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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Destination mardi matin </title>
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		<dc:date>2026-03-31T17:49:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Boucher</dc:creator>



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&lt;p&gt;[D&#233;couvrez ce texte lu, illustr&#233; et mis en musique par Corine Sylvia Congiu] &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est &#224; c&#244;t&#233; de moi, &#224; la place du mort comme on dit. Son dos effleure &#224; peine la forme du dossier. La pointe de ses pieds repose sur le tapis de sol, l&#224;, juste en-dessous de la boite &#224; gants. Ses cheveux blancs, mont&#233;s en chignon, chatouillent le toit de l'habitacle. Ses mains sont pos&#233;es sur ses genoux. Elle a de jolies mains, des doigts effil&#233;s et d&#233;licats, orn&#233;s de bijoux qui transcendent son grain de peau parsem&#233; de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1485.jpg?1774979346' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href=&#034;https://youtube.com/shorts/SqnVdAOwiAY?si=UAYFkp9fDpfpNHNO&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;D&#233;couvrez ce texte lu, illustr&#233; et mis en musique par Corine Sylvia Congiu&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_615 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/20-2.jpg?1774979231' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-615 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Destination mardi matin&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-615 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Elle est &#224; c&#244;t&#233; de moi, &#224; la place du mort comme on dit. Son dos effleure &#224; peine la forme du dossier. La pointe de ses pieds repose sur le tapis de sol, l&#224;, juste en-dessous de la boite &#224; gants. Ses cheveux blancs, mont&#233;s en chignon, chatouillent le toit de l'habitacle. Ses mains sont pos&#233;es sur ses genoux. Elle a de jolies mains, des doigts effil&#233;s et d&#233;licats, orn&#233;s de bijoux qui transcendent son grain de peau parsem&#233; de taches de vieillesse. Le rayonnement de ses bagues agit tel un sourire malicieux, faisant la nique au temps qui passe. Sa robe est &#224; l'image de sa f&#233;minit&#233;, des couleurs chatoyantes mettent en valeur sa taille et la rondeur de ses hanches. Sa pr&#233;sence physique ne laisse pas indiff&#233;rent, elle s'imprime tout naturellement dans l'espace, pendant que les effluves voluptueux de son parfum se diffusent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le regard droit devant, ses oreilles ont d&#233;j&#224; satellis&#233; le moindre indice sonore. Tous ses sens sont aux aguets. Une premi&#232;re lance verbale ne saurait tarder, je la ressens, je l'entends se pr&#233;parer, l&#224;, &#224; l'int&#233;rieur de son cerveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippa, c'est mon trajet du mardi matin, de son domicile &#224; l'h&#244;pital, pour sa s&#233;ance de &#171; chimiolavie &#187; comme elle dit. Depuis bient&#244;t deux mois, je suis son chauffeur hebdomadaire sur le planning de l'association &#171; Les transports en partage &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippa fait partie de ces personnes pour qui le silence a une r&#233;sonance d&#233;rangeante. On ne doit pas rester sans rien dire, &#231;a ne se fait pas. C'est laisser libre cours &#224; toute mauvaise interpr&#233;tation : d'un manque de conversation, &#224; un moral en berne, &#224; des soucis personnels, ou alors &#224; un jugement arbitraire de mauvaise compagnie. Quand le silence devient source de d&#233;sagr&#233;ments, quand il s'acoquine avec des pens&#233;es angoissantes, faut pas laisser la machine convoquer tout un r&#233;giment, faut agir, de la m&#233;t&#233;o aux infos y a de quoi dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque mardi matin, c'est parti pour un festival de phrases, sorties toutes fra&#238;ches du frigo des infos. Mais attention, r&#233;appropri&#233;es comme des v&#233;rit&#233;s, ah ben oui quand m&#234;me, quand Philippa parle, c'est pas pour rien dire. Un sujet en am&#232;ne un autre, toujours ext&#233;rieur &#224; elle, Philippa ne parle jamais d'elle-m&#234;me. S'il s'agit du &lt;i&gt;20 heures&lt;/i&gt;, elle s'exprime avec les m&#234;mes intonations que le pr&#233;sentateur t&#233;l&#233;. Le rythme de