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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Conte de f&#233;es	</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-H&#233;l&#232;ne Moreau</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#8212; Qu'est-ce que tu fabriques ? Son c&#339;ur qui se d&#233;croche. Le geste suspendu, elle ne se retourne pas. Plus facile de mentir sans croiser son regard. &#8212; Rien, je&#8230; je trie des affaires. &#192; peine une h&#233;sitation. Sa voix n'a pas trembl&#233;. Elle le pense, du moins. L'esp&#232;re. Non, elle n'a pas trembl&#233;, il aurait r&#233;agi. Il r&#233;agit toujours au moindre de ses faux-pas. Un plat un peu trop cuit, le caf&#233; qu'elle a oubli&#233; d'acheter, il faudra boire du th&#233; et il n'aime pas le th&#233;, une facture oubli&#233;e, elle n'a que &#231;a &#224; faire, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton1028.jpg?1579121397' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_387 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/conte_de_fees.jpg?1579121438' width='500' height='500' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Qu'est-ce que tu fabriques ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Son c&#339;ur qui se d&#233;croche. Le geste suspendu, elle ne se retourne pas. Plus facile de mentir sans croiser son regard.
&lt;br /&gt;&#8212; Rien, je&#8230; je trie des affaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peine une h&#233;sitation. Sa voix n'a pas trembl&#233;. Elle le pense, du moins. L'esp&#232;re. Non, elle n'a pas trembl&#233;, il aurait r&#233;agi. Il r&#233;agit toujours au moindre de ses faux-pas. Un plat un peu trop cuit, le caf&#233; qu'elle a oubli&#233; d'acheter, il faudra boire du th&#233; et il n'aime pas le th&#233;, une facture oubli&#233;e, elle n'a que &#231;a &#224; faire, pourtant. Son incapacit&#233;, aussi - c'est comme &#231;a qu'il le dit -, &#224; lui donner un fils. M&#234;me pas une fille en dix ans de mariage. Rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle attrape un tee-shirt. Entend le petit rire qu'il &#233;met derri&#232;re elle, par avance satisfait de lui-m&#234;me et de sa r&#233;partie. &lt;br /&gt;&#8212; Ben, tu fais pas rien, alors, si tu tries des affaires...&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne lui r&#233;pond pas. Longtemps, d'ailleurs, qu'elle ne lui r&#233;pond plus. Ou si peu. Plus elle parle, plus les choses tournent mal. Elle a appris &#224; se taire et &#224; baisser les yeux. Ne rien dire &#224; personne, non plus. Ne plus voir personne, m&#234;me. &#201;viter les questions. Les regards appuy&#233;s. Les bleus sur son visage cach&#233;s au fond de teint. Sur les bras, c'est facile avec des manches longues. Elle n'a m&#234;me plus mal. Plus vraiment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le silence s'installe. Dure. Elle sait qu'il attend d'elle une explication. Des excuses, peut-&#234;tre. Il aime bien les excuses. Mais, excuses de quoi ? Non, juste une explication. R&#233;fl&#233;chir. Vite. Elle n'a rien pr&#233;par&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Agac&#233; du silence, entre eux, il ne peut s'emp&#234;cher de poser la question.
&lt;br /&gt;&#8212; Et on peut savoir pourquoi tu tries des affaires ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ferme les yeux. &#199;a y est, on y &#233;tait. Les reproches ne tarderaient plus, maintenant. Bon sang&#8230; Elle avait cru qu'il rentrerait plus tard, c'est ce qu'il avait dit. Il lui avait menti. Peut-&#234;tre pour la pi&#233;ger. Ou peut-&#234;tre que non. Peut-&#234;tre juste un hasard. Une malchance, plut&#244;t. Se raccrocher &#224; &#231;a. Trouver l'explication. Vite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle rouvre les yeux. Respire profond&#233;ment.
&lt;br /&gt;&#8212; Pour les donner&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Les donner ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ricane. Pas besoin de savoir &#224; qui elle voulait les donner. Donner &#233;tait bien suffisant pour une attaque en r&#232;gle. Son sourire se transforme en rictus, pas besoin de le voir. Celui qu'elle conna&#238;t bien. Elle regrette d'avoir cru qu'elle aurait le courage, cette fois, de quitter la maison. Cru qu'elle y arriverait. Voudrait tout effacer. Revenir en arri&#232;re quand tout &#233;tait plus simple. Pas plus heureux, non. Juste plus simple. Plus heureux, c'&#233;tait il y a longtemps. Elle a presque oubli&#233;. Elle &#233;tait jeune, alors. Elle r&#234;vait &#224;... &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Les donner ?! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le hurlement transperce ses tympans. Son c&#339;ur qui acc&#233;l&#232;re. Ne pas r&#233;pondre. Non, ne pas r&#233;pondre. Cela ne sert &#224; rien. Surtout ne pas r&#233;pondre. Esp&#233;rer qu'il se lasse. Abandonne. Cela arrive, parfois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Poursuit sa t&#226;che. Serre les m&#226;choires un peu plus, encore. &lt;br /&gt;&#8212; Parce que tu trouves qu'on roule sur l'or ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Instinctivement, elle rentre la t&#234;te dans ses &#233;paules, arrondit le dos.
&lt;br /&gt;&#8212; On voit bien que ce n'est pas toi qui travailles tous les jours !&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle conna&#238;t l'argument. L'a entendu mille fois depuis toutes ces ann&#233;es. Pourrait lui r&#233;torquer qu'il n'a jamais voulu qu'elle aille travailler. Pour quoi, pour qui et, surtout, pour combien ? Il demandait sans cesse et, sans lui interdire, faisait toujours en sorte qu'elle laisse tomber. Ils en veulent &#224; ton cul, c'est ce qu'il lui disait.
