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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Immobile home</title>
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		<dc:date>2025-12-30T19:31:48Z</dc:date>
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		<dc:creator>&#201;tienne Maucourant</dc:creator>



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&lt;p&gt;C'est vrai que je me suis trouv&#233;e ici tous les jours de l'ann&#233;e qui vient de passer, c'est vrai, j'en reviens pas, ici sans bouger, tout en voyageant comme jamais, mais &#231;a va s'arr&#234;ter, ou alors je serai oblig&#233;e de faire autrement, la saison pleine va revenir, &#231;a sera blind&#233; ici, non je vais laisser faire les propri&#233;taires, et leurs enfants aussi qui donnent le coup de main, je les connais un peu les Draouis, m&#234;me si je me m&#233;fie des gens, des familles, j'en ai assez bav&#233;, ils cherchaient quelqu'un pour (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1469.jpg?1767123075' width='150' height='69' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_612 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/2025-01-01-immobilehome_5269_copie.jpg?1767123082' width='500' height='230' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-612 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2025
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai que je me suis trouv&#233;e ici tous les jours de l'ann&#233;e qui vient de passer, c'est vrai, j'en reviens pas, ici sans bouger, tout en voyageant comme jamais, mais &#231;a va s'arr&#234;ter, ou alors je serai oblig&#233;e de faire autrement, la saison pleine va revenir, &#231;a sera blind&#233; ici, non je vais laisser faire les propri&#233;taires, et leurs enfants aussi qui donnent le coup de main, je les connais un peu les Draouis, m&#234;me si je me m&#233;fie des gens, des familles, j'en ai assez bav&#233;, ils cherchaient quelqu'un pour l'hiver &#231;a tombait bien et l'hiver ici c'est long, ce n'est pas un travail tr&#232;s compliqu&#233;, pas d'encaissement, tout se fait sur leurs machins, ils se d&#233;brouillent, moi je n'en ai pas de bidule portable, je n'en veux pas, je me contente de l'entretien et de la maintenance, m&#234;me si &#231;a peut para&#238;tre difficile pour une femme, mais c'est surtout de la surveillance, de la pr&#233;sence, un petit travail, comme on dit, c'est &#231;a, enfin faut pas juger, faut me laisser expliquer les choses, je me rends compte que je commence &#224; la conna&#238;tre la vie, je la connais la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui, bien mieux que personne, ces gens seuls ou en groupes, mais tellement fragment&#233;s, tellement atomis&#233;s par leur petit pognon, parce que toutes leurs babioles, c'est rien que du petit pognon, des quincailleries mont&#233;es en neige, je les vois tout le temps, je les observe, ils sont comme &#231;a avec en r&#233;alit&#233; pas grand-chose, du mat&#233;riel encombrant brinquebalant qui compte pas vraiment, vous pouvez me croire.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;margin-left : 20%;margin-right : 20%;&#034;&gt; &lt;i&gt;Tout est &#233;lectrique, &#231;a se d&#233;plie tout seul, le marche-pied, l'antenne, l'auvent, les hublots et autres vasistas de plexi. On entend des pompes et des bourdonnements, des &#233;coulements, sans arr&#234;t l&#224;-dedans. La bonne femme qui aspire dans sa carr&#233;e pendant que son mari range du mat&#233;riel dans les soutes. Il plie les chaises rapidement, geste s&#251;r, pas de nettoyage, rapide, la porte de la trappe qui claque, ses claquettes aussi qui claquent, &#224; son &#226;ge, la soixantaine raide et rapide. Doit faire tout autre chose dans les villes, se d&#233;placer sur des tapis roulants, des ascenseurs, dans le m&#233;tro ou mieux avec son gros S.U.V. &#224; cahoter entre les autres. L&#224;, il a mis la tenue de vacances, ses pieds sont &#224; l'air sur des petites plaques de mousse vinyle, c'est temporaire, la parenth&#232;se. Se d&#233;p&#234;che de rentrer avec m&#233;m&#232;re pour regarder la t&#233;l&#233;, regarder sa bo&#238;te dans une bo&#238;te.