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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Une femme d'Essaouira</title>
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		<dc:date>2016-06-14T21:45:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Margantin</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le soleil inondait la maison de ses rais lumineux et profitait de l'ouverture matutinale des fen&#234;tres pour investir la maison d'A&#239;cha qui remarqua aussit&#244;t une note rose sur le linge blanc entrepos&#233; sur le sol de la buanderie. S'il aimait les couleurs comme sa m&#232;re, Magyd n'avait toujours pas retenu qu'il fallait s&#233;parer le blanc des couleurs ou il comptait pour cela sur la ma&#238;tresse de maison, comme ses fr&#232;res et leur p&#232;re. A&#239;cha ferma la fen&#234;tre qui donnait sur la terrasse et son &#233;tendoir : les quatre (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton526.jpg?1474812765' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_240 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/2016-05-27-aicha-003.jpg?1474812762' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-240 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2016
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Le soleil inondait la maison de ses rais lumineux et profitait de l'ouverture matutinale des fen&#234;tres pour investir la maison d'A&#239;cha qui remarqua aussit&#244;t une note rose sur le linge blanc entrepos&#233; sur le sol de la buanderie. S'il aimait les couleurs comme sa m&#232;re, Magyd n'avait toujours pas retenu qu'il fallait s&#233;parer le blanc des couleurs ou il comptait pour cela sur la ma&#238;tresse de maison, comme ses fr&#232;res et leur p&#232;re. A&#239;cha ferma la fen&#234;tre qui donnait sur la terrasse et son &#233;tendoir : les quatre fils n'attendaient que le linge pour s'habiller. La voisine, Kadija, avait d&#233;j&#224; &#233;tendu le sien : une djellaba d'enfant, blanche et or, se d&#233;tachait clairement devant le reste du linge. Tout se passait donc bien pour les voisins. A&#239;cha &#233;tait radieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le lever du soleil, Mohcine &#233;tait au march&#233; : il serait de retour &#224; la maison pour le d&#233;jeuner. Son &#233;pouse &#233;tait tranquille car le plat &#233;tait d&#233;j&#224; en train de mijoter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gar&#231;ons dormaient encore l&#224;-haut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Magyd, rentr&#233; tard, avait brav&#233; l'interdit paternel mais Mohcine s'&#233;tait endormi trop t&#244;t pour s'en apercevoir. A&#239;cha ne d&#233;noncerait pas son fils a&#238;n&#233; car elle avait horreur des &#233;clats de voix qui troublaient le silence ordinaire. Mohcine parlait peu en g&#233;n&#233;ral, mais il s'emportait facilement surtout quand il consid&#233;rait qu'on ne lui ob&#233;issait pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nabil &#233;tait bless&#233; depuis son accident de moto : il restait le plus souvent alit&#233;. Une op&#233;ration pourrait lui permettre de marcher de nouveau mais elle co&#251;tait cher et ses parents n'avaient pas l'argent n&#233;cessaire. Le destin semblait avoir parl&#233; tr&#232;s t&#244;t pour Nabil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Abdelwahed, le petit dernier, n'allait plus tarder &#224; faire savoir qu'il &#233;tait r&#233;veill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#239;cha &#233;tait de bonne humeur. Elle chantonnait dans sa t&#234;te un air familier. Elle se rendit dans sa chambre, ouvrit l'armoire, le tiroir &#224; double fond qu'elle seule connaissait ; elle se saisit de sa bo&#238;te &#224; r&#234;ves, adressa une br&#232;ve pri&#232;re &#224; Allah pour qu'il continue de prot&#233;ger ses espoirs du mauvais &#339;il et ouvrit le coffret. Ses r&#234;ves ne devaient pas &#234;tre trop grands car le coffret h&#233;rit&#233; de sa grand-m&#232;re &#233;tait minuscule. La bo&#238;te