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne les mets plus. Je me suis dit&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Tu t'es dit quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#233;pris dans sa voix. Comme un genre de d&#233;go&#251;t. Au point qu'elle se d&#233;go&#251;te elle-m&#234;me, parfois. Elle a os&#233; se dire. Os&#233; penser. Os&#233;, surtout, prendre une d&#233;cision en dehors de lui. Sans lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il secoue la t&#234;te.
&lt;br /&gt;&#8212; Pfff...&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme un crachat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ferme les yeux, &#224; nouveau. Attend. Elle sait qu'il n'a pas termin&#233;. Une parole ou un coup, &#231;a, elle ne sait pas. Non, m&#234;me apr&#232;s tout ce temps, elle ne sait toujours pas.
&lt;br /&gt;&#8212; Vends-les, plut&#244;t !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a cri&#233; si fort qu'elle sursaute. Ne se retourne pas, pourtant. Ne peut pas. Physiquement. Ne peut pas. Baisse juste la t&#234;te. &lt;br /&gt;&#8212; Pour une fois, tu servirais &#224; quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il sort. &#199;a y est, il a fini. La porte de la chambre claque derri&#232;re lui. Elle l'entend qui descend l'escalier pesamment. La t&#233;l&#233; qui s'allume. Une &#233;mission qu'il ne veut pas rater, c'est pour &#231;a qu'il a laiss&#233; tomber. Peu importe. Il sait qu'elle sera l&#224;, plus tard. Il aura tout son temps. Elle expire longuement. S'aper&#231;oit qu'elle a, sans le vouloir, retenu sa respiration. Depuis combien de temps ? Ses mains qui tremblent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle reprend sa t&#226;che. Comme une th&#233;rapie. Lentement. Plie les tee-shirts, les chemises. Les pantalons, ensuite. Culottes et soutien-gorge. Gestes m&#233;caniques qui soudain la soulagent. Son c&#339;ur qui ralentit. Elle se revoit. Maison de son enfance o&#249; la vie &#233;tait douce. Elle pliait les v&#234;tements, aussi. V&#234;tements de poup&#233;es. Les petites robes roses, chaussures &#224; hauts talons. Elle aimait lire les contes o&#249; f&#233;es et chevaliers terrassaient les dragons, les sorci&#232;res et les maris jaloux. Pensait que tout finissait bien, toujours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'arr&#234;te et regarde la pile, devant elle. V&#234;tements d&#233;fra&#238;chis. Des ann&#233;es de lessive. Ann&#233;es de vie. Elle tend le bras vers le haut de l'armoire. Un rire lui parvient, assourdi. Comme si elle le voyait. T&#233;l&#233; et canap&#233;. Elle serre les m&#226;choires. Renoncer ? Comme dix fois, d&#233;j&#224;. Cent. Par crainte des cons&#233;quences. Crainte de sa col&#232;re. De ses coups. Ou de ses mots. Pires, parfois, les mots. Crainte du qu'en dira-t-on, aussi. Elle sait que c'est stupide. Tenter un autre jour, peut-&#234;tre ? Oui, remettre &#224; demain. Mais demain, aura-t-elle le courage ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle attrape le sac. Ses gestes plus rapides, maintenant. Y enfourne les v&#234;tements, ajoute un pullover. Va jusqu'&#224; la salle de bain, sort d'un tiroir la vieille trousse de voyage qui ne sert jamais - pourquoi aller ailleurs quand on est bien chez soi, c'est ce qu'il dit toujours -, y met sa brosse et ses m&#233;dicaments, le dentifrice qu'elle repose pour qu'il n'en manque pas. Se surprend de ce geste. S'agace. Reprend le dentifrice en victoire d&#233;risoire. Ferme la trousse et la glisse dans le sac. Elle sort de la chambre. Musique qui r&#233;sonne &#224; travers les portes. La page de publicit&#233;. En haut de l'escalier, elle h&#233;site un instant. Attendre encore un peu. La fin de la publicit&#233;, au moins. &#202;tre s&#251;re qu'il ne surgira pas. Ses pieds glissent, silencieux, elle a atteint l'entr&#233;e. Enfile son manteau. Sans bruit. Elle attrape ses cl&#233;s. Cliquetis du m&#233;tal. Les repose. Plus besoin, elle ne reviendra pas. &lt;br /&gt;&#8212; Tu vas o&#249; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se fige, une main sur la poign&#233;e. La poign&#233;e est glac&#233;e. R&#233;pondre. Prendre le ton de celle qui n'a rien &#224; cacher. Mentir.
