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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Peach, pas bouger.</title>
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		<dc:date>2026-05-30T10:19:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Swan Leschi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Peach, pas bouger. Cela faisait environ un an que je tentais d'&#233;duquer mon chien &#224; devenir un parfait compagnon de canap&#233;. Ma femme l'avait achet&#233; pour pratiquer la course &#224; pied, l'amener au bureau ou jouer au frisbee. Les ambitions &#233;taient belles et prometteuses, mais pour ma part je misais surtout sur une &#233;ducation canap&#233;&#8209;croquettes saupoudr&#233;e de paresse. Je pense que l'&#233;quilibre est un tout dans la vie. Ma femme jouait au frisbee avec notre Peach nationale pendant que je v&#233;g&#233;tais. Puis, quand elle (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1489.jpg?1780136303' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_618 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/peach-pas_bouger2.jpg?1780136312' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-618 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Peach, pas bouger.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cela faisait environ un an que je tentais d'&#233;duquer mon chien &#224; devenir un parfait compagnon de canap&#233;. Ma femme l'avait achet&#233; pour pratiquer la course &#224; pied, l'amener au bureau ou jouer au frisbee. Les ambitions &#233;taient belles et prometteuses, mais pour ma part je misais surtout sur une &#233;ducation canap&#233;&#8209;croquettes saupoudr&#233;e de paresse. Je pense que l'&#233;quilibre est un tout dans la vie. Ma femme jouait au frisbee avec notre Peach nationale pendant que je v&#233;g&#233;tais. Puis, quand elle revenait, j'entra&#238;nais le chien &#224; roupiller sur le coussin. La boucle &#233;tait boucl&#233;e et l'&#233;quilibre &#233;tait &#224; mon avantage. N&#233;anmoins, la vie n'est pas un conte de f&#233;es et j'&#233;tais implicitement de corv&#233;e de sortie, le soir et le midi. J'avais quelques soucis dans ma vie, &#224; savoir mon travail qui me d&#233;plaisait, ce que j'allais manger le soir et, de fa&#231;on plus prosa&#239;que, les &#233;ternelles questions d'un trentenaire : enfants, maison, perte de cheveux. Tout comme mes cheveux, les enfants manquaient &#224; l'appel.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Peach, pas bouger.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les joies du t&#233;l&#233;travail me permettaient de rester dans ce que j'aimais appeler mon triplex (il s'agissait en r&#233;alit&#233; d'une petite maison sur trois niveaux de 30 m&#178;) - trois jours par semaine - mais jamais le vendredi ni le lundi - adieu donc les week&#8209;ends prolong&#233;s en Normandie. Le sacrifice &lt;i&gt;corporate&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions donc mardi et j'&#233;tais encore sonn&#233; suite au trop&#8209;plein de Calvados consomm&#233; le week&#8209;end pr&#233;c&#233;dent dans la maison familiale en Normandie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#192; ce soir Hugo, je pars, j'ai donn&#233; &#224; manger &#224; Peach &#187;, et la porte claqua. Ma femme venait de partir courageusement au travail. Il &#233;tait 8 h 30. Le champ &#233;tait libre pour dormir juste quelques minutes de plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
La langue de Peach me tira du sommeil aux alentours de 10 h, ce qui, avec le recul, &#233;tait un manque de chance inou&#239;, car m&#234;me le week&#8209;end, je ne dormais que rarement apr&#232;s 8 h 00. Ce fut aussi mon t&#233;l&#233;phone portable affichant &#171; Maman &#187; qui me r&#233;veilla en concomitance de Peach. Je ne pris pas l'appel.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rue &#233;tait bruyante. Ayant la joie de faire un m&#233;tier hautement utile pour la soci&#233;t&#233;, &#224; savoir r&#233;aliser des pr&#233;sentations PowerPoint et aligner des cases de plusieurs couleurs, je venais de m'installer en urgence &#224; mon bureau en robe de chambre afin de me connecter &#224; une r&#233;union pour laquelle j'avais d&#233;j&#224; 5 minutes de retard. Le soulagement fut tout aussi intense que lorsque ma voiture avait pass&#233; le contr&#244;le technique en automne dernier : personne n'&#233;tait connect&#233;, j'&#233;tais donc le premier ! Ce n'est pas pour rien que j'avais &#233;t&#233; promu : m&#234;me en retard, j'&#233;tais le meneur.