill&#233;, verre dormant, parclose, barreaux, isoler, d&#233;liter, d&#233;manteler, aveugler, murer&lt;/i&gt;. Tout son lexique tendait &#224; d&#233;nigrer et &#224; intimider, comme si je devenais pour lui une condamn&#233;e &#224; mort de temps ancestraux, men&#233;e au pilori et promise &#224; l'oubliette. Claire-Marie &#233;coutait la ritournelle de ses r&#233;criminations, mais son esprit litt&#233;raire s'&#233;vadait, par association d'id&#233;es, &#224; chaque terme nouveau qu'il lui faisait d&#233;couvrir.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'expression &lt;i&gt;verre dormant&lt;/i&gt; avait fait surgir en elle non pas l'image de pav&#233;s translucides verd&#226;tres, mais celle de l'eau dormante. Plus que la mare ou l'&#233;tang, se pressaient devant elle ces personnages de roman, si calmes en surface mais dont le caract&#232;re et la dangerosit&#233; pouvaient se r&#233;v&#233;ler avec une extr&#234;me brutalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Claire-Marie prenait r&#233;solument ma d&#233;fense. Elle m'avait toujours connue, et nous partagions le m&#234;me amour pour un couple de pigeons ramiers qui chaque ann&#233;e venaient confectionner leur nid assez haut dans une fourche du tilleul. Ensemble nous tendions l'oreille pour percevoir les petits cris aigus des oisillons vuln&#233;rables et voraces. Toute cette agitation non seulement faisait monter son regard dans ma direction, mais aussi descendre l'ombre bienveillante du mien vers elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Dans ce trou noir ou lumineux, vit la vie, r&#234;ve la vie, souffre la vie&lt;/i&gt;. Elle citait Baudelaire, et le pi&#232;tre spadassin qu'&#233;tait son compagnon r&#233;pondait &lt;i&gt;contrat, devis, primes et garanties d&#233;cennales&lt;/i&gt;. J'avais du mal &#224; contenir mon exasp&#233;ration. Vil faci&#232;s de gargouille, va !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me comporte pas comme ces cadres de fen&#234;tres haut de gamme, qui se pavanent et s'exhibent dans nos villes de nos jours, avec non seulement leurs parures pleines de raideur, blanches ou gris anthracite, ou noires, mais aussi leurs paumelles moites et banales, et cet air de transparence faussement virginale, qui vise &#224; mieux s&#233;duire. Par le terme de &lt;i&gt;transparence&lt;/i&gt;, je parle ici de leur &lt;i&gt;double ou triple vitrage&lt;/i&gt; qui ne sert &#224; rien quand s'y affronte et triomphe la br&#251;lure du soleil de midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les larges ouvertures dans une r&#233;gion solaire comme la n&#244;tre sont une offense au bon sens de jadis. Et je hais chacune de leurs ind&#233;cences, leurs sottes mani&#232;res de s'ouvrir en grand aux autres, &#224; deux battants, d&#232;s le matin, pour s'offrir aux regards des passants, qui n'ont jamais h&#233;sit&#233; &#224; jouer les voyeurs. Je les connais, les yeux fureteurs des marcheurs de l'aube, qui flairent l'intimit&#233; encore ti&#232;de et pleine des odeurs de coucheries des autres, derri&#232;re les voilages de lin ou de soie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Celui qui regarde du dehors &#224; travers une fen&#234;tre ouverte ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fen&#234;tre ferm&#233;e&lt;/i&gt;. La voix de Claire-Marie s'&#233;levait et me faisait bri&#232;vement oublier les contingences de ce nouveau monde que je toisais malgr&#233; moi depuis mon &#233;chauguette, sans en comprendre vraiment toutes les complexit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
