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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Variation sur le vagabond</title>
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		<dc:creator>Fabrice Schurmans</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Et il avait march&#233; sans repos, pendant les jours et les nuits, par les interminables routes, sous le soleil et sous les pluies, sans arriver jamais &#224; ce pays myst&#233;rieux o&#249; les ouvriers trouvent de l'ouvrage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Guy de Maupassant, Le vagabond &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Pierre &#233;tait sur la route depuis des mois, passant d'un pays &#224; l'autre, d'une ville &#224; l'autre, d'un petit boulot mal pay&#233; &#224; un petit boulot pas pay&#233; du tout. Comme pratiquement tous ses amis d'enfance, il avait laiss&#233; sa famille l&#224;-bas avec l'espoir de gagner (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton877.jpg?1544963563' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Et il avait march&#233; sans repos, pendant les jours et les nuits, &lt;br class='autobr' /&gt;
par les interminables routes, sous le soleil et sous les pluies, &lt;br class='autobr' /&gt;
sans arriver jamais &#224; ce pays myst&#233;rieux &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; les ouvriers trouvent de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guy de Maupassant, &lt;i&gt;Le vagabond&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_314 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/vagabond_4_definitif.jpg?1544963531' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-314 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2018
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre &#233;tait sur la route depuis des mois, passant d'un pays &#224; l'autre, d'une ville &#224; l'autre, d'un petit boulot mal pay&#233; &#224; un petit boulot pas pay&#233; du tout. Comme pratiquement tous ses amis d'enfance, il avait laiss&#233; sa famille l&#224;-bas avec l'espoir de gagner de quoi la faire vivre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il avait parcouru la moiti&#233; de l'Europe cherchant &#224; s'occuper en tant que charpentier, mais partout on lui r&#233;pondait qu'&#224; cause de la crise, on n'embauchait plus. Jean-Pierre tenta alors sa chance dans l'agriculture, esp&#233;rant que l&#224;, au moins, il lui serait possible de garantir le minimum gr&#226;ce &#224; une r&#233;tribution en nature. Ce fut pire. &lt;br class='autobr' /&gt;
En Gr&#232;ce, il cueillit des olives dans les pluies de d&#233;cembre, gaulant les arbres sous les cris incompr&#233;hensibles d'un garde-chiourme. Lorsque la r&#233;colte prit fin, les maudits de l'oliveraie, comme les appela un jour un compagnon d'infortune, se pr&#233;sent&#232;rent &#224; l'heure convenue pour la paie. &#192; la place de la somme promise, ils eurent droit &#224; la police des fronti&#232;res. Cach&#233; dans un repli, Jean-Pierre vit les matraques se lever sur les hommes rassembl&#233;s en troupeau et entendit les lamentations des bougres bouscul&#233;s en direction d'un bus, cela sous l'&#339;il carnassier du patron. &lt;br class='autobr' /&gt;