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, concernant mon &#233;quipe, c'&#233;tait un peu diff&#233;rent : tout le monde &#233;tait hors ligne. Bon, mon retard avait visiblement &#233;t&#233; sauv&#233; par une panne de serveur mondiale. Premier quand m&#234;me, et l'&#233;lu de surcro&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais connect&#233; &#224; la r&#233;union, personne d'autre ne s'&#233;tait point&#233;. Mission accomplie. Il &#233;tait temps d'aller me faire un caf&#233; et de sortir Peach dans le jardin. Ensuite, je passerais l'aspirateur afin d'&#233;vacuer les poils de Peach qui tombaient, in&#233;vitablement, par paquets.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rue &#233;tait quand m&#234;me sacr&#233;ment bruyante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bon Peach, tu as de la chance, aujourd'hui on va faire une petite balade dans le quartier pour voir toute cette agitation et raconter &#231;a &#224; maman ce soir. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc en robe de chambre et dents non lav&#233;es par fain&#233;antise le matin que je sortis de chez moi avec Peach.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est avec surprise que je d&#233;couvris des embouteillages en bas de chez moi ainsi qu'une forte agitation. Des gens couraient et certaines voitures &#233;taient vides.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'habitais dans une petite ville de banlieue pavillonnaire et le trafic routier &#233;tait usuellement relativement calme. &#192; ma connaissance, il n'y avait que deux causes pouvant entra&#238;ner une telle surcharge : le t&#233;l&#233;travail interdit marquant un retour au bureau pour l'ensemble des autres forces vives de la nation ou un accident impliquant des v&#233;los cargos et des Tesla. Mais je n'expliquais pas le comportement erratique de certaines personnes dans la rue, ni les v&#233;hicules vides (franchement, c'&#233;tait risqu&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voulus prendre une vid&#233;o de toute cette agitation (ce n'est pas tous les jours que j'ai du potin pr&#232;s de chez moi !) mais en mettant la main dans la poche de ma robe de chambre, je me rendis compte que je n'avais pas mon t&#233;l&#233;phone. Bon, tant pis pour les potins, je rentrai chez moi, pr&#232;s du feu que ma femme avait pr&#233;par&#233; ce matin - malgr&#233; mes consignes d'&#233;conomie sur les b&#251;ches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, une vive explosion retentit. Puis une autre. J'aimerais dire que j'ai vu une &#233;norme boule de feu monter dans le ciel et que j'ai senti la chaleur me l&#233;cher les joues, mais je n'entendis que deux explosions. Les explosions, c'est similaire &#224; un coup de pistolet. On ne conna&#238;t pas mais on reconna&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avantage quand il y a du monde, c'est que Peach ne saute pas sur les gens et ne tire pas sur la laisse. Je crois que l'on appelle &#231;a le trop&#8209;plein d'&#233;motions : l'animal, submerg&#233; d'excitation et d'odeurs, n'arrive plus &#224; g&#233;rer et passe en pilotage automatique. Curieusement, le bruit de l'explosion ne l'a pas fait tressauter. En y repensant, le sens des priorit&#233;s canin est radicalement diff&#233;rent : je ne pouvais pas sortir la poubelle sans que Peach n'aboie ou ne saute de partout, mais visiblement il n'y avait pas de sujet majeur avec les explosions. Tant mieux, car des explosions, il y en aurait d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
