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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>VILLE SANS AMOUR</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/appels-a-textes/article/ville-sans-amour</link>
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		<dc:date>2026-05-04T07:14:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georgia Doll</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce soir, elle r&#244;de dans la ville. Les hommes la regardent passer, bouteilles de bi&#232;re &#224; la main, ils fument, la regardent, fument&#8230; Elle marche, rapidement, le regard droit, faisant semblant d'aller quelque part. C'est ainsi qu'elle r&#244;de, pour ne pas se faire remarquer, ne pas &#234;tre suivie par des hommes. Elle r&#244;de dans la nuit comme un chat qui n'ose pas miauler, par peur de ceux qui pourraient lui r&#233;pondre. Elle r&#244;de et elle pense &#224; toi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette ville, il n'y a qu'une seule journ&#233;e qui se r&#233;p&#232;te. (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/appels-a-textes/" rel="directory"&gt;Appels &#224; textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_616 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/ville_sans_amour2.jpg?1777878776' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-616 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	Ce soir, elle r&#244;de dans la ville. Les hommes la regardent passer, bouteilles de bi&#232;re &#224; la main, ils fument, la regardent, fument&#8230; Elle marche, rapidement, le regard droit, faisant semblant d'aller quelque part. C'est ainsi qu'elle r&#244;de, pour ne pas se faire remarquer, ne pas &#234;tre suivie par des hommes. Elle r&#244;de dans la nuit comme un chat qui n'ose pas miauler, par peur de ceux qui pourraient lui r&#233;pondre. Elle r&#244;de et elle pense &#224; toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ville, il n'y a qu'une seule journ&#233;e qui se r&#233;p&#232;te. Les saisons changent, mais cette journ&#233;e est interminable, inachev&#233;e toujours. Les histoires, aussi, se ressemblent par la fa&#231;on dont on les raconte. Et la ville les accueille &#8211; un haussement d'&#233;paules, un froncement de sourcils, un sourire las. C'est par les histoires qu'on se conna&#238;t les uns les autres, elles vous relient par des fils invisibles pendant qu'on navigue &#224; travers l'&#233;tendue de la ville. Cette m&#234;me journ&#233;e, avec, en vrac, les fils des histoires flottant autour de nous. Les mouettes volent au-dessus des immeubles, se posent entre les voitures pour manger, passent l'apr&#232;s-midi sur la mer et reviennent dormir sur les toits.&lt;br class='autobr' /&gt;
De cette fa&#231;on, on vit ici, dans cette ville belle et ab&#238;m&#233;e, maltrait&#233;e, fi&#232;re sans savoir de quoi ; les enfants grandissent sans changer d'&#226;me, les gens vieillissent, comme partout. L'&#339;il passe du sublime au grotesque. Des corps humains sont allong&#233;s au pied des poubelles d&#233;bordantes et le malheur s'expose sous ce ciel bleu qui ne cache rien. La ville, cette grande radasse qui s'&#233;tale sans honte ni &#233;l&#233;gance, ne s'excuse jamais. Mais au-del&#224; de la lumi&#232;re impitoyable qui semble tout montrer, on lui devine des profondeurs qu'elle ne se reconna&#238;t pas &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les places et dans les rues du centre-ville, &#231;a bourdonne. C'est l'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un l&#233;ger vent rend la chaleur supportable. Les feuilles, s&#233;ch&#233;es avant l'heure, tombent des arbres. La canicule ne vient que de commencer. Les odeurs d'urine humaine et de crottes de chien se m&#233;langent avec celle des fleurs de tilleul. Les femmes portent le soleil de l'apr&#232;s-midi sur leurs d&#233;collet&#233;s, les hommes dans leurs yeux. La lune &#233;clatante, voluptueuse, semble si pleine que c'est vulgaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les terrasses de la grande place, des &#233;crans diffusent le match. Elle s'assoit pour prendre un verre, pour se calmer l'esprit et faire passer le temps. Elle &#233;vite tout visage connu, ce soir, essaie de dispara&#238;tre au milieu de la foule. Le match la sauve, tous les yeux sont riv&#233;s sur les &#233;crans. Elle ne veut pas &#234;tre ivre, elle boit lentement. Il y a le toucher du vent, le go&#251;t du citron m&#234;l&#233; &#224; la bi&#232;re qui descend sa gorge. Le brouhaha des conversations devient un fond sonore ind&#233;finissable, &#224; peine humain. Elle attend le moment propice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'air de rien, l'air de rien&#8230;&lt;/i&gt; &#199;a chante en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ville, les hommes sont partout. Ils fl&#226;nent, se regroupent en bord de route et passent en voiture avec le bras gauche sorti de la fen&#234;tre. Ces mecs-l&#224;, elle les envie pour l'aisance avec laquelle ils assument leur nature de chat et de chien. Pourtant, tous ces hommes ne lui disent rien. Elle ne sait pas comment, &#224; travers son corps, elle t'a choisi, ses yeux se sont fix&#233;s sur toi et tout le reste d'elle a d&#251; suivre. Distraitement, elle fait d&#233;filer les noms du r&#233;pertoire, &#224; la recherche d'une solution autre que toi. Un homme avec un sac &#224; dos s'approche.
