<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Nouvelle Donne</title>
	<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?id_auteur=150&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Nouvelle Donne</title>
		<url>https://www.nouvelle-donne.net/IMG/siteon0.png?1606645713</url>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
		<height>101</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Les ailes de papillon</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/les-ailes-de-papillon</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/les-ailes-de-papillon</guid>
		<dc:date>2026-02-28T16:24:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sofia Rybkina</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il fallait acheter du pain, du fromage et des cerises surgel&#233;es pour la tarte. Surtout les cerises surgel&#233;es. C'&#233;tait le deuxi&#232;me dimanche du mois, ce qui signifiait qu'&#201;ric pr&#233;parerait sa tarte brioch&#233;e signature dans la soir&#233;e. Tout devait suivre l'horaire. Si quelque chose en d&#233;viait, &#201;ric redeviendrait nerveux et ressemblerait pour un temps &#224; un m&#233;canisme d&#233;traqu&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle malchance qu'on l'ait appel&#233;e au travail ce matin pour des paperasses, un dimanche, il fallait y penser ! Tant pis, elle allait passer (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1481.jpg?1772310406' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_614 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/papillon.jpg?1772310428' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-614 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Il fallait acheter du pain, du fromage et des cerises surgel&#233;es pour la tarte. Surtout les cerises surgel&#233;es. C'&#233;tait le deuxi&#232;me dimanche du mois, ce qui signifiait qu'&#201;ric pr&#233;parerait sa tarte brioch&#233;e signature dans la soir&#233;e. Tout devait suivre l'horaire. Si quelque chose en d&#233;viait, &#201;ric redeviendrait nerveux et ressemblerait pour un temps &#224; un m&#233;canisme d&#233;traqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle malchance qu'on l'ait appel&#233;e au travail ce matin pour des paperasses, un dimanche, il fallait y penser ! Tant pis, elle allait passer au magasin, prendre en plus quelques portions de son fromage blanc favori, puis rentrer, se rafra&#238;chir (il faisait une chaleur &#233;touffante dehors !), se changer, &#201;ric commencerait &#224; p&#233;trir la p&#226;te ; ensuite elle viendrait dans la cuisine et mettrait un film, et il regarderait par-dessus son &#233;paule, puis ils iraient dans le salon pour finir de le regarder, et apr&#232;s ils monteraient faire l'amour &#8212; dix minutes, douze, quinze maximum s'il y avait de l'humeur &#224; s'attarder un peu dans les bras l'un de l'autre ; ils l'avaient toujours fait deux fois par mois, le deuxi&#232;me et quatri&#232;me dimanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ric avait dit un jour &#224; Anna : &#171; Si tu veux plus souvent, moins souvent, ou pas du tout, dis-le-moi s'il te pla&#238;t &#224; l'avance, dix jours &#224; l'avance c'est mieux, pour que je puisse modifier l'horaire et m'y faire, sinon je serai longtemps mal &#224; l'aise, enfin, tu sais&#8230; &#187; Elle savait. Il d&#233;testait par-dessus tout que les choses ne se d&#233;roulent pas comme pr&#233;vu ; si une visite guid&#233;e qu'il menait &#233;tait d&#233;cal&#233;e d'une heure, il avait la gorge serr&#233;e et une chute de tension, et si on exigeait de lui une illustration pour un livre plus t&#244;t que pr&#233;vu (il cumulait deux activit&#233;s), il tombait dans une stupeur prolong&#233;e, m&#234;me si l'illustration &#233;tait pr&#234;te. Mais Anna ne songeait pas &#224; changer quoi que ce soit, elle se satisfaisait de cette illusion d'immuabilit&#233;, dont l'acte monotone et son remuement comique faisaient partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle aimait &#224; penser que dans vingt ans, quand elle serait presque vieille (elle venait d'avoir quarante et un ans), et qu'&#201;ric ne serait plus jeune (&#224; vrai dire, le voir vieillir l'attristait infiniment plus), ses paupi&#232;res fr&#233;miraient toujours aussi vite-vite, telles des ailes de papillon, &#224; l'approche de l'instant final, et qu'elle &#233;prouverait une &#233;trange tendresse (rien de plus) &#224; observer ce d&#233;tail&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;taient redescendus, en