En revanche, dans cette situation, le d&#233;savantage r&#233;sidait surtout pour moi : je venais d'acheter une maison un demi&#8209;million d'euros et des explosions se produisaient en bas de chez moi ? Le prix au m&#232;tre carr&#233; allait donc s'effondrer ? Avec un peu de chance, ce n'&#233;tait que des conduites de gaz et rien de tr&#232;s n&#233;gatif. Cependant, j'&#233;tais chauff&#233; au gaz. Bon. On verra bien, me dis&#8209;je.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais une personne pragmatique. Il me fallait rentrer chez moi pour couper la chaudi&#232;re. Que la maison du voisin (pas celle qui est mitoyenne) explose &#224; cause du gaz, c'est une chose, mais pas la mienne. J'avais d&#233;j&#224; du mal &#224; me faire rembourser un d&#233;g&#226;t des eaux, alors l'explosion du triplex serait compliqu&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je courus pour rentrer, &#224; trois cents m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'allumai la t&#233;l&#233;vision et j'allai prendre mon t&#233;l&#233;phone pour regarder sur Internet si d'aimables personnes avaient relay&#233; cette information. Cela ne pouvait pas passer inaper&#231;u, j'&#233;tais en &#206;le&#8209;de&#8209;France quand m&#234;me, pr&#232;s de la D&#233;fense, pr&#232;s des autres cadres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, &#224; peine voulus-je aller chercher mon t&#233;l&#233;phone que la t&#233;l&#233;vision envoyait un message inqui&#233;tant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous avez 60 minutes pour vous mettre &#224; l'abri, l'ast&#233;ro&#239;de frappera d'ici une heure. Allez le plus profond&#233;ment possible, prenez de l'eau, nourriture, lampe torche. R&#233;f&#233;rez-vous au compte &#224; rebours indicatif &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Compte &#224; rebours indicatif. Peur d'un proc&#232;s si le caillou tapait avant ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le compte &#224; rebours affichait 11 minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas plus d'informations que &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai compris &#224; ce moment pr&#233;cis que tous les flashs sp&#233;ciaux ayant surgi au cours de ma petite vie de t&#233;l&#233;spectateur n'&#233;taient peut&#8209;&#234;tre pas si importants. &#192; la diff&#233;rence des flashs aux bandeaux rouges avec une &#233;criture en gras et police Calibri 24 (je vous l'ai dit, je suis expert PowerPoint), ce flash&#8209;l&#224; &#233;tait pr&#233;caire. Il s'agissait d'un pr&#233;sentateur inconnu, en tee&#8209;shirt, mal ras&#233;. Le bandeau &#233;tait sur fond blanc, une police Arial. Bref, ce flash avait &#233;t&#233; fait &#224; la va&#8209;vite par un type press&#233; de se r&#233;fugier pendant que tout le monde s'&#233;tait visiblement barr&#233;. Merci &#224; lui, les coll&#232;gues absents de la r&#233;union n'ont pas eu cette d&#233;licatesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ast&#233;ro&#239;de &#233;tait un astre que l'on d&#233;tectait des auparavant, m&#234;me lorsque ce dernier se manifestait de nulle part. Je compris donc pourquoi depuis une dizaine d'ann&#233;es nous pouvions tous emprunter, ou pourquoi les &#233;cologistes s'&#233;taient rel&#226;ch&#233;s. Tout semblait plus facile et moins contraignant. La r&#233;alit&#233;, c'est qu'ils avaient d&#251; essayer de d&#233;tourner l'ast&#233;ro&#239;de, qu'ils n'avaient visiblement pas r&#233;ussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je faisais partie des 99 % de la population qui allaient &#234;tre du mauvais c&#244;t&#233; de la barri&#232;re. Les 1 % avaient l&#226;ch&#233; les manettes depuis longtemps et s'en foutaient. Ma maison &#224; 500 000 &#8364; ne servirait probablement plus &#224; grand&#8209;chose, mais son cr&#233;dit non plus, remarque. Gagnant&#8209;gagnant. Perdant&#8209;perdant.&lt;br class='autobr' /&gt;
