<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Nouvelle Donne</title>
	<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?id_auteur=21&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Nouvelle Donne</title>
		<url>https://www.nouvelle-donne.net/IMG/siteon0.png?1606645713</url>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/</link>
		<height>101</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La mort dans l'art</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/la-mort-dans-l-art</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/la-mort-dans-l-art</guid>
		<dc:date>2015-01-19T13:47:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Pelletier</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Coup double pour Pascal Pelletier. Nous avions d&#233;j&#224; appr&#233;ci&#233; La sonnerie, du m&#234;me auteur. Il r&#233;cidive avec ce joli texte, qui a fait l'unanimit&#233; de notre comit&#233; de lecture. Bravo, Pascal ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Ray Bradbury (et au grand Will, pour la forme de la chute). &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; C'est fait, maintenant, dit-il en reposant le verre et le flacon sur la table de chevet. Alors, laisse-moi. Ou tais-toi. &#8211; Te laisser, me taire, mon Henri d'amour ? coassa Charlotte. Mais comment le pourrais-je&#8230; C'est toi qui veux me laisser et te taire, (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton401.jpg?1474812761' width='105' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Coup double pour Pascal Pelletier. Nous avions d&#233;j&#224; appr&#233;ci&#233; La sonnerie, du m&#234;me auteur. Il r&#233;cidive avec ce joli texte, qui a fait l'unanimit&#233; de notre comit&#233; de lecture. Bravo, Pascal !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; Ray Bradbury (et au grand Will, pour la forme de la chute).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_194 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/2015-monologue_final.jpg?1474812761' width='500' height='719' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-194 spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2015&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&#8211; C'est fait, maintenant, dit-il en reposant le verre et le flacon sur la table de chevet. Alors, laisse-moi. Ou tais-toi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Te laisser, me taire, mon Henri d'amour ? coassa Charlotte. Mais comment le pourrais-je&#8230; C'est toi qui veux me laisser et te taire, et si tu le fais, je ne te survivrai pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Rires des spectateurs et coup de cymbale, tching ! Mais dis-moi donc, Charlotte, pourquoi me parles-tu ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Parce qu'au fond, tu le veux bien. Parce que tu d&#233;sires que je te dise certaines choses&#8230; sur toi, mon ange, en cette heure solennelle. Il n'y a que moi qui puisse le faire, puisque nous sommes seuls et que tu es incapable, comme tu l'as toujours &#233;t&#233;, de te parler &#224; toi-m&#234;me. Et le temps presse, donc &#233;coute-moi bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; D'accord, comme tu veux ! Mais ce ne sera encore qu'un dialogue de sourds, car jamais nous n'avons communiqu&#233;. Allons-y donc pour un monologue de plus, un autre entre nous&#8230; Et seulement pour nous, celui-l&#224;&#8230; Que veux-tu, on a pass&#233; les trente-cinq derni&#232;res ann&#233;es &#224; se parler sans jamais s'&#233;couter, ce fut la cl&#233; de notre succ&#232;s, mais aussi celle qui a ouvert la porte de l'escalier descendant aux enfers, o&#249; je vais bient&#244;t entrer&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Pas si tu changes d'id&#233;e, il est encore temps, mon amour ! Il te suffit de quitter ce lit quelques secondes, d'aller prendre le t&#233;l&#233;phone, d'appeler ta s&#339;ur&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Ma s&#339;ur sait-elle encore qu'elle a un fr&#232;re&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; Ou de composer seulement trois chiffres et tu reviens &#224; la vie !