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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Croque-la-mort</title>
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		<dc:date>2026-10-01T06:10:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Damien Ferez</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je n'y peux rien, monsieur le juge, vous avez ma parole, si je mens qu'on m'envoie au cimeti&#232;re. &#192; l'&#233;poque, j'habitais le P&#232;re-Lachaise, un cimeti&#232;re o&#249; il fait bon vivre, dans une petite concession dont je tairai le nom : faut pas se mettre les morts &#224; dos, ils aiment pas &#231;a, les morts. J'avais perdu p&#232;re et m&#232;re. Je n'avais pas de pied &#224; terre. Pas de ressources, pas de famille, pas de m&#233;tier, pas de connaissance. Je n'&#233;tais pas parti du bon pied, quoi. Comment fait-on pour survivre quand on a 15 ans et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1504.jpg?1790834992' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_622 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/croque-la-mortdefinitif2.jpg?1790337348' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-622 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	Je n'y peux rien, monsieur le juge, vous avez ma parole, si je mens qu'on m'envoie au cimeti&#232;re. &#192; l'&#233;poque, j'habitais le P&#232;re-Lachaise, un cimeti&#232;re o&#249; il fait bon vivre, dans une petite concession dont je tairai le nom : faut pas se mettre les morts &#224; dos, ils aiment pas &#231;a, les morts. J'avais perdu p&#232;re et m&#232;re. Je n'avais pas de pied &#224; terre. Pas de ressources, pas de famille, pas de m&#233;tier, pas de connaissance. Je n'&#233;tais pas parti du bon pied, quoi. Comment fait-on pour survivre quand on a 15 ans et que l'on n'a rien de rien ? Je vous le demande, monsieur le juge. D&#233;j&#224;, on cherche &#224; se terrer. Pas &#224; s'enterrer, hein, ne vous y trompez pas, je ne tenais pas le moins du monde &#224; me supprimer. Je voulais juste me trouver un petit chez-soi tranquille, gratuit de pr&#233;f&#233;rence, o&#249; on me laisserait vivre peinard. Et les cimeti&#232;res, y'a pas mieux pour &#231;a. Les habitants n'en ont rien &#224; faire des autres, c'est pas eux qui vous chercheront des noises. En plus, les mausol&#233;es, y'en a de rudement chouettes. Celui que je m'&#233;tais d&#233;nich&#233; &#233;tait bien plus grand que la piaule de mes parents du temps de leur vivant. Bref, je ne faisais de tort &#224; personne et personne ne m'en faisait en retour. Jusqu'au jour o&#249; je me suis fait pinc&#233; par le vieux Firmin, paix &#224; son &#226;me. Il &#233;tait sur ses gardes depuis un petit moment, le Firmin. Il s'&#233;tait rendu compte de mes all&#233;es et venues et, ce soir-l&#224;, il m'attendait de pied ferme devant le caveau. Comme je m'approchais mine de rien, chantonnant gaiement, il surgit devant moi et m'agrippa le collet.
&lt;br /&gt;&#8212; Ah ! Je te tiens enfin, mon petit bonhomme ! &lt;br class='autobr' /&gt; Je tentai de me lib&#233;rer, d'esquiver, de me sauver, mais il avait la poigne rude, le bougre. Je tr&#233;buchai sur la tombe voisine et tombai dans les bras du bedeau. Il me remit illico sur mes pieds et m'emmena en grognonnant chez lui, une b&#226;tisse qui jouxtait le cimeti&#232;re et que l'on r&#233;servait au conservateur.
&lt;br /&gt;&#8212; Qui es-tu, mon gaillard ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je m'appelle Octave.
&lt;br /&gt;&#8212; Ils sont o&#249;, tes parents ?
&lt;br /&gt;&#8212; Ben ici, au cimeti&#232;re. Du coup, c'est un peu chez moi, ici.
&lt;br /&gt;&#8212; Taratata ! Tu m'en diras tant ! Si tous les morts s'amusaient &#224; rameuter leur prog&#233;niture avec eux, on serait pas sorti de l'auberge, tiens. Et qu'est-ce que tu fabriques ici ?
