<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Nouvelle Donne</title>
	<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?id_auteur=154&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Nouvelle Donne</title>
		<url>https://www.nouvelle-donne.net/IMG/siteon0.png?1606645713</url>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
		<height>101</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Je m'appelle Suzanne Aynes</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/je-m-appelle-suzanne-aynes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/je-m-appelle-suzanne-aynes</guid>
		<dc:date>2026-08-02T18:32:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anixa Carrie</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je mesure 1 m 68 pour 59 kilos. Mes yeux sont gris-vert, mes cheveux ch&#226;tain fonc&#233; et longs, jusqu'aux &#233;paules. J'ai vingt-quatre ans. Je n'ai pas de signe particulier. Ni cicatrice ni tatouage ou n'importe quoi d'autre. Je porte des lunettes &#224; double foyer parce que j'aime que la r&#233;alit&#233; soit d&#233;form&#233;e. Apr&#232;s la mort de mon p&#232;re, j'ai v&#233;cu avec ma m&#232;re jusqu'&#224; l'&#226;ge de douze ans, jusqu'&#224; ce qu'elle meure d'une longue maladie. Ensuite, j'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e par ma tante. Ensuite encore, j'ai log&#233; seule dans un (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1498.jpg?1785695540' width='150' height='138' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_620 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/suzanne.jpg?1785695547' width='500' height='460' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-620 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je mesure 1 m 68 pour 59 kilos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes yeux sont gris-vert, mes cheveux ch&#226;tain fonc&#233; et longs, jusqu'aux &#233;paules. J'ai vingt-quatre ans. Je n'ai pas de signe particulier. Ni cicatrice ni tatouage ou n'importe quoi d'autre. Je porte des lunettes &#224; double foyer parce que j'aime que la r&#233;alit&#233; soit d&#233;form&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la mort de mon p&#232;re, j'ai v&#233;cu avec ma m&#232;re jusqu'&#224; l'&#226;ge de douze ans, jusqu'&#224; ce qu'elle meure d'une longue maladie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, j'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e par ma tante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite encore, j'ai log&#233; seule dans un camping-car qui &#233;tait arrim&#233; au sol et abandonn&#233; au milieu de nulle part, un bosquet qui se trouvait &#224; tr&#232;s peu de kilom&#232;tres de la ville o&#249; je suis aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette p&#233;riode, je ne poss&#233;dais pas les lunettes de distorsion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je regardais la r&#233;alit&#233; en face.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'occupais de certaines vieilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une, deux, et trois, pas davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la derni&#232;re qui a pos&#233; du souci. C'est elle qui a fait que j'ai &#233;t&#233; oblig&#233;e de quitter le camping-car, puis d'aller au Centre, de parler, de r&#233;pondre aux questions.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai un souvenir tr&#232;s flou de mon p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est mort d'une intoxication alimentaire quand j'avais six ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re a pleur&#233; longtemps, puis elle s'est calm&#233;e, puis elle est morte &#224; son tour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors ma tante m'a adopt&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'habitais plus chez elle quand elle est d&#233;c&#233;d&#233;e dans un accident de voiture. Du moins, pas &#224; temps complet. Je me trouvais dans un CFA-internat o&#249; j'apprenais le m&#233;tier de couturi&#232;re, o&#249; je dormais, o&#249; je vivais &#224; part enti&#232;re, sauf le week-end, sauf lorsque je prenais un bus pour revenir chez ma tante, apr&#232;s je repartais le dimanche soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est au Centre qu'ils ont tiqu&#233; sur le camping-car arrim&#233; au sol du bosquet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les psychiatres, &#231;a les mettait en &#233;bullition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils n'arrivaient pas &#224; comprendre le pourquoi du comment, comme s'il y en avait un.