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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Entre-deux, Jean Bensimon,</title>
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		<dc:date>2021-04-08T10:11:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne-Marie Debarbieux</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Riche d&#233;j&#224; d'une bibliographie (en particulier po&#233;tique) qui pourrait faire bien des envieux, Jean Bensimon nous m&#232;ne cette fois sur les chemins tortueux du texte court narratif. Son recueil dont le titre, &#171; Entre-deux &#187;, semble judicieusement choisi, trouve effectivement son unit&#233; autour d'un th&#232;me seize fois d&#233;clin&#233; dans des contextes diff&#233;rents, et qui pourrait &#234;tre r&#233;sum&#233; par le terme &#171; incertitudes &#187;. Seize personnages, hommes ou femmes, de milieux, d'origines, d'&#233;poques, de situations diff&#233;rents se (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/" rel="directory"&gt;Critiques de recueils de nouvelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1162.jpg?1617876670' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Riche d&#233;j&#224; d'une bibliographie (en particulier po&#233;tique) qui pourrait faire bien des envieux, Jean Bensimon nous m&#232;ne cette fois sur les chemins tortueux du texte court narratif. Son recueil dont le titre, &#171; Entre-deux &#187;, semble judicieusement choisi, trouve effectivement son unit&#233; autour d'un th&#232;me seize fois d&#233;clin&#233; dans des contextes diff&#233;rents, et qui pourrait &#234;tre r&#233;sum&#233; par le terme &#171; incertitudes &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seize personnages, hommes ou femmes, de milieux, d'origines, d'&#233;poques, de situations diff&#233;rents se trouvent confront&#233;s aux m&#234;mes questions qui surgissent tout &#224; coup dans leur vie : suis-je celui ou celle que je crois &#234;tre ? Celui ou celle que j'aime est-il bien celui ou celle que je pensais, ou ai-je &#233;t&#233; aveugl&#233; par mes sentiments ? Dois-je finalement mener &#224; bien ce projet qui me semble soudain hasardeux ? Les voix que j'entends sont-elles r&#233;elles ou imaginaires ? Ceux qui m'entourent me veulent-ils du bien ou du mal ? Suis-je enfin lucide ou suis-je en train de divaguer ? Les fronti&#232;res entre le monde animal et le monde humain ne sont-elles pas parfois un peu floues ? Normalit&#233; ou anormalit&#233; ? R&#233;el ou fantastique ? Erreur ou v&#233;rit&#233; ? Les contours sont &#233;rod&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des personnages incertains, peu s&#251;rs d'eux, en qu&#234;te d'identit&#233;, souvent dot&#233;s d'une extr&#234;me sensibilit&#233;, &#224; la fronti&#232;re du normal et du pathologique, cherchent des points d'appui dans une r&#233;alit&#233; qui semble se d&#233;rober et se jouer d'eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vari&#233;t&#233; des situations et des contextes reproduit les m&#234;mes atermoiements, les m&#234;mes interrogations mais diff&#233;remment d&#233;clin&#233;s, et les r&#233;cits sont suffisamment vari&#233;s pour ne pas g&#233;n&#233;rer de lassitude pour le lecteur (m&#234;me si l'on peut penser - et c'est une toute petite r&#233;serve - que 16 histoires, c'est un maximum pour ne pas susciter un effet de r&#233;p&#233;tition).&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; la narration, elle est men&#233;e tambour battant : l'auteur, qui ma&#238;trise bien la structure d'une nouvelle, fait monter la tension en resserrant progressivement une sorte d'&#233;tau autour du personnage principal et le d&#233;nouement n'est pas toujours de la m&#234;me teneur et donc pas forc&#233;ment pr&#233;visible. Il arrive m&#234;me qu'il maintienne l'incertitude sans conclusion ferme.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture est agr&#233;able &#224; lire car, tout en &#233;tant litt&#233;raire et souvent po&#233;tique, elle reste n&#233;anmoins simple et apparent&#233;e au langage courant. Elle est manifestement tr&#232;s travaill&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;sum&#233;, une lecture agr&#233;able et tr&#232;s originale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Il a neig&#233; sur yesterday</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/il-a-neige-sur-yesterday</link>