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si vous voulez savoir, j'ai pas demand&#233; &#231;a comme une faveur, mais comme une chose qui se fait, du gardiennage sans salaire en &#233;change du g&#238;te mais pas du couvert : habiter ce camping vide, ou presque, toute l'ann&#233;e, et de fait je vis ici, au fil des mois des saisons, c'est plein d'h&#233;bergements diff&#233;rents propos&#233;s &#224; la location, alors je passe de bungalow en caravane, de mobile-home en tente-chalet, je change tous les jours, une intimit&#233; itin&#233;rante, un bivouac quotidien sur un demi hectare de pin&#232;des, chaque jour un emplacement diff&#233;rent, une orientation changeante, h&#233; ! les structures sont l&#224; &#224; attendre, vides, inoccup&#233;es, sans personne, autant que j'en profite, de toutes, pendant tout ce temps, que j'y vive, un peu, cela n'use rien, au contraire &#231;a a&#232;re, j'ai mon petit paquetage, matelas roul&#233;, sac de couchage, carnet et lampe si besoin, et puis j'en profite pour passer un coup de balai, un coup de chiffon, pas longtemps quoi, cinq-dix minutes maxi, je ne salis pas, mais je ne couche jamais tous les soirs dans le m&#234;me lit, jamais la m&#234;me orientation, c'est mon petit luxe, mon petit privil&#232;ge, jamais la m&#234;me lumi&#232;re par le hublot, la fen&#234;tre, l'auvent, jamais la m&#234;me odeur parce que ces emplacements ont eu leur histoire, jamais la m&#234;me configuration parce que je change, j'ai le choix, c'est comme &#231;a, c'est ma libert&#233;, la mienne, une petite qui fait supporter le reste, et la v&#244;tre, c'est laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;margin-left : 20%;margin-right : 20%;&#034;&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Couple de cinquantenaires &#224; v&#233;lo avec sacoches. Des campeurs, il y en a encore. J'ai crois&#233; la femme le matin un peu d&#233;braill&#233;e tenue l&#233;g&#232;re encore en sommeil pour aller au bloc. Les jambes nues des gros mollets, pas grande. Elle se d&#233;place assez lourdement, mais elle se d&#233;place, ses pas sont encore imprim&#233;s sur le sentier. Elle s'est tenue l&#224;, au petit tronc de l'arbuste pour pas glisser dans la petite pente finale, sa main a serr&#233; l&#224;, ici m&#234;me. Elle avait une petite trousse noire en ska&#239; (affaires de toilette, portable ?). Ils ont une toute petite tente avec des arceaux comme des aiguilles, le genre nature, simplicit&#233; mais plastifi&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je suis tranquille plus d'une bonne moiti&#233; de l'ann&#233;e, la saison touristique est assez courte dans l'arri&#232;re-pays, le froid, c'est le principal probl&#232;me, &#224; ce moment-l&#224;, je privil&#233;gie les constructions en dur, j'ai le petit soufflant quand vraiment &#231;a ne va pas, mais la plupart du temps bien couverte cela me va, je veille quand m&#234;me &#224; varier les zones, les types de constructions et je change de gamme sans &#233;tat d'&#226;me, sans d&#233;plaisir, le principal c'est que je voyage, car il y a des zones dans le campement, plus ou moins escarp&#233;es, au soleil, &#224; l'ombre, isol&#233;es ou dans une zone plus dense, plus ramass&#233;e comme celle des mobiles, je passe comme la gardienne, ils disent que je surveille et c'est vrai que je surveille, mais pas comme ils le croient, je suis surtout ici pour &#234;tre quelque part, habiter ce qui ressemble encore un peu &#224; de la nature, mais une nature contenue, bien sage, un peu comme un grand square en plus sauvage et ses b&#226;timents qui attendent, les blocs sanitaires calfeutr&#233;s, la piscine vid&#233;e avec sa b&#226;che tendue de feuilles et d'herbes s&#232;ches, le garde-fou m&#233;tallique qui la ceint, la cahute de la r&#233;ception, le snack-bar en b&#233;ton, les lampadaires toujours &#233;teints, l'eau des bornes coup&#233;e &#224; certains moments de l'ann&#233;e, &#224; la rigueur on aurait pu imaginer quelqu'un qui vive ici reclus dans un mobile-home, homme immobile, sans d&#233;ranger, en payant un petit loyer, mais c'est pas le genre des propri&#233;taires d'avoir des marginaux qui risqueraient de squatter, pas de &#231;a ici, d&#233;j&#224; que