En Italie, il trouva de l'embauche dans un h&#244;tel de la c&#244;te adriatique o&#249;, pendant la haute saison, des clandestins s'&#233;chinaient dans les coulisses afin de permettre aux travailleurs belges, allemands et hollandais de ne pas payer trop cher leurs vacances. Jean-Pierre les observait parfois lorsqu'il grillait une cigarette en compagnie d'autres for&#231;ats. Avaient-ils conscience de tout cela ? De la mis&#232;re de leur quotidien, de l'exploitation permanente, des insultes et m&#234;me des coups. Songeaient-ils, alors qu'ils d&#233;gustaient une glace en famille, au r&#244;le jou&#233; par la horde des affam&#233;s dans le spectacle bon march&#233; qui leur &#233;tait servi chaque &#233;t&#233; ? Apr&#232;s un mois de service s'apparentant &#224; de l'esclavage, Jean-Pierre prit pour habitude de cracher discr&#232;tement dans les casseroles de soupes, les sauces bolognaises et les salades de fruits. &#192; l'universit&#233;, dans une autre vie, il avait lu &lt;i&gt;Les Damn&#233;s de la Terre&lt;/i&gt;. Il se demanda souvent ce que Fanon aurait pens&#233; de sa r&#233;volte des glaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pire pour Jean-Pierre et ses compagnons &#233;tait encore l'impossibilit&#233;, dans une telle situation, de gagner assez d'argent pour garantir un futur diff&#233;rent &#224; leurs enfants. Fallait-il que ceux-ci rejoignissent les cohortes form&#233;es par les p&#232;res pour esp&#233;rer survivre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la fin de la saison estivale, Jean-Pierre enfourna &#224; la h&#226;te ses maigres biens dans un sac-&#224;-dos rapi&#233;c&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand vint novembre, il se retrouva sur les routes de France, cherchant sa pitance de bourg en village, acceptant n'importe quelle t&#226;che pourvu qu'elle lui perm&#238;t de manger une soupe ou de coucher dans un lit. Pendant un temps, il chemina en compagnie de F&#233;lix, un Congolais de Kinshasa, &#224; la recherche lui-aussi non plus d'un travail, mais d'un gagne-pain, d'une paie quotidienne, voire de quelques pi&#232;ces. Aucun des deux ne d&#233;sirait mendier car pour cela, il fallait s'exposer en ville, et s'exposer, dans leur situation, revenait &#224; se d&#233;noncer aux autorit&#233;s. Un jour, F&#233;lix lui dit qu'il valait mieux pour lui que Jean-Pierre continu&#226;t seul sur la route. &lt;br /&gt;&#8212; Tu es presque blanc, tu as les yeux clairs, c'est un viatique appr&#233;ciable par les temps qui courent. Avec moi, on t'arr&#234;tera plus facilement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Pierre avait acquis suffisamment d'exp&#233;rience aux cours de ses p&#233;r&#233;grinations pour comprendre o&#249; se trouvait son int&#233;r&#234;t. En l'occurrence, celui-ci s'arr&#234;tait &#224; la couleur de la peau de F&#233;lix. Les deux hommes se s&#233;par&#232;rent sans s'&#233;changer aucune adresse ni serment. &#192; quoi bon ? pensa chacun &#224; part soi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre homme perdait lentement pied et sa rage contre le monde croissait &#224; mesure que l'espoir de trouver un travail s'amenuisait. Entre deux villages de Normandie, son sac-&#224;-dos rompit tout &#224; fait. Son dernier pantalon ainsi que sa seule chemise roul&#232;rent dans un foss&#233; boueux. Jean-Pierre les emporta &#224; bout de bras et attendit sous un ch&#234;ne la fin d'une averse, mais en novembre, les averses se succ&#232;dent, le froid s'installe, p&#233;n&#232;tre les os des vagabonds. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant lui s'&#233;tendaient de mornes champs dont les contours disparaissaient dans la grisaille. L&#224;-bas, des vaches grasses, luisantes &#224; cause de la pluie, paissaient. Jean-Pierre les observa longtemps avant de prendre sa d&#233;cision, puis il enjamba la cl&#244;ture. Titubant &#224; cause de la faim, rebut&#233; &#224; cause du geste qu'il s'appr&#234;tait &#224; commettre, il ne pensait plus ni &#224; sa famille ni au travail. Domin&#233; par un estomac vide, il caressa les flancs chauds d'une vache avant d'empoigner le pis de celle-ci. Apr&#232;s quelques essais maladroits, il parvint &#224; s'abreuver, &#224; s'emplir la bouche de ce bon lait ti&#232;de. Abandonn&#233; &#224; l'&#233;panchement