<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Nouvelle Donne</title>
	<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?id_auteur=156&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Nouvelle Donne</title>
		<url>https://www.nouvelle-donne.net/IMG/siteon0.png?1606645713</url>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
		<height>101</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La R&#233;bellion de la Bulle </title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/la-rebellion-de-la-bulle</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/la-rebellion-de-la-bulle</guid>
		<dc:date>2026-08-30T17:37:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nils Marange</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#201;mile poss&#233;dait trois niveaux &#224; bulle, quatre th&#233;odolites de pr&#233;cision et une foi in&#233;branlable dans la verticalit&#233; du monde. Son m&#233;tier de g&#233;om&#232;tre-expert lui avait inculqu&#233; une d&#233;votion pour l'angle droit. Le monde, pensait-il, tenait debout parce qu'il respectait la r&#232;gle de l'aplomb, cette ligne invisible reliant le centre de la terre au z&#233;nith. Le malaise survint un mardi de mars. Ce n'&#233;tait pas un &#233;tourdissement, mais une trahison physique de la r&#233;alit&#233;. &#192; l'instant pr&#233;cis o&#249; l'horloge du clocher sonna (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1501.jpg?1788111403' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_621 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/rbdlb.jpg?1788111264' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-621 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&#201;mile poss&#233;dait trois niveaux &#224; bulle, quatre th&#233;odolites de pr&#233;cision et une foi in&#233;branlable dans la verticalit&#233; du monde. Son m&#233;tier de g&#233;om&#232;tre-expert lui avait inculqu&#233; une d&#233;votion pour l'angle droit. Le monde, pensait-il, tenait debout parce qu'il respectait la r&#232;gle de l'aplomb, cette ligne invisible reliant le centre de la terre au z&#233;nith.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le malaise survint un mardi de mars. Ce n'&#233;tait pas un &#233;tourdissement, mais une trahison physique de la r&#233;alit&#233;. &#192; l'instant pr&#233;cis o&#249; l'horloge du clocher sonna dix heures, &#201;mile vit le monde d&#233;crocher. Un craquement muet, une couture qui l&#226;che.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'arr&#234;ta net, une main crisp&#233;e sur une grille en fer forg&#233;. Sous ses pieds, les pav&#233;s, d'ordinaire si fermes, semblaient avoir pris la consistance d'un pont de navire en pleine temp&#234;te. Le clocher de l'&#233;glise, cette masse de pierres centenaires, s'inclina soudain de trois degr&#233;s vers l'ouest. Puis ce fut au tour des fa&#231;ades de la rue de pencher, comme des ivrognes se soutenant les unes les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#201;mile, l'univers venait de pivoter sur un axe invisible. La gravit&#233; s'&#233;tait mu&#233;e en une force oblique qui tentait de le pr&#233;cipiter contre les murs. Dans son oreille interne, le labyrinthe membraneux semblait &#234;tre devenu une forge en &#233;bullition. Les cristaux, ces petits cailloux invisibles qui nous dictent le haut et le bas, avaient d&#233;cid&#233; de faire s&#233;cession. Ils roulaient dans son cr&#226;ne comme des billes de plomb.
&lt;br /&gt;&#8212; Monsieur ? Tout va bien ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La voix venait de la gauche, mais dans son monde, la gauche &#233;tait d&#233;sormais le &#034;bas&#034;. Il dut incliner son buste de mani&#232;re absurde pour ne pas &#234;tre aspir&#233; par le caniveau qui lui semblait &#234;tre un gouffre b&#233;ant. La passante lui jeta un regard m&#233;fiant avant de s'&#233;loigner d'un pas droit, d'une verticalit&#233; qui lui parut comme une insulte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il tenta un mouvement. Chaque pas vers sa demeure demandait une planification digne d'une ascension. Le trottoir fuyait. Pour compenser, il devait marcher presque accroupi, griffant le cr&#233;pi rugueux des murs pour ne pas basculer dans le ciel qui, de son point de vue, se trouvait d&#233;sormais &#224; l'horizontale, tel un mur d'azur infranchissable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; &#224; la hauteur des halles du march&#233;, la panique monta. Les &#233;tals semblaient d&#233;verser leurs marchandises dans un ab&#238;me invisible. Tout semblait tenir par miracle sur ce sol que son oreille interne jugeait d&#233;sormais vertical.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il parvint &#224; ramper jusqu'&#224; sa maison &#233;troite. Il lui fallut une heure de lutte pour gravir les trois marches du perron. Une fois &#224; l'int&#233;rieur, il s'effondra sur le parquet. Mais le r&#233;pit fut de courte dur&#233;e. M&#234;me allong&#233;, le plafond l'attirait comme un aimant. Sa propre maison &#233;tait devenue une bo&#238;te de conserve lanc&#233;e dans une centrifugeuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est alors qu'il comprit. Ce n'&#233;tait pas sa t&#234;te qui d&#233;faillait. C'&#233;tait son c&#339;ur. L'&#233;quilibre n'&#233;tait pas une question de physique. C'&#233;tait une question d'attaches. Depuis la mort de sa femme, deux ans plus t&#244;t, &#201;mile n'&#233;tait plus lest&#233;. Il &#233;tait devenu trop l&#233;ger pour la Terre, une plume de chair &#224; la merci du moindre courant d'air m&#233;taphysique. Ses instruments de mesure n'&#233;taient que des mensonges de m&#233;tal pour cacher l'&#233;vidence : il flottait d&#233;j&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ne pas s'envoler, il commen&#231;a le grand lestage. Il remplissait ses poches de dictionnaires pesants. Il attacha ses jambes aux pieds en fonte de sa table. Il but des litres d'eau, esp&#233;rant que le poids du liquide le clouerait au sol. Il devint une ancre humaine dans son propre salon.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers la fen&#234;tre, il vit alors une chose qui gla&#231;a son sang. Au-dessus des arbres du parc voisin, un homme flottait doucement dans le ciel gris. Il n'&#233;tait pas en train de tomber. Il avait simplement perdu l'&#233;quilibre pour de bon. Il avait l&#226;ch&#233; la grille du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;mile comprit alors que la ville n'&#233;tait pas faite de briques, mais de volont&#233;s pr&#233;caires. Elle tenait bon dans son architecture, mais ses habitants, eux, penchaient secr&#232;tement. Sous le vernis des convenances, chacun luttait contre son propre angle de chute. Il y avait ceux qui se lestaient de certitudes, ceux qui s'accrochaient &#224; leurs habitudes, et ceux qui n'avaient plus rien &#224; mesurer.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un geste lent, &#201;mile d&#233;fit les liens qui le retenaient. Il se redressa, titubant. Il ne chercha plus &#224; lutter contre le mercure qui bouillonnait dans ses oreilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'approcha de la fen&#234;tre. Dehors, la grande avenue s'&#233;tirait comme un ruban de bitume jet&#233; sur le flanc d'une montagne invisible. &#201;mile ouvrit le loquet et sentit l'appel du vide &#8212; non pas celui qui fait tomber vers le bas, mais celui qui aspire vers l'horizon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il enjamba le rebord. Il ne tomba pas. Il se laissa simplement glisser le long de la ligne de fuite que son &#339;il de g&#233;om&#232;tre venait enfin de tracer. Il s'&#233;lan&#231;a dans la diagonale du soir, le corps parfaitement align&#233; avec ce monde de travers. Entre le pav&#233; qui fuyait et le ciel qui l'attendait, &#201;mile se sentit enfin d'aplomb.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