&lt;br /&gt;&#8212; Apporter les v&#234;tements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa voix, juste un murmure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il avance vers elle, la scrute. Tente de voir dans ses yeux le mensonge ou la peur. Il y verra les deux s'il regarde bien. Baisse les yeux. &lt;br /&gt;&#8212; Je t'ai dit de les vendre si tu n'en voulais plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne sait pas quoi dire, alors elle ne dit rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il attrape le sac, lui arrache des mains et le jette sur le sol. Leurs regards se croisent. &lt;br /&gt;&#8212; Tu crois que j'ach&#232;te des v&#234;tements pour qu'ensuite tu les donnes ?!&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses yeux, elle voit de la jouissance. Ne bouge pas. Juste baisser la t&#234;te. La rel&#232;ve finalement. Pense aux contes o&#249; f&#233;es et chevaliers terrassaient les dragons, les sorci&#232;res et les maris jaloux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le regarde dans les yeux. Une lutte silencieuse, entre eux. Elle soutient son regard. Sourit. Pense aux contes o&#249; f&#233;es et chevaliers terrassaient les dragons, les sorci&#232;res et les maris jaloux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a gagn&#233;, cette fois, et le coup qui l'atteint ne peut plus rien changer &#224; cette r&#233;alit&#233;. Pense aux contes de f&#233;es o&#249; tout finissait bien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car oui, elle partira. D'une mani&#232;re ou d'une autre. Pense aux&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
S'affaisse lentement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ne pas se retourner	</title>
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		<dc:creator>Marie-H&#233;l&#232;ne Moreau</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Odeur de pisse qui me happe au d&#233;tour d'un couloir. Je respire par la bouche, continue d'avancer comme si de rien n'&#233;tait. Minimise. Pas facile, certainement, de garder tout &#231;a propre. Nous avons cinquante-six pensionnaires ! Sourire &#233;blouissant de la femme qui marche devant moi, se retourne, fi&#232;re de cette information. Que suis-je cens&#233; dire ou m&#234;me seulement conclure ? Je ne sais pas... Histoire de rentabilit&#233;, sans doute, et je repense au co&#251;t, justement, au trou dans mon budget. M&#234;me sans (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton905.jpg?1551431024' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_326 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/local/cache-vignettes/L480xH480/ne_pas_se_retourner-definitif-qual5-ad924.jpg?1639926973' width='480' height='480' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-326 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2019
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Odeur de pisse qui me happe au d&#233;tour d'un couloir. Je respire par la bouche, continue d'avancer comme si de rien n'&#233;tait. Minimise. Pas facile, certainement, de garder tout &#231;a propre.
&lt;br /&gt;&#8212; Nous avons cinquante-six pensionnaires !&lt;br class='autobr' /&gt;
Sourire &#233;blouissant de la femme qui marche devant moi, se retourne, fi&#232;re de cette information. Que suis-je cens&#233; dire ou m&#234;me seulement conclure ? Je ne sais pas... Histoire de rentabilit&#233;, sans doute, et je repense au co&#251;t, justement, au trou dans mon budget. M&#234;me sans suppl&#233;ments, je vais avoir du mal. La plus petite chambre, pourtant, pas de vue sur le parc, m&#234;me pas un balcon, le service minimum. Pas de t&#233;l&#233; non plus, mais quoi ?! Elle n'aime pas la t&#233;l&#233;, ne l'a jamais aim&#233;e, pas vrai...? &lt;br class='autobr' /&gt;
Se convaincre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me force &#224; regarder son dos, son chignon impeccable, &#233;vite les regards qui me suivent, insistants. Surtout la femme, l&#224;-bas. De la curiosit&#233; ? Je dois &#234;tre l'&#233;v&#233;nement dans une journ&#233;e trop longue, un truc &#224; raconter. Oui, s&#251;rement... Quoi d'autre ? De la haine ou au moins un reproche ? Peut-&#234;tre. Je me d&#233;tourne vivement, cache le rouge de mon front, mes oreilles br&#251;lantes&#8230; Non mais, n'importe quoi ! Je redresse la t&#234;te, croise encore son regard qui ne m'a pas quitt&#233;. Ni haine, ni reproche, non... Sans doute un souvenir, un fils qui ne vient plus, qui n'est jamais venu, mort ou juste comme moi, simplement occup&#233;. Baisse la t&#234;te, &#224; nouveau... Ou alors, je ressemble &#224; quelqu'un. Quelqu'un qu'elle a connu. Elle ne se souvient plus, alors elle d&#233;visage, ne se rend m&#234;me plus compte que &#231;a ne se fait pas. Je ne lui en veux pas... Je regarde mes chaussures, je regarde la fen&#234;tre, je regarde le plafond et ses n&#233;ons sans vie, je regarde un chariot qui tra&#238;ne dans le couloir, je passe devant des portes ouvertes, &#233;vite de regarder mais regarde quand m&#234;me... Silhouettes anonymes que chiffonnent les rides, chairs flasques tach&#233;es de sombre, doigts tordus par l'arthrose... Est-elle aussi rid&#233;e ? Il ne me semble pas mais peut-&#234;tre que l'habitude de la voir chaque jour m'emp&#234;che de la voir telle qu'elle est, d&#233;sormais. Elle a tellement vieilli&#8230; Combien de temps encore, avant qu'elle leur ressemble ? Parce qu'au bout d'un moment, ils se ressemblent tous, non ? Je crois croiser ses yeux dans les yeux de cette femme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Regarder autre part.
