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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>LE DERNIER BAR CACH&#201;</title>
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		<dc:date>2026-11-02T09:33:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Emmanuel Cottin</dc:creator>



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&lt;p&gt;Oui, j'ai du mal &#224; me reconna&#238;tre&#8230; mais c'est bien moi, moi en pleine action au-dessus d'autres f&#234;tards qui ne peuvent me voir, certains complices des faits, d'autres ignorant tout. Comment en arrive-t-on l&#224; ? L'occasion fait le larron, la devise du noceur&#8230; Je suis pourtant loin d'&#234;tre un noceur. L'occasion de d&#233;part, c'&#233;tait la F&#234;te de la musique, rien de plus. La nuit venue, je d&#233;ambulais avec ma guitare, des sons amplifi&#233;s sortaient de partout, l'air fleurait la bi&#232;re et la frite. J'esp&#233;rais me joindre &#224; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1505.jpg?1793611999' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_623 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L320xH320/le_dernier_bar_cache_final_3-9b726-3a8bf.jpg?1793612970' width='320' height='320' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-623 spip_doc_descriptif' style='width:320px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2026
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Oui, j'ai du mal &#224; me reconna&#238;tre&#8230; mais c'est bien moi, moi en pleine action au-dessus d'autres f&#234;tards qui ne peuvent me voir, certains complices des faits, d'autres ignorant tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment en arrive-t-on l&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'occasion fait le larron, la devise du noceur&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis pourtant loin d'&#234;tre un noceur. L'occasion de d&#233;part, c'&#233;tait la F&#234;te de la musique, rien de plus. La nuit venue, je d&#233;ambulais avec ma guitare, des sons amplifi&#233;s sortaient de partout, l'air fleurait la bi&#232;re et la frite. J'esp&#233;rais me joindre &#224; un groupe d'un niveau acceptable, c'est-&#224;-dire pas trop bon. Je ne me suis jamais donn&#233; en spectacle, c'&#233;tait le moment de le faire &#224; peu de frais &#8212; d'&#234;tre le larron du dicton.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce soir-l&#224;, le bon vieux rock rena&#238;t de ses cendres. Je rep&#232;re un groupe dans mes cordes. M&#234;l&#233; &#224; la foule, je m'approche de la sc&#232;ne improvis&#233;e. J'attends, signifiant mollement le d&#233;sir d'accompagner le groupe lanc&#233; dans un long morceau incantatoire. Le guitariste n'est pas brillant, on dirait qu'il ne s'est plus lav&#233; depuis un mois, je lui trouve des traits javanais. Assis au pied d'un mur, ma guitare &#224; c&#244;t&#233;, je reconnais un titre du Velvet Underground, &#171; All Tomorrow's Parties &#187;, que chante une rousse maquill&#233;e de fa&#231;on morbide. J'attends, une bi&#232;re &#224; la main. Le morceau s'ach&#232;ve, je me tourne vers la guitare. Volatilis&#233;e. Je me l&#232;ve en panique, regarde partout, on m'observe sans comprendre. Il est pr&#232;s de minuit, la foule est encore dense, inutile de chercher. Ce n'&#233;tait pas une guitare d'un grand prix, mais on me l'avait offerte, j'y tenais. Remarquant mon trouble, le &#171; Javanais &#187; vient causer. Il a bien vu un type s'emparer de la guitare, mais il &#233;tait tellement dans son trip qu'il n'a pas r&#233;agi comme il aurait d&#251;. Je ne fais pas de reproches, apr&#232;s trois bi&#232;res je n'en ai plus la force. Reste l&#224;, dit le Javanais. Le groupe joue un dernier morceau avant que la police les pousse &#224; remballer. J'attends, l'alcool un peu triste.&lt;br class='autobr' /&gt;