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il y en avait un. Il y en a toujours un. Les choses ne se font pas au hasard. Il y a un karma, un destin. Bon ou mauvais, il y a un chemin trac&#233;, et personne ne peut en d&#233;vier, c'est ainsi que &#231;a se passe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi simple que de glisser un fil humidifi&#233; de salive dans le chas d'une aiguille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi simple que de me pointer sur le petit parking d'un supermarch&#233; de lotissement et de rep&#233;rer les vieilles solitaires qui en chient pour ranger leurs courses dans le coffre de leur voiture, qui en bavent avec les innombrables packs d'eau, les sacs de terreau, les briques de lait, tout ce qui fait que leurs bras secs et presque sans muscle se raidissent, font des efforts qui essoufflent le reste du corps, font qu'elles ont besoin de quelqu'un, de l'aide, de la compagnie, l'&#226;me enti&#232;re &#224; la recherche de bienveillance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'&#233;tais seule apr&#232;s l'accident mortel de ma tante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne suis pas all&#233;e &#224; son enterrement.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai refus&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai continu&#233; de me concentrer sur mes &#233;tudes de couture. J'ai eu mon dipl&#244;me. J'&#233;tais adulte. Tout juste. Je suis sortie du CFA-internat. J'ai dit que j'allais rejoindre un oncle dans une autre ville, une autre r&#233;gion. J'ai dit n'importe quoi, ce qui les rassurait.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai err&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas d'argent, un sac de sport contenant une dizaine de fringues, des affaires personnelles :
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Une brosse &#224; dents.
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un tube de dentifrice entam&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un savon &#224; moiti&#233; utilis&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1733870135' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mon n&#233;cessaire de couture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dormi &#224; la belle &#233;toile, c'&#233;tait l'&#233;t&#233;, il faisait chaud, si chaud. Et j'ai trouv&#233; le camping-car arrim&#233; au sol du bosquet. Le camping-car rouill&#233; mais utilisable pour Suzanne Aynes, tellement accueillant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma demeure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Abandonn&#233;e comme moi, au milieu de nulle part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'attente qu'on l'adopte, qu'on s'int&#233;resse &#224; elle, la porte grande ouverte &#224; Suzanne Aynes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous &#234;tes fam&#233;lique ! &#187; est la premi&#232;re chose que m'a dite la troisi&#232;me vieille. &#171; Comment voulez-vous m'aider ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'ai ri, j'ai r&#233;torqu&#233; :
&lt;br /&gt;&#8212; C'est mon poids. Malgr&#233; tout, je suis tr&#232;s costaude. Laissez-moi faire.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous travaillez dans ce supermarch&#233; ?
&lt;br /&gt;&#8212; Non. C'est juste de l'aide. Je vous ai vue en train de vous fatiguer. Alors j'ai pens&#233; que vous ne refuseriez pas un coup de main.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne se m&#233;fie pas d'une fille. D'un homme, oui. Mais pas d'une gamine adulte au corps fam&#233;lique.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est gentil. C'est tellement rare, la gentillesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a marchait. Les deux premi&#232;res vieilles, puis celle-ci. &#199;a marchait toujours comme je le voulais. Un, deux&#8230; cinq packs d'eau. Et elle :
&lt;br /&gt;&#8212; Les personnes &#226;g&#233;es ont besoin de s'hydrater r&#233;guli&#232;rement. Surtout par ces chaleurs. J'esp&#232;re que vous buvez aussi de votre c&#244;t&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne suis pas &#226;g&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rire, et puis :
&lt;br /&gt;&#8212; Vous semblez si fragile. Vous avez faim ? Vous voulez go&#251;ter ? C'est l'heure de go&#251;ter, je crois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre foyer. Une r&#233;sidence secondaire. La vieille comme une deuxi&#232;me tante, un endroit propre et placide, un endroit o&#249; l'on peut se reconstruire, tenter un nouveau d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas racont&#233; tout &#231;a aux flics et au Centre. J'ai r&#233;sum&#233; l'affaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit que c'&#233;tait le hasard.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit que c'est elle qui m'avait demand&#233; de l'aide pour ses courses, et puis que l'on s'&#233;tait revues au supermarch&#233; du lotissement, et puis que l'on avait sympathis&#233;, que l'on avait besoin l'une de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;ciproque, &#231;a l'&#233;tait. Ce n'est pas un mensonge.