son d&#233;bit de mots &#224; la minute est si rapide qu'il g&#232;le instantan&#233;ment mes neurones. Parfois, si &#231;a s'&#233;ternise, je m'envole, tels les ak&#232;nes &#224; aigrettes des pissenlits blancs. J'entends sa voix, mais je ne suis plus l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a pourtant une si belle voix Philippa, douce et chaleureuse, avec des variations d'intonation qui chantent &#224; mes oreilles. Comme j'aimerais la d&#233;couvrir dans un autre contexte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, Philippa c'est le contraste &#224; l'&#233;tat pur. Une pr&#233;sence distingu&#233;e qui inspire l'envie de la d&#233;couverte et une pr&#233;sence fatigante qui suscite la fermeture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Feu rouge. Cette couleur a le don magique de stopper, d'un coup, le d&#233;bit de paroles, m&#234;me en milieu de phrases. C'est tr&#232;s troublant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces petits r&#233;pits, j'invente des strat&#233;gies pour aborder avec Philippa ma croyance sur les vertus du silence. Cet espace qui remplit le vide. Cette magie qui cr&#233;e du lien au-del&#224; du verbe. Amplificateur naturel du sens des mots, de la m&#233;lodie de la musique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le silence est inoffensif Philippa, ne le craignez pas, c'est un ami, il a des vertus salvatrices. Et peut-&#234;tre pourrons nous, ensemble, d&#233;couvrir et &#233;couter le timbre de votre voix, celui qui attend patiemment d'&#234;tre &#224; votre service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils s'enlacent tendrement, sans se regarder, chacune des parties de leurs corps se positionne pour un rapprochement naturel. Mon regard ne parvient pas &#224; se concentrer sur autre chose. Il se d&#233;gage de leur pr&#233;sence une telle douceur, une telle tranquillit&#233;, que la plus petite notion de sensibilit&#233; est &#233;veill&#233;e. Pourtant, &#224; mon arriv&#233;e dans le parc, leur intrusion m'a d&#233;rang&#233;e. Ils occupaient mon banc habituel, celui que j'utilise r&#233;guli&#232;rement lorsque j'ai de l'attente entre deux transports. D'o&#249; je suis, je peux observer mon banc. Il a &#233;t&#233; repeint, une jolie couleur verte l'habille d&#233;sormais. Je n'avais pas remarqu&#233; combien il &#233;tait gracieux et bien plac&#233; sous ce saule qui lui donne une allure de banc des amoureux. Ce changement de place et de perspective me trouble, mes yeux ne peuvent plus s'accrocher aux d&#233;tails immuables qui d&#233;clenchent ma d&#233;tente. Mon regard papillonne, pour revenir immanquablement sur le banc des amoureux. Ce couple d&#233;gage un quelque chose d'hypnotique, tel un tableau dans une galerie d'art.&lt;br class='autobr' /&gt; Ma pause est d&#233;cid&#233;ment bien diff&#233;rente aujourd'hui. Elle ne m'apporte pas le repos instinctif procur&#233; par mes rituels. Elle impose un nouveau d&#233;cor &#224; mon champ de vision, une nouvelle ambiance sonore avec la proximit&#233; de la mare aux canards, une nouvelle posture pour m'adapter &#224; la forme contemporaine du banc. Cependant, petit &#224; petit, l'inconfort s'estompe, un effet lib&#233;rateur s'&#233;veille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais chercher ma voiture, l'heure du rendez-vous de ma passag&#232;re arrive &#224; son terme. Depuis peu, le retour est en totale opposition avec l'ambiance du trajet aller. Une partie de Philippa semble &#234;tre rest&#233;e &#224; l'h&#244;pital, pendant que l'autre partie est assise, l&#224;, &#224; c&#244;t&#233; de moi, &#224; la place du mort comme on dit. Aujourd'hui, son dos s'est arrondi le long du dossier, ses m&#232;ches de cheveux n'ont plus la force de chatouiller le toit du v&#233;hicule, le chignon a perdu de sa superbe, ses poings ferm&#233;s emprisonnent ses doigts de f&#233;e, la lumi&#232;re des bijoux est en berne. Le feu rouge est inutile, il n'y a rien &#224; stopper. M&#234;me l'effluve du parfum a disparu. Le corps altier se ratatine. Seule la voix de Philippa parvient &#224; exorciser ce retournement. Elle est douce, feutr&#233;e, elle vient de l'int&#233;rieur, elle ressent et traduit ce qui se passe, l&#224;, maintenant, par petites phrases. Il y est question de la vie, du temps qui passe, des souvenirs, de la fatigue qui embrume les projets d'avenir, et de toute fa&#231;on, de quels projets parle-t-on lorsqu'on se fait vieille et malade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment o&#249; nous passons &#224; proximit&#233; du parc, j'aper&#231;ois le couple, enlac&#233; sur le banc des amoureux. Je me penche, avec l'espoir que mon mouvement attire le regard de Philippa. Elle suit des yeux la direction propos&#233;e et aper&#231;oit, elle aussi, les deux amants.&lt;br class='autobr' /&gt;