La f&#234;te est finie, pourquoi tra&#238;ner ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme les spectateurs se d&#233;bandent, le guitariste et la chanteuse me proposent de les accompagner. &#171; O&#249; ? &#187; je demande. Au bar cach&#233;, fait la rousse peinturlur&#233;e. Bar cach&#233;&#8230; Je connais le concept mais n'en ai jamais fr&#233;quent&#233;. Tout bon Parisien a entendu parler de ces &#233;tablissements qu'on ne remarque pas &#224; l'ext&#233;rieur, o&#249; l'on entre par une issue d&#233;rob&#233;e, et qui n'ont rien de r&#233;ellement &#171; cach&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous marchons deux bons kilom&#232;tres vers les voies ferr&#233;es de la Petite Ceinture, jusqu'&#224; un terrain vague au pied d'une vieille maison aux fen&#234;tres closes o&#249; une gare abandonn&#233;e fait buvette. Premier soir d'&#233;t&#233;, il fait encore chaud, trente &#224; quarante personnes occupent des tables &#224; tr&#233;teaux, un groupe distille des chansons grivoises. Bar &#233;ph&#233;m&#232;re, dis-je, ne voyant pas en quoi il est cach&#233;. Par l&#224;, fait la chanteuse en allant vers un coin de la petite gare, puis &#224; gauche. Plus loin, derri&#232;re des cuisines &#233;galement &#233;ph&#233;m&#232;res, il y a un battant grillag&#233; au bord du quai. Je le passe, suivant les deux musiciens du soir, grimpe un sentier &#233;troit vers une terrasse en terre battue &#233;clair&#233;e seulement par des bougies pos&#233;es sur un petit comptoir. Du fait de sa situation sur&#233;lev&#233;e, ce bar est effectivement invisible du premier, mais gu&#232;re plus rutilant. Premi&#232;re &#233;tape, fait le Javanais tandis que trois cocktails &#224; base de rhum et de mangue atterrissent sur notre table. La vue, c'est simplement le foss&#233; du chemin de fer d&#233;saffect&#233; et les immeubles dress&#233;s en face. Au bout de la terrasse, le sentier qui se poursuit &#224; flanc de coteau sous la bicoque aux fen&#234;tres closes est surmont&#233; d'une large barrique pos&#233;e sur le flanc. D&#233;cor campagnard, tr&#232;s roots, dont j'appr&#233;cie la verdure. Mais un bar cach&#233; n'est-il pas cens&#233; rappeler les speakeasies de la Prohibition ? On en trouvait plut&#244;t sous des entrep&#244;ts, approuve le Javanais&#8230; mais par l&#224;, &#231;a y ressemble, ajoute-t-il en montrant le grand tonneau qui n'est donc pas l&#224; par hasard. Il y aurait donc un second bar cach&#233; ? dis-je, stup&#233;fait. Comme chacun a ses secrets, fait la rousse d'un ton vulgaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me demande si je ne suis pas tomb&#233; dans un traquenard, mais nos voisins ont une allure normale, classique si l'on pr&#233;f&#232;re, ils se satisfont de pouvoir trinquer sans &#234;tre vus du premier bar atteint par l'heure de fermeture. Comme pour s'excuser du vol de la guitare, le Javanais paye la tourn&#233;e, se l&#232;ve et dit : deuxi&#232;me &#233;tape. La fille et lui prennent le sentier obscur, d&#233;vient vers le grand tonneau enterr&#233; d'un tiers, je les suis sans r&#233;fl&#233;chir. Le guitariste frappe six coups sur le bois, court, long, court, long, court, long, le bon vieux shuffle. Il recommence dix secondes plus tard. Un d&#233;clic ; un grincement ; une grande brune en robe fuseau noire tire la porte taill&#233;e dans le fond du tonneau, la referme discr&#232;tement. Nous traversons la barrique qui sent le moisi, prenons un escalier de parpaings vers le haut du foss&#233;, rejoignons un des murs de la maison aux fen&#234;tres closes. Il faut encore longer ce mur pour d&#233;couvrir une terrasse &#224; carreaux de fa&#239;ence bleue, une ancienne v&#233;randa arm&#233;e de fer forg&#233;. Sur le c&#244;t&#233;, il y a un comptoir &#233;trangement cossu pour un bar en plein air, de la musique lounge passe par d'invisibles haut-parleurs. En m'approchant d'un parapet, je ressens comme un vertige &#224; la vue des deux bars pr&#233;c&#233;dents s&#233;par&#233;s par le corps de la petite gare, un monde vaguement &#233;clair&#233; en train de se vider et l'autre qu'on devine &#224; la lueur des t&#233;l&#233;phones.