&lt;br /&gt;&#8212; En moyenne, bien s&#251;r&#8230; Cinquante-six, en moyenne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se tourne vers moi, s'assure que j'ai compris et, en r&#233;flexe stupide, je souris &#224; mon tour. En moyenne ? &#199;a veut dire quoi, une moyenne de gens ? Parce que ceux que je vois, autour, ils ont l'air bien r&#233;els ! Ce ne sont pas des moyennes et leurs yeux me supplient. Ils me scrutent, m'accablent et me condamnent, c'est s&#251;r ! J'acc&#233;l&#232;re le pas, joues en feu, souffle court, je regarde devant, fixe un point dans son dos pour ne pas m'&#233;crouler ou bien plut&#244;t m'enfuir ! Je jette un &#339;il dehors, par-del&#224; les murs gris. Je vois la rue passante, les lumi&#232;res de la ville, odeurs des voitures, des arbres et des boutiques. Les bruits, aussi, comme une cacophonie qui me manque d&#233;j&#224;. Sortir. &#202;tre dehors, enfin, respirer le grand air, me convaincre qu'elle sera bien, ici, le calme et la s&#233;r&#233;nit&#233;... Dehors, la pelouse est miteuse et tous les bancs, cass&#233;s. Il pleut, de toute fa&#231;on.&lt;br class='autobr' /&gt;
Respirer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je marche derri&#232;re elle. Pas rapides &#224; travers les couloirs, la femme semble press&#233;e. Peintures d&#233;fra&#238;chies, des traces sur les murs. Du sang ou de la merde ? Juste de la salet&#233;. Roues d'un chariot qui frottent, semelles de chaussures... &#192; chacun de mes pas, le lino bleu azur &#233;met un grincement ridicule, son odeur de plastique remonte &#224; mes narines. Plus facile &#224; laver, sans doute. Je revois la maison, ses moquettes &#233;paisses et son plancher brillant, l'all&#233;e de gravillons dehors et, le long, les fleurs qu'elle aimait tant soigner. Elle n'y arrive plus. Les belles journ&#233;es d'&#233;t&#233;, la table &#233;tait dress&#233;e sur la pelouse fra&#238;che et depuis la cuisine aux odeurs de g&#226;teau, nous l'entendions chanter. Ma chambre d'adolescent, elle n'y a jamais touch&#233;, je ne sais pas pourquoi&#8230; &lt;br /&gt;&#8212; &#8230; parce qu'il y a beaucoup de&#8230; mouvements, forc&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hier, j'ai tout jet&#233;, elle ne le saura pas, n'est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Penser &#224; autre chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;missements &#233;touff&#233;s derri&#232;re une porte close. Je ne demande pas. Les ravages de l'&#226;ge qui font que la parole ne trouve plus sa voie et se termine en cri que l'on &#233;touffe ainsi ? Incommensurable chagrin devant le temps pass&#233; ? Impuissance rageuse devant celui qui vient ? Je ne sais&#8230; Elle aussi, parfois, ne trouve plus les mots, confond les lieux, les dates, ne me reconnait plus. G&#233;mit. Rien que de tr&#232;s normal, ne pas m'y attarder. Ils vont s'en occuper, ils savent ce qu'ils font, c'est pour &#231;a qu'on les paye, non ? Rien de mal, ici, ne lui arrivera, ni chute, ni accident. C'est ce que je me dis, ce que je me r&#233;p&#232;te. Ce que je dis aux autres, aussi. Ce que je leur r&#233;p&#232;te, rien de mal, ici, ne peut lui arriver. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mentir.
&lt;br /&gt;&#8212; Certains re&#231;oivent des visites, le week-end.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi me dit-elle &#231;a ?! Juste une information ? Une remarque en passant sans arri&#232;re-pens&#233;e ? Une pri&#232;re, peut-&#234;tre. J'essaie de d&#233;crypter le sourire qu'elle m'adresse mais ne d&#233;tecte rien, me laisse imaginer le pire. Car elle sait par avance - aussi, par exp&#233;rience - que d&#233;j&#224;, je suis loin. Que ferai-je ce week-end ? J'inventerai des excuses ? Je laisserai un message pour dire je ne viens pas ? Ou juste, je ne viendrai pas&#8230; Elle poursuit son chemin comme si de rien n'&#233;tait, elle a fait son boulot. J'essaierai de venir, oui, sauf lorsque je ne pourrai pas parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver, une contrainte impr&#233;vue, un truc que l'on doit faire et &#231;a ne peut pas attendre&#8230; Je sais qu'elle comprendra et apr&#232;s tout, souvent, elle ne sait plus tr&#232;s bien les jours de la semaine, oublie le temps qui passe. Elle ne souffrira pas, ne se rendra pas compte&#8230; n'est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Se mentir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La femme entre dans un bureau, me fait signe de la suivre. J'h&#233;site. Je peux encore partir mais je ne le fais pas, entre en baissant la t&#234;te, la rel&#232;ve, me perd dans la contemplation du mur, devant moi, un tableau repr&#233;sentant la mer. Bribes de souvenirs qui remontent et me vrillent. Des vacances &#224; la plage, mon p&#232;re sur un bateau et elle dans un maillot qui lui allait si bien. Elle riait aux &#233;clats lorsque mon fr&#232;re et moi pataugions dans les vagues. Souffle chaud sur mon front, le soir, pour m'endormir. Mains fra&#238;ches sur mes coups de soleil. Les notes d'une berceuse r&#233;sonnent &#224; mes oreilles... &lt;br class='autobr' /&gt;
Chasser les souvenirs.