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Fais-le donc toi-m&#234;me, ma Charlotte, va au t&#233;l&#233;phone composer les trois chiffres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu ne peux plus te permettre ce genre d'humour, mon c&#339;ur. Tu sais bien que si j'avais la capacit&#233; physique de t&#233;l&#233;phoner, je le ferais. Mais je suis&#8230; tellement handicap&#233;e ! Tu es mes mains et j'aime les tiennes. Quand tu portes la main sur moi, je fr&#233;mis comme un chaton sous la langue de sa m&#232;re, je m'&#233;veille &#224; la vie et &#224; ta tendre po&#233;sie, ta caresse contient toute la tendresse du monde. Et quand tu portes la main dans moi, je suis ta compagne &#233;perdue d'amour et je crie mon bonheur, &#233;tonn&#233;e d'&#234;tre sur Terre et non au paradis. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Et je t'ai bien faite &#224; ma main, n'est-ce pas ? Tu ne t&#233;l&#233;phonerais pas parce que je te l'interdis, voil&#224; tout. Mais il est vrai que tu es si faible, tellement nulle, ma pauvre, p&#244;vre Charl&#244;tte ! N'es-tu pas, au fond, en grande partie responsable de ma d&#233;ch&#233;ance ? Tu m&#233;riterais que je te lance l&#224;, contre ce mur, j'ai encore la force de le faire et tu serais incapable de r&#233;sister, ta t&#234;te &#233;claterait en copeaux&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; Insulte-moi, bats-moi, &#231;a ne m'emp&#234;chera pas de t'aimer jusqu'&#224; ton dernier souffle. Oui, tu m'as bien en main, mais tu m'as tant donn&#233; et rendue si heureuse ! Gr&#226;ce &#224; toi, j'ai connu le plus merveilleux pays, celui de l'art pur, sans compromis, o&#249; tout est beaut&#233;, bont&#233; et harmonie, o&#249; tu as patiemment tiss&#233; une immense fantaisie qui faisait rire et pleurer pour nous rendre meilleurs. Je te le dis haut et fort : &#171; Monsieur Henri est le plus grand artiste du monde ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tiens, &#201;ric von Stroheim dans &lt;i&gt;Sunset Boulevard&lt;/i&gt;. Sauf que, dans le film, ce compliment d&#233;lirant concernait une vieille folle&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; Alors que toi, tu as su &#234;tre fou sans jamais vieillir, ch&#233;ri, et &#231;a a &#233;t&#233; l'une de tes plus grandes forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Ma plus grande faiblesse. Je n'ai &#233;t&#233; qu'un enfant incapable de vivre comme un adulte avec des adultes&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; Mon Petit Prince !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; Alors, j'ai tent&#233; de m'endormir le plus souvent possible&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; Pour r&#234;ver de tes r&#234;ves chatoyants comme un diamant aux mille facettes de joie et de piti&#233;, qui ont r&#233;chauff&#233; le c&#339;ur de millions de personnes !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; En buvant comme un trou, seul, et en me droguant de bien d'autres fa&#231;ons, pour rendre mon esprit aussi d&#233;sert que la face cach&#233;e de la lune et mon foie semblable &#224; sa surface couverte de crat&#232;res. J'ai mal&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; L&#232;ve-toi, va au t&#233;l&#233;phone ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; Mais cette souffrance est douce &#224; comparer &#224; celle qui m'a transform&#233; en clochard, cette solitude insoutenable&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Je suis avec toi ! J'ai toujours &#233;t&#233; &#224; tes c&#244;t&#233;s !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Mais tu ne pouvais pas m'aimer, m'animer, me stimuler, comme je l'ai fait pour toi. Tu ne valais gu&#232;re mieux que toutes ces bouteilles de &lt;i&gt;Canadian Club&lt;/i&gt;. Je voulais une femme&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Et tu sais que je t'aime tellement que je lui aurais laiss&#233; toute la place, &#224; cette femme. Je me serais effac&#233;e, nous aurions poursuivi notre relation sur une base strictement professionnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Vaut mieux entendre &#231;a que d'&#234;tre sourd... Mais je ne l'ai pas trouv&#233;e, cette femme, maudite Charlotte ! Oh ! J'en ai rencontr&#233; des tas, mais aucune n'a voulu de moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Faux : c'est toi qui les as toutes rejet&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Peut-&#234;tre bien. C'est donc qu'elles n'en valaient pas la peine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Encore faux : deux ou trois, au moins, auraient pu te convenir, et tu sais lesquelles. Mais tu &#233;tais si exigeant, intransigeant, si facile &#224; d&#233;cevoir. Tu aurais voulu que ces femmes soient aussi parfaites et magiques que ton art.