contenait la photo d'une voisine un peu plus jeune que Magyd : Nassima &#233;tait fort belle et A&#239;cha aurait bien vu son a&#238;n&#233; l'&#233;pouser ; une photo du docteur Slimane, un chirurgien r&#233;put&#233; de Casablanca selon l'article qu'illustrait la photographie : ce m&#233;decin &#233;tait bel homme, il devait bien op&#233;rer et pourrait rendre ses jambes &#224; Nabil ; un foulard vert enfin qui exhalait une odeur d'Europe, tr&#232;s &#224; la mode &#224; Paris selon Kadija. Ce foulard vert, A&#239;cha y fourra son nez, elle s'emplit les narines de l'odeur qu'avaient ses r&#234;ves. Elle le mit autour de son cou un instant pour s'&#233;vader. Que Kadija &#233;tait bonne de lui avoir offert cette &#233;toffe si d&#233;licieusement color&#233;e, parfum&#233;e et &#8230;interdite ! D&#233;j&#224; Abdelwahed descendait l'escalier et appelait &#171; Mama &#187; pour que sa m&#232;re s'occupe de lui et lui donne &#224; manger. A&#239;cha rangea rapidement le foulard dans sa bo&#238;te, la bo&#238;te dans le tiroir &#224; double fond de l'armoire, dont elle referma les grandes portes avant de sortir de la chambre. La journ&#233;e ne faisait que commencer. Abdelwahed avait t&#244;t fait de prendre son petit-d&#233;jeuner. Il avait h&#226;te de ne pas rester seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Wahed ! Va r&#233;veiller tes fr&#232;res. Il est l'heure de se lever maintenant. Va dire &#224; Nabil que je lui apporte son plateau. &lt;br /&gt;&#8212; Oui, Mama ! r&#233;pondit le gar&#231;on malicieux, v&#233;ritable Sheitan1 selon ses fr&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sisyphe des temps modernes, A&#239;cha n'avait de cesse de laver, d'&#233;tendre, de repasser et de ranger le linge. Ses enfants changeaient tous les jours d'habits. Magyd attachait une grande importance &#224; ce que les couleurs soient assorties. S'il tenait de sa m&#232;re ce go&#251;t des couleurs, Magyd en revanche &#233;tait avec son p&#232;re ce que la nuit est au jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#239;cha &#233;tait une femme d'int&#233;rieur. Elle ne sortait qu'une fois par semaine de la maison, pour descendre au puits o&#249; elle avait rendez-vous avec Kadija. La terrasse o&#249; elle &#233;tendait le linge &#233;tait une zone interm&#233;diaire dans sa g&#233;ographie : situ&#233;e chez elle, elle donnait sur l'ext&#233;rieur, sur la maison de Kadija notamment avec qui elle communiquait gr&#226;ce au linge que les deux femmes &#233;tendaient sur le fil. Elles seules connaissaient ce langage auquel les hommes n'entendaient rien. Kadija et A&#239;cha partageaient ainsi des &#233;motions et des sentiments qu'il ne convenait pas d'exhiber : cela aurait perturb&#233; la s&#233;r&#233;nit&#233; int&#233;rieure que l'une et l'autre prot&#233;geaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#239;cha &#233;tendit son linge blanc sur la terrasse. Le maillot de Magyd et les chaussettes vertes assorties &#233;taient eux aussi &#233;tendus sur le fil de la terrasse, du c&#244;t&#233; de chez Kadija, de mani&#232;re &#224; &#234;tre visibles de la voisine qui comprendrait le message : A&#239;cha avait pu r&#234;ver un peu ce matin gr&#226;ce au foulard vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nabil devait s'impatienter d&#233;j&#224;. A&#239;cha se pressa de lui monter son plateau avant de s'assurer que Magyd avait assez mang&#233;. Elle d&#233;barrassa les plateaux, ramassa le linge qui tra&#238;nait, d&#233;fit les lits, changea les draps et refit les lits &#224; l'identique ; elle tria les couleurs et s'en retourna en bas surveiller le d&#233;jeuner qui mijotait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des cris, des pleurs, la voix de Magyd. Abdelwahed ne changerait donc pas. Renvoy&#233; fermement par son a&#238;n&#233; qu'il avait r&#233;veill&#233; brusquement, Wahed descendit s&#233;cher ses larmes dans les plis de la djellaba maternelle. Magyd avait r&#233;tabli l'ordre silencieux. Wahed passerait la matin&#233;e &#224; jouer seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wahed ne comprenait pas. Quand il se levait le matin, il se r&#233;jouissait de voir sa m&#232;re et de prendre son petit-d&#233;jeuner avant d'aller retrouver ses fr&#232;res. Il aurait aim&#233; jouer avec eux. Nabil comptait moins depuis qu'il &#233;tait bless&#233;. Pourquoi son fr&#232;re Magyd le chassait-il ainsi tous les matins ? N'&#233;tait-il pas aussi content que Wahed de voir son fr&#232;re arriver ? Apparemment non. Il se prenait pour leur p&#232;re, hurlait comme leur p&#232;re, donnait des ordres comme leur p&#232;re. Bien s&#251;r, Wahed l'&#233;coutait car Magyd &#233;tait l'a&#238;n&#233;, il &#233;tait le plus ancien et Wahed devait respect &#224; ses fr&#232;res. Comment se comporterait-il, lui, quand il aurait un petit fr&#232;re &#224; son tour ? Jouirait-il de son privil&#232;ge ou se souviendrait-il de son d&#233;sir de partager des moments fraternels ? Wahed jouait dans le salon avec ses moutons, son berger et sa voiture. Wahed se racontait une histoire, toujours &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me : un berger menait ses moutons et en perdait un. Que fallait-il faire ? Courir apr&#232;s le mouton &#233;gar&#233; ou laisser aller le reste du troupeau sans guide ? Si le berger venait &#224; perdre son troupeau, y aurait-il encore assez de moutons pour la f&#234;te de l'a&#239;d ? Il pr&#233;f&#233;rait toujours sacrifier la b&#234;te &#233;gar&#233;e. Apr&#232;s tout, c'&#233;tait peut-&#234;tre son &lt;i&gt;mektoub&lt;/i&gt;, sa destin&#233;e. Quelque part l&#224;-haut, ce devait &#234;tre &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que Nabil &#233;tait bless&#233;, il &#233;tait devenu comme un &#233;tranger dans la maison. Ses copains venaient moins le voir. Il avait appris &#224; s'occuper seul, dans sa chambre, &#224; lire et &#224; relire les rares livres qu'il poss&#233;dait ; &#224; observer les siens aussi. Il avait pris conscience de tout ce que faisait sa m&#232;re et se r&#233;jouissait &#224; chaque fois de tout ce qu'elle parvenait &#224; faire pour lui alors qu'elle devait s'occuper de quatre hommes &#224; la maison. Apr&#232;s son accident de moto, il avait connu l'ennui d'abord ; il avait pris du poids mais son esprit lui semblait plus l&#233;ger. Nabil aimait &#224; r&#234;ver et &#224; &#233;crire ses r&#234;ves : il tenait un journal quotidien, qu'il cachait dans un endroit inaccessible au Sheitan &#8211; c'est ainsi qu'il surnommait Wahed. Plus encore que sa blessure au genou, Nabil souffrait du regard de son petit fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magyd ne supportait pas son p&#232;re. A&#239;cha m&#233;ritait mieux que cet homme morne, taiseux et col&#233;rique pour qui la ville comme l'ext&#233;rieur &#233;taient le mal. Pourquoi y &#233;tait-il constamment alors si c'&#233;tait si mal que &#231;a ? Pourquoi Magyd n'aurait-il pas d&#251; tra&#238;ner dehors alors qu'une partie de sa vie s'y trouvait ? Bien s&#251;r, la maison restait le lieu de la famille, un refuge nourricier dans lequel il faisait bon vivre. Si son p&#232;re avait &#233;t&#233; meilleur &#233;poux et p&#232;re, Magyd aurait volontiers &#233;cout&#233; les recommandations paternelles. Il aurait d'ailleurs aim&#233; ob&#233;ir &#224; Mohcine, &#234;tre un bon fils, respectueux de ses parents, mais il n'y arrivait pas car il estimait que son p&#232;re n'&#233;tait pas &#224; la hauteur du r&#244;le qu'il devait jouer. Magyd n'aimait pas la col&#232;re. Il savait que les &#233;clats de voix dans la maison &#233;taient v&#233;cus par sa m&#232;re comme un &#233;chec. Lui-m&#234;me &#233;levait la voix souvent le matin pour se faire ob&#233;ir de Wahed mais il cessait rapidement : il n'aimait pas ressembler &#224; son p&#232;re. Parfois aussi, il ne parvenait pas &#224; s'emp&#234;cher de provoquer Mohcine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kadija resplendissait de bonheur : son mari Nafa venait de rentrer d'Alg&#233;rie o&#249; il avait pu