&lt;br /&gt;&#8212; Est-ce qu'elle &#233;tait au courant pour le camping-car ? (Centre)
&lt;br /&gt;&#8212; Non, je ne voulais pas devenir un boulet pour elle.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est-&#224;-dire ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je voulais juste &#234;tre amie. (Peut-&#234;tre) Pas qu'elle m'adopte. (Faux)
&lt;br /&gt;&#8212; Mais vous passiez beaucoup de votre temps chez elle. La nuit de l'accident, vous y &#233;tiez, Suzanne. (Flics et Centre)
&lt;br /&gt;&#8212; Elle me l'avait demand&#233;. &#199;a arrivait, parfois. La solitude, c'est dur &#224; g&#233;rer. Son mari remontait &#224; la surface de temps en temps. Ils &#233;taient tr&#232;s attach&#233;s l'un &#224; l'autre.
&lt;br /&gt;&#8212; Et vous ? (Psychiatre du Centre)
&lt;br /&gt;&#8212; Quoi, moi ?
&lt;br /&gt;&#8212; Vous vous sentiez seule ?
&lt;br /&gt;&#8212; &#199;a m'arrivait. (Vrai) Des liens s'&#233;taient tiss&#233;s. (Archi vrai)&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas parl&#233; des autres vieilles. Ni chez les flics, ni au Centre. Ils n'&#233;taient pas au courant et ne le seront jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les flics ont class&#233; l'enqu&#234;te en accident.&lt;br class='autobr' /&gt;
On fait ce qu'on veut dans ce bas monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit d'&#234;tre silencieux et d'accepter.&lt;br class='autobr' /&gt;
De savoir garder un secret.&lt;br class='autobr' /&gt;
De maquiller la r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;former.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;
***&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je ne dormais pas chez les deux premi&#232;res vieilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les atomes crochus &#233;taient insuffisants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la troisi&#232;me, &#231;a s'est fait naturellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas bouscul&#233; les choses, les &#233;motions. On a bien ri ensemble, je l'ai &#233;cout&#233;e attentivement raconter ses souvenirs de th&#233;&#226;treuse &#224; la manque, puis un pas en am&#232;ne un autre, puis un go&#251;ter, un suivant, encore et encore, un d&#238;ner. Cette envie de ne plus vouloir se quitter, d'&#234;tre un membre suppl&#233;mentaire, indispensable au bon fonctionnement d'une existence &#224; fleur de peau.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous avez repris des formes, elle remarquait, contente d'elle. &#199;a fait plaisir &#224; voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'&#233;tait vrai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon corps changeait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma poitrine, mes fesses, la carrure de mes &#233;paules, mon visage, les joues sur mon visage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une belle maison que celle de la vieille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas trop de voisins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Excentr&#233;e du noyau de la ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une maison &#224; &#233;tage. Une maison rassurante qui fait que le corps change, que les formes reprennent.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous &#234;tes couturi&#232;re, c'est &#231;a ? me demandait la vieille en becquetant des petits g&#226;teaux sabl&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et oui, et :
&lt;br /&gt;&#8212; Oh, j'adore les beaux costumes ! Les belles robes de repr&#233;sentation ! Attendez, je vais vous montrer des photos datant de ma folle jeunesse au th&#233;&#226;tre. Vous allez voir comment les v&#234;tements resplendissaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, il suffisait qu'elle tombe sur un clich&#233; de son mari calanch&#233;, et la voil&#224; partie en m&#233;lancolie, &#224; pleurnicher :
&lt;br /&gt;&#8212; &#199;a vous ennuie si je vous demande de me tenir compagnie un peu plus tard, aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bien s&#251;r que non, c'est tout ce que je veux. C'est parfait, ici. Bien s&#251;r que non. &#187;
&lt;br /&gt;&#8212; Sans souci, je r&#233;pondais. Je reste le temps que vous le souhaitez.