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		<dc:date>2014-02-11T06:50:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne-Marie Debarbieux</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voici le texte gagnant de notre concours &#171; Neige &#187;. Son auteur, Anne-Marie Debarbieux, n'est pas tout &#224; fait une d&#233;butante, puisqu'elle vient de publier un recueil de nouvelles Rendez-vous &#224; Watringhem &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; sept ans, je ne connaissais cette substance &#233;trange et ce curieux ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique que par la repr&#233;sentation qu'en donnaient quelques petits livres d'images. Spectateur tr&#232;s occasionnel de la t&#233;l&#233;vision, je n'&#233;tais pas encore en &#226;ge de m'int&#233;resser aux actualit&#233;s hivernales, et pas davantage aux (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton375.jpg?1474812776' width='150' height='105' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voici le texte gagnant de &lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/concours-de-nouvelles/article/resultats-de-notre-concours-neige' class='spip_in'&gt;notre concours &#171; Neige &#187;&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son auteur, Anne-Marie Debarbieux, n'est pas tout &#224; fait une d&#233;butante, puisqu'&lt;a href='https://www.nouvelle-donne.net/chroniques/critiques-de-recueils-de-nouvelles/article/yesterday-today' class='spip_in'&gt;elle vient de publier un recueil de nouvelles Rendez-vous &#224; Watringhem&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_182 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/illustration_yesterday-neige03-bonh_2_cristaux-b.jpg?1474812761' width='500' height='348' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-182 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2014&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-182 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2014
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&#192; sept ans, je ne connaissais cette substance &#233;trange et ce curieux ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique que par la repr&#233;sentation qu'en donnaient quelques petits livres d'images. &lt;br class='autobr' /&gt;
Spectateur tr&#232;s occasionnel de la t&#233;l&#233;vision, je n'&#233;tais pas encore en &#226;ge de m'int&#233;resser aux actualit&#233;s hivernales, et pas davantage aux reportages sur les comp&#233;titions de ski et autres sports de neige ou de glace. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes parents ne m'avaient jamais emmen&#233; aux sports d'hiver. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous habitions une r&#233;gion au climat doux, &#224; proximit&#233; de la mer, qui nous &#233;pargnait les grands froids et les vraies intemp&#233;ries. Chez nous, l'hiver n'apportait que rarement son lot de flocons. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; sept ans, j'&#233;tais un petit gar&#231;on qui n'avait jamais vu la neige de pr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette ann&#233;e-l&#224; pourtant, le ciel bas et cotonneux, la temp&#233;rature avoisinant z&#233;ro degr&#233;, laissaient &#224; penser que la neige n'&#233;tait peut-&#234;tre pas si loin de chez nous : &lt;br /&gt;&#8212; Il va neiger cette nuit, avait pr&#233;dit mon p&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re nuit, il neigea effectivement, mais il ne tomba que quelques flocons l&#233;gers et volatils. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sit&#244;t lev&#233;, je me pr&#233;cipitai &#224; la fen&#234;tre et fus imm&#233;diatement saisi par l'&#233;merveillement. Devant mes yeux encore gonfl&#233;s de sommeil, s'&#233;tendaient, non les dalles de la terrasse et l'herbe du jardin, mais un tapis blanc qui me faisait presque cligner des yeux, malgr&#233; la clart&#233; un peu blafarde de l'heure matinale et les lueurs glauques que projetait l'&#233;clairage au n&#233;on de la cuisine. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'enfilai imm&#233;diatement bottes et blouson sur mon pyjama, sans m&#234;me prendre le temps de m'habiller, ouvris grand la porte du jardin et me pr&#233;cipitai dehors. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l&#224;, l'ivresse fit rapidement place au d&#233;senchantement : la neige, c'&#233;tait froid et mouill&#233;. En quelques minutes, j'avais d&#233;j&#224; les doigts gourds et les pieds glac&#233;s. Et puis, les empreintes de mes bottes sur la terrasse s'&#233;taient incrust&#233;es dans la neige et l'avaient d&#233;coll&#233;e, et elles n'y avaient laiss&#233; que des traces grises ou jaun&#226;tres, transformant d&#233;j&#224; en pataugeoire la neige immacul&#233;e qui m'avait fait r&#234;ver.