moi ils me tol&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;margin-left : 20%;margin-right : 20%;&#034;&gt; &lt;i&gt;Deux couples qui ont lou&#233; la saharienne du fond. Se d&#233;placent toujours &#224; quatre, sont sortis par l'entr&#233;e pour aller au village, ils n'ont m&#234;me pas demand&#233; si c'est loin, se rep&#232;rent avec leurs portables, toujours les portables, the new couteau suisse universel. Occupent les deux chambres de la m&#234;me grande tente costaude qu'on met &#224; leur dispo, tout un bordel de sacs au milieu, j'ai regard&#233; par le hublot pendant la journ&#233;e. Je me demande s'ils s'&#233;changeraient pas les partenaires un peu dans leur cambuse. Des vacances comme &#231;a d'exp&#233;riences, d'amiti&#233; et plus si affinit&#233;s, c'est bien le genre. On ne peut pas venir ici que pour le paysage, la tente, les sanitaires, sur une semaine, non y'a bien autre chose.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Camping des pin&#232;des&lt;/i&gt; que cela s'appelle, pas bien original comme nom, m&#234;me quand il n'y a pas de clients, ce n'est pas le calme absolu dans le sens o&#249; l'on entend toujours quelque chose et c'est pas des bruits naturels, par exemple au loin les chiens qui gueulent, parqu&#233;s dans les chenils de la propri&#233;t&#233; voisine, une soci&#233;t&#233; de chasse qu'on dit, ou bien encore et surtout le remugle continuel de la circulation de la traversante &#224; moins d'un kilom&#232;tre, un flot ininterrompu de v&#233;hicules qui traversent la r&#233;gion qu'on l'entend m&#234;me la nuit, son grondement doux et sourd avec des variations, tous ces moteurs, tous ces gens qui filent, parfois s'en d&#233;tache le rugissement agressif d'une moto, enfin bref, voil&#224; pour le bruit de fond, sinon le reste aussi qui fait que ce n'est jamais le silence ici, le bruit des grillons, les grenouilles &#224; certaines &#233;poques, le battement des ailes des pigeons qui se cherchent sur les hautes branches des Douglas, le vent aussi, tout &#231;a des changements, une vie qui se rappelle &#224; moi constamment, preuve que le temps passe, que je suis encore en vie, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fois, de plus en plus rarement, je fais semblant, je sors la grande brouette, mon r&#226;teau et je vais gratter les emplacements, toute une bourre d'herbes s&#232;ches de pommes de pins, de branches mortes, quand je dis que je fais semblant, non pas que je n'ai pas une incidence mat&#233;rielle, au contraire, je r&#226;telle fort, je fais de la poussi&#232;re, je d&#233;place de la mati&#232;re, je fais des allers-retours avec mon instrument, tant et si bien qu'&#224; la fin j'ai un grand tas de bourres et de branchettes stock&#233;es derri&#232;re la zone des containers, non quand je dis que je fais semblant, c'est que je fais cela parce qu'il faut le faire, machinalement, sans y penser, sans que cela soit vraiment moi et cela leur convient, et moi cela me fait croire que j'ai un r&#244;le, une fonction, une utilit&#233;, Patrick aussi, le gars du service municipal qui vient chercher les containers, il a l'air d'y croire, on en a parl&#233; l'autre fois, car &#231;a l'&#233;tonne une femme seule ici, l'hiver, &#231;a serait pour me faire du gringue que &#231;a m'&#233;tonnerait pas, le pauvre il peut toujours essayer, en tout cas il croit &#224; moi, &#224; ce que je fais ici, pourtant ce que je fais n'importe qui peut le faire, je ne le ferai pas ce ne serait pas bien grave, du jour au lendemain je peux partir, je partirai d'ailleurs c'est s&#251;r, un matin ou n'importe quand.