&lt;br /&gt;&#8212; Adorable. Vous &#234;tes adorable, Suzanne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une soir&#233;e, une nuit, plusieurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moins pr&#233;sente dans le camping-car arrim&#233; au sol du bosquet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus l&#233;g&#232;re dans la maison rassurante, aimante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Juste une question qui m'a emmerd&#233;e &#224; un moment donn&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous travaillez quand, au juste ? Votre m&#233;tier de couturi&#232;re, vous l'exercez quand ?
&lt;br /&gt;&#8212; Quand je veux, fut ma r&#233;ponse, cinglante. Je suis une&#8230; ind&#233;pendante. Je suis libre de mes horaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le reste, &#231;a tournait sans accroc, comme les aiguilles bien huil&#233;es d'une horloge, d'une pendule, d'un r&#233;veil ou d'une montre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne tenait qu'&#224; elle de ne rien d&#233;traquer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais elle a tout foutu par terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est elle qui a cherch&#233; &#224; cramer, &#224; finir en tas de cendres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et sa maison, et le jardin, et la plupart du d&#233;cor o&#249; elle existait, avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je le r&#233;p&#232;te, l'enqu&#234;te des flics a conclu &#224; un accident.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et au Centre, ils n'ont rien flair&#233; de plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;part la troisi&#232;me vieille paraissait suivre le bon chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se contentait d'&#234;tre dans son coin &#224; &#233;num&#233;rer ses souvenirs de th&#233;&#226;treuse &#224; la manque, &#224; radoter sur son mari disparu depuis des lustres, et :
&lt;br /&gt;&#8212; Restez donc avec moi, Suzanne. J'aime votre compagnie. Vous &#234;tes &#224; l'&#233;coute, vous savez appr&#233;cier les bonnes histoires. Restez donc dormir ici, si cela ne vous d&#233;range pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pas le moins du monde. Et une soir&#233;e, une nuit. Plusieurs additionn&#233;es. Et s&#251;re de faire partie de son entourage, le seul, l'unique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Petite fille imaginaire ultra-proche d'elle, serviable, indispensable au bon fonctionnement de sa vie qui fout le camp.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seulement, il a fallu qu'elle d&#233;conne. Il a fallu que cette gourde sente un regain de jeunesse &#224; la con l'envahir. Qu'elle se mette &#224; tra&#238;ner je ne sais o&#249;, et sans moi, qu'elle s'absente de sa casbah du jour au lendemain, un club de bridge, un atelier d'&#233;criture, des r&#233;unions d&#233;biles genre &#171; les amis du th&#233;&#226;tre &#187;, qu'est-ce que j'en sais ?
&lt;br /&gt;&#8212; Suzanne, j'ai une immense nouvelle &#224; vous annoncer ! Tenez-vous bien, j'ai&#8230; j'ai rencontr&#233; quelqu'un, un homme charmant juste un peu plus jeune que moi, un gentleman, un ancien photographe professionnel avec qui je m'entends d&#233;licieusement, si vous voyez ce que je veux dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la voir rire telle une p&#233;tasse sur le retour, la voir se tr&#233;mousser, irr&#233;sistible dans sa t&#234;te de vioque ali&#233;n&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un type sur le point d'arriver dans ma vie fragile, sur le point de tout saccager, de me virer de chez la vieille, apr&#232;s tout le mal que je m'&#233;tais donn&#233; pour me faire adopter, pour recr&#233;er une maison familiale.
