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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Tordre un cou</title>
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		<dc:date>2015-12-28T11:03:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denise Saissac</dc:creator>



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&lt;p&gt;C'est peu de chose que de tordre un cou, d'en tordre dix. &lt;br class='autobr' /&gt;
La fermi&#232;re de Roman-sur-P&#233;rigueux &#233;tait une experte dans cet artisanat d'art qui consistait chaque ann&#233;e &#224; renverser dans une herse une oie, la croupe en l'air enserr&#233;e dans le corset de fer, le cou en bas, libre de toute entrave, et de tordre cet appendice, d'un mouvement sec, fort et d&#233;finitif &#8211; l'oie se transformait alors en foie gras et puis ses cong&#233;n&#232;res suivaient par dizaines, dociles, confiantes, habitu&#233;es &#224; ob&#233;ir au doigt et &#224; l'appel de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton458.jpg?1474812763' width='107' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_225 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/tordre_un_cou.jpg?1474812761' width='500' height='706' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-225 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2015
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;C'est peu de chose que de tordre un cou, d'en tordre dix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fermi&#232;re de Roman-sur-P&#233;rigueux &#233;tait une experte dans cet artisanat d'art qui consistait chaque ann&#233;e &#224; renverser dans une herse une oie, la croupe en l'air enserr&#233;e dans le corset de fer, le cou en bas, libre de toute entrave, et de tordre cet appendice, d'un mouvement sec, fort et d&#233;finitif &#8211; l'oie se transformait alors en foie gras et puis ses cong&#233;n&#232;res suivaient par dizaines, dociles, confiantes, habitu&#233;es &#224; ob&#233;ir au doigt et &#224; l'appel de leur fermi&#232;re ador&#233;e. Elle les nourrissait si bien toute l'ann&#233;e ! Elles allaient donc sans crainte vers la mort et l'assiette, car le bourreau et la victime officiaient en silence &#224; l'&#233;cart, &#224; l'abri de tout regard. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce rite immuable se perp&#233;tuait ainsi depuis que Jean et sa femme Fernande avaient repris la ferme familiale lorsque le p&#232;re s'&#233;tait pendu dans la grange. D&#233;sempar&#233;s, jeunes, pas encore form&#233;s, ils avaient d&#251;, vu les circonstances, reprendre le flambeau plus rapidement que pr&#233;vu. La m&#232;re choqu&#233;e, devenue mutique, sombrait dans une m&#233;lancolie funeste un peu plus chaque jour. Ils avaient retrouss&#233; leurs manches et appris sur le tas, l'affaire &#233;tait prosp&#232;re et rentable ; il leur suffisait d'avoir du courage et de continuer, ce qu'ils firent sans se poser de questions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le p&#232;re n'avait laiss&#233; aucun mot expliquant son geste, la m&#232;re ne comprenait pas, les gendarmes apr&#232;s enqu&#234;te conclurent &#224; une d&#233;pression fulgurante sans motif apparent. Aucune trace douteuse, aucun ADN &#233;tranger sur la sc&#232;ne de la trag&#233;die ne laissait planer le doute d'un meurtre ou d'un assassinat. Les recherches men&#233;es ne soulev&#232;rent aucun jupon adult&#232;re, aucune dette de jeu, aucune jalousie de voisinage, nulle faillite financi&#232;re. La th&#232;se du suicide fut retenue et le p&#232;re enterr&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a mille fa&#231;ons de faire le foie gras mais le tour de main de Fernande restait le meilleur de la r&#233;gion et sa recette aux herbes de serpolet et de thym, m&#234;l&#233;es de truffes noires et d'un piment secret, attirait tous les nez fins des grands noms culinaires de France et de Navarre. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'argent affluait, l'oie &#233;tait un filon d'or. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout allait pour le mieux dans le vert des campagnes p&#233;rigourdines, le ciel ne se couvrait d'aucun nuage, les rivi&#232;res refl&#233;taient des mondes purs, dessinaient des visages de f&#233;es ondulantes et ondoyaient d'herbes aussi douces que des duvets d'oie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un matin, Fernande se dirigea d'un pas &#233;nergique vers la grange chercher du grain pour ses ouailles. Celles-ci &#233;taient nerveuses, leur comportement &#233;trange. Au lieu de la suivre, elles s'&#233;loignaient &#224; l'oppos&#233; malgr&#233; les appels r&#233;p&#233;t&#233;s de leur m&#232;re nourrici&#232;re bienfaitrice. Quel &#233;v&#233;nement pouvait ainsi affecter son troupeau duveteux ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Perplexe, Fernande s'interrogea tout en ouvrant le volet droit de la grande porte et, dans l'instant, se changea en statue froide, h&#233;b&#233;t&#233;e, sans voix. Elle porta machinalement une main &#224; son cou et l'autre sur sa bouche, elle tituba sans un cri, cligna des yeux, regarda autour d'elle, ramena son regard sur le corps qui se balan&#231;ait l&#224; &#224; deux m&#232;tres du sol accroch&#233; &#224; une poutre, le reconnut enfin : c'&#233;tait Jean &#8210; elle hurla. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les oies se mirent aussit&#244;t &#224; cacarder &#224; l'unisson, ce qui provoqua un tumulte si grand que le fermier voisin l'entendit et se pr&#233;cipita avec son tracteur vers la clameur foudroyante. &lt;br class='autobr' /&gt;
La gendarmerie d&#233;p&#234;cha tous ses fins limiers pour d&#233;cortiquer le fait, le lieu, les protagonistes de cette nouvelle trag&#233;die, diablement identique &#224; celle qui avait eu lieu quelques ann&#233;es auparavant. Pourquoi le fils s'&#233;tait-il pendu au m&#234;me endroit, &#224; la m&#234;me poutre et presque &#224; la m&#234;me date ? Deux pendaisons dans la m&#234;me famille, deux &#233;l&#233;ments m&#226;les, aucune missive explicative. &lt;br class='autobr' /&gt;
Paris envoya un expert, un Hercule Poirot en la mati&#232;re &#8210; un v&#233;t&#233;rinaire psychanalyste fut requis pour &#233;tudier le comportement inhabituel des oies. Tout ceci fit &#233;merger une corr&#233;lation : les oies mouraient &#233;touff&#233;es, les fermiers pendus. Dans un cas comme dans l'autre, la torsion du cou provoquait la mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des comptables asserment&#233;s se mirent &#224; l'&#339;uvre et &#233;pluch&#232;rent tous les d&#233;comptes des volatiles &#171; torsionn&#233;s &#187; depuis la mise en route de l'entreprise &#8210; le chiffre exorbitant n'apprit rien aux enqu&#234;teurs mais un d&#233;tail retint l'attention de l'inspecteur Poirot : les b&#234;tes tu&#233;es &#233;taient toutes de sexe f&#233;minin, pas de jars, l'&#233;talon de ces dames &#233;tait &#233;pargn&#233;. Y avait-il l&#224; une relation de cause &#224; effet ? Hypoth&#232;se non &#233;lucid&#233;e &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le biblioth&#233;caire de Roman-en-P&#233;rigueux entreprit de fouiller les archives du village. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ne dit-on pas que pour conna&#238;tre le pr&#233;sent et le futur, il faut se pencher sur le pass&#233; ? Il fatigua ses vieux os, ses yeux de myope, vo&#251;ta d&#233;finitivement son dos d&#233;j&#224; en demi-lune pour finalement d&#233;couvrir qu'en 1942, son village avait &#233;t&#233; alert&#233; par les oies des fermes avoisinantes, dont celle des parents de Fernande et Jean, de l'arriv&#233;e imminente d'une division allemande. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le qui-vive, les habitants avaient &#233;loign&#233; les femmes, les enfants, mis les b&#339;ufs, vaches, chevaux, poulets, lapins &#224; l'abri. Les oies connues comme le principal revenu et excellent mets de la r&#233;gion rest&#232;rent aux avant-postes pour tromper un tant soit peu la m&#233;fiance de l'ennemi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Naturellement cette fable ne fit gu&#232;re illusion et les guerriers affam&#233;s se ru&#232;rent sur &#171; les oies du Capitole &#187; qui grill&#232;rent par centaines comme des m&#233;chouis, et firent main basse sur tous les foies gras envelopp&#233;s d&#233;licatement dans les draps de lin gliss&#233;s sous le linge de maison dans les hautes armoires de ch&#234;ne transmises de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'agirait-il alors d'une vengeance ? Que sait-on de la capacit&#233; rancuni&#232;re d'une oie ? Leurs anc&#234;tres n'avaient-elles pas donn&#233; l'alerte en bonnes gardiennes, et Rome avait &#233;t&#233; sauv&#233;e gr&#226;ce aux oies. Les Romains, infiniment reconnaissants, leur avaient d&#233;di&#233; un culte et ne se d&#233;lectaient jamais de foie gras. Ce qui n'&#233;tait pas le cas &#224; Roman-en-P&#233;rigueux ! &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tymologie du nom Roman mit &#224; jour une relation avec Rome. En effet, g&#233;ographiquement, le village nichait dans une belle vall&#233;e, bord&#233;e d'une rivi&#232;re claire, la F&#233;line, couv&#233;e en hauteur par sept petites buttes ou collines. Poussant plus loin ses investigations, notre rat de biblioth&#232;que