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;margin-left : 20%;margin-right : 20%;&#034;&gt; &lt;i&gt;Les deux sauterelles ados qui vont et viennent &#224; la piscine : la rengaine us&#233;e - mais pas pour elles - des premiers &#233;mois au camping ? Seulement les gar&#231;ons, &#224; la Toussaint c'est macache. Vont surtout s'amuser dans la piscine quand il fait encore un peu chaud, toutes les deux selon un triste rituel de frites et de t&#234;tes dans l'eau. Et puis sur le chemin du retour, &#231;a ricane, &#231;a commente des vid&#233;os en marchant. Elles ont remis leurs baskets, frissonnent, elles ont des gouttelettes encore comme de petites perles sur leur chevilles, &#224; moins que ce ne soit la chair de poule. Les serviettes en pagne, les deux mains ramass&#233;es contre elles, jointes, qui tiennent f&#233;brilement leur portable. Elles s'arr&#234;tent, s'esclaffent, se poussent du coude, un jour elles aussi seront m&#232;res s&#251;rement, profitez-en va. C'est le genre qui s'amuse dans les blocs, qui fait des n&#233;gligences, des salet&#233;s. Heureusement que je ne m'en occupe pas des sanitaires, c'est pas mon affaire, sinon j'aurais pas pu faire. Les ext&#233;rieurs &#224; la limite, un peu, et encore...&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'importe c'est d'&#234;tre dans un endroit calme, o&#249; la plupart du temps je ne suis pas d&#233;rang&#233;e, mais parfois vient du monde, des camping-cars surtout, de rares tentes et bien s&#251;r que je peste, je suis oblig&#233;e de parler, d'exister pour eux, mais c'est un mal pour un bien car ils me font appr&#233;cier le vide, l'id&#233;e de leur arriv&#233;e potentielle, le souvenir de leur d&#233;part, de ce qu'ils &#233;taient avec leurs corps, leurs mouvements, leur incidence en devenir ou r&#233;volue, me donne mati&#232;re &#224; penser, me fait r&#233;fl&#233;chir au temps, &#224; ce que nous sommes, c'est cela que j'aime ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis quelques fois, de rares fois parmi tous ces gens assez semblables qui se tra&#238;nent dans leurs v&#233;hicules similaires, qui manipulent les m&#234;mes mat&#233;riels achet&#233;s et fabriqu&#233;s aux m&#234;mes endroits, des fois, se distingue une personne, homme ou femme, seule avec une fa&#231;on de faire diff&#233;rente, isol&#233;e, qui, comme moi, n'a pas vraiment de raison sociale, d'activit&#233;, un ou une qui fait semblant, qui occupe sa vie, qui ne sait pas trop o&#249; il va, qui &#224; force de vivre en bifurquant, en se heurtant aux bornes de l'organisation sociale, a oubli&#233; ce qu'il &#233;tait parti pour faire dans sa vie et se retrouve l&#224; parce qu'il n'a pas d'autre choix que de la vivre sa vie, &#233;tant donn&#233; que c'est la seule qu'il a, dans ce corps, avec ce temps-l&#224; qui lui reste.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;margin-left : 20%;margin-right : 20%;&#034;&gt; &lt;i&gt;Une heure et quart, j'ai regard&#233;, que la gosse elle a hurl&#233;, qu'elle a fait sa crise. Les vieux ils ont c&#233;d&#233;, d'apr&#232;s ce que je comprends, ils la connaissent pas assez bien. Pendant un temps ils ont bien essay&#233; de r&#233;sister, ils ont un contentieux manifestement : elle veut quelque chose ou bien a fait une connerie en trop, alors ils l'ont foutue dehors, la porte ferm&#233;e. En tout cas elle hurle, elle a l'habitude apparemment d'&#234;tre exauc&#233;e quand elle hurle. L&#224; &#231;a doit durer un peu plus mais elle a eu gain de cause &#224; la fin, la peur compr&#233;hensible de g&#234;ner le voisinage. Moi d&#232;s le d&#233;but j'ai &#233;t&#233; g&#234;n&#233;e. Ces cris-l&#224; qui viennent du fond des &#226;ges, des techniques instinctives de l'enfant pour faire pression sur l'entourage, c'est tr&#232;s efficace, &#231;a vous remplit tout l'espace, &#231;a vous repeint l'atmosph&#232;re en des couleurs toutes diff&#233;rentes, &#231;a vous r&#233;tr&#233;cit l'ambiance au point qu'il n'y a plus que &#231;a : les cris, leur intensit&#233;, leur rythme, la possibilit&#233; de leur fin, puis le fait qu'ils reprennent... parfois une voix autre qui intervient et puis &#224; nouveau les cris per&#231;ants, d'une fr&#233;quence calcul&#233;e si particuli&#232;re qu'ils remettent &#231;a. J'ai pas v&#233;cu pendant cette heure et quelque, l&#224;. Impossible d'&#233;crire, j'ai essay&#233;, j'ai pas pu. J'&#233;tais plus moi, y'avait cette gosse &#224; l'avant-sc&#232;ne. C'est tr&#232;s efficace, tr&#232;s malin ces cris, mais &#231;a ne marche que dans un contexte de famille, de connaissances bien gentilles, &#231;a ne r&#233;sisterait pas &#224; une bonne violence qui vous subsumerait tout &#231;a ...