&lt;br /&gt;&#8212; Nous avons une salle de t&#233;l&#233;, en bas. Je vous montrerai, si vous voulez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non. Non, je ne veux pas. Je me doute. Une salle aux odeurs d'eau sale, soupe et d&#233;tergent m&#234;l&#233;s. Des fauteuils avachis, comme les corps, dedans. Tach&#233;s. Des regards &#233;gar&#233;s. Ne pas penser &#224; &#231;a. Penser &#224; autre chose. Le week-end de mai, trois jours de cong&#233;s. Mathilde nue dans le lit&#8230; J'&#233;carte cette pens&#233;e. Putain, je me d&#233;go&#251;te !&lt;br class='autobr' /&gt;
Avaler ma salive.&lt;br class='autobr' /&gt;
La femme ferme la porte. Certains s'en vont-ils donc ? &lt;br /&gt;&#8212; Vous verrez, elle s'habituera...&lt;br class='autobr' /&gt;
On s'habitue &#224; tout, c'est ce qu'elle me disait lorsque j'&#233;tais enfant et sa voix rassurante calmait toutes mes angoisses. Sourire doux sur une photo jaunie enferm&#233;e dans une bo&#238;te. Tout au fond de l'armoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ne plus jamais l'ouvrir. &lt;br /&gt;&#8212; Signez l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne pas la regarder, la femme devant moi, son air un peu f&#233;brile. Ensuite, regarder mes chaussures, repousser le papier sur la table loin de moi, reposer le stylo... &lt;br class='autobr' /&gt;
Partir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Au revoir mon amour</title>
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		<dc:date>2015-11-08T19:11:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-H&#233;l&#232;ne Moreau</dc:creator>



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&lt;p&gt;2e prix ex-aequo de notre concours &#171; Demain peut-&#234;tre &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Vous croyez qu'il nous entend ? &#8211; Non, aucune chance. Son cerveau a &#233;t&#233; trop endommag&#233;. Et honn&#234;tement, j'esp&#232;re qu'il ne passera pas la nuit parce que s'il se r&#233;veille un jour, il y a peu de chances qu'il ressemble &#224; autre chose qu'&#224; un l&#233;gume. Et encore.... Un l&#233;gume bouilli. &#8211; Vous allez dire quoi &#224; la famille ? &#8211; La m&#234;me chose, mais en plus diplomatique. Il vaut mieux qu'ils commencent &#224; s'y faire. C'est dur, mais franchement, c'est le meilleur (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton445.jpg?1474812770' width='150' height='111' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;2e prix ex-aequo de notre concours &#171; Demain peut-&#234;tre &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_213 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/au_revoir-mon-amour-corine-sylvia-congiu001_redimensionner.jpg?1474812762' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-213 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2015
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Vous croyez qu'il nous entend ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, aucune chance. Son cerveau a &#233;t&#233; trop endommag&#233;. Et honn&#234;tement, j'esp&#232;re qu'il ne passera pas la nuit parce que s'il se r&#233;veille un jour, il y a peu de chances qu'il ressemble &#224; autre chose qu'&#224; un l&#233;gume. Et encore.... Un l&#233;gume bouilli.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Vous allez dire quoi &#224; la famille ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; La m&#234;me chose, mais en plus diplomatique. Il vaut mieux qu'ils commencent &#224; s'y faire. C'est dur, mais franchement, c'est le meilleur service &#224; leur rendre. Un coup de bol, il n'avait pas encore d'enfants et ses parents sont morts. J'aurai juste sa femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il v&#233;rifia le r&#233;glage d'une machine au-dessus du corps inerte de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Bon, j'irais bien boire un caf&#233; moi. Vous m'accompagnez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans m&#234;me attendre la r&#233;ponse tant il en &#233;tait s&#251;r, le docteur Li&#233;bert sortit de la chambre, l'infirmi&#232;re sur ses talons. &#192; partir de cet instant, seuls les bruits des machines qui maintenaient encore l'homme en vie berc&#232;rent son sommeil, et il se laissa flotter doucement. Il n'avait pas mal, juste un peu froid peut-&#234;tre. Et ce morceau de m&#233;tal dans sa t&#234;te. Comme un c&#339;ur qui bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;tait p&#226;le. Mais malgr&#233; ses yeux rouges et l&#233;g&#232;rement gonfl&#233;s, il la trouva jolie et il se dit que maquill&#233;e et habill&#233;e correctement &#8210; elle portait un vieux jean et un tee-shirt informe qu'elle avait d&#251; enfiler &#224; la va-vite juste apr&#232;s l'accident &#8210; elle devait valoir le d&#233;tour. Elle se leva en le voyant et le regarda de l'air avide de ceux qui esp&#232;rent encore un miracle. Mais il n'&#233;tait pas magicien. Il la conduisit dans son bureau pour lui expliquer qu'il n'y avait pas grand-chose &#224; faire, il s'agissait au mieux d'une question d'heures, avec un peu de chance et vu son &#226;ge, demain peut-&#234;tre. Pas plus. Elle prit l'annonce avec le calme propre &#224; l'h&#233;b&#233;tude qui accompagne souvent ce genre de nouvelle et qu'il pr&#233;f&#233;rait largement &#224; une crise de nerfs &#8210; au moins, il n'aurait pas besoin de piq&#251;re &#8210; puis il la conduisit dans la chambre en la pr&#233;venant du choc qu'elle aurait sans doute en le voyant. La moiti&#233; de son visage avait &#233;t&#233; arrach&#233;e et un bandage le recouvrait du coup presque enti&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; La balle a d&#233;truit la majeure partie de son cerveau et est rest&#233;e &#224; l'int&#233;rieur. L'enlever risquait de le tuer, nous avons donc d&#233;cid&#233; de le laisser tranquille. Vu son &#233;tat c&#233;r&#233;bral, autant qu'il vive ses derni&#232;res heures paisiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne r&#233;pondit rien. Elle paraissait perdue dans ses pens&#233;es, sous le choc certainement, et il entra dans la chambre sans faire plus de commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je lui avais dit de ne pas garder cette arme &#224; la maison mais il ne m'a pas &#233;cout&#233;e. Si j'avais su, je m'en serais d&#233;barrass&#233;e moi-m&#234;me avant qu'il y ait un accident. Je m'en veux tellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Vous n'y &#234;tes pour rien. Vous savez, c'est toujours une mauvaise id&#233;e de garder une arme chez soi, et encore plus de jouer avec.