trouver de quoi assurer la prosp&#233;rit&#233; du m&#233;nage pour plusieurs semaines. Comme &#224; son habitude, Nafa avait couvert son &#233;pouse de cadeaux. Il savait qu'elle aimait les couleurs vives : ces djellabas color&#233;es qu'il avait trouv&#233;es en Alg&#233;rie feraient le charme de Kadija. Il savait aussi que tout ce qui touchait &#224; l'Europe plaisait &#224; sa femme et qu'elle d&#233;sirait vivement un enfant. Il le lui avait promis au retour de ce voyage p&#233;rilleux. Il revenait avec deux belles promesses : f&#233;condit&#233; et prosp&#233;rit&#233;. Tr&#232;s t&#244;t ce matin, Kadija avait &#233;tendu son plus beau linge blanc du c&#244;t&#233; de chez A&#239;cha, mettant au milieu du premier fil un v&#234;tement dor&#233; et une djellaba d'enfant. Demain, elle verrait sa voisine au puits et les deux femmes pourraient partager leurs &#233;motions et leurs r&#234;ves. Kadija chantait sa joie &#224; tue-t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nafa &#233;tait heureux de voir sa femme si belle et si joyeuse. Dans moins d'un an, ils auraient un enfant. Ce serait un fils inchallah. Nafa avait invit&#233; les voisins &#224; venir f&#234;ter son retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mohcine n'avait pas daign&#233; r&#233;pondre &#224; l'invitation de ses voisins dont il condamnait la vie. Nafa &#233;tait un contrebandier sans scrupules ; il &#233;tait toujours &#224; l'&#233;tranger, loin de son foyer et de ses devoirs conjugaux. Il n'avait toujours pas d'enfants. Mohcine, lui, avait d&#233;j&#224; trois beaux gar&#231;ons. Allah punissait Nafa comme il punissait Essaouira, la cit&#233; aux merveilleux remparts qui se donnait aux &#233;trangers. Les affaires n'avaient pas bien march&#233; pour Mohcine ce matin encore. Nafa lui avait d&#233;j&#224; conseill&#233; de se convertir au march&#233; d'huile d'Argan plut&#244;t que de s'obstiner &#224; tenter de vendre une sardine qui avait trouv&#233; sa concurrente. Mohcine s'y refusait et se m&#233;fiait des conseils de son voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#239;cha &#233;tait encore heureuse quand son mari rentra d&#233;jeuner &#224; la maison. Mohcine avait l'air maussade. Aujourd'hui encore, il avait d&#251; avoir du mal &#224; vendre ses sardines. Elle aurait voulu lui faire oublier sa matin&#233;e et lui donner un peu de sa joie, prendre un peu sa peine. Mohcine savait ce qui pourrait lui faire plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A&#239;cha, je veux un quatri&#232;me enfant. L&#224;, maintenant. Tu vas me donner une fille, cette fois. &lt;br class='autobr' /&gt;
A&#239;cha n'&#233;tait pas pr&#234;te. Elle n'avait pas envie. Mohcine, toujours &#233;conome de ses mots, se contenta de r&#233;p&#233;ter le pr&#233;nom de sa femme plus fort et d'entra&#238;ner A&#239;cha dans le lit conjugal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mohcine &#233;tait aussi rapide que taiseux. Il &#233;tait le premier &#224; table. Il avait l'air r&#233;joui. Ses gar&#231;ons le rejoignirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#239;cha avait s&#233;ch&#233; ses larmes pour que ses enfants ne lui posent pas de questions. Elle s'occupait du service. Ses pens&#233;es se bousculaient. Magyd ouvrit les hostilit&#233;s : &lt;br /&gt;&#8212; Nafa est rentr&#233; d'Alg&#233;rie couvert d'or. Tout le quartier d&#233;jeune chez lui&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Des pique-assiettes ! Notre famille n'a pas sa place &#224; sa table. Nos voisins vivent dans le p&#233;ch&#233; permanent. D'ailleurs, ils n'arrivent pas &#224; avoir d'enfants. &#192; quelle heure est rentr&#233; Magyd hier soir, A&#239;cha ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Magyd savait qu'il pouvait compter sur sa m&#232;re comme sur l'ignorance de Wahed qui se couchait tr&#232;s t&#244;t.
&lt;br /&gt;&#8212; &#192; 22 heures comme pr&#233;vu. Si Allah accorde la richesse &#224; nos voisins, ils auront peut-&#234;tre un enfant prochainement&#8230;.