&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des fois c'est quand m&#234;me des couples aussi, mais des couples de gens seuls, et puis des marginaux tr&#232;s jeunes qui sont dans leur d&#233;pendance, dans leur mis&#232;re avec ou sans leurs gros chiens, leurs sacs de couchage, leurs substances et leurs bi&#232;res ou bien les vieux couples, de ceux qui n'&#233;changent pas un mot, qui s'affairent comme des robots &#224; d&#233;plier, plier, ouvrir des boites, les fermer, racler une assiette, &#233;pousseter, ne parlant plus &#224; force de s'&#234;tre trop parl&#233;, lass&#233;s de l'autre ou au contraire fusionn&#233;s au point de se comprendre dans une sorte de transmission de pens&#233;e automatis&#233;e, on ne sait pas trop, ceux-l&#224; en tout cas m'int&#233;ressent tout autant, ils sont aussi seuls que les gens seuls, mais en duo quand m&#234;me, avec l'habitude d'un double, d'une extension d'eux-m&#234;mes et quand l'autre ne sera plus l&#224;, s&#233;paration, maladie ou mort, ils seront pr&#234;ts, ils ne seront pas si d&#233;rang&#233;s que cela, habitu&#233;s &#224; &#234;tre seuls depuis leur enfance, leur naissance, non, je n'oublie pas que ce sont des individus, non je n'oublie pas, mais ce n'est pas aussi simple que cela, les amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ceux-l&#224; qui m'int&#233;ressent, c'est ces gens seuls comme moi qui m'intriguent que je guette de l'&#339;il, comme si de rien n'&#233;tait, comme si je faisais mon travail de surveillance, de nettoyage, je m'approche &#224; proximit&#233;, je vaque, je farfouille et eux croient &#224; ma fonction, &#224; ce que je suis, &#224; ma mise, &#224; ma tenue de travail, &#224; mes outils, &#224; mes gestes pr&#233;cis, machinaux, professionnels, ils y croient c'est le principal, car sans y penser, j'ai toutes les apparences de l'employ&#233;e consciencieuse qui sait ce qu'elle fait, qui conna&#238;t son boulot et pendant ce temps, sans qu'ils le sachent, sans qu'ils me voient, je regarde, je scrute, je guette, je n'en perds pas une miette, je me nourris de leurs postures, de leurs habitudes, de la forme de leur corps, de leur &#226;ge, de leurs v&#234;tements, de leurs accessoires pour manger, parfois on parle, on &#233;change quelques mots, parfois un simple bonjour ou parfois pas, cela n'a aucune importance, ce qui en a c'est ce que je retire de leur solitude, de leur errance &#224; eux, de leur v&#233;lo de randonn&#233;e, de leurs sacs, de leur fa&#231;on de s'asseoir, de manger, des choix diff&#233;rents qu'ils vont faire sur ce terrain que je connais si bien, la fa&#231;on dont ils vont investir les lieux, leur conditionnement d'anciens enfants, leur sensibilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a pourtant les m&#234;mes tables, les m&#234;mes blocs sanitaires, les m&#234;mes robinets d'eau, les m&#234;mes bornes de recharge &#233;lectrique, et pourtant ces gens-l&#224;, ceux qui sont seuls, ceux qui errent, ils font toujours diff&#233;remment, ils explorent d'autres possibilit&#233;s et je m'en nourris car ils sont nourrissants, pas un ne fait pareil, alors qu'ils ont le m&#234;me d&#233;cor, les m&#234;mes oripeaux de plastique, les m&#234;mes v&#233;los, &#224; quelque chose pr&#232;s, la couleur, une variante d'accessoires, c'est les m&#234;mes et pourtant ils ne font pas pareil.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;margin-left : 20%;margin-right : 20%;&#034;&gt; &lt;i&gt;Ceux-l&#224; alors c'est le pompon, je veux bien qu'ils soient tous, le soir, sur leur transat, tous riv&#233;s sur leur portable ou sur une tablette. C'est s&#251;r c'est tout le monde maintenant : plus de lecture ou alors les tr&#232;s vieilles parce que les bonhommes &#231;a ne lit pas, c'est un fait, on le sait, et m&#234;me, les vieilles, elles veulent pas passer pour des ringardes, elles se sont mises &#224; la liseuse. Mais alors l&#224;, ceux-l&#224;, ils battent tous les records, m&#234;me le matin, m&#234;me en journ&#233;e, m&#234;me &#224; la sieste. Ils ne sortent pas ou tr&#232;s peu, ils sont l&#224; autour de leur auvent avachis, dans la m&#234;me position &#224; mater leur &#233;cran, je ne les ai pas vus manger, ah si ! ils ont tout en stock. On se demande pourquoi ils viennent ici. &#192; Garges-L&#232;s-Gonesse ou ailleurs ce serait pareil. Autant faire &#231;a chez eux dans leur jardin, &#224; moins qu'ils n'en aient pas. Ils doivent n'avoir plus rien &#224; se dire. Ils sont ailleurs, dans leur portable, sans frein, sans heures, c'est &#231;a leurs vacances.