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu exag&#232;res. Si j'ai &#233;t&#233; exigeant, c'&#233;tait pour la qualit&#233; de l'amour, pas pour celle de ces s&#233;duisintelligentes Murielle, Claudie et compagnie. Une femme qui a des limites, d'accord, mais pas seulement une femme pour vivre avec elle&#8230; Pas seulement une femme en qui je me serais content&#233; de d&#233;verser quelques litres de sperme &#8211; tching ! &#8211; durant une longue vie commune ordinaire&#8230; Pas seulement une femme juste pour ne pas vieillir seul&#8230; L'amour vrai, profond, total, qui nous aurait propuls&#233;s au meilleur de nous-m&#234;mes et de la cr&#233;ation&#8230; L'amour qui change le monde&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Voil&#224; quel fut ton probl&#232;me : tu as confondu l'art et l'amour. Le premier est abstrait, le second concret&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; Et j'ai concr&#232;tement rat&#233; les deux &#8211; rires gras &#224; droite, cymbale ! L'art, mon art, &lt;i&gt;vis comica&lt;/i&gt;, la force comique&#8230; Quelle force et pour qui, mon Dieu ! J'aurais r&#233;ussi ma carri&#232;re si j'avais pu, moi aussi, me faire rire et rire de moi ! Mais pourquoi faut-il que les clowns soient si tristes ? Oh, oui ! J'ai tant aim&#233; les applaudissements, je ne vivais que pour eux, alors qu'ils n'&#233;taient&#8230; qu'une autre drogue ! Ils durent &#224; peine plus longtemps qu'un orgasme et ne se conservent pas. Faire rire&#8230; la seule fa&#231;on que j'ai connue de cr&#233;er des liens, d'&#234;tre en relation, de me sentir fier&#8230; Sinon, je suis tellement timide, ma Charlotte ! Je n'ai pu exister, m'imposer, que par le rire. T'ai-je racont&#233; que, d&#233;j&#224;, &#224; l'&#233;cole primaire, pour &#233;viter de me faire battre par les autres enfants qui ne supportaient pas ma laideur, je n'avais qu'&#224; grimacer pour transformer leur agressivit&#233; en sourire ? &#199;a marchait presque toujours, mais sans effet durable. Je n'avais pas d'amis et n'en ai jamais eu. Et c'est normal : un comique est trop dangereux comme ami, puisqu'une fois sorti de sc&#232;ne, alors qu'il se retrouve en couple ou avec d'autres gens, il risque de rire d'eux ou de sa femme &#8211; et c'est ce que j'ai fait, bordel, parce que j'ignorais comment agir autrement ! Voil&#224; pourquoi Murielle et les autres en ont eu vite assez des shows priv&#233;s que je ne cessais de leur donner, et de moi. Alors, je me retrouvais seul et voyais le monde comme il &#233;tait : une soci&#233;t&#233; glauque, domin&#233;e par l'envie et l'orgueil, l'&#233;go&#239;sme et l'argent. Ah ! Chaplin avait raison dans le discours final du &lt;i&gt;Dictateur&lt;/i&gt; : &#171; Nous avons d&#233;couvert le secret de la vitesse, mais nous nous sommes clo&#238;tr&#233;s. La machine qui produit l'abondance nous a appauvris&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; Notre science nous a rendus cyniques ; notre intelligence nous a rendus cruels et sans piti&#233;&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; Nous pensons trop et nous ne sentons pas assez. &#187; Franchement, il n'y a pas de quoi rire ! Pas &#233;tonnant que mon humour, au fil de mes premi&#232;res ann&#233;es de sc&#232;ne, s'est fait de plus en plus grin&#231;ant&#8230; Jusqu'au jour o&#249; je t'ai rencontr&#233;e dans ce magasin de costumes et d'accessoires de th&#233;&#226;tre, ma Charlotte. Ton visage un peu hautain mais si joyeux m'a plu. Nous sommes sortis ensemble, je t'ai achet&#233; de beaux v&#234;tements, puis je t'ai invent&#233;e. Tu m'as permis de revenir aux bases du m&#233;tier : des sottises en masse, des gags au premier degr&#233; &#8211; &#233;clats de rire au parterre ! et tching sur la cymbale ! &#8211;, bref, un peu plus d'enfance dans