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne fais rien de mal, monsieur. Je me mets &#224; l'abri, c'est tout.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu te crois &#224; l'h&#244;tel ou quoi ? M'est avis que la mar&#233;chauss&#233;e ne serait d'accord avec toi, mon petit.&lt;br class='autobr' /&gt; Je crois qu'il n'avait aucune intention de me livrer, monsieur le juge. Ce n'est pas qu'il avait bon c&#339;ur, voyez-vous, mais il avait un besoin criant d'aide et il ne pouvait pas mieux tomber que sur moi.
&lt;br /&gt;&#8212; Il y aurait bien une solution&#8230; Vois-tu, je suis &#224; la recherche d'un apprenti. Le travail ne manque pas ici, et je commence &#224; me faire vieux. Si tu acceptais de travailler pour moi, je pourrais peut-&#234;tre fermer les yeux&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Travailler pour vous ? Mais &#224; quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt; Il n'&#233;tait pas seulement gardien de cimeti&#232;re, le Firmin, c'&#233;tait &#233;galement le croque-mort officiel du quartier. Et il ne mentait pas : avec la guerre qui battait son plein, les morts se bousculaient au portillon. Il en arrivait par charret&#233;es enti&#232;res, en veux-tu en voil&#224;, pour le plus grand bonheur de notre homme. Sa fortune &#233;tait assur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#1006;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	Durant les ann&#233;es qui suivirent, j'appris les rudiments du m&#233;tier. Firmin &#233;tait un instructeur peu bavard, ses comp&#233;tences &#233;clataient au travers de chacun de ses gestes. Il savait tout faire : redonner le sourire &#224; un mort grima&#231;ant, remplacer une jambe au pied lev&#233;, rendre des couleurs &#224; un an&#233;mique, rafistoler un soldat &#233;ventr&#233;, rendre &#224; chacun ce qui lui appartenait apr&#232;s une explosion group&#233;e&#8230; Un grand professionnel dont je m'inspirais avec vigueur et respect. Bient&#244;t, je devins son &#233;gal et notre association prosp&#233;ra. Ce fut la grande &#233;poque de &#171; &lt;i&gt;Pompes fun&#232;bres Firmin, p&#232;re et fils&lt;/i&gt; &#187;. Bien &#233;videmment, pour &#234;tre exact, il e&#251;t fallu ajouter le mot &#171; &lt;i&gt;adoptif&lt;/i&gt; &#187; apr&#232;s &#171; &lt;i&gt;p&#232;re et fils&lt;/i&gt; &#187;, sur la devanture. Mais Firmin finit v&#233;ritablement par me consid&#233;rer comme son propre fils, surtout lorsqu'il se rendit compte du bien-fond&#233; de son choix et de mes capacit&#233;s thanatologiques hors du commun.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#1006;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin. La guerre cessa et, avec elle, son lot de cadavres &#224; requinquer. Les affaires &#233;taient en berne. Byzance &#233;tait bien loin et les vaches maigres s'approchaient en meuglant &#224; qui mieux mieux. Firmin eut alors l'id&#233;e de se sp&#233;cialiser dans les suicid&#233;s. Cela nous sortit de l'orni&#232;re pour un temps. &#192; l'&#233;poque, la profession rechignait, effray&#233;e, &#224; frayer avec ce public. Les consid&#233;rations religieuses pesaient lourd alors, et les familles de suicid&#233;s, en plus d'&#234;tre effondr&#233;es de chagrin, se trouvaient confront&#233;es au rejet du clerg&#233;. Il n'&#233;tait pas ais&#233; de trouver un cur&#233; compatissant, un cimeti&#232;re accueillant. Et c'est l&#224; que nous entrions en jeu. Nous essayions de rendre pr&#233;sentables les cadavres honnis. Discr&#232;tement, nous proposions des solutions &#224; chaque cas, m&#234;me au plus abracadabrantesque. Nous dissimulions sous un &#233;l&#233;gant foulard de soie les stigmates malvenus