&lt;br /&gt;&#8212; Tes yeux sont des soleils, ta bouche est un oc&#233;an. Ta peau est le ciel parsem&#233; d'&#233;toiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il lui offre une rose rouge.
&lt;br /&gt;&#8212; Ne cherche pas &#224; comprendre qui je suis ; je suis tomb&#233; du ciel. Je viens d'une plan&#232;te que personne n'a visit&#233;e. Pour autant que j'existe...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aurait continu&#233;, mais la serveuse vient le chasser, une cigarette &#233;teinte au coin de la bouche. Un serpent monte sa cuisse et dispara&#238;t sous les bords de la minijupe grise. &lt;br /&gt;&#8212; Le pr&#233;dateur arrive, il va faire beaucoup de mal. Attention, ne te fais pas arracher le c&#339;ur. Au revoir et tr&#232;s bonne soir&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parler, parler&#8230; Toujours &#231;a parle dans cette ville. Moins on a des choses &#224; dire, plus &#231;a bavarde. Et ce &lt;i&gt;moment propice&lt;/i&gt;, de bon augure, qui n'arrive pas ou qu'elle ne parvient pas &#224; saisir. Elle continue &#224; faire d&#233;filer les noms, mais aucun ne semble r&#233;el, cette nuit de pleine lune, sauf, toujours, ton nom que son esprit reproduit en boucle. Mais elle n'est pas pr&#234;te &#224; &#233;changer son fantasme contre une exp&#233;rience, car l'exp&#233;rience passe, alors que le fantasme, c'est elle qui d&#233;cide quand c'est fini. Il y a la lune qui brille fort, il fait trop chaud pour dormir, et pas loin d'ici se trouve ton odeur, ton pouls bat... c'est difficile&#8230; dans les nuits comme &#231;a. Car elle sait o&#249; te trouver. Elle conna&#238;t l'endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Sais-tu combien de fois, elle est pass&#233;e devant ton bistrot, &lt;i&gt;l'air de rien&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle passe devant la porte, elle retient le souffle et ralentit le pas, louchant pour distinguer ta silhouette &#224; l'int&#233;rieur, le fichu &lt;i&gt;air de rien&lt;/i&gt; qui murmure en elle, avec la honte et le d&#233;sir qui la br&#251;lent en m&#234;me temps, mais pas au m&#234;me endroit. Derri&#232;re la vitre, quelqu'un te parle, tu ne soul&#232;ves pas la t&#234;te, tu es en train de rincer un verre, ton profil fatigu&#233; acquiesce. Elle vire &#224; gauche, change de trottoir et d&#233;passe la porte, la vitre, ton visage d&#233;tourn&#233;, ce quelqu'un qui te parle &#224; sa place&#8230; Il n'y a pas de hasard sur sa route en ce qui te concerne !&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu es un fantasme, certes. Mais tu es un homme, aussi. Ta peau a une chaleur, un go&#251;t, ta chair a une facture. Il est vrai, on peut vivre sous l'emprise d'un fantasme, mais on ne peut pas vivre avec lui. Un fantasme n'aide pas contre la solitude&#8230; Mais rien n'aide contre la solitude, apr&#232;s tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, elle pense &#224; toi, en plein soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande ville porte l'empreinte des ordures, mais elle est b&#226;tie en bord de mer. L'eau est claire et en plongeant, on voit les jambes des nageurs, entre les bouts de d&#233;chets flottants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand elle est allong&#233;e sur le rocher et que le soleil l'inonde, elle pense &#224; toi. Puis, elle