tout &#231;a&#8230; Si je pleure maintenant, mon amie &#8211; oui, pose ta main solide sur mes larmes&#8230; &#8211;, c'est que je vais te quitter, toi, ma&#8230; la plus grande faire-valoir du monde ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu ne peux pas partir sur tant d'amertume, amour. Ta carri&#232;re a &#233;t&#233; grandiose&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; &#8230; et s'est achev&#233;e dans ce trou &#224; rat, o&#249; j'ai &#233;t&#233; oubli&#233; de tous, mis&#233;reux et d&#233;labr&#233;. Qui se souvient de moi ? Qui se rappellera un vieil humoriste qui ne remontera jamais plus sur sc&#232;ne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Il restera nos films et nos disques. Tu te souviens de notre premier spectacle &#224; l'Olympia ? Tous ces Fran&#231;ais &#224; la mine boudeuse, qui nous attendaient avec une brique et un fanal, comme on dit. Nous sommes apparus d'une fa&#231;on insolite, tu me portais tendrement dans tes bras, en souriant de ce sourire qui suffisait &#224; lui seul &#224; apaiser ou consoler quiconque avait l'humilit&#233; de le recevoir comme le Corps du Christ&#8230; Tu as ouvert la bouche et interpr&#233;t&#233; &#8211; non, recr&#233;&#233; le monde. C'&#233;tait &#224; la fois si grave et exaltant qu'il fallait que je parle, moi aussi, pour d&#233;tendre l'atmosph&#232;re par ces mille et une dr&#244;leries que tu m'avais &#233;crites. Et les gens riaient ! Puis retenaient leurs larmes, tant tu savais les &#233;mouvoir en les connectant &#224; leur &#226;me d'enfant et &#224; la compassion &#233;ternelle ! Henri et Charlotte, nous &#233;tions les meilleurs&#8230; Et c'&#233;tait toi le g&#233;nie, l'&#233;gal &#224; jamais de Chaplin, Keaton et W. C. Fields.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Charlotte, pourquoi cette apologie aussi outranci&#232;re&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Parce qu'il faut bien que quelqu'un la fasse &#8211; c'est le temps ou jamais, mon ange, ma belle colombe aux ailes bris&#233;es. Nous sommes seuls&#8230; il n'y a que moi qui puisse te dire toutes ces choses que tu as envie d'entendre maintenant&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Je suis seul. Je meurs seul. Je suis tes mots, m'as-tu dit ? C'est donc moi qui parle encore, qui dis tes conneries. Mais &#224; quoi bon&#8230; On admirera toujours Charlot, alors qu'il y a d&#233;j&#224; des ann&#233;es qu'Henri le comique n'existe plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Je te l'ai dit : il y aura nos films et nos CD. Ils se vendent moins qu'avant, d'accord, mais s'envoleront par millions d'exemplaires quand tu dispara&#238;tras.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Enfin, tu as compris. Tu acceptes le fait que je vais maintenant dispara&#238;tre. &#171; And now, the end is here, And so I face the final curtain&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Chanson My Way, paroles de Paul Anka, musique de Claude Fran&#231;ois et de (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#199;a s'en vient, &#231;a ne sera plus tr&#232;s long, Charlotte, tu le sais, n'est-ce pas ? Tu ne me demandes plus de me lever et d'aller t&#233;l&#233;phoner&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Parce que je constate que tu n'as plus la force de le faire, h&#233;las, mon amour. Comme je regrette que mes yeux aveugles ne puissent pleurer eux aussi ! Nous allons mourir ensemble, mon bel ange ch&#233;ri, je m'&#233;teindrai au moment o&#249; tes paupi&#232;res se fermeront.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu peux vivre. Quelqu'un, comme le bandit qui poss&#232;de cet immeuble, finira bien par entrer et il te ramassera. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Je serai morte comme toi et tu le sais, &#233;tendue contre le seul &#234;tre au monde que j'aurai aim&#233;&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Charlotte, je crois que l'effet des comprim&#233;s&#8230; Je vais m'endormir pour de bon. Reste avec moi, Charlotte&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Je suis avec toi jusqu'&#224; la fin de ton temps, mon ange&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Charlotte&#8230; mon c&#339;ur &#224; moi&#8230; Je t'aime, ma Charl&#8230; Tching&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ce fut comme si Charlotte tentait de rester en vie, essayant de garder droite sa t&#234;te qui oscillait faiblement. Elle bougea m&#234;me, contrairement &#224; sa pr&#233;diction, quelques secondes apr&#232;s que son ma&#238;tre eut ferm&#233; les yeux, avant de tomber sur lui brusquement, mais sans se d&#233;partir de son sempiternel air pr&#233;tentieux et r&#233;joui, et la main gauche d'Henri toujours en elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais agonie d'artiste ne fut soufferte dans une solitude aussi douloureuse, que celle de la poup&#233;e Charlotte et du Grand Henri, marionnettiste-ventriloque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chanson My Way, paroles de Paul Anka, musique de Claude Fran&#231;ois et de Jacques Revaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?action=acceder_document&amp;arg=495&amp;cle=17130aaafffaa783d71bbd01e929db2230792fbf&amp;file=pdf%2Fla-mort-dans-laeur-tm-art_a401.pdf" length="40226" type="application/pdf" />
		
		<enclosure url="https://www.nouvelle-donne.net/spip.php?action=acceder_document&amp;arg=529&amp;cle=30f47071f0eb7a0495b9b8ba4ed1d815cb226e59&amp;file=pdf%2Fla-mort-dans-l-art_a401.pdf" length="635832" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La sonnerie</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/la-sonnerie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/la-sonnerie</guid>
		<dc:date>2014-09-07T08:18:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Pelletier</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les premi&#232;res fois, il alla bien s&#251;r ouvrir la porte. Personne. Mais on avait sonn&#233;. Plaisanterie classique d'un gamin ? Enfant, Jean-Claude avait lui aussi, par d&#233;s&#339;uvrement plus que par malice, jou&#233; &#224; ce jeu. Sonner aux portes, s'enfuir ensuite &#224; toutes jambes puis guetter, derri&#232;re une voiture ou une poubelle, la mine contrari&#233;e ou inqui&#232;te de la personne ne trouvant personne&#8230; C'&#233;tait encore plus dr&#244;le s'il avait alors d&#233;rang&#233; une femme en peignoir et bigoudis ou un gros bedon gonflant une camisole (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton392.jpg?1474812776' width='150' height='105' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_188 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/sonnerie_redimensionner.jpg?1474812762' width='500' height='350' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-188 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2014
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	Les premi&#232;res fois, il alla bien s&#251;r ouvrir la porte. Personne. Mais on avait sonn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plaisanterie classique d'un gamin ? Enfant, Jean-Claude avait lui aussi, par d&#233;s&#339;uvrement plus que par malice, jou&#233; &#224; ce jeu. Sonner aux portes, s'enfuir ensuite &#224; toutes jambes puis guetter, derri&#232;re une voiture ou une poubelle, la mine contrari&#233;e ou inqui&#232;te de la personne ne trouvant personne&#8230; C'&#233;tait encore plus dr&#244;le s'il avait alors d&#233;rang&#233; une femme en peignoir et bigoudis ou un gros bedon gonflant une camisole macul&#233;e de bi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou n'&#233;tait-ce qu'une de ces putes qu'au retour d'une vir&#233;e nocturne &#224; la Brasserie des Patriotes, il avait ramen&#233;e de la rue Ontario ? Peu probable, parce que la fille ne se serait pas sauv&#233;e, se souvenant qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; ressortie de cet appartement-l&#224; apr&#232;s y avoir bu gratis une ou deux bi&#232;res, et avec 20 dollars facilement gagn&#233;s, puisque le client, trop saoul, n'avait pu bander. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les prostitu&#233;es qu'il avait invit&#233;es dans sa cuisine revenaient sonner &#224; sa porte, et il savait alors que c'&#233;tait l'une d'elles sans avoir &#224; ouvrir, car elles se pr&#233;sentaient invariablement les soirs suivant leur premi&#232;re visite, entre 22 heures et minuit. Mais comme Jean-Claude se trouvait dans de tout autres dispositions &#8211; en train de lire, pour une fois sobre, ou apr&#232;s s'&#234;tre branl&#233; &#8211;, il ne voulait pas les voir et ne r&#233;pondait pas. Apr&#232;s deux ou trois tentatives, les filles l'oubliaient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les sonneries sans sonneur survenaient g&#233;n&#233;ralement en matin&#233;e ou en fin de soir&#233;e, plus rarement au cours de la journ&#233;e, et Jean-Claude finit par s'y habituer. Un soir d'&#233;t&#233;, en entendant &#224; nouveau le strident Ding !-Dong ! pendant qu'il lisait dans son lit, donc &#224; deux m&#232;tres de la fen&#234;tre ouverte donnant sur le balcon de l'entr&#233;e principale, il constata que personne n'avait appuy&#233; sur la sonnette. Il n'avait eu qu'&#224; passer sa t&#234;te par la fen&#234;tre pour trouver le balcon d&#233;sert. Et, de toute fa&#231;on, il aurait fallu que le sonneur monte et redescende les seize marches de l'escalier menant &#224; l'entr&#233;e &#8211; une action bruyante, les marches &#233;tant de bois, que Jean-Claude aurait forc&#233;ment entendue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il sortit examiner la sonnette, une vieille chose, comme l'escalier et tout le reste du triplex. La soir&#233;e &#233;tait caniculaire, et Jean-Claude pensa que l'humidit&#233; ou un autre ph&#233;nom&#232;ne li&#233; &#224; la temp&#233;rature d&#233;clenchait la sonnerie d&#233;traqu&#233;e. Il demanda au propri&#233;taire de l'immeuble de v&#233;rifier le m&#233;canisme de l'appareil. &#171; Je vais voir &#231;a bient&#244;t &#187;, promit M. Ouimet. Mais il ne fit rien, esp&#233;rant plut&#244;t que son locataire alcoolique, malpropre, aux termes souvent en retard, &#224; l'appartement toujours plong&#233; dans la crasse, et qui y amenait en pleine nuit des filles non moins crasseuses, cam&#233;es et bruyantes, d&#233;cide de s'en aller vivre ailleurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, la sonnette cessa un jour compl&#232;tement de fonctionner, comme le lui apprit un livreur de poulet Saint-Hubert, qui dut frapper &#224; la fen&#234;tre apr&#232;s avoir sonn&#233; en vain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y avait des ann&#233;es que Jean-Claude ne cuisinait plus, se faisant livrer le poulet, les spaghettis et les pizzas dont il se bourrait au d&#233;triment de sa sant&#233;, qui ne cessait de d&#233;cliner. Dans ces conditions, une sonnette fonctionnelle &#233;tait une n&#233;cessit&#233;, et M. Ouimet, en soupirant, la lui changea pour une neuve, qui faisait simplement Dong ! au lieu de Ding !-Dong ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Et cela permit &#224; son locataire de comprendre qu'il souffrait d'hallucinations auditives. En effet, les sonneries myst&#233;rieuses se poursuivirent par la suite, mais au son de l'ancienne, Ding !-Dong !&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Curieusement, au lieu d'alarmer Jean-Claude, cette d&#233;couverte le rassura. Peut-&#234;tre parce qu'il avait enfin compris ce qui produisait ces bruits : son cerveau de plus en plus d&#233;labr&#233; par l'alcool, la solitude et la renonciation &#224; tous les projets exaltants qu'il avait form&#233;s dans sa jeunesse. Peut-&#234;tre aussi trouvait-il tol&#233;rable que ces hallucinations se bornent aux seuls Ding !-Dong !, sans que d'autres sons, et notamment des voix, s'en m&#234;lent. En outre, Jean-Claude n'&#233;tait pas superstitieux, ne croyant ni &#224; Dieu ni &#224; diable, ne craignant donc ni fant&#244;mes ni autres manifestations surnaturelles. Et il ne pouvait penser &#234;tre en train de devenir fou, convaincu que c'&#233;tait chose faite depuis longtemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas superstitieux&#8230; mais tout de m&#234;me un peu, car il se mit &#224; croire que ces sonneries, dont la fr&#233;quence augmenta, pouvaient signaler un &#171; message de la providence &#187;. Mais lequel ? Il formula plusieurs hypoth&#232;ses, dont celle-ci, &#224; laquelle il crut durant des mois : &#171; on &#187; sonnait pour le pousser &#224; agir, &#224; travailler, &#224; retrouver pour les concr&#233;tiser les r&#234;ves de sa jeunesse&#8230; Ou simplement &#224; se lever de son lit pour qu'il commence sa journ&#233;e, &#233;tant donn&#233; que