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s qu'ils soient partis, je repense encore &#224; ceux-l&#224; longtemps, &#224; leurs gestes insignifiants, et pourtant uniques dans le temps, je crois d'ailleurs que c'est l&#224; l'essence du temps, ce qu'il faudrait garder et que personne ne garde vraiment, car ce n'est pas possible, car c'est trop, c'est inutile, absurde, trop quotidien, inint&#233;ressant, oui je le sais vous tous, vous le dites assez, &#231;a ne sert &#224; rien, ce n'est pas bien, &#231;a n'est pas productif c'est m&#234;me pathologique de faire cela, d'&#233;crire les gestes, les habitudes, les astuces, les techniques, les travers, faut &#234;tre conne tiens, rien avoir &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;margin-left : 20%;margin-right : 20%;&#034;&gt; &lt;i&gt;Le gosse pas craquant, un peu bizarre, mais sympa, qui vient jouer &#224; proximit&#233; de ma brouette puis le lendemain qui vient me voir pendant que je fais semblant d'essuyer le banc. Il cause, il parle, me montre ses jouets, ses croyances : il a des personnages de films ou de dessins anim&#233;s que je ne connais m&#234;me pas, moi qui ai pass&#233; ma jeunesse devant ces merdes-l&#224;, bien plus que quiconque, le temps passe. En tout cas na&#239;f et gentil le gosse, il a suffi que je le complimente sur son bonhomme pour qu'il me suive, il me l&#226;cherait pas les basques. Que font ses parents dans la yourte pendant tout ce temps, il en a bien deux, un couple reconstitu&#233; ? C'est peu de dire qu'ils s'occupent pas beaucoup de lui. &#192; croire qu'ils ont confiance, ils sont dans un camping avec du personnel, une femme en plus ! Ils sont b&#234;tes, ils ont tort, &#231;a pourrait &#234;tre n'importe qui ce personnel &#8230; La preuve regarde, moi qui suis l&#224;, on ne sait pas trop pourquoi, et pis m&#234;me une femme elle peut faire du mal ... Ils ne sont pas plus en s&#233;curit&#233; ici qu'ailleurs, ils ne croient qu'aux bobards des marchands de biens et de services qui sont tout aussi tartes que n'importe qui, voire bien plus ! La preuve, ils m'ont bien engag&#233;e, moi.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a l'air de rien, &#231;a para&#238;t des conneries, des grimaces, des singeries, du cin&#233;ma, pour vous, mais quand je relirai tout &#231;a, je sais que je n'aurai pas compl&#232;tement perdu ma vie, que j'aurai vu autre chose qui aura compt&#233; sur terre, m&#234;me si c'est d&#233;risoire, autre chose que mes mis&#232;res d'avant, que tout ce que j'ai subi, que le temps aura pass&#233; et encore pass&#233;, &#233;loignant tout cela et il y aura une preuve que j'ai eu une vie depuis, que j'ai vu, que j'ai pens&#233;, exist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que je suis b&#234;te, peut-&#234;tre que je suis malade, s&#251;rement, mais je sais que cela ne va pas mieux dans votre soci&#233;t&#233;, hein ? Est-ce qu'elle va bien votre soci&#233;t&#233;, avec tous ces gens seuls qui errent, qui n'ont pas de but r&#233;el, m&#234;me plus celui de survivre ? Je suis s&#251;rement inadapt&#233;e, pas normale, trop sensible, d&#233;cal&#233;e, excentr&#233;e, excentrique, mais je ne fais de mal &#224; personne, je note les gestes, le banal, l'insignifiant ce qui ne fait pas sens, c'est pour moi, c'est la seule trace v&#233;ritable du temps, pas celui des grands &#233;v&#232;nements, mais les toutes petites preuves de la r&#233;alit&#233;, du vrai changement, de quelque chose de tr&#232;s pr&#233;cis qui a eu lieu ici et qui n'aura plus jamais lieu de cette fa&#231;on l&#224;, une exception parmi d'autres dans l'infini des &#233;poques successives, la force effective d'autres volont&#233;s, sans pourtant grande conscience, comme la mienne, qui d&#233;pensent sans compter les gouttes de leur toute petite vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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