se retourne et se laisse toucher par lui jusqu'&#224; ce que tout devienne chaud et lumineux, que ses os se mettent &#224; sonner, que son squelette rayonne et qu'elle ne sache plus si le soleil est dedans ou dehors&#8230; c'est l&#224; qu'elle pense le plus &#224; toi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet apr&#232;s-midi, &#224; la mer, elle s'est laiss&#233; faire sans pr&#234;ter attention aux gens, elle pensait seulement &#224; toi et ce soir, sous la lune ridicule, elle n'a que toi en t&#234;te, encore. Elle te d&#233;teste, car tu ne sais rien de sa souffrance. C'est comme si elle s'&#233;tait lanc&#233; un d&#233;fi contre elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car tu n'es pas un homme libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re chose que tu lui as dite et elle n'a pas pu l'oublier. Depuis ce jour, elle pense &#224; toi comme &#224; un homme dans une cage qu'on vient contempler de loin. Un homme dans une cage, c'est &#224; lui seul de se lib&#233;rer, personne ne peut l'aider. Pourtant, elle sait que tu n'as rien &#224; faire de la libert&#233; qui lui est si ch&#232;re ; tu pr&#233;f&#232;res ta cage, comme tant d'autres. On se ressemble par les choses qui nous s&#233;parent... Tu fais de ta captivit&#233; une forteresse et elle se prive elle-m&#234;me de compagnie. Au fond, elle sait quel homme tu es et elle ne cherche pas de la souffrance superflue. Mais ce n'est pas avec la partie en elle qui &#233;vite la souffrance qu'elle pense &#224; toi ce soir, ce n'est pas elle qui la fait r&#244;der dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lune brille avec toujours la m&#234;me insolence et c'est vraiment l'&#233;t&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'est-ce qui t'arrive, ce soir ? Tu as perdu ton sourire...
&lt;br /&gt;&#8212; J'ai peur du fascisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que vous avez fait connaissance. L'heure est avanc&#233;e, tu lui offres un verre, vous parlez politique.
&lt;br /&gt;&#8212; Il faut se concentrer sur les choses qu'on aime. Le seul choix que nous avons est de jouir pleinement de la vie, maintenant plus que jamais, afin d'avoir le courage de sortir, le jour o&#249; la ville va br&#251;ler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des verres se suivent. L'air est humide, son c&#339;ur ne bat plus au m&#234;me rythme qu'avant.
&lt;br /&gt;&#8212; Qu'est-ce que tu aimes ? Tes yeux souriants vont droit au but.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu ne comprends pas. J'en ai marre de baiser, mais personne ne me donne envie de faire l'amour.
&lt;br /&gt;&#8212; Moi, c'est l'inverse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les choses sont claires entre vous d&#232;s le d&#233;part. Tout vous s&#233;pare, d'une fa&#231;on imperceptible. &#192; travers les gestes et les paroles, une distance se tisse, pas &#233;norme, mais si dense qu'elle devient infranchissable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand elle revient des toilettes, une femme blonde s'est assise &#224; sa place au comptoir. Tu es trop convoit&#233;, mon gars, combien de fant&#244;mes te pourchassent ainsi, clairs ou sombres ? Elle se met &#224; c&#244;t&#233; de la femme qui occupe le tabouret avec ses rondeurs, ne sachant comment partir sans se d&#233;masquer.