bon nombre de ces sonneries le tiraient de son sommeil au d&#233;but de l'apr&#232;s-midi, alors qu'il cuvait encore sa beuverie de la veille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il avait de moins en moins d'&#233;nergie. Et que devait-il faire : &#233;crire un roman ou simplement un po&#232;me, sortir acheter des l&#233;gumes frais pour se concocter ensuite un plat sant&#233;, aller faire du sport, lui qui n'en faisait plus depuis la fin de l'adolescence, ou encore t&#233;l&#233;phoner &#224; son jeune fr&#232;re dont il &#233;tait sans nouvelles depuis si longtemps&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il formula plusieurs hypoth&#232;ses, mais jamais la bonne, soit qu'&#171; on &#187; sonnait parce qu'il &#233;tait malade de solitude. Parce que c'&#233;tait un signe qu'il n'en pouvait plus. Mais la solitude &#233;tait pour Jean-Claude un sujet tabou auquel il s'effor&#231;ait de ne plus penser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se trouvait seul depuis au moins vingt-cinq ans, alors que ses rencontres avec ses amis de jeunesse s'&#233;taient espac&#233;es, ceux-ci s'affairant &#224; &#234;tre amoureux, &#224; &#233;lever une famille et &#224; se b&#226;tir une carri&#232;re. Il aurait bien voulu devenir comme eux. &#171; Vous verrez, j'aurai huit enfants ! &#187;, claironnait-il lors des premi&#232;res ann&#233;es de sa vingtaine, o&#249; on le trouvait intelligent et beau gar&#231;on, h&#233;doniste et enjou&#233;, cultiv&#233; et fin causeur. Or, c'&#233;tait d&#233;j&#224; un homme secret, plus exigeant des autres que de lui-m&#234;me, motiv&#233; en cela par un &#233;go&#239;sme pu&#233;ril dont il ne chercha pas assez &#224; se d&#233;barrasser. Il pouvait pourtant d&#233;montrer gentillesse et galanterie mais non un r&#233;el engagement envers une femme.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sultat : ses liaisons &#233;taient br&#232;ves ou s'&#233;ternisaient sans &#233;voluer. Lass&#233;es, ses amoureuses le quittaient, mais c'&#233;tait plus souvent lui qui les abandonnait. En vieillissant, il collectionna les amourettes sans lendemain avec ce qu'il appelait les restants : des femmes aux tares semblables aux siennes ou pires encore, qui les condamnaient &#224; vivre, comme lui, sans partenaire stable. Le beau gar&#231;on enjou&#233; devint un ob&#232;se amer ; l'h&#233;doniste, un alcoolique fini ; le fin causeur, un insupportable radoteur &#224; la Brasserie des Patriotes&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Intelligent, il l'&#233;tait encore, en tous cas suffisamment pour comprendre qu'il n'y avait pas d'autre responsable de sa triste condition que lui-m&#234;me. En fait, il crut longtemps que celle-ci devait &#234;tre, au fond, tr&#232;s simple &#224; expliquer &#8211; tellement simple qu'elle aurait pu sans doute tenir &#224; un seul mot. Il se rappelait alors cette phrase des pr&#234;tres &#224; l'&#233;glise o&#249;, chaque dimanche jusqu'&#224; ce qu'il ait seize ans, son pieux p&#232;re l'obligeait &#224; l'accompagner : &#171; Dis-moi seulement une parole et je serai gu&#233;ri&#8230; &#187; Oui, une parole, un mot ou une courte expression, permettrait de nommer le probl&#232;me et de le r&#233;gler, de mettre un terme &#224; sa morne existence pour en recommencer une autre, remplie d'amour et de r&#233;ussites. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais quel mot ? Il n'osait pas prononcer ceux qui auraient d&#251; s'imposer &#224; lui avec la clart&#233; de l'&#233;vidence : &#233;go&#239;sme, intransigeance, manque de tol&#233;rance aux diff&#233;rences&#8230; Et, surtout, refus de laisser les autres entrer dans sa vie pour le d&#233;couvrir et l'aimer, tout en lui faisant baisser la garde &#8211; une situation qu'il ne nommait pas autrement qu'envahissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, &#224; l'aube de la cinquantaine, il ne voulait plus y r&#233;fl&#233;chir. &#171; C&#244;t&#233; femmes, j'ai ferm&#233; boutique &#187;, r&#233;p&#233;tait-il &#224; ses rares copains de beuverie, en omettant de leur mentionner toutes ses baises manqu&#233;es avec les putes. Il n'y avait plus que l'alcool et, seul point enrichissant, sa curiosit&#233; pour l'histoire, sp&#233;cialement