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que dire du troisi&#232;me bar, le bar cach&#233; du &#171; bar cach&#233; &#187; ? L'ambiance est bien diff&#233;rente, deux filles en jupe vichy dansent sur du trip-hop, on discute tranquillement autour, mes compagnons sont rejoints par d'autres musicos qui racontent leur soir&#233;e. Encore un cocktail, un m&#233;lange de gin et de je ne sais quelle herbe m&#233;dicinale dont le go&#251;t m'enveloppe l'esprit, redoublant l'&#233;tranget&#233; de la situation. Comme souvent, les habitu&#233;s &#8212; ils semblent habitu&#233;s &#8212; ont un air blas&#233;, qu'un bar ouvre si tard n'a rien d'anormal pour eux. Je ne peux masquer une sorte d'&#233;merveillement. Si quelqu'un nous apercevait d'en bas, il se figurerait une soir&#233;e priv&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourtant bien un d&#233;bit de boissons de style art d&#233;co dont la partie mur&#233;e, sous la v&#233;randa, est recouverte par une glace sombre et large d'environ quatre m&#232;tres. La glace, qui para&#238;t solidaire du mur, est encadr&#233;e de stuc dor&#233; et d&#233;cr&#233;pit comme les tableaux des &#233;glises, s&#251;rement pour doter l'endroit d'un cachet d&#233;cadent. Notre table est pr&#232;s de la surface r&#233;fl&#233;chissante dont je d&#233;c&#232;le les d&#233;fauts du rev&#234;tement, m'expliquant pourquoi elle est si sombre. Dr&#244;les de r&#233;flexions pour un noceur &#233;m&#233;ch&#233;&#8230; Afin d'all&#233;ger l'exc&#232;s d'alcool, je vais prendre l'air au parapet. Le premier bar a ferm&#233;, le second ne d&#233;semplit pas. Je ne sais pourquoi, je me sens privil&#233;gi&#233;. Le bar cach&#233; du bar cach&#233;. C'est alors qu'une main passe dans mon dos, me remonte doucement l'&#233;chine. Pris d'un frisson, je me tourne et d&#233;couvre le visage d'une femme tout en noir que je n'avais pas remarqu&#233;e dans le bar. &#171; L'endroit te pla&#238;t ? &#187; demande-t-elle. L'esprit ralenti, je ne sais que dire, elle a tous les attributs de la vogue gothique. Voil&#224; qu'elle regarde en bas, me caressant la nuque, je me sens de plus en plus privil&#233;gi&#233;. Oui, dis-je enfin, n'ayant pas imagin&#233; me trouver un jour dans un bar clandestin. &#171; &#199;a te dit de voir quelque chose de&#8230; sp&#233;cial ? &#187; J'ai l'alcool sinc&#232;re, sans mot dire je r&#233;ponds par l'affirmative &#8212; sobre, j'aurais peut-&#234;tre pris mes jambes &#224; mon cou.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s s'&#234;tre mir&#233;e dans la glace, la femme me prend la main, me guide le long du parapet, je n'ai que le temps de jeter un &#339;il &#224; ceux qui m'ont emmen&#233; l&#224; et qui ne remarquent rien. Elle ouvre un portillon v&#233;tuste &#224; un angle de la maison aux fen&#234;tres closes, nous voil&#224; longeant un jardinet qui surplombe la rue o&#249; des passants rentrent de la f&#234;te. Apr&#232;s dix m&#232;tres dans l'obscurit&#233;, la porte d'un placard &#233;lectrique. Elle toque ; une autre &#171; gothique &#187;, rouge celle-l&#224;, ouvre aussit&#244;t, comme si elle &#233;tait pr&#233;venue. Nous entrons. Au bout d'un couloir o&#249; retentit une musique lourde et alanguie, nous p&#233;n&#233;trons dans une salle capitonn&#233;e, haute de plafond, une bonbonni&#232;re &#224; comptoir d'acajou surmont&#233; de six longues rang&#233;es de bouteilles, o&#249; des noctambules au look fin-de-si&#232;cle discutent avec d'autres qui semblent d&#233;couvrir l'endroit. La femme en rouge, qui porte de longs gants pourpres, me fait asseoir dans un profond fauteuil de velours, une serveuse aux traits &#233;thiopiens apporte des cocktails dans des verres de grand style, des cocktails rouge sang, du moins semble-t-il, l'ambiance &#233;tant plus sombre qu'&#224; l'ext&#233;rieur. Comme la femme en rouge susurre quelque