La semaine derni&#232;re, j'ai fr&#233;mi de l'int&#233;rieur quand un coup de vent brutal a parcouru la ruelle. Il a fait claquer en face de moi les persiennes en aluminium d'une &lt;i&gt;porte-fen&#234;tre&lt;/i&gt;, invention b&#226;tarde, qui d&#233;figurait par sa hauteur excessive et son bleu agressif l'architecture simple et harmonieuse de toute la demeure de caract&#232;re, aux pierres patin&#233;es par le temps. J'ai fr&#233;mi &#224; m'en briser, comme un volet en bois vermoulu tremble sous les bourrasques &#224; s'en rompre une charni&#232;re. Je vieillis. J'ai &#233;galement de s&#233;rieux motifs d'inqui&#233;tude pour mon avenir dans le quartier. Il se raconte que mon habitat menace ruine, qu'on s'interroge en haut lieu sur sa solidit&#233; et sa dangerosit&#233; pour autrui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Raison de plus pour me tenir aux aguets. Ne vous m&#233;prenez pas en pensant &#224; mon &#226;ge : je demeure la guerri&#232;re, imm&#233;moriale, pr&#234;te &#224; tirer &#224; couvert sur l'assi&#233;geant ou sur l'inopportun, le tra&#238;tre. Lui, le R&#233;novateur, comme il se d&#233;signe lui-m&#234;me, est un supp&#244;t av&#233;r&#233; de &lt;i&gt;Mon Sire Bricolage&lt;/i&gt;. Il est &#224; la solde des promotions, et autres exon&#233;rations de gabelle. Il a foment&#233; une cabale contre moi, afin de me d&#233;truire en totalit&#233;, sous pr&#233;texte que je suis trop fragilis&#233;e pour &#234;tre &lt;i&gt;r&#233;parable&lt;/i&gt;. Il s'est permis d'insister pour examiner mes jointures. Il m'a tapot&#233;e en tous sens avec sa grotesque truelle, et a fait figurer sur le rapport me concernant un outrageant &lt;i&gt;ciment de sable&lt;/i&gt;. Je suis au courant, merci. Il y a longtemps qu'il s'effrite et tombe en pluies s&#232;ches sur les dalles, les jours de vent d'autan&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Claire-Marie a protest&#233; quand elle a compris ce que signifiait un &lt;i&gt;Arr&#234;t&#233; de p&#233;ril&lt;/i&gt;. Il lui a r&#233;pondu qu'elle &#233;tait trop jolie pour se pr&#233;occuper de ce genre de papiers, et il l'a serr&#233;e dans ses bras pour clore le d&#233;bat. Elle s'est un peu d&#233;battue. Sa col&#232;re me r&#233;confortait et une fois encore, je m'interrogeai sur la vie qui l'attendait avec un homme dont les arguments se bornaient &#224; une &#233;treinte d'arquebusier pr&#233;tentieux, qui serre de trop pr&#232;s sa proie sous une porte coch&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce soir-l&#224;, de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, apr&#232;s une derni&#232;re &#233;treinte, Les Deux s'&#233;taient d&#233;gond&#233;s l'un de l'autre. Il partait &#224; l'instant pour un chantier lointain qui le retiendrait plusieurs semaines hors de la ville. Dissimul&#233;e derri&#232;re le treillis de bois au travers duquel elle pouvait voir sans &#234;tre vue, Claire-Marie regardait partir son amoureux. Je connaissais son visage des s&#233;parations, son expression contract&#233;e, comme verrouill&#233;e par un vantail d'acier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#212; jalousie, bien nomm&#233;e, quand tu nous tiens, elle derri&#232;re la sienne, et moi, envahie par la mienne, de jalousie, &#224; son &#233;gard&#8230; Au fil des ans, on m'avait tol&#233;r&#233;e, mais sans m'appr&#233;cier ni me ch&#233;rir&#8230; Qui avait jamais chant&#233; mon histoire ou mis en vers un seul des m&#233;rites de ma personne ? On me regardait, parfois, mais toujours de haut en bas, ou de travers. O Charles, que ne m'avais-tu observ&#233;e sans animosit&#233;, puis glorifi&#233;e dans ton &#339;uvre ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui m'avait aim&#233;e ? J'avais pass&#233; des si&#232;cles de solitaire existence &#224; &#234;tre une embrasure sans embrassements, une arch&#232;re &#224; &#233;brasement sans embrasement&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le R&#233;novateur traverse la rue, il se retourne, il fait signe &#224; Claire-Marie. Il s'immobilise : il est &#224; ma port&#233;e. Je ne sais pas si elle a entendu le heurt d'un gros moellon descell&#233; qui fracasse une bo&#238;te cr&#226;nienne pour en disperser les mauvaises pens&#233;es. Il manquait cruellement d'ouverture d'esprit. Voil&#224; qui est &lt;i&gt;r&#233;par&#233;&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Moi aussi je peux devenir &lt;i&gt;oscillo-battante&lt;/i&gt; si je veux. &lt;i&gt;Oscillo-combattante&lt;/i&gt;. Et comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis une meurtri&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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