&lt;br /&gt;&#8212; Toi aussi, tu fais le papillon de nuit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La blonde fait mine de ne rien comprendre et continue &#224; te d&#233;visager. Et elle, priv&#233;e de tout pr&#233;texte, devient l'ombre d'une ombre. Une m&#234;me soir&#233;e, &#233;tal&#233;e sur des mois &#8211; des nuits errantes, des matins troubles, et elle n'a toujours pas fait l'amour. Ce terrible souhait de changer ! De passer &#224; autre chose, aux choses s&#233;rieuses s'il le faut, mais arr&#234;ter cette errance, effacer cette lune ridicule, rentrer ! Ne plus &#234;tre seule. Ce sont les choses absentes qui font le plus mal...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce soir, elle va te prendre, au moins pour tourner la page. Une autre femme pourra occuper la place qu'elle a prise dans ta vie. Car elle souffre : quelle souffrance de devoir encore et encore passer devant cette vitre et n'arriver &#224; rien, s'emp&#234;cher de tout par la force. Un autre visage pourra s'asseoir au comptoir et t&#226;cher de plonger son regard dans le tien. Ce soir, elle va achever son &#339;uvre m&#233;diocre, c'est elle le pr&#233;dateur ce soir, mais quelque chose l'emp&#234;che de d&#233;marrer la chasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le match est termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La serveuse entasse les chaises. Sur sa cheville droite vacille un poulpe. Un petit chien s'en approche en aboyant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dernier verre ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle reste assise jusqu'&#224; ce que toutes les chaises soient rang&#233;es, sirotant sa bi&#232;re sans lever le regard ; elle sait que des yeux l'attendent. Il fait si lourd que ses jambes sont coll&#233;es comme deux timbres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la fermeture du caf&#233;, elle continue &#224; raser les murs pendant quelque temps, en nage et pas assez ivre pour prendre une d&#233;cision. &#192; une heure et demie du matin, on ne peut passer nulle part, fortuitement. &#199;a n'existe pas, &lt;i&gt;l'air de rien&lt;/i&gt;, &#224; une heure et demie. Pourtant, c'est cette heure-ci et elle est toujours dehors. L'atmosph&#232;re est &#233;lectrique, la lune a disparu et toutes les &#233;toiles. On a coup&#233; l'&#233;clairage dans le quartier et elle cherche son chemin par des ruelles obscures, devenue invisible comme les choses qui l'entourent, un autre secret de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une heure quarante-six, l'orage &#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de quelques secondes, elle est tremp&#233;e jusqu'aux os. Elle se met &#224; courir, affol&#233;e, ravie, de grosses gouttes lui rentrent dans les yeux, font couler l'encre sur ses joues, lui tombent dans le d&#233;collet&#233; et mouillent le soutien-gorge (et elle pense encore &#224; toi, &#224; cet instant). Elle continue &#224; courir alors que l'inondation de son corps est totale, d&#233;passant quelques f&#234;tards tardifs avec des bouteilles &#224; la main, ils pleurent ou chantent. Trois femmes en talons aiguilles se sont abrit&#233;es dans une entr&#233;e. Une ombre se tient sous le seul lampadaire allum&#233;, sa silhouette large est prot&#233;g&#233;e par un parapluie et on devine de grands seins luisants derri&#232;re le rideau d'eau. Les &#233;clairs et le tonnerre arrivent maintenant en m&#234;me temps (et elle pense &#224; toi, plus que jamais). Elle laisse la pluie entrer dans son corps. Son esprit est largement ouvert, comme si une nouvelle journ&#233;e venait de commencer et elle envie le ciel de pouvoir exploser avec autant de d&#233;mesure, en s'emparant des &#234;tres et des choses. Un d&#233;sir d'action l'a saisie et, &#224; pr&#233;sent, il n'y a plus de retour possible. L'obscurit&#233; alterne avec la clart&#233;, le bruit du tonnerre l'accompagne comme les cris des supporteurs lors des derni&#232;res minutes du match, le chemin fait ses d&#233;tours, c'est la roulette russe maintenant, trois balles contre trois cartouches vides&#8230; Les grilles de ton bistrot sont mi-baiss&#233;es, mais &#224; travers les barreaux, elle aper&#231;oit de la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le ciel du matin est bas lorsqu'elle remonte la rue dans le sens inverse. Les prostitu&#233;es, encore plus matinales qu'elle, la saluent et ouvrent les &#233;ventails avec un mouvement de main habile. L'orage a rafra&#238;chi l'air, mais le soleil est en train de se lever. La m&#234;me chaleur accablante les attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'assoit sous un parasol et commande un caf&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous &#234;tes seule. Pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il la regarde avec des yeux qui ont vu les montagnes kabyles.
&lt;br /&gt;&#8212; J'ai envie de solitude, ce matin.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vous vois&#8230; Il pointe vaguement autour de lui. Vous &#234;tes seule, tous les jours. Pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un peu plus loin, une femme est en train de peindre le tronc d'un arbre en couleur rouge. Le visage du serveur cherche &#224; comprendre.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous n'&#234;tes pas seul, vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il soupire, un air ind&#233;fini.