celles de l'Occident ou de l'art. Un album Time-Life et une bouteille de Chivas pouvaient l'emp&#234;cher de sortir &#224; la brasserie, c'&#233;tait d&#233;j&#224; &#231;a de gagn&#233;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un matin suivant une soir&#233;e particuli&#232;rement arros&#233;e, Jean-Claude fut r&#233;veill&#233; non par une sonnerie mais par une violente douleur &#224; l'&#233;paule gauche et par une insensibilit&#233; aux deux jambes. Comme cela lui &#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233;, il s'effor&#231;a de ne pas s'en inqui&#233;ter, quoique la douleur f&#251;t cette fois plus intense. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne voulait surtout pas c&#233;der &#224; sa plus grande hantise : mourir seul dans son lit, incapable de crier &#224; l'aide &#8211; mais qui l'entendrait ? &#8211;, souffrant le martyre&#8230; Il tentait de ne pas imaginer, apr&#232;s sa mort, son corps pourrir et se d&#233;composer inexorablement, peut-&#234;tre rempli d'asticots luisants, ne cessant de se multiplier&#8230; Ils auraient le temps de le bouffer, car, durant des semaines, personne n'aurait cherch&#233; &#224; visiter Jean-Claude, &#224; s'inqui&#233;ter qu'il ne r&#233;ponde pas au t&#233;l&#233;phone ou &#224; ses courriels. Personne n'aurait sonn&#233; &#224; son appartement pour le voir&#8230; personne de vivant, en tout cas, sinon M. Ouimet, venant r&#233;clamer son terme et d&#233;couvrant l'ultime affront de son pire locataire : ce cadavre &#224; demi &#233;vapor&#233; en une insoutenable puanteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Claude cherchait &#224; retrouver le sommeil quand la sonnerie retentit, alors qu'il n'avait entendu personne monter l'escalier. &#171; Voil&#224; qu'&#034;on&#034; vient me pr&#233;venir de la fin de ce malaise &#187;, se dit-il pour s'encourager. Mais la douleur ne disparaissait pas, s'amplifiant au contraire. Puis, pour la premi&#232;re fois depuis qu'elle avait commenc&#233; &#224; se faire entendre deux ans plus t&#244;t, la sonnerie myst&#233;rieuse retentit &#224; nouveau, quelques secondes plus tard. Et une troisi&#232;me fois, une quatri&#232;me&#8230; et encore, &#224; des intervalles de plus en plus courts. Ding-Dong ! Ding-Dong ! Ensuite, il y eut seulement Dong ! &#8211; le son de la nouvelle sonnette ? Non, diff&#233;rent, tr&#232;s long et plus grave, sembla-t-il. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce fut durant cette note, qui avait solennellement meubl&#233; l'espace comme celle d'un gong sacr&#233;, que Jean-Claude comprit tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il savait qui ou quoi avait sonn&#233;. Et, au moment m&#234;me o&#249; &#233;mergea cette certitude absolue, il sut &#233;galement quelle &#233;tait cette parole, ce mot qui le gu&#233;rirait &#224; jamais de sa solitude, un terme qu'il avait &#233;t&#233; avare de prononcer, au propre ou au figur&#233;, au cours de sa vie. Il lui fallait donc le faire maintenant, &#224; haute voix comme dans son c&#339;ur, et, Jean-Claude n'en doutait pas, il conna&#238;trait alors la r&#233;demption, la r&#233;mission de sa triste existence. Aurait-il, toutefois, la force d'&#233;mettre cette incantation ? Celle-ci serait si br&#232;ve, mais la douleur &#233;tait si vive&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gong sonna deux autres fois &#8211; deux notes plus persistantes, d'une gravit&#233; poignante comme la certitude, et dont le son s'&#233;vanouit longuement en aur&#233;oles s'&#233;largissant dans l'invisible. S'ensuivit un long silence, qui avait la profondeur d'une attente religieuse, &#224; la fois recueillie, inqui&#232;te et insistante, que Jean-Claude savait devoir remplir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dire simplement cette parole, rien d'autre, et tout ne serait plus que beaut&#233;, bont&#233;, harmonie&#8230; C'&#233;tait si important d'y arriver qu'au prix d'un effort dont jamais il ne se serait cru capable, que jamais il n'avait fourni depuis vingt-cinq ans, Jean-Claude parvint &#224; s'appuyer sur les coudes et &#224; prononcer son dernier mot :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Entrez&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