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Vous pensez qu'il souffre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non. Ne vous inqui&#233;tez pas. Il est totalement inconscient. Il n'entend rien, ne ressent rien, bref, il est d&#233;j&#224; loin de nous, et sans les machines que vous voyez l&#224;, il serait mort depuis longtemps. Si cela peut vous consoler, il n'a pas d&#251; sentir grand-chose, juste comme s'il s'&#233;tait endormi apr&#232;s un coup sur la t&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, je vous laisse, vous voulez certainement rester un peu seule avec lui. Je suis dans mon bureau ou quelque part dans le service si vous avez besoin de moi. N'h&#233;sitez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sortit discr&#232;tement et elle s'assura que la porte s'&#233;tait bien referm&#233;e sur lui avant de s'approcher du lit. Elle se pencha au-dessus de ce qui restait de son visage. Seul l'un de ses yeux, ferm&#233;, &#233;tait encore visible, et elle s'&#233;loigna rapidement du lit, mal &#224; l'aise. Il r&#233;gnait une chaleur &#233;touffante dans la chambre et elle alla vers la fen&#234;tre pour ouvrir et respirer un peu d'air frais. Il faisait beau et elle resta un moment &#224; la fen&#234;tre &#224; humer les odeurs de cette fin de printemps. Il avait dit quelques heures. Demain peut-&#234;tre. Et tout serait fini. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un l&#233;ger bruit de frottement la tira de ses pens&#233;es et elle se retourna brusquement, cherchant du regard une pr&#233;sence. Il n'y avait personne dans la chambre, c'&#233;tait ridicule. Elle &#233;tait juste un peu nerveuse. Elle revint pr&#232;s du lit et eut l'impression un instant que quelque chose avait chang&#233; mais elle n'aurait su dire quoi. Elle contempla le corps allong&#233; sous le drap, les pansements qui le recouvraient et les tuyaux qui en sortaient de toutes parts pour le raccrocher encore un peu &#224; la vie. Juste une impression. Il fallait qu'elle se calme. Elle attrapa son sac sur le lit et sortit de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur Li&#233;bert ouvrit la fen&#234;tre. Il faisait une chaleur de four dans la chambre. Il faudrait qu'il pense &#224; rappeler &#224; l'infirmi&#232;re d'ouvrir pour a&#233;rer. Depuis que la clim &#233;tait tomb&#233;e en panne, il passait son temps &#224; le r&#233;p&#233;ter mais en vain visiblement, en tout cas dans cette chambre. Et cette lumi&#232;re toujours allum&#233;e ! Il en avait assez de r&#233;p&#233;ter la m&#234;me chose &#224; chacune de ses gardes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il v&#233;rifia les relev&#233;s des machines et souleva la paupi&#232;re de l'homme pour regarder l'&#233;tat de sa pupille. Rien &#224; signaler mais il &#233;tait peu probable que ce type dure encore longtemps. C'&#233;tait d'ailleurs tout &#224; fait miraculeux qu'il soit encore en vie. N'importe qui avec des blessures pareilles serait d&#233;j&#224; mort. Mais lui semblait s'accrocher &#224; la vie comme un forcen&#233;. Le Docteur Li&#233;bert serait d&#233;cid&#233;ment toujours surpris par la r&#233;sistance de l'&#234;tre humain et par sa volont&#233; farouche de vivre. Il faut dire qu'avec le beau petit lot qui lui servait de femme, on pouvait comprendre qu'il ne soit pas press&#233; de partir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D&#233;sol&#233;, vieux, mais &#231;a ne sert &#224; rien de lutter. &#192; gagner quelques heures au mieux. Retarder l'&#233;ch&#233;ance &#224; demain peut-&#234;tre. C'est une dr&#244;le de date pour mourir, demain. Ce sera le premier jour de l'&#233;t&#233;, tu le savais ? Ce serait plus sympa pour tes proches de ne pas aller jusque-l&#224;, juste histoire de ne pas leur pourrir tous les &#233;t&#233;s &#224; venir en pensant &#224; toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son bip sonna &#224; cet instant et il sortit en jurant contre ces gardes interminables pendant lesquelles il &#233;tait d&#233;rang&#233; sans arr&#234;t. Il &#233;teignit la lumi&#232;re avant de refermer la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Je n'aime pas m'occuper de la 12.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Ne dites pas de b&#234;tises. Quelle diff&#233;rence entre la 12 et les autres, ils sont tous &#224; peu pr&#232;s dans le m&#234;me &#233;tat. C'est le bandage qui vous g&#234;ne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non, je ne sais pas. Il y a quelque chose dans cette chambre. Comme des ondes n&#233;gatives. &#192; chaque fois que j'entre, j'ai l'impression qu'il m'observe et que soudain il va se lever. &#199;a me donne la chair de poule rien que d'y penser. &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne pourrait pas inverser les &#233;tages avec Sylvie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Arr&#234;tez, c'est stupide. C'est parce que je vous ai fait une remarque sur la fen&#234;tre qui n'avait pas &#233;t&#233; ouverte ? Ce n'est rien, &#231;a peut arriver &#224; tout le monde. Vous faites pas