&lt;br /&gt;&#8212; Jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
La diff&#233;rence entre eux, c'est qu'elle est toujours seule et lui jamais, qu'elle paie le prix d'un espresso pour s'asseoir sous ce parasol et qu'&#224; lui, la pr&#233;sence dans le m&#234;me espace-temps rapporte un SMIC horaire. On se ressemble tant par les choses qui nous s&#233;parent...
&lt;br /&gt;&#8212; J'aime vous voir, dit-il encore avant de reprendre sa place &#224; l'entr&#233;e du caf&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Votre pr&#233;sence&#8230;, il cherche le mot, ... m'apaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce matin, elle a peur de ne pas vivre. Pourtant, l'existence est manifeste : un caf&#233; bien serr&#233;, un serveur apais&#233; par sa pr&#233;sence, le tronc d'un arbre peint en rouge, cette m&#234;me journ&#233;e&#8230; Elle voudrait se d&#233;barrasser une fois pour toutes de cela : le pass&#233;, le futur, le creux &#224; la place de son c&#339;ur, et embrasser cette solitude simple qui est la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne sais-tu pas ce qui s'est pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es rentr&#233; en elle par le nez, mais une fen&#234;tre s'est ouverte au milieu de sa poitrine. Tes yeux se sont adoucis, les fils se sont emm&#234;l&#233;s, elle a fourr&#233; son nez au plus profond de ta clavicule gauche et elle a plong&#233; en toi. Aucune pens&#233;e en trop ne vous a atteints, vous &#233;tiez, dans cet acte matinal, deux &#234;tres sublim&#233;s. Elle a tenu ta t&#234;te entre ses mains comme une boule de cristal pr&#233;cieuse, veillant &#224; ce qu'elle ne glisse pas avant que l'image surgisse. Plus tard, sous la douche, elle a fait na&#238;tre une bulle de savon entre ses seins et tu l'as &#233;clat&#233;e avec ton doigt. Sous le tableau de Klimt, elle t'a embrass&#233; une derni&#232;re fois, puis une deuxi&#232;me derni&#232;re fois et elle est partie. Ton odeur se perd d&#233;j&#224; dans les odeurs de la ville, tes yeux s'estompent... La sublimation de vos deux &#234;tres ne se reproduira pas dans le syst&#232;me de coordonn&#233;es de vos vies s&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Machinalement, elle a repris sa marche &#224; travers la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le supermarch&#233;, un homme est assis par terre, sa pancarte r&#233;clame de l'argent pour l'entretien de son porche. Son coll&#232;gue de trottoir le formule plus sobrement : &#171; I am Hungarian &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'entr&#233;e du m&#233;tro, un homme et une femme se donnent des coups de poing. Cinq personnes se sont arr&#234;t&#233;es pour regarder le spectacle gratuit. Un jeune touriste jette des coups d'&#339;il autour de lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quelqu'un peut appeler quelqu'un ! Faites quelque chose au lieu de regarder ! &#187; crie-t-il d'un accent cahoteux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il tente de s&#233;parer les combattants. Pendant que les deux hommes s'affrontent, la femme donne des coups de pieds en direction des genoux de son adversaire. &lt;i&gt;CHERCHE TON &#194;ME, S&#338;UR !&lt;/i&gt; est &#233;crit en grandes lettres asym&#233;triques sur le sol sur lequel ils se battent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans cette ville, les histoires ne se terminent pas. Elles s'&#233;parpillent, par-ci, par-l&#224;, finissent par &#234;tre dispers&#233;es dans l'espace. Tant&#244;t, on d&#233;tient un bout de fil, tant&#244;t, il vous glisse des mains. C'est la po&#233;sie des sacs poubelle qui dansent dans les arbres, un jour de vent&#8230; Une fois de plus, elle devient le fant&#244;me qui hante la ville et personne ne se doute de sa pr&#233;sence. Derri&#232;re son corps &#233;veill&#233; se cache une absence qui va loin, au plus profond de son &#234;tre. Elle pensera encore &#224; toi et puis elle t'oubliera. Mais son d&#233;sir d'amour est intact.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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