des pendus. Simple mais efficace. Nous reconstituions chaque fragment manquant chez les adeptes de la roulette russe. Nous apaisions les traits tortur&#233;s des empoisonn&#233;s. Notre trousse &#224; outils &#233;tait infinie. Elle n'avait d'&#233;gale que l'imagination des concurrents au suicide. Le bouche-&#224;-oreille fonctionnait du feu de Dieu, si j'ose dire, et les clients afflu&#232;rent de nouveau. Mais il &#233;tait dit que le malheur ne me l&#226;cherait pas si facilement. Un deuxi&#232;me coup dur n'allait pas tarder &#224; me tomber dessus, et celui-ci &#233;tait bien pire que la paix&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#1006;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	En effet, alors que nos affaires &#233;taient florissantes, que la vie &#233;tait belle et semblait enfin s'appuyer sur des bases solides, Firmin d&#233;cida un beau jour de rejoindre nos chers clients. Je ne vis rien venir. Je ne comprends toujours pas ce qui put lui passer par la t&#234;te, et par la mienne, pour ne rien voir. Lui, qui connaissait pourtant le sujet sur le bout des doigts, sans doute l'un des plus grands sp&#233;cialistes du suicide de notre temps, pourquoi voulut-il, un beau matin, passer le cap, vivre &#224; son tour la mort volontaire ? Il le savait, bon sang, que ce n'&#233;tait pas un jeu, qu'on n'en r&#233;chappait que rarement. Cela ne l'emp&#234;cha pas d'ouvrir le gaz et de fermer les yeux. Il aurait pu choisir une mort plus d&#233;licate &#224; maquiller, merci posthume. Toutefois, j'eus beau faire tout ce qui &#233;tait en mon pouvoir pour lui redonner un aspect honorable, cela n'emp&#234;cha pas sa perte de causer la mienne. Je me retrouvai seul &#224; nouveau, comme avant notre rencontre quand je logeais, clandestin, dans mon c&#233;notaphe. J'&#233;tais au trente-sixi&#232;me dessous, ne m'occupais plus gu&#232;re de mon entreprise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#1006;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	Je dis &#171; mon &#187; entreprise &#224; bon escient : Firmin m'avait tout l&#233;gu&#233;. Il avait caus&#233; et mon d&#233;sespoir et ma fortune. Je n'ai jamais chang&#233; le nom de notre petite compagnie, &#171; &lt;i&gt;Firmin, p&#232;re et fils&lt;/i&gt; &#187;, je n'en suis pas moins le seul et unique propri&#233;taire. Et je voulais &#224; tout prix son essor, du moins sa survie, en hommage &#224; Firmin.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#1006;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	Cependant, le temps n'&#233;tait plus au beau fixe. La mort provoqu&#233;e de Firmin &#233;loigna bizarrement de nous une partie de notre client&#232;le. Et puis, surtout, le suicide n'&#233;tait plus &#224; la mode. Le moral ambiant &#233;tait au plus haut. Les Trente Glorieuses battaient leur plein. On nageait dans le bonheur. Dans ces conditions, les candidats au suicide ne se bousculaient gu&#232;re et mon fonds de commerce p&#233;riclitait. Il me fallait agir, et vite, si je ne voulais pas rejoindre mes chers macchab&#233;es&#8230; C'&#233;tait eux ou moi, il n'y avait pas &#224; tortiller. Ils ne voulaient plus mourir ? Eh bien, c'est ce qu'on allait voir ! C'est bien simple : j'allais les y aider. J'allais les suicider. S'il fallait les pousser un peu &#224; se donner la mort, eh bien allons-y : un suicide involontaire, quoi. Dans les faits, on n'y verrait que du feu. Mais il ne fallait pas faire n'importe quoi, il fallait que j'agisse dans les r&#232;gles de l'art. Je n'&#233;tais pas un vulgaire assassin quand m&#234;me, j'&#233;tais &#8212; je serai &#8212; un suicideur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#1006;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	