&lt;br /&gt;&#8212; Tes pr&#233;dictions ne valent rien ! coupa Mohcine. Nul ne conna&#238;t les projets du Tout-Puissant. Occupe-toi de notre maison, A&#239;cha : c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les hommes siestaient, A&#239;cha continuait &#224; s'affairer. Apr&#232;s avoir fait la vaisselle et lessiv&#233; les draps, elle avait h&#226;te d'aller changer le linge sur le fil. Elle savait pr&#233;cis&#233;ment ce qu'elle voulait dire &#224; Kadija et les draps color&#233;s de ses enfants allaient lui permettre d'exprimer son d&#233;sarroi. Elle sortit sur la terrasse &#233;tendre sa lessive, pla&#231;ant sur le fil situ&#233; du c&#244;t&#233; de chez Kadija le grand drap rouge vif de Magyd qui rempla&#231;a ses v&#234;tements verts du matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle entendit que plus bas, chez Nafa et Kadija, les conversations allaient bon train, les rires &#233;taient bruyants. Kadija &#233;tait heureuse aussi assur&#233;ment. Elle aurait l'enfant qu'elle d&#233;sirait depuis si longtemps. A&#239;cha se mit &#224; pleurer, pensant &#224; ce quatri&#232;me enfant dont elle ne voulait pas et qu'elle portait d&#233;j&#224; peut-&#234;tre en elle. Elle profita d'&#234;tre seule pour s'adresser &#224; Allah. Dans sa pri&#232;re, elle demandait au Tout-Puissant de pardonner sa violence &#224; Mohcine. Elle savait qu'il l'aimait, l'homme qu'elle aimait parce qu'il lui avait &#233;t&#233; donn&#233; pour mari, le p&#232;re de ses enfants. Murmurer sa pri&#232;re et &#233;tendre ce drap rouge lui faisaient du bien. Alors qu'elle s'appr&#234;tait &#224; rentrer, elle entendit une voix :
&lt;br /&gt;&#8212; Si tu es A&#239;cha, comment se fait-il que tu sois aussi triste ? Si tu n'es pas A&#239;cha, comment fais-tu pour &#234;tre aussi belle et semblable &#224; celle que Kadija ta voisine vient de me d&#233;crire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A&#239;cha n'avait pas l'habitude de parler. Encore moins de dialoguer avec un homme. L'inconnu qui lui parlait &#233;tait il un envoy&#233; d'Allah ou de Kadija comme il l'affirmait ? Elle d&#233;couvrit derri&#232;re le muret de la terrasse un homme fort beau au visage doux &#8211; il ressemblait &#224; Hakim, un amour de jeunesse qui ne lui &#233;tait pas destin&#233; : ses traits et ses mots lui inspir&#232;rent aussit&#244;t confiance et espoir. Elle se hasarda &#224; r&#233;pondre &#224; l'inconnu &#224; la voix si douce.
&lt;br /&gt;&#8212; Je m'appelle A&#239;cha. Je ne sais pas qui tu es mais si Kadija t'a parl&#233; de moi, sache qu'elle ne t'a pas menti : j'&#233;tais tr&#232;s joyeuse ce matin et me r&#233;jouis de son bonheur. Seulement voil&#224; : l'un de mes draps est tach&#233;. L'eau n'est pas venue &#224; bout de cette tache qui semble ind&#233;l&#233;bile. Le ciel en voudra-t-il ?
&lt;br /&gt;&#8212; Tu peux faire confiance au soleil, A&#239;cha. Je m'appelle Isma&#235;l. Je chemine &#224; travers le royaume, de ville en ville, et je vends mes &#233;toffes ; je n'ai ni famille ni foyer. Tes voisins m'ont offert le repas et voulaient me retenir car ils f&#234;taient le retour de Nafa et la naissance &#224; venir de leur premier enfant. Kadija m'a dit grand bien de toi et elle m'a pris une &#233;toffe verte pour te l'offrir. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#239;cha n'&#233;tait pas habitu&#233;e &#224; entendre autant de mots si agr&#233;ables &#224; son oreille. Isma&#235;l &#233;tait-il la r&#233;ponse qu'Allah faisait &#224; sa pri&#232;re ? Non, il lui fallait faire le tri dans les pens&#233;es qui l'assaillaient &#224; pr&#233;sent car son imagination s'emportait un peu plus loin que de raison. &lt;br /&gt;&#8212; O&#249; vas-tu &#224; pr&#233;sent, Isma&#235;l ? &lt;br /&gt;&#8212; Je vais rester cette nuit encore dans la ville et partirai demain pour Agadir. J'aime me d&#233;placer et ne puis rester longtemps au m&#234;me endroit. Cela doit te sembler bien &#233;trange car j'imagine que tu ne quittes que rarement ta ville.