d&#233;couvrit que depuis 1942, plusieurs hommes des environs s'&#233;taient pendus : arbres, poutres, traverses de ponts, &#233;chelles, sans un motif clairement &#233;lucid&#233;, &#224; intervalles irr&#233;guliers mais toujours en p&#233;riode de lune pleine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il convoqua un &#233;minent professeur de l'universit&#233; de Toulouse, auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire ancienne de la r&#233;gion. Ensemble ils march&#232;rent sur les traces des occupants successifs du coin, leurs us et coutumes furent d&#233;cortiqu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils firent des recoupements historiques et g&#233;ographiques et surprise ! Leurs compas &#224; l'unanimit&#233; cibl&#232;rent un monticule non loin des &#171; fermes des Pendus &#187; de Roman-en-P&#233;rigueux, comme les surnommaient d&#233;sormais les journalistes et les curieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'&#233;tude g&#233;ologique, ce monticule montra de curieuses strates, il fut d&#233;cid&#233; de creuser. Tous les hommes des villages furent mis &#224; contribution b&#233;n&#233;volement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille du premier coup de pelle, en pleine nuit, toutes les oies en &#233;levage se mirent &#224; cacarder, siffler, criailler, puis se calm&#232;rent instantan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s trois jours de travaux, quatre entr&#233;es furent d&#233;blay&#233;es. De grands blocs de pierre faisaient office de portes et pivotaient sur eux-m&#234;mes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les enfants qui suivaient de pr&#232;s les travaux assis sur les talus &#233;taient &#233;merveill&#233;s : &#171; C'est Indiana Jones &#187;, disaient ils. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'int&#233;rieur, l'obscur fit place &#224; la lumi&#232;re, le silence au bruit des pelleteuses. Tous les yeux &#233;taient fix&#233;s sur une minuscule statue tr&#244;nant au centre du tumulus : une oie en or et pierres semi-pr&#233;cieuses. Sur les murs, des bas-reliefs repr&#233;sentaient ces volatiles en ordre de bataille, cous tendus, becs ouverts, repoussant les hordes d'Hannibal ou autre pa&#239;en envahisseur : un temple en l'honneur de L'oie en P&#233;rigord !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haute juridiction nationale d&#233;cida de mettre en s&#233;curit&#233; la statue antique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour pr&#233;c&#233;dant son enl&#232;vement, les gendarmes et soldats qui gardaient la caverne-autel virent un nuage blanc, au cr&#233;puscule, s'avancer vers eux, un nuage duveteux, silencieux, toutes les oies de la r&#233;gion s'&#233;taient rassembl&#233;es et en bataillon ordonn&#233; arrivaient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sid&#233;r&#233;s, comme hypnotis&#233;s, frapp&#233;s de c&#233;cit&#233;, ils se statufi&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la nuit de la pleine lune, les oies d&#233;fil&#232;rent, entrant par une porte, sortant par une autre, saluant la reine des oies victorieuses et sacr&#233;es. Au lever du jour, seuls des milliers de plumes, de traces palm&#233;es marquant le sol, attest&#232;rent de ces faits extraordinaires et rendirent cr&#233;dibles les dires des hommes de s&#233;curit&#233; sur la venue des oies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la cour de la ferme tr&#244;ne une pancarte &#171; &#224; vendre &#187; &#8210; Fernande vend sa ferme mais elle garde son troupeau d'oies. D&#233;sormais, elle a d&#233;cid&#233; de ne plus faire de foie gras mais uniquement des oreillers &#224; base de duvet d'oie, et de ne cuire une oie que lorsque celle-ci aura tr&#233;pass&#233; de mort naturelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a mal &#224; la gorge d&#232;s que la pleine lune approche et s'&#233;trangle presque lorsqu'elle est &#224; son apog&#233;e, puis la plume qui l'&#233;touffe s'envole lorsque celle-ci d&#233;cro&#238;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jars, en coin, la couve du regard, lui sait la v&#233;rit&#233; mais il ne l'&#233;crira pas, d'abord il ne sait pas &#233;crire et puis il est bon que les Hommes restent dans le doute et craignent dor&#233;navant la revanche des animaux meurtris, tortur&#233;s, sacrifi&#233;s alors qu'ils rendent tant de services et travaillent si durement pour le genre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu de chose de tordre un cou, d'en tordre dix, le prix &#224; payer est &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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