chose pour celle en noir, j'observe la grande glace qui couvre un des murs &#8212; la m&#234;me que de l'autre c&#244;t&#233;. Le dernier bar cach&#233;, me dis-je, dans la maison aux fen&#234;tres closes &#8212; une glace sans tain, d'o&#249; les d&#233;fauts que j'avais remarqu&#233;s. Rien au-dehors n'&#233;chappe au regard de ceux qui sont dedans&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit plus seulement d'&#234;tre cach&#233;, mais de voir sans &#234;tre vu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La femme en noir me baise la joue, je ne peux m'emp&#234;cher de penser &#224; ces bars attrape-gogo o&#249; une entra&#238;neuse vous dit deux mots avant de commander du champagne, la facture devant atteindre quatre chiffres. Mais mes voisins, hommes et femmes, discutent aimablement dans des sofas ou au comptoir, ceux du bar ext&#233;rieur ne pouvant se rendre compte qu'on les observe, y compris la rousse et le Javanais. Troisi&#232;me &#233;tape, me dis-je alors que, par une man&#339;uvre savante, la femme en rouge me renverse la t&#234;te, me palpe un peu partout, ce qui ne choque qu'une tr&#232;s jeune fille, une &#171; nouvelle &#187;. Et je remarque le grand carr&#233; blanc au plafond, un carr&#233; de deux m&#232;tres sur deux qui r&#233;fl&#233;chit la lumi&#232;re provenant de discrets lumignons. Je laisse faire &#8212; je participe, si j'ose appeler ainsi l'action que je m&#232;ne, mon attention en partie capt&#233;e par le carr&#233; blanc o&#249; des ombres semblent danser. Approuv&#233;, fait la femme en rouge au bout d'un moment. Sans me laisser le temps de comprendre, elle se l&#232;ve et m'entra&#238;ne vers les toilettes sur le langoureux &#171; Femme Fatale &#187;, encore le Velvet Underground. OK, me dis-je, dernier acte de bravoure et dodo&#8230; mais pass&#233; la porte d'un WC marqu&#233; &#171; Hors d'usage &#187; que la femme en noir referme, il y en a une autre ; un couloir en piteux &#233;tat ; un sombre d&#233;barras avec, au bout, un petit escalier m&#233;tallique, puis une porte blind&#233;e. Press&#233; par mes lugubres amies, je ne sais qu'imaginer, il y a un bouton de sonnette &#224; peine visible que la femme en noir enfonce neuf fois. Un grand noir &#224; veston crois&#233; ouvre aussit&#244;t, d'un rire sardonique il m'invite &#224; monter un escalier sombre et si raide qu'il me faut l'assistance de la femme en rouge pour ne pas tituber tandis que celle en noir me tire par la main. Une musique ensorcelante parvient jusqu'au palier. S'ouvre une haute porte typique des belles maisons parisiennes, et puis&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, je r&#234;ve &#8212; je me pince encore &#8212;, une silhouette nue passe dans un couloir, puis deux autres avant qu'une sublime cr&#233;ature tenant un fin masque v&#233;nitien vienne me saluer. Elle est blonde, souriante, ravissante en porte-jarretelles, me dit : &#171; Faites-moi plaisir, prenez vos aises. &#187; Je me rappelle une f&#234;te costum&#233;e o&#249; l'on m'avait tra&#238;n&#233;, ivre aussi, dans un bel appartement inconnu, je ne sais plus comment la soir&#233;e avait tourn&#233;&#8230; mais l&#224; c'est un palais, on entend du clavecin, de la viole sur fond de percussions obs&#233;dantes, il y a des corsets de dentelle, des perruques de marquise, j'ai d&#251; emprunter un couloir temporel. La blonde aux seins d&#233;nud&#233;s, s&#251;rement la ma&#238;tresse des lieux, fait quelques pr&#233;sentations &#8212; je suis g&#234;n&#233;, tous sont tr&#232;s d&#233;shabill&#233;s. Pelot&#233; par des mains insistantes, je fais le tour de l'&#233;tage, mes v&#234;tements tombent un &#224; un, un fouet claque dans un salon aux lumi&#232;res violettes, ailleurs des verres tintent dans un fabuleux emm&#234;lement de corps. J'atteins la pi&#232;ce qui semble m'&#234;tre destin&#233;e, un salon avec piano chang&#233; en bar o&#249; trois couples font l'amour dans des positions vari&#233;es