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne quitte ma maison qu'une fois par semaine, pour aller au puits que tu aper&#231;ois en bas. Je n'ai jamais quitt&#233; cette maison. Je dois te laisser, &#233;tranger, finit A&#239;cha quand elle aper&#231;ut Wahed &#224; la fen&#234;tre.
&lt;br /&gt;&#8212; Sois heureuse, A&#239;cha ; que ta maison le soit aussi ! r&#233;torqua Isma&#235;l en s'&#233;loignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#239;cha rentra toute troubl&#233;e dans une maison qui n'&#233;tait que silence. Confusion et cacophonie r&#233;gnaient en revanche dans sa t&#234;te. Elle revoyait son mari l'agresser et la forcer &#224; se plier &#224; des d&#233;sirs qu'elle n'avait pas partag&#233;s. Elle s'en voulait &#224; pr&#233;sent d'avoir provoqu&#233; la col&#232;re de Mohcine qui avait envie d'elle apr&#232;s une mauvaise matin&#233;e sur le march&#233;. Il lui avait d&#233;j&#224; donn&#233; trois beaux fils. Quelle serait la destin&#233;e de son quatri&#232;me enfant s'il devait voir le jour ? A&#239;cha avait l'impression que le Sheitan veillait sur sa maison &#224; pr&#233;sent : le mauvais &#339;il pouvait &#224; tout moment menacer la maison tout enti&#232;re. Des larmes coul&#232;rent sur le visage d'A&#239;cha. Elle s'en voulait aussi de penser &#224; nouveau &#224; Isma&#235;l qu'elle avait trouv&#233; beau et bon. Penser &#224; lui &#233;tait doux pour A&#239;cha, mais pouvait-elle penser &#224; un autre homme qu'&#224; son mari, le p&#232;re de ses enfants, &#224; un &#233;tranger itin&#233;rant qui vivait sans &#233;pouse ni foyer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les derniers voisins eurent quitt&#233; la maison, Kadija voulait encore partager sa joie. Son regard se posa sur l'&#233;toffe verte qu'elle avait achet&#233;e au vendeur itin&#233;rant pour l'offrir &#224; A&#239;cha qu'elle verrait au puits le lendemain. Sans attendre davantage, elle alla l'&#233;tendre sur le fil qui donnait chez son amie, pour lui dire combien elles &#233;taient &#224; l'unisson. Au vert de l'&#233;toffe r&#233;pondrait le vert des v&#234;tements exhib&#233;s par A&#239;cha. En sortant dans le jardin, elle croisa son mari qui avait l'air aussi heureux que sa femme. A pr&#233;sent, ils &#233;taient seuls et pouvaient penser &#224; leurs projets. Nafa embrassa tendrement sa femme. Kadija lui dit alors d'un air coquin :
&lt;br /&gt;&#8212; Si tu ne tardes pas trop, je te donnerai ton premier enfant avant le prochain ramadan !
&lt;br /&gt;&#8212; J'avais fait le m&#234;me calcul et n'attendais que le d&#233;part de nos derniers visiteurs pour te combler de bonheur ! Pose donc ton &#233;toffe et suis-moi !
&lt;br /&gt;&#8212; Je l'&#233;tale et te rejoins aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faisait encore tr&#232;s chaud. Kadija se dirigea au fond du jardin ; elle &#233;tendit l'&#233;toffe verte qu'elle donnerait &#224; son amie et riait en pensant &#224; ce langage secret qu'elle partageait avec sa voisine. Elle jeta un coup d'&#339;il chez A&#239;cha pour comparer les deux verts et s'aper&#231;ut alors seulement du changement de couleurs. Un grand drap rouge vif avait remplac&#233; les v&#234;tements verts du matin. Obturation in&#233;dite, qui cachait quelque myst&#232;re. A&#239;cha allait-elle encore une fois &#234;tre m&#232;re ? Kadija, impatiente, s'en alla rejoindre Nafa&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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