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais d&#233;&#231;u. C'&#233;tait donc &#231;a, la neige ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re s'amusait de mon d&#233;pit. &lt;br /&gt;&#8212; Non, il n'a pas encore vraiment neig&#233; ici, il a &#171; neigeot&#233; &#187; seulement. Ce n'est rien du tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me sentis un peu rass&#233;r&#233;n&#233;. Fausse alerte en quelque sorte ! Un coup pour rien. &lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde nuit, il neigea cette fois sans discontinuer, des flocons lourds et p&#233;n&#233;trants. Au petit matin une &#233;paisse couche recouvrait tout, lissait tout, &#233;galisait tout. On ne distinguait m&#234;me plus le petit banc o&#249; j'avais coutume de m'asseoir les jours d'&#233;t&#233;. On ne distinguait plus les limites du ciel et de la terre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re la fen&#234;tre, c'&#233;tait comme l'accomplissement d'un miracle dont la beaut&#233; me bouleversait. C'&#233;tait inexprimable ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fois, lorsque je me risquai &#224; faire quelques pas, je ne vis que des stries blanches sur le matelas de neige. Elle r&#233;sistait ! Une terre vierge en quelque sorte, dont le silence assourdissant me fascinait autant qu'il m'impressionnait. &lt;br /&gt;&#8212; Viens, dit mon p&#232;re rompant l'ensorcellement, on va faire un bonhomme de neige. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re avait des talents de magicien. En quelques minutes, &#171; Monsieur Neige &#187; surgit de rien et de nulle part, affubl&#233; d'oripeaux que nous d&#233;nich&#226;mes au grenier. J'&#233;tais surexcit&#233;. &lt;br /&gt;&#8212; Maintenant, dis-je, si on faisait Madame Neige et les enfants Neige ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussit&#244;t dit, aussit&#244;t fait. Nous avions, en fin de matin&#233;e, r&#233;alis&#233; &#171; la famille Neige &#187;. Emport&#233;s par notre enthousiasme qui suscitait une cr&#233;ativit&#233; sans limites, nous attaqu&#226;mes l'apr&#232;s-midi le &#171; village Neige &#187;. Durcie, compacte, la neige permit de r&#233;aliser des igloos qui avaient fi&#232;re allure avec leurs d&#233;corations de branches, d'aiguilles de pin, de petits cailloux et m&#234;me de coquillages. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant deux jours, je ne v&#233;cus que pour notre village de neige. Sur l'igloo le plus grand, j'avais m&#234;me &#233;crit &#171; Bienvenue &#187; avec des aiguilles de pin, sous l'&#339;il bonasse et bienveillant de Monsieur et Madame Neige. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'avais aucune id&#233;e de ce que pouvait &#234;tre un chef-d'&#339;uvre mais j'&#233;tais certain d'en avoir cr&#233;&#233; un. Je n'avais aucune id&#233;e de ce que pouvait &#234;tre un cr&#233;ateur mais je savais que j'en &#233;tais un. &lt;br class='autobr' /&gt;
La magie op&#233;ra encore quelques jours. Le froid tr&#232;s vif semblait rendre indestructibles mes fragiles &#233;difices, mes sculptures de neige ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, par les caprices impr&#233;visibles de la m&#233;t&#233;o, la temp&#233;rature remonta de dix degr&#233;s aussi rapidement qu'elle &#233;tait descendue quelques jours avant. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord il y eut une sorte d'&#233;rosion des contours, pr&#233;mices d'une disparition progressive qui s'accentua d'heure en heure, r&#233;duisant Monsieur et Madame Neige &#224; l'&#233;tat de cr&#232;mes glac&#233;es d&#233;goulinantes et peu app&#233;tissantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La petite maison disparut la premi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis la nuit suivante, le vent se leva et des bourrasques de pluie s'abattirent durant plusieurs heures sans crier gare, an&#233;antissant rapidement mes travaux et mes r&#234;ves. Ils s'&#233;taient liqu&#233;fi&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