de bile pour &#231;a, je n'en parlerai &#224; personne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, je vais y aller moi, j'en ai plein les pattes de cette garde. &#192; lundi prochain. Il ne sera plus l&#224; d'ici l&#224;. Ne vous inqui&#233;tez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait fait un tour dans le parc, avait fum&#233; une cigarette et pass&#233; quelques coups de fil avant de retourner &#224; contrec&#339;ur dans la chambre. Quand elle entra, elle fut saisie par la chaleur qui y r&#233;gnait. Il faudrait qu'elle trouve ce toubib pour le lui dire, ou n'importe quelle infirmi&#232;re qui tra&#238;nait par l&#224; parce que c'&#233;tait vraiment irrespirable. Elle se dirigea vers la fen&#234;tre, tourna la poign&#233;e et tira vers elle mais elle ne parvint pas &#224; ouvrir le battant. Elle for&#231;a plusieurs fois, prenant appui sur le mur gris sale pour s'aider, quand soudain, la fen&#234;tre c&#233;da d'un coup, la propulsant en arri&#232;re sur plusieurs m&#232;tres et elle heurta la chaise qui tra&#238;nait au milieu de la pi&#232;ce. Elle s'&#233;tala de tout son long sur le lino bleu et resta sonn&#233;e un instant. Salet&#233; de fen&#234;tre. Cet h&#244;pital &#233;tait vraiment dans un &#233;tat de d&#233;labrement scandaleux. Heureusement qu'elle n'aurait pas longtemps &#224; y rester. Elle se releva pour aller respirer un peu d'air frais et regarda sa montre. Elle allait devoir rester jusqu'&#224; la fin, alors autant prendre son mal en patience. Elle attrapa son portable dans son sac et d&#233;marra une partie de Candy Crush en se disant qu'il faudrait qu'elle descende acheter des magazines avant que la boutique ne ferme, mais elle n'en eut pas le courage. Elle s'absorba dans son jeu tandis que la lumi&#232;re d&#233;clinait doucement &#224; la tomb&#233;e du jour et, dans la p&#233;nombre de la chambre o&#249; seuls clignotaient les voyants des machines, elle s'endormit. Elle ne remarqua pas de ce fait la serrure de la porte se fermer doucement. Puis se rouvrir. Puis se fermer. Se rouvrir. Se fermer. Sans bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re clignotante d'une ambulance qui se refl&#233;tait sur le mur de sa chambre l'avait sorti de son inconscience. Il entendait des bruits dans le couloir. Distinctement. Des bruits qu'il se surprenait &#224; identifier tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment et sans aucun effort. Comme si la source de tous ces bruits provenait de sa chambre, de son lit m&#234;me, non, mieux, de sa t&#234;te. Comme si le seul sens qui restait op&#233;rationnel dans son corps meurtri essayait de compenser la disparition des autres et y r&#233;ussissait de mani&#232;re inesp&#233;r&#233;e. Il se concentra au maximum et per&#231;ut des bruits de pas, furtifs cette fois. Une infirmi&#232;re sans doute. Parce qu'il &#233;tait peu probable que ce soit un patient. Dans ce service, les patients ne circulaient que couch&#233;s, inconscients dans le meilleur des cas, ou bien morts. Il entendit une porte s'ouvrir et se fermer, des bruits m&#233;talliques qu'il imagina venir d'un lit qu'on manipulait pour changer la position du malchanceux qui s'y trouvait condamn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis des voix &#233;touff&#233;es, comme si le lieu ne supportait pas qu'on parle d'une voix normale mais imposait le murmure, un avant-go&#251;t de l'&#233;glise sans doute, et il rit int&#233;rieurement, amer. La p&#233;nombre de la chambre aussi lui faisait penser &#224; une &#233;glise. Mais il rejeta imm&#233;diatement cette pens&#233;e qu'il jugea peu appropri&#233;e &#224; la situation. Parce qu'il se sentait bien, vraiment tr&#232;s bien, bien mieux m&#234;me qu'il ne l'avait sans doute jamais &#233;t&#233;, et cette p&#233;nombre le d&#233;rangeait. Il porta son attention sur l'interrupteur de la pi&#232;ce, juste &#224; c&#244;t&#233; de la porte, et se concentra une seconde pour le visualiser. La lumi&#232;re s'alluma. Il se concentra &#224; nouveau. Elle s'&#233;teignit. Il renouvela l'exp&#233;rience plusieurs fois, &#224; la fois surpris et &#233;merveill&#233; de ce nouveau jouet, comme un sixi&#232;me sens oubli&#233; dont il aurait soudain retrouv&#233; l'usage. Il fit clignoter la lumi&#232;re sur un rythme plus rapide &#8210; un peu comme dans une bo&#238;te de nuit, pensa-t-il amus&#233; &#8210; puis il se lassa, les possibilit&#233;s &#233;tant somme toute limit&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est alors qu'il sentit sa pr&#233;sence. Il l'entendit plut&#244;t. Un tr&#232;s l&#233;ger souffle, presque rien. La respiration de quelqu'un qui dort. Paisiblement. Elle attendait la fin. Sa fin. Patiemment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors il se concentra sur la serrure de la porte. Ouvert. Ferm&#233;. Ouvert. Ferm&#233;. Ouvert.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faisait si froid dans la chambre. Il n'avait pas de temps &#224; perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se r&#233;veilla en sursaut. Assise sur la chaise &#224; c&#244;t&#233; de son lit, elle avait d&#251; s'assoupir quelques instants et elle avait fait un r&#234;ve horrible dans lequel elle essayait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de s'&#233;chapper d'une pi&#232;ce ferm&#233;e &#224; double tour. Et cette lumi&#232;re qui clignotait et lui matraquait la t&#234;te... Cet h&#244;pital &#233;tait vraiment en piteux &#233;tat. Elle regarda son t&#233;l&#233;phone en soupirant. Presque minuit. Le toubib avait raison, il allait tenir jusqu'&#224; demain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle avait envie de faire pipi et elle se leva pour aller aux toilettes dans le couloir &#224; c&#244;t&#233; de la chambre, mais au moment de sortir, elle se retourna. La fen&#234;tre &#233;tait