slip et t-shirt, pour manger la tarte, comme toujours apr&#232;s &#171; l'acte d'amour &#187; ; &#201;ric avait grimac&#233; quand Anna l'avait dit &#224; voix haute, pour l'agacer un peu ; il n'avait jamais consid&#233;r&#233; cela comme de l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t, &#201;ric lui avait dit que les gens confondaient le sexe avec l'amour, avec le coup de foudre, avec n'importe quoi d'autre, le sacralisaient, le chantaient, et c'&#233;tait &#233;videmment leur affaire, pourvu qu'on ne l'impose pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je peux satisfaire ce besoin physiologique, avait-il dit exactement ainsi, avec toi, parce que tu m'es tactilement agr&#233;able. Je n'aime pas serrer les mains, c'est &#233;trange, ni faire des c&#226;lins. Enfin, si, avec toi, j'aime. Je ne veux pas que tu te fasses une fausse id&#233;e de mes sentiments, Anna. Je ne suis pas amoureux de toi et je n'&#233;prouve pas d'attirance forte pour toi. Je t'aime parce que tu co&#239;ncides esth&#233;tiquement avec mes repr&#233;sentations d'une apparence agr&#233;able et m&#234;me belle. Je t'aime parce que tu me comprends. Enfin, je t'aime parce que nous nous convenons, parce qu'avec toi je me sens comme seul avec moi-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anna se souvint de ses mots en le regardant d&#233;couper la tarte encore fumante et tr&#232;s app&#233;tissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu en veux une part comme &#231;a ou plus grosse ? demanda &#201;ric.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comme la tienne, sinon tu t'inqui&#233;teras de m'en avoir donn&#233; moins, et qu'elles ne sont pas &#233;gales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vais chercher la r&#232;gle, gloussa &#201;ric. Tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'assirent &#224; table, elle go&#251;ta un peu et se pencha pour l'embrasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il me semble qu'un deuxi&#232;me round n'&#233;tait pas pr&#233;vu &#224; l'horaire, murmura-t-il avec l'air de quelqu'un confront&#233; &#224; des circonstances impr&#233;vues, mais il gloussa de nouveau et lui rendit son baiser. &#8212; C'est bon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tr&#232;s bon. Comme d'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait treize ans quand ils s'&#233;taient rencontr&#233;s, elle vingt-six. C'&#233;tait un enfant tr&#232;s beau et tr&#232;s sombre, comme sorti d'un conte gothique. Elle s'&#233;tait m&#234;me imagin&#233; qu'il vivait dans un immense manoir aux tourelles pointues, et que la nuit il avait peur de sortir de sa chambre parce que dans les couloirs quelqu'un faisait claquer des souliers et g&#233;missait tout bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne sais pas quoi faire de lui, avait dit son p&#232;re. Vous voyez, ma premi&#232;re femme, sa m&#232;re, est morte il y a deux ans. Elle &#233;tait&#8230; &#8212; il h&#233;sita &#8212; un peu &#233;trange. Lui et elles s'entendaient &#224; merveille, et moi, il m'a toujours &#233;vit&#233;. Quand elle n'a plus &#233;t&#233; l&#224;, j'ai r&#233;alis&#233; que je ne le comprenais pas du tout. Il faisait l'&#233;cole &#224; la maison, ma femme y tenait, donc il n'a pas d'amis. Il n'aime pas du tout parler aux gens, seulement &#224; ses figurines de porcelaine, ils les collectionnaient ensemble. Chaque matin il les aligne sur sa table et ne permet &#224; personne d'y toucher. Une fois, il m'a regard&#233; quand j'en ai effleur&#233; une, j'ai cru qu'il allait se jeter sur moi. Et sa belle-m&#232;re, je crois qu'il la d&#233;teste&#8230; Oui, je me suis remari&#233;, vous comprenez, je suis un homme, &#8212; il semblait s'excuser. &#8212; Et maintenant, &#201;ric fait peur au petit. Il s'approche du berceau et le fixe de son regard noir, jusqu'&#224; ce que l'autre se mette &#224; hurler de terreur. Alors &#201;ric sourit, lui pince le nez et retourne dans sa chambre, &#8212; il eut un geste d'impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il sera bien ici, souriait mielleusement la directrice. Nous avons une psychologue merveilleuse, &#8212; elle fit un signe de t&#234;te en direction d'Anna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anna se taisait et regardait le p&#232;re d'&#201;ric avec aversion. L'enfant &#233;tait traumatis&#233; par la mort de sa m&#232;re, de laquelle il &#233;tait proche ; traverser &#231;a &#224; un &#226;ge assez tendre&#8230; Et le p&#232;re se remarie, fait un autre enfant, au lieu de cr&#233;er pour &#201;ric un environnement o&#249; il pourrait gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;coutez, Anna, le p&#232;re paie assez cher pour qu'on le remette d'aplomb, lui avait dit ensuite la directrice. Et vous, vous le dorlotez. Tous les gar&#231;ons ici sont coiff&#233;s court, et lui a les cheveux plus bas que les &#233;paules, il se d&#233;marque du groupe, &#224; quoi &#231;a ressemble !