La vision de mon village de neige d&#233;vast&#233; me plongea dans un d&#233;sarroi que personne autour de moi ne pouvait consoler. &#192; mon &#233;chelle de petit gar&#231;on, c'&#233;tait un raz-de-mar&#233;e, un tsunami, la mort m&#234;me, qui s'&#233;tait engouffr&#233;e dans mon jardin. C'&#233;tait un paradis dont on m'avait ouvert les portes et qui s'effondrait. J'&#233;tais d&#233;chu aussi vite que j'avais &#233;t&#233; investi de mon pi&#233;destal de sculpteur de neige. Sans pouvoir mettre des mots sur des &#233;motions et des concepts bien sup&#233;rieurs &#224; ce que mes capacit&#233;s d'enfant pouvaient exprimer, j'ai pressenti ce jour-l&#224; la fragilit&#233; des choses, leur fugacit&#233; inexorable.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Bien des ann&#233;es plus tard, je me trouvais un soir, en plein hiver, sur une plage quasi d&#233;serte. J'occupais une chambre dans le seul h&#244;tel ouvert en cette saison, l'h&#244;tel o&#249; j'&#233;tais venu quelques ann&#233;es auparavant, pour la premi&#232;re fois, avec Delphine. Nous &#233;tions au d&#233;but d'un amour qui s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233; aussi exaltant que chaotique, jusqu'&#224; ces jours derniers o&#249; nous avions envisag&#233; de rompre d&#233;finitivement. J'&#233;tais l'initiateur de cette issue qui me semblait la seule possible, mais en m&#234;me temps je ne parvenais pas moi-m&#234;me &#224; m'y r&#233;soudre. Je n'avais jamais &#233;t&#233; un homme de d&#233;cision (Delphine me l'avait-elle assez reproch&#233; !) et une fois de plus, face &#224; la l'imminence de mots d&#233;finitifs, j'&#233;tais saisi par les doutes, les remords et l'h&#233;sitation. C'est pourquoi j'avais d&#233;cid&#233; de passer une nuit ici dans cet H&#244;tel des Bains pour r&#233;fl&#233;chir encore, pour tenter de trouver, dans la solitude de mes souvenirs, l'improbable r&#233;ponse &#224; un dilemme qu'au fond je ne voulais pas trancher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; la temp&#233;rature hivernale, je n'&#233;tais pas seul sur la plage. Il restait &#224; proximit&#233; de moi, sur le sable, &#224; cette heure tardive et hors saison, un homme et un petit gar&#231;on. Ils avaient construit ensemble un tr&#232;s beau ch&#226;teau de sable, ils n'avaient pas m&#233;nag&#233; leurs efforts, l'&#233;difice &#233;tait solide, prot&#233;g&#233; par des remparts et il avait bien fi&#232;re allure avec ses quatre tours arrogantes et d&#233;fiant toute menace. &lt;br class='autobr' /&gt;
La mar&#233;e montait. &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re vague l&#233;cha les bords des remparts puis se retira avec bienveillance. &lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde nargua les contreforts des tours, puis se retira encore. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y eut encore quelques va-et-vient sans dommage. Va-et-vient terribles qui donnaient l'impression qu'&#224; chaque mouvement, la mer ne reculait que pour mieux se d&#233;cha&#238;ner. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis soudain, une vague plus incisive s'incrusta dans les bases de l'&#233;difice. D&#232;s lors il &#233;tait perdu et sa fragilit&#233; s'accentua de vague en vague. Il s'effondra rapidement, entam&#233; de toutes parts par les morsures r&#233;p&#233;t&#233;es de l'eau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les tours tomb&#232;rent une &#224; une. En quelques minutes, il ne resta plus rien du fier ch&#226;teau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le petit gar&#231;on se mit &#224; pleurer, &#224; pleurer et &#224; tr&#233;pigner, impuissant devant les vagues destructrices. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme, son p&#232;re sans doute, probablement surpris de la r&#233;action tr&#232;s &#233;motive de l'enfant, essaya d'abord de le consoler, puis de le raisonner, puis de lui expliquer. &#192; pr&#233;sent, il perdait patience et il finit par entra&#238;ner un enfant hurlant et d&#233;sesp&#233;r&#233;. &#171; Ce n'est qu'un jeu &#187;, disait-il, d&#233;muni et partag&#233; entre l'attendrissement et l'agacement, devant son gamin incapable de relativiser la situation et de la ramener &#224; ses justes proportions. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;tourn&#233; quelques instants de mes atermoiements d'homme tortur&#233;, je repensai bien s&#251;r au petit gar&#231;on que j'avais &#233;t&#233; et qui avait eu tant de mal &#224; comprendre que les &#233;difices de neige, pas plus que ceux de sable, ne sont faits pour durer. Je me rem&#233;morai mon d&#233;sespoir d'enfant et la le&#231;on que mon p&#232;re m'avait patiemment expliqu&#233;e sur les &#233;l&#233;ments naturels presque toujours plus forts que l'homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rentr&#233; &#224; l'h&#244;tel apr&#232;s une journ&#233;e entre plage et dunes qui ne m'avait nullement aid&#233; &#224; y voir plus clair, envahi par une nostalgie que le petit gar&#231;on rencontr&#233; m'avait communiqu&#233;e et qui ne faisait que renforcer mon marasme, je m'allongeai, bien incapable de m'endormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'une id&#233;e compl&#232;tement absurde, une id&#233;e de gamin, une id&#233;e d'adolescent romantique que j'&#233;tais peut-&#234;tre encore, traversa mon esprit incapable d'un choix raisonn&#233; et coh&#233;rent. Puisque je ne parvenais pas &#224; d&#233;cider tout seul s'il fallait ou non rompre avec Delphine, j'allais m'en remettre aux &#233;l&#233;ments qui &#233;taient si puissants, qui pouvaient mettre en jeu la vie humaine selon leur bon vouloir, plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette mer qui, au rythme de la mar&#233;e, d&#233;vaste, lisse tout jusqu'au point ultime o&#249; elle renonce et recule. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rhabillai et sortis dans un froid glacial. Je descendis d'un pas vif sur la plage plong&#233;e dans l'obscurit&#233;. &#192; la faible lueur de mon t&#233;l&#233;phone portable, je d&#233;cidai d'&#233;crire en coquillages sur le sable le pr&#233;nom de celle qui &#233;tait l'objet de mes tourments. Je l'&#233;crivis &#224; la limite du sable mouill&#233; et du sable sec, c'est-&#224;-dire sur la bande de quelques m&#232;tres qui pouvait, au prochain retour de la mer, soit &#234;tre &#233;pargn&#233;e, soit &#234;tre balay&#233;e. Je rep&#233;rai bien l'endroit pour le retrouver facilement et rentrai, un peu apais&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la mer balayait mes coquillages, cela voudrait dire que Delphine devait dispara&#238;tre de ma vie ; si la mer ne parvenait pas &#224; l'atteindre, cela voudrait dire que cet amour m&#233;ritait d'&#234;tre sauv&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait totalement ridicule, c'&#233;tait une forme de fuite si absurde qu'elle me faisait honte. Comment pouvais-je jouer une partie de ma vie en la r&#233;duisant &#224; la dissolution d'un village de neige et l'effondrement d'un ch&#226;teau de sable ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, j'&#233;mergeai p&#233;niblement d'un sommeil agit&#233;, peupl&#233; de cauchemars et nullement r&#233;parateur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je tirai le rideau de la fen&#234;tre. Tout &#233;tait blanc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ph&#233;nom&#232;ne rare sur la c&#244;te, il avait neig&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;but de la nuit, la neige s'&#233;tait r&#233;pandue en couche &#233;paisse sur la plage et elle continuait &#224; s'&#233;paissir encore. Il ne subsistait de sable qu'une bande de quelques m&#232;tres lib&#233;r&#233;s par la mar&#233;e descendante. &lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; &#233;taient mes coquillages ? Plus de rep&#232;re pour retrouver l'endroit o&#249; je les avais incrust&#233;s dans le sable. &#201;taient-ils enfouis et masqu&#233;s par la neige ou avaient-ils &#233;t&#233; absorb&#233;s dans la tourmente des vagues ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne le saurais jamais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je refis mon sac et me dirigeai vers la gare, accabl&#233;, la t&#234;te vide, et pr&#234;t &#224; chercher de nouveaux exp&#233;dients pour &#233;viter de choisir moi-m&#234;me ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de moi, quelqu'un &#233;coutait Renaud : &#171; D&#232;s que le vent soufflera, je repartira &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les premiers photographes envahissaient la plage, friands d'un spectacle qui ne se renouvellerait peut-&#234;tre pas avant plusieurs ann&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Paris, Delphine d&#233;posait une enveloppe &#224; mon nom dans ma bo&#238;te aux lettres. Il avait &#233;t&#233; convenu qu'il n'y aurait entre nous aucun appel t&#233;l&#233;phonique durant le week-end. Elle me donnait un ultime rendez-vous &#224; midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des chutes de neige &#233;taient annonc&#233;es dans la capitale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le train, bloqu&#233; par les intemp&#233;ries, eut deux heures de retard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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