11 minutes. J'avais donc 50 minutes de retard sur un &#233;v&#233;nement que je ne connaissais pas. La r&#233;union fant&#244;me s'expliquait, les voitures vides aussi, les gens courant de partout &#233;galement. J'&#233;tais le premier sur ma r&#233;union mais probablement le dernier &#224; appeler sa famille et sa femme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pris mon t&#233;l&#233;phone : 41 appels en absence. 20 appels de ma m&#232;re, 20 appels de ma femme. La concurrence des femmes de l'homme, m&#234;me dans l'apocalypse. Le dernier appel, cat&#233;goris&#233; comme spam, avec une br&#232;ve description textuelle retranscrite sur mon r&#233;pondeur. Pas de r&#233;pit pour me proposer une nouvelle offre &#233;nerg&#233;tique en cette fin du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma femme &#233;tait au boulot. Je l'appelai. Aucune r&#233;ponse, &#231;a ne sonnait m&#234;me pas. Pas franchement &#233;tonnant vu le contexte.&lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#233;l&#233;vision affichait maintenant 8 minutes et 30 secondes restantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;cidai d'appeler ma femme. J'appellerai ma m&#232;re apr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle d&#233;crocha. Je lui dis qu'elle devait se mettre &#224; l'abri dans une cave. Elle &#233;tait en pleurs et demandait pourquoi je ne l'avais pas rappel&#233;e. M&#234;me durant cette fin du monde je ne voulais pas assumer cette grasse matin&#233;e de cadre. &#171; J'&#233;tais occup&#233; sur un truc, je n'ai rien vu. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au ton de sa voix et &#224; entendre les explosions en fond, je compris la gravit&#233; de la situation, comme si tout ce que j'avais vu jusque&#8209;l&#224; &#233;tait irr&#233;el. Ce fut un choc. Le &#171; je vais mourir &#187; devenait vrai. Ce n'&#233;tait plus une blague ou une simple panne mondiale un peu excitante.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; T'es o&#249; ? Tu es &#224; l'abri ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On est au sous-sol de l'immeuble avec les filles du bureau, on attend, c'est une horreur, des gens essaient de rentrer, on a d&#251; bloquer la porte. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#199;a va ici, c'est relativement calme, pourquoi tu n'es pas rentr&#233;e ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourquoi tu n'es pas venu ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#201;coute, reste &#224; l'abri, ne fais confiance &#224; personne, m&#234;me les filles. Reste o&#249; tu es, je vais venir te chercher, apr&#232;s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230;Je ne pense pas que ces conseils serviront&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On a eu notre temps. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On aurait pu mieux faire j'imagine. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On a fait au mieux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Peach a encore mang&#233; une &#233;ponge ce matin avant que je me l&#232;ve. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle rigola et ajouta &#171; Promis on ira en acheter ce week-end &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je lui promis de la rappeler d&#232;s que je serais &#224; l'abri - et que je viendrais la chercher apr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
7 minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il restait Peach, qui semblait chamboul&#233;e. On m'avait dit que les animaux avaient ressenti le tsunami en Tha&#239;lande de 2004 avant qu'il n'arrive sur les c&#244;tes. C'&#233;tait s&#251;rement la m&#234;me chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
En la regardant, je compris que Peach &#233;tait le seul &#234;tre vivant que je pouvais et surtout devais sauver. Peach repr&#233;sentait &#224; la fois mes amis qui donnaient de la nourriture de fa&#231;on plus ou moins discr&#232;te &#224; table, ma femme (c'&#233;tait son choix !) et mes parents qui la gardaient quand nous &#233;tions en vacances. Elle repr&#233;sentait m&#234;me la femme de m&#233;nage qui enlevait ses poils de l'aspirateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle &#233;tait debout &#224; me regarder. Toutes les personnes qui m'aimaient me regardaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il restait 6 minutes et 30 secondes - les conduites de gaz continuaient &#224; exploser dehors. Le temps filait vite. La proximit&#233; de l'ast&#233;ro&#239;de avec la Terre devait engendrer tous ces &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques minutes ne me permettaient pas d'aller bien loin, surtout avec un chien qui irait peut&#8209;&#234;tre renifler en toute inconscience les traces de pipi de ses pairs. N&#233;anmoins, et j'en remercie