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; D'abord, il est toujours coiff&#233; et les attache en chignon, objectait Anna. Ensuite, il a une peur bleue des ciseaux. Une fois, quand j'en ai parl&#233;, il a vomi. Il va bien, mais il a des particularit&#233;s qui ne sont pas une maladie, et il faut faire avec, y compris le p&#232;re. (Int&#233;rieurement, Anna pensa : si tant est qu'&#201;ric veuille encore lui parler en grandissant.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;testait se faire couper les cheveux, d&#233;testait qu'un mardi se passe quelque chose qui arrivait d'habitude le jeudi ; il avait apport&#233; ses figurines, chaque matin il les alignait, les essuyait l'une apr&#232;s l'autre avec un chiffon doux et embrassait le front de la petite berg&#232;re qu'il pr&#233;f&#233;rait. Il se tenait toujours &#224; l'&#233;cart et ne parlait &#224; presque personne ; d'habitude calme et silencieux, il avait un jour mis sans pr&#233;venir son poing dans le nez d'un moqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je consid&#232;re indigne de moi de me battre, avait-il dit &#224; Anna. Mes mains sont faites pour autre chose. Mais il m'a ennuy&#233;. C'est samedi, et le samedi d'habitude on me laisse tranquille. Il a troubl&#233; mon repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anna &#233;tait la seule avec qui &#201;ric parlait &#8212; pas par monosyllabes, pas d'une voix m&#233;canique et terne, mais tout &#224; fait naturellement, bien que tr&#232;s doucement. Il lui montrait ses dessins ; on y voyait g&#233;n&#233;ralement les personnages de ses contes pr&#233;f&#233;r&#233;s. Elle ne disait jamais : &#171; Oh, qu'est-ce que c'est ? &#187;, &#171; Ce sont des berg&#232;res, non ? &#187;, comme on le fait m&#234;me avec les grands enfants, parce qu'il l'aurait regard&#233;e en retour avec un air de dire : &#171; Vous ne voyez pas ? Pourquoi posez-vous des questions inutiles ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je n'aime pas parler aux gens, parce que je n'ai pas envie de d&#233;penser mon &#233;nergie &#224; extraire du flux verbal quoi que ce soit d'utile, avait-il un jour confi&#233; &#224; Anna. Le bruit informationnel me fatigue terriblement parce que g&#233;n&#233;ralement les gens discutent de choses qui ne m'int&#233;ressent absolument pas ou m'irritent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne savait pas quoi lui acheter pour son anniversaire, car elle n'offrait d'habitude que des sucreries aux enfants de l'&#233;tablissement, mais finalement elle lui donna un coffret d'aquarelles de qualit&#233; et un livre sur la peinture flamande. Elle &#233;tait entr&#233;e dans sa chambre ; il se tenait en pyjama pr&#232;s de la fen&#234;tre, les cheveux l&#233;g&#232;rement boucl&#233;s sur les &#233;paules, la t&#234;te inclin&#233;e, les doigts effleurant avec pr&#233;caution une figurine. Un tableau : &#171; Petit ange fra&#238;chement &#233;veill&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Merci, sa voix &#233;tait particuli&#232;rement douce. Maman aimait Bruegel et Vermeer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je peux te faire un c&#226;lin ? avait demand&#233; Anna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait hoch&#233; la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Bon anniversaire, &#201;ric, avait-elle chuchot&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En terminale, il avait d&#233;j&#224; dix-huit ans. Quand il venait la voir, elle ne travaillait plus avec lui comme avant ; ils parlaient simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous avez quelqu'un ? avait-il demand&#233; un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle l'avait regard&#233;, un peu surprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non. Pourquoi demandez-vous cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux gens de plus de seize ans, elle disait toujours &#171; vous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comme &#231;a, il avait hauss&#233; les &#233;paules. Et le sexe, vous