La femme, une personne &#226;g&#233;e, des cheveux blancs coup&#233;s court, un foulard color&#233; autour du cou, la t&#234;te pos&#233;e d&#233;licatement sur l'&#233;paule d'un homme. L'homme, un vieux lui aussi, le visage prot&#233;g&#233; par un chapeau qui lui donne une allure d'acteur de cin&#233;ma des ann&#233;es cinquante. Il a les jambes crois&#233;es, sa posture laisse deviner ses chaussures de ville surmont&#233;es de socquettes bleu marine. Son costume, bien taill&#233;, &#233;pouse adroitement le style de la robe estivale de la femme. Leurs deux corps sont d&#233;pos&#233;s sur le dossier du banc, dans un d&#233;licat laisser-aller, on a l'impression qu'ils pourraient rester l&#224; une &#233;ternit&#233;. La sensualit&#233; de leur pr&#233;sence sublime la beaut&#233; naturelle de ce parc urbain. Ils sont vieux, rid&#233;s, ils sont beaux, bien d&#233;cid&#233;s. On a l'impression que tout est &#224; sa place. Il suffit parfois d'un &#233;l&#233;ment pour que tout &#224; coup, tout soit &#224; sa place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon regard croise celui de Philippa. Ses yeux s'illuminent. En une fraction de seconde, une lueur complice nous relie au c&#339;ur de ce temps suspendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le corps de Philippa se redresse, sa respiration anime en souplesse le mouvement naturel de sa cage thoracique, son dos s'&#233;tire sur le dossier du v&#233;hicule, ses mains lissent d&#233;licatement les plis de sa robe froiss&#233;e. Elle se tourne &#224; nouveau vers le parc et plus particuli&#232;rement vers le banc des amoureux, qui s'&#233;loigne tout doucement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle observe le d&#233;filement du paysage. Ses yeux d&#233;couvrent ce nouveau champ de vision, que nous traversons pourtant depuis plus de deux mois. &#192; cet instant, inexorablement, Philippa s'offre &#224; la po&#233;sie du regard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce trajet du retour n'a pas de mots, il s'exprime de lui-m&#234;me, avec toutes les sonorit&#233;s color&#233;es d'un corps qui rena&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai plus eu de trajets du mardi matin. Tout s'est arr&#234;t&#233; d'un seul coup. Feu rouge. Plus rien &#224; dire, plus rien &#224; voir... circulez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippa a d&#233;m&#233;nag&#233; chez sa fille, dans la r&#233;gion parisienne. Apr&#232;s de multiples tentatives de persuasion de la part de ses enfants, elle s'est d&#233;cid&#233;e du jour au lendemain, elle les a appel&#233;s pour leur dire qu'elle &#233;tait pr&#234;te, maintenant. Pour une meilleure clinique dit-elle, de meilleurs soins esp&#232;re-t-elle. Mais surtout, ne plus &#234;tre seule dans son petit appartement au quatri&#232;me &#233;tage sans ascenseur, &#171; C'est pas &#231;a la vie ! &#187; Ce sont ses premiers mots, &#233;crits sur la carte postale envoy&#233;e &#224; l'adresse de l'association quelques semaines apr&#232;s son d&#233;part. La &#171; chimiolavie &#187; s'est arr&#234;t&#233;e. La boule a diminu&#233; de la taille d'une cerise, il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de la laisser l&#224; o&#249; elle s'est nich&#233;e. Un r&#233;pit &#224; prendre dans ce nouvel espace-temps. Agr&#233;ablement illustr&#233;s de sa fine &#233;criture aux lettres d&#233;li&#233;es, une douce l&#233;g&#232;ret&#233; &#233;mane des mots de Philippa.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, le facteur a d&#233;pos&#233; une nouvelle carte. Un jardin public, arbor&#233;, lumineux o&#249; mon regard se perd dans la profondeur de la photographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je passe r&#233;guli&#232;rement pr&#232;s du parc. Parfois, je m'assois sur le banc des amoureux, &#224; la recherche d'un souvenir. Puis, j'alterne avec le banc d'en face, le contemporain si inconfortable. Changement d'horizon, pour m'ouvrir &#224; d'autres perspectives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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