Pour comprendre la suite, il faut que je vous d&#233;voile un autre de mes passe-temps, monsieur le juge : le dessin. Voyez-vous, je ne suis pas un simple croque-mort talentueux, je suis &#233;galement un croque-la-mort au sens propre. Je croque les morts, je les dessine, quoi. Depuis mon plus jeune &#226;ge, je dessine comme je respire. C'est mon vice, ma passion, ma raison d'&#234;tre. Lorsque Firmin m'initia &#224; son noble art, il m'ouvrit &#233;galement la porte vers un atelier de dessin hors du commun. Ici, point de probl&#232;me pour trouver des mod&#232;les des plus vari&#233;s, qui plus est toujours volontaires. Je n'ai jamais rencontr&#233; un seul mort refusant de poser pour moi. En plus, et cela est suffisamment rare pour &#234;tre soulign&#233;, ces mod&#232;les acceptaient de demeurer immobiles des heures durant. Pas besoin de rappel &#224; l'ordre, ils pouvaient garder la pose, sans pause, &#233;ternellement. Ils ne rechignaient jamais non plus &#224; poser nu, sans demander de suppl&#233;ments. Des mod&#232;les mod&#232;les, quoi. Firmin n'appr&#233;ciait pas trop ce hobby, je l'avoue, toutefois, si cela n'empi&#233;tait pas sur mon travail, il le tol&#233;rait. Rapidement, je devins un croqueur de mort hors pair.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; l'heure o&#249; je d&#233;cidai de devenir suicideur, je me tournai naturellement vers mes carnets de dessins. Pour ne pas frapper au hasard, je d&#233;cidai de m'inspirer de mes croquis. Je les avais croqu&#233;s, mes morts, d&#233;sormais je les imiterais. Je passai de longues heures avec eux afin de faire mon choix, de d&#233;goter le cas id&#233;al. Je voulais commencer par du facile, du basique. Ad&#233;la&#239;de fut l'&#233;lue. Il ne me restait plus qu'&#224; mettre mon plan &#224; ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#1006;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	Ce n'&#233;tait pas une originale, Ad&#233;la&#239;de : un simple plongeon depuis le Pont-Neuf. Aucun frou-frou, pas de falbalas. On ignorait si elle &#233;tait morte sur le coup, de la chute, ou noy&#233;e, ou les deux. Peu importe : cette mort paraissait des plus ad&#233;quates pour d&#233;buter. Elle ne demandait ni pr&#233;paratifs pl&#233;thoriques, ni investissements inconsid&#233;r&#233;s, ni accessoires &#224; gogo. Il suffisait de se trouver au bon endroit au bon moment et le tour &#233;tait jou&#233;. Le bon endroit, ce fut le m&#234;me pont : on ne change pas une recette qui gagne. Le bon moment, je n'eus pas &#224; l'attendre tr&#232;s longtemps. D&#232;s le premier soir, j'y trouvai mon bonhomme, accoud&#233;, esseul&#233;, l'air un brin d&#233;sesp&#233;r&#233;. Peut-&#234;tre &#233;tait-il d'ailleurs sur le point de faire tout le travail lui-m&#234;me. Si tel n'&#233;tait pas le cas, lui donner un petit coup de pouce ne semblait pas sorcier. Il n'y avait personne &#224; l'horizon, l'occasion &#233;tait trop belle. Je m'approchai de lui en tout bien tout honneur, monsieur le juge. Oh, je revois encore la sc&#232;ne dans ma t&#234;te. J'entends notre discussion, comme si c'&#233;tait hier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#1006;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Bonsoir, monsieur. Vous allez bien ?
&lt;br /&gt;&#8212; Euh&#8230; Bonsoir.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous savez, il n'y a pas de mal &#224; aller mal. &#199;a arrive &#224; tout le monde, m&#234;me aux meilleurs. Vous n'avez pas &#224; vous torturer, &#224; vous en vouloir.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais tout va bien&#8230; Il n'y a pas de probl&#232;me.