&lt;br /&gt;&#8212; Il viendra me rendre visite, la semaine prochaine. Je lui ai beaucoup parl&#233; de vous. Il est impatient de vous rencontrer, Suzanne. Il m'a dit que vous sembliez charmante. Vous serez l&#224;, n'est-ce pas, quand il viendra ? Je peux compter sur vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai accept&#233;. Je savais que ce jour n'aurait pas lieu. J'ai dit : &#171; Il me tarde, aussi ! &#187; Puis on a fait &#224; bouffer, puis elle a continu&#233; &#224; baver sur ce connard. Plus tard en soir&#233;e, elle a propos&#233; de boire un champagne qu'elle gardait pour une grande occasion, un champagne excellent qui m&#233;ritait d'&#234;tre bu parce que le moment tant attendu &#233;tait enfin venu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce n'&#233;tait pas moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'&#233;tais pas ce moment tant attendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais cette saloperie n'avait eu l'id&#233;e de d&#233;boucher cette bouteille de champagne quand nous nous &#233;tions rencontr&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais elle ne m'avait dit : &#171; F&#234;tons notre rencontre, Suzanne ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'en moquait, elle ne focalisait que sur son putain de c&#339;ur ouvert &#224; l'amour retrouv&#233;. &#201;go&#239;ste et aveugle. Incapable de voir le mal qu'elle semait autour d'elle.
&lt;br /&gt;&#8212; Il est bon, non ? Je le trouve si bon. Oh mon Dieu, que je suis heureuse, ma ch&#232;re Suzanne ! Aussi p&#233;tillante que ce merveilleux champagne !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est comme &#231;a que &#231;a s'est pass&#233;. Pas autrement. Je ne lui ai pas forc&#233; la main. Elle a fait ce qu'elle a voulu. Elle a bu son champagne coupe apr&#232;s coupe, pendant que je sirotais la mienne, elle a fait l'andouille, puis elle a cherch&#233; &#224; se lever pour je ne sais quoi faire, puis elle a manqu&#233; de se casser la gueule par terre, sur le plancher, elle s'est rattrap&#233;e vite fait &#224; son fauteuil, et je me suis lev&#233;e du mien pour l'&#233;pauler, la redresser, mais elle &#233;tait compl&#232;tement entam&#233;e, et apr&#232;s les rires, elle chialait presque, elle &#233;tait malade, elle avait envie de vomir, c'est ce qu'elle a d&#233;clar&#233; : &#171; Je crois que je vais vomir ! &#187; Mais elle ne l'a pas fait. Elle a d&#251; tout ravaler, cette conne. Et j'ai marmonn&#233; :
&lt;br /&gt;&#8212; Je vais vous conduire jusqu'&#224; votre chambre, ne vous en faites pas. Je vais vous coucher et vous allez dormir. Faites-moi confiance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne m'a rien r&#233;pondu. Je ne sais m&#234;me pas si elle captait la moiti&#233; de ce que je lui disais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai abandonn&#233;e sur son lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne remuait plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ronflait, d&#233;j&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai allum&#233; plusieurs bougies dans sa chambre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je les ai dispos&#233;es contre la fen&#234;tre, l&#224; o&#249; les voiles devant les carreaux allaient s'enflammer avec une facilit&#233; d&#233;concertante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas eu un dernier regard pour elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas un mot.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai d&#233;gag&#233; de sa chambre, puis je suis rest&#233;e face &#224; la porte close, &#224; quelques m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le feu n'a pas mis des plombes &#224; prendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai entendu commencer &#224; tout d&#233;vorer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les voiles, les meubles, tous les souvenirs que la vieille avait conserv&#233;s, et puis elle, sur son lit, ou par terre &#224; tenter de s'&#233;chapper du brasier, s&#251;rement pas en vrai, trop bourr&#233;e, trop inconsciente, la fum&#233;e sous la porte, la fum&#233;e qui envahit le couloir, mes yeux, mon corps t&#233;tanis&#233;, le spectacle du feu si hypnotisant, la mort, une voix inconnue, des pas en cavalcade, et les flics, le Centre, un accident, je ne suis pas coupable, je suis innocente, je ne suis pas un monstre, une meurtri&#232;re, je n'ai rien &#224; me reprocher.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la vieille qui a tout foutu par terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle aurait pu &#233;viter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle aurait pu vivre encore, avec moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais elle a ouvert son c&#339;ur &#224; quelqu'un d'autre, sans se soucier du mien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'aurait pas d&#251;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'a eu que ce qu'elle m&#233;ritait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; comment les choses se passent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et comment elles doivent &#234;tre r&#233;gl&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans sentiment ou &#233;motion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans amour, aucun.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