ferm&#233;e. Elle &#233;tait pourtant s&#251;re de l'avoir ouverte tout &#224; l'heure, il faisait tellement chaud. Elle avait l'impression de n'avoir dormi que quelques instants pourtant, mais elle avait d&#251; rester assoupie plus longtemps qu'elle ne l'imaginait et une infirmi&#232;re serait entr&#233;e pendant ce temps sans la r&#233;veiller et aurait referm&#233;. Pas d'autre explication. Elle alla &#224; la fen&#234;tre et ouvrit le battant largement pour laisser la chambre s'a&#233;rer pendant son absence, notant au passage qu'il s'ouvrait cette fois sans difficult&#233;, puis elle se dirigea vers la porte et tourna la poign&#233;e pour sortir. Elle &#233;tait bloqu&#233;e. D&#233;cid&#233;ment, rien ne marchait dans cet h&#244;pital. Elle s'y reprit &#224; deux fois, luttant contre un d&#233;but de panique, et finit par r&#233;ussir &#224; l'ouvrir. Elle sortit en inspectant bri&#232;vement la serrure mais elle ne remarqua rien de particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la porte se referma, il se concentra &#224; nouveau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Allum&#233;. &#201;teint. Allum&#233;. &#201;teint. Allum&#233;. &#201;teint. Il ma&#238;trisait bien la lumi&#232;re, c'&#233;tait facile. Plus dur maintenant. Il se concentra sur la fen&#234;tre. Il sentait le souffle d'air sur sa peau et se for&#231;a &#224; la visualiser. Il suffisait de refermer le battant. Voil&#224;, comme &#231;a. Puis de tourner la poign&#233;e pour qu'elle ne se rouvre pas au moindre courant d'air. Il dut s'y reprendre &#224; plusieurs fois, &#233;puis&#233;, mais avec un peu d'entra&#238;nement, il &#233;tait s&#251;r de pouvoir r&#233;ussir &#224; l'ouvrir et la fermer &#224; volont&#233;. Il n'&#233;tait pas encore tout &#224; fait pr&#234;t. Il n'avait pas r&#233;ussi &#224; maintenir la fen&#234;tre ferm&#233;e quand elle avait essay&#233; de l'ouvrir tout &#224; l'heure, mais cela dit, il &#233;tait assez content du vol plan&#233; involontaire qu'il lui avait fait faire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps pressait. Plus que quelques heures. C'est ce qu'il avait dit. Demain peut-&#234;tre. Oui, demain. Il fallait qu'il tienne jusque-l&#224;. Il avait besoin d'un tout petit peu plus de temps pour &#234;tre pr&#234;t, il n'avait pas encore assez de force. Demain. Il fallait qu'il y arrive. Il reprit son entra&#238;nement et se concentra sur la porte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ouvert. Ferm&#233;. Ouvert. Ferm&#233;. Parfait. La chaise maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle rentra dans la chambre quelques minutes plus tard, elle se heurta &#224; la chaise &#233;chou&#233;e au milieu du passage. Son c&#339;ur s'emballa et elle dut lutter un instant pour ne pas s'enfuir en courant, quitter cette chambre et cet h&#244;pital, rentrer chez elle et invoquer n'importe quelle histoire, le choc, le chagrin, peu importe, pour justifier son absence dans les derniers moments. Elle &#233;tait s&#251;re d'avoir laiss&#233; la chaise pr&#232;s du lit et &#224; cette heure-l&#224;, qui aurait eu l'id&#233;e de venir dans la chambre ? Elle respira un grand coup pour se calmer et elle r&#233;ussit &#224; se raisonner. Apr&#232;s tout, il y avait bien du personnel de garde la nuit dans les h&#244;pitaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle prit la chaise et la repla&#231;a pr&#232;s du lit, attrapa son sac sur le lit et regarda l'heure sur son portable. Minuit &#233;tait pass&#233;, et il avait tenu. Elle respira &#224; nouveau profond&#233;ment, s'assit et reprit sa partie de Candy Crush, le niveau 270 qu'elle n'arrivait toujours pas &#224; passer. Il n'y en avait plus pour longtemps. Juste un petit contretemps dans leur plan, rien de grave. Ensuite, comme pr&#233;vu, elle jouerait pendant quelques mois la com&#233;die du chagrin &#8210; ce qui serait facile, elle avait toujours ador&#233; jouer la com&#233;die &#8210; et puis elle referait sa vie, tout le monde le comprendrait &#224; son &#226;ge, c'&#233;tait bien naturel. Elle vendrait leur petit appartement &#233;triqu&#233; et irait s'installer avec Michel. Ils pourraient enfin r&#233;aliser leur r&#234;ve et ouvrir leur restaurant. L'argent de l'assurance serait largement suffisant pour d&#233;marrer. Elle sourit. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est alors qu'elle remarqua la chaleur. Elle tourna la t&#234;te et vit que la fen&#234;tre &#233;tait ferm&#233;e. Elle se leva pour la rouvrir, exasp&#233;r&#233;e, mais au moment o&#249; elle allait atteindre la poign&#233;e, elle la vit tourner doucement. Sans bruit. La main toujours en l'air, elle regarda, p&#233;trifi&#233;e, le battant s'ouvrir lentement. Le courant d'air souleva ses cheveux. Puis la lumi&#232;re s'&#233;teignit, et avant que tout ne s'efface, elle eut le temps d'entendre un petit bruit. Comme le bruit d'une serrure qui se ferme. Mais elle ne r&#233;agit pas. Il &#233;tait bien trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne la vit quand elle bascula dans le vide et s'&#233;crasa quatre &#233;tages plus bas sur le bitume de la cour. D'ailleurs, m&#234;me si quelqu'un avait eu l'id&#233;e de regarder &#224; ce moment-l&#224;, il n'aurait distingu&#233; qu'une jeune femme qui ouvrait une fen&#234;tre, se penchait au-dehors puis basculait dans le vide. Le d&#233;sespoir conduit parfois les gens &#224; des gestes extr&#234;mes. Il aurait vu aussi la lumi&#232;re s'allumer et s'&#233;teindre plusieurs fois tr&#232;s vite, un peu comme dans une bo&#238;te de nuit, mais il n'y aurait pas forc&#233;ment accord&#233; beaucoup d'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait tellement d&#233;glingu&#233; dans cet h&#244;pital.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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