sous le regard de deux hommes tr&#232;s m&#251;rs qui ont tomb&#233; la cravate. Oui, c'est un autre monde et mon corps, par miracle, r&#233;pond &#224; de voluptueuses exigences dans de la draperie de luxe, entre des chandelles de toutes tailles, des miroirs sans nombre. Apr&#232;s plusieurs changements de partenaire, les deux gothiques enroulent un tapis pos&#233; sur le plancher. Je remarque alors le grand carr&#233; blanc&#8230; la fen&#234;tre d&#233;polie donnant sur le bar en dessous. Je suis dans le bar cach&#233; du bar cach&#233;&#8230; du bar cach&#233; du bar cach&#233;, me dis-je si j'arrive encore &#224; penser. Ce libertinage dont je suis un acteur, cette sc&#232;ne impr&#233;vue, est-ce l'expression ultime du voyeurisme, de l'exhibitionnisme, de la perversit&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne le sais pas encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne r&#233;fl&#233;chis pas, j'agis.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conclusion de cette histoire, je pr&#233;f&#233;rerais l'oublier tout en pr&#233;cisant que dans ces soir&#233;es toutes sortes de drogues circulent, elles affaiblissent la volont&#233;, redonnent de la vigueur, oblit&#232;rent la m&#233;moire, tout cela ensemble. Passablement vid&#233;, je me r&#233;veille sur une paillasse, dans une pi&#232;ce o&#249; la lumi&#232;re du jour filtre par une persienne. Levant les yeux, j'aper&#231;ois la blonde de la veille, aussi ravissante en tailleur gris que v&#234;tue de son seul masque v&#233;nitien. Elle s'accroupit, &#171; Ce que tu as vu ici, ce que tu sais, ne doit pas en sortir &#187;, et part sur un clin d'&#339;il, j'apprendrai plus tard qu'elle est juriste dans un fameux cabinet de la Madeleine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rhabille, plus gu&#232;re d'action dans les alc&#244;ves o&#249; quinze &#224; vingt f&#234;tards dorment p&#234;le-m&#234;le. Me demandant comment sortir discr&#232;tement de cette maison, j'aper&#231;ois, dans une pi&#232;ce annexe, trois gar&#231;ons qui visionnent des images en s'esclaffant. Nouvel adh&#233;rent ? fait le jeune brun qui me voit passer, genre &#233;l&#232;ve des grandes &#233;coles. &#171; Viens ! Viens admirer tes exploits ! &#187; Je m'approche, un peu mal &#224; l'aise. Je regarde. Diantre ! me serais-je exclam&#233; &#224; l'&#226;ge d'or des cabarets honteux. Oui, les yeux m'en tombent, ce n'est pas le fait que les deux hommes d'&#226;ge m&#251;r re&#231;oivent une fellation et que trois femmes se caressent mutuellement en observant l'action, mais moi, moi au c&#339;ur de cette action et ne la dirigeant pas &#8212; non, c'est le grand noir de l'entr&#233;e qui me plaque contre le carr&#233; blanc, la fen&#234;tre sur le bar en dessous ; puis un autre ; et encore un, sans que les candides en bas r&#233;alisent ce qui se passe en haut, les spectateurs des deux sexes se pourl&#233;chant &#224; l'id&#233;e d'aller cueillir d'autres victimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une douleur &#224; un endroit obscur aurait d&#251; m'alerter au r&#233;veil, mais ma conscience, ou ma volont&#233;, n'&#233;tait plus au rendez-vous depuis longtemps. Il fallait donc cette preuve sortie du dernier lieu secret, du dernier &#171; bar cach&#233; &#187;, une chambre noire discr&#232;te dont le contenu rejoindra d'autres films dans un coffre-fort plein de billets de banque, pour sceller le pacte du silence avec mes h&#244;tes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas question, en effet, que ces &#233;bats paraissent au grand jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai une r&#233;putation &#224; d&#233;fendre, un boulot auquel je tiens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais je connais le chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais d&#233;sormais partie du cercle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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