en avez fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne pense pas que ce soit une question appropri&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous &#234;tes g&#234;n&#233;e ? Il avait souri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pensa que son sourire devait &#234;tre exactement le m&#234;me quand il poussait le petit &#224; hurler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Disons que oui. Une fois, il y a longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et c'&#233;tait comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne sais pas. Beaucoup de bruit pour rien, sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous voulez m'aider &#224; perdre ma virginit&#233; ? Il continuait de sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est une plaisanterie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pas du tout. Ou je ne vous semble pas attirant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne sais pas ce qu'est sexuellement attirant, avait-elle r&#233;pondu. Mais vous &#234;tes tr&#232;s beau. Et agr&#233;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait assis en face d'elle, lunettes &#224; fine monture, chemise blanche ample, un chignon permanent, semblable &#224; un employ&#233; de la Chancellerie C&#233;leste pr&#234;t &#224; r&#233;diger un rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors pourquoi pas ? J'avais l'impression que nous nous convenions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ce n'est pas autoris&#233;. Et je pourrais &#234;tre licenci&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous ne le dirons &#224; personne. C'est dimanche, presque tout le monde se prom&#232;ne. &#8212; C'&#233;tait l&#224; l'origine de ces dimanches. &#8212; Si vous ne voulez vraiment pas, je m'en vais. D&#233;sol&#233;, Anna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle comprit qu'elle le voulait ; pas au niveau du d&#233;sir, elle &#233;tait assez peu excit&#233;e, mais parce qu'il &#233;tait tr&#232;s mignon, agr&#233;able, fragile et beau ; parce qu'elle aimait lui parler et regarder ses dessins, parce qu'il &#233;tait esth&#233;tiquement remarquable, comme une statuette, et qu'elle avait envie de sentir sa chaleur, sa pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'&#233;tait bien pour vous ? dit-il apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tout &#224; fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'assit en face et la regarda de nouveau, comme un ange concentr&#233; &#224; calculer le volume de l'&#226;me de quelque p&#233;cheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais vous n'avez pas fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ce n'&#233;tait pas pour &#231;a que je voulais &#234;tre avec vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors pour quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pour toucher le beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sourit de nouveau, diff&#233;remment cette fois, sans ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anna, bien s&#251;r, voulait &#234;tre honn&#234;te. D'abord elle s'&#233;tait promis de lui parler s&#233;rieusement avant son d&#233;part, puis apr&#232;s, mais finalement elle d&#233;cida l&#226;chement que cette relation lui &#233;tait b&#233;n&#233;fique et qu'il ne fallait pas le quitter, il avait d&#233;j&#224; subi une perte terrible. Elle d&#233;missionna, changea d'activit&#233;, se mit &#224; la traduction, et un an et demi apr&#232;s son d&#233;part, ils se mari&#232;rent. Tous ceux qu'elle fr&#233;quentait trouv&#232;rent cela normal, seule sa s&#339;ur tourna un doigt &#224; sa tempe et dit : &#171; Tu t'es trouv&#233; un fiston bien f&#234;l&#233; &#187;, apr&#232;s quoi Anna ne lui parla pas pendant plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tu es perdue dans tes pens&#233;es ? &#201;ric piqua une cerise avec sa fourchette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui&#8230; Demain, c'est mon jour de cong&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et le mien, h&#233;las, non. Visite guid&#233;e comme pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors je viendrai &#224; ta visite, puis on mangera et on se prom&#232;nera, s'il ne fait pas si chaud. Ou tu avais autre chose de pr&#233;vu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Justement non, et je me tourmentais de ne rien pouvoir inventer&#8230; Tu veux encore de la tarte ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