les architectes des ann&#233;es trente, je disposais de deux caves, dont une totalement enterr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon t&#233;l&#233;phone vibrait et affichait encore le num&#233;ro de ma m&#232;re. &#171; Pas maintenant maman, je suis occup&#233;, merde &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pris des bouteilles d'eau que je balan&#231;ai dans mon nouvel abri de fortune. Je pris des piles. Un couteau suisse. Des sardines. J'&#233;tais absolument d&#233;sorganis&#233;. Je fis des allers&#8209;retours entre les placards pour prendre de la nourriture s&#232;che, fra&#238;che, des outils plus ou moins utiles, un oreiller, des m&#233;dicaments. Je manquai de chuter dans l'escalier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je descendis &#224; la cave.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'endroit ne disposait que d'une vieille porte sans encadrement, autrement dit : l'air passait. Je compris donc assez rapidement que je n'avais pas trop le choix que de combler l'encadrement. Ce furent donc les draps en gaze de coton qui allaient servir &#224; cette t&#226;che. En les mettant, je tombai par terre, le cul humide de terre battue d&#233;tremp&#233;e. &#201;videmment, rien ne tenait. Et puis, l'air passerait dans tous les cas. J'&#233;tais l&#224;, par terre, dans mon sous-sol, &#224; regarder ce drap &#224; 200 &#8364; qui pendait dans le vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;alisme me frappa de fa&#231;on plus abrupte que lorsque j'&#233;tais au t&#233;l&#233;phone avec ma femme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma crypte de survie n'&#233;tait que partiellement enterr&#233;e, on voyait m&#234;me le soleil &#224; travers la porte. Elle ne faisait que quatre ou cinq m&#232;tres carr&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'avais que quelques litres d'eau tout au plus, et des bo&#238;tes de sardines. Je n'avais m&#234;me pas de quoi nourrir Peach. Si je survivais &#224; l'impact (&#233;tait&#8209;ce un impact ? Une onde ?), je ne pourrais de toute fa&#231;on pas tenir bien longtemps : je serais oblig&#233; de remonter. Est&#8209;ce que je serais irradi&#233; ? Comment serait l'air dehors ? Le bandeau affichait toujours l'impact d'ici 2 minutes. Je pensai &#224; mon fr&#232;re qui skiait dans les Alpes. Son plus gros probl&#232;me devait &#234;tre actuellement de descendre la piste noire sans se fracturer la cheville. C'&#233;tait donc cela ce qu'on appelle l'&#233;nergie du d&#233;sespoir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Des dizaines de milliers d'ann&#233;es d'existence pour l'&#234;tre humain, et moi, qui, &#224; trente-cinq ans, allais visiblement mourir en f&#233;vrier entre la r&#233;union du lundi et mon week&#8209;end de Saint&#8209;Valentin en Normandie. Tout ceci &#233;tait si r&#233;el, si dense et si violent. Morose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pris la fuite, peut&#8209;&#234;tre plus rapidement que si je fuyais l'ast&#233;ro&#239;de fon&#231;ant droit vers moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait trop tard pour appeler ma m&#232;re. Elle comprendrait. J'avais Peach de toute fa&#231;on, c'&#233;tait ma multiprise sentimentale qui me connectait avec tous mes &#234;tres chers. Peach rattrapait mes trop nombreux moments d'&#233;garement sentimental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'assis sur mon canap&#233;. &#171; Allez Peach, viens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout du compte, j'&#233;tais pr&#232;s de Peach, qui repr&#233;sentait dans ces derniers instants tout ce que j'avais toujours aim&#233;. Elle sauta sur le canap&#233; et se roula en boule contre moi. Je pris une photo de nous deux que j'envoyai &#224; ma femme. Le message apparut comme &#171; Lu &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; &#187; elle &#233;crivait une r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je crois que l'on se verra vraiment apr&#232;s, tous ensemble. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serrai Peach en pleurant et sentis l'onde de choc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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