&lt;br /&gt;&#8212; La vie est dure, vous avez bien raison. Vous avez r&#233;ussi &#224; tenir jusqu'&#224; aujourd'hui, c'est d&#233;j&#224; un exploit en soi. Vous pouvez laisser tomber maintenant. Personne ne vous en tiendra rigueur. Et puis, vous savez, les choses vont rarement en s'am&#233;liorant.
&lt;br /&gt;&#8212; Hein ?
&lt;br /&gt;&#8212; Il ne faut pas croire aux contes de f&#233;es, vous avez pass&#233; l'&#226;ge. &#199;a n'ira pas mieux. &#199;a ne va jamais mieux, croyez-en ma vaste exp&#233;rience.
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne comprends pas&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Rassurez-vous : vous avez pris la bonne d&#233;cision. Il ne vous reste plus qu'&#224; faire le dernier pas. Vous avez fait le plus difficile en venant jusqu'ici, il ne sert &#224; rien d'h&#233;siter davantage. Allez-y : enjambez le parapet !
&lt;br /&gt;&#8212; Mais vous n'&#234;tes pas bien !
&lt;br /&gt;&#8212; Oh, je ne vais pas vous abandonner comme &#231;a, rassurez-vous. Je suis l&#224; pour vous aider. Je suis avec vous, voyez-vous. Venez par ici. Donnez-moi votre jambe...
&lt;br /&gt;&#8212; Mais&#8230; Ne me touchez pas ! Je ne vous permets pas !
&lt;br /&gt;&#8212; Laissez-vous faire. Vous allez voir, tout va bien se passer. Vous ne sentirez rien, je vous le promets. Passez le pied par-dessus la rambarde maintenant, s'il vous plait, ne vous faites pas prier.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais vous allez vous arr&#234;ter ou quoi ?
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1788112489' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; -Allez, plus moyen de faire marche arri&#232;re. Il n'y a personne : c'est le moment de faire le grand saut. On y va !
&lt;br /&gt;&#8212; Mais vous &#234;tes fou ou quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#1006;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	C'est le moment qu'il choisit, le zigue, pour sortir son revolver. Quoi ? Il changeait d'avis ? Il voulait se la jouer roulette russe ? &#199;a ne me convenait gu&#232;re : c'&#233;tait beaucoup plus sanglant &#224; r&#233;parer, les d&#233;g&#226;ts. Et ce n'&#233;tait pas ce qui &#233;tait pr&#233;vu. Quand on a un plan, il faut le suivre. Alors, n'&#233;coutant que mon courage et les grandes lignes de mon projet, je le saisis par le ceinturon et je le fis basculer par-dessus le parapet&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;&#1006;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	Comment aurais-je pu me douter qu'une p&#233;niche passerait sous le pont pile &#224; ce moment-l&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt; Comment aurais-je pu imaginer que le chargement de bl&#233; de ce bateau amortirait la chute ?&lt;br class='autobr' /&gt; Comment aurais-je pu deviner que mon bonhomme n'&#233;tait pas un simple quidam remu&#233; par des id&#233;es suicidaires, mais un agent asserment&#233; de la police, un cond&#233;, qui ne mettrait pas longtemps &#224; remonter et sur le pont et ma trace pour me glisser les menottes au point du jour ?&lt;br class='autobr' /&gt; Vous voyez, monsieur le juge, quand je vous dis que ce n'est pas ma faute, je ne mens pas. J'ai vraiment jou&#233; de malchance et je n'y suis pour rien dans tout &#231;a. Moi, j'avais tout fait pour que &#231;a se d&#233;roule sans anicroche.&lt;br class='autobr' /&gt; Voil&#224;. Je n'ai rien d'autre &#224; ajouter sur l'affaire. Ah si, une derni&#232;re chose : si vous d&#233;cidez de m'envoyer &#224; la guillotine, pouvez-vous avoir l'obligeance d'envoyer ma d&#233;pouille &#224; cette adresse s'il vous pla&#238;t ? C'est ma compagnie de pompes fun&#232;bres, et mon successeur vous serait fort reconnaissant, monsieur le juge. Il faut encourager les petits jeunes qui d&#233;butent, non ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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