de la faim le tenaillant, enivr&#233; presque par l'apport soudain d'aliment, Jean-Pierre caressait l'animal, lui parlait, le remerciait tout en maudissant le monde. Rassasi&#233;, son corps r&#233;clamait &#224; pr&#233;sent sa p&#226;t&#233;e de sommeil. Jean-Pierre demanda &#224; la vache un dernier service qu'elle accepta sans meugler. Elle se coucha dans l'herbe impr&#233;gn&#233;e d'eau, lui offrant la chaleur r&#233;confortante de sa panse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain matin, Jean-Pierre s'&#233;veilla courbatur&#233;, la mise d&#233;fraichie, les v&#234;tements macul&#233;s. N'y tenant plus, il s'affala en bordure de la route nationale, d&#233;cid&#233;, pour la premi&#232;re fois depuis le d&#233;but de son odyss&#233;e, &#224; faire la manche. Il lui fallait de l'argent, par n'importe quel moyen ! De l'argent pour tenir jusqu'au lendemain ! Il h&#233;la en vain plusieurs conducteurs. Une camionnette transportant des travailleurs de la construction s'arr&#234;ta un instant ; une fen&#234;tre s'ouvrit et une voix forte cria quelque chose qu'il ne saisit pas. En tout cas, cela fit rire les autres occupants du v&#233;hicule. Au moment de red&#233;marrer, une main jeta un m&#233;got dans sa direction. Il regarda un temps la camionnette avant de ramasser la cigarette &#224; moiti&#233; consum&#233;e. C'est avec un regard haineux qu'il aspira la premi&#232;re bouff&#233;e. Des vers de C&#233;saire lui revinrent en m&#233;moire. &#171; Parce que nous vous ha&#239;ssons vous et votre raison, nous nous r&#233;clamons de la d&#233;mence pr&#233;coce de la folie flambante du cannibalisme tenace &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il marchait maintenant en direction des toits &#233;mergeant dans le lointain. La col&#232;re lui serrait les poings, le portait &#224; un degr&#233; tel de r&#233;volte qu'il en oubliait presque la faim le tourmentant sans r&#233;pit. Des app&#233;tits meurtriers naissaient au creux de son estomac vide. Il aurait sans doute agress&#233; le premier badaud venu si un v&#233;hicule de police ne s'&#233;tait arr&#234;t&#233; &#224; sa hauteur. Deux gardes champ&#234;tres en descendirent pour s'approcher de lui avec prudence, la main sur la crosse de leur arme. &lt;br /&gt;&#8212; Papiers ! cria l'un des deux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Pierre ne fit rien, ne parla pas, n'opposa aucune r&#233;sistance lorsqu'on lui entrava les poignets. Arriv&#233; &#224; la mairie, on le toisa avec une grimace &#224; cause de son &#233;tat, de son regard sauvage, de sa barbe mal taill&#233;e. Des mains le bouscul&#232;rent devant un bureau o&#249; s'empilaient des dossiers. L'officier lui faisant face leva la t&#234;te, l'observa en silence pendant quelques secondes avant de l&#226;cher &#224; l'adresse de ses deux subordonn&#233;s : &#171; Encore un ! &#187; &lt;br /&gt;&#8212; Tu connais le tarif pour s&#233;jour irr&#233;gulier&#8230; Bien s&#251;r, t'as pas de papiers, tu parles pas fran&#231;ais, t'as pas de fric pour payer l'amende. Eh bien, nous allons te garder 48 heures puis t'iras voir dans les communes voisines s'ils veulent bien t'expulser aux frais de la R&#233;publique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Pierre comprit qu'il pourrait enfin se reposer au sec. Recroquevill&#233; sur un vieux matelas, il revit le film de son existence. Bon sang ! Quand avait-il donc emprunt&#233; le mauvais chemin, celui qui r&#233;duisait l'&#233;ventail des possibilit&#233;s ? Peut-&#234;tre fallait-il remonter au hasard de la naissance dans un pays d&#233;chir&#233; par les guerres civiles ? Alors qu'il philosophait sur le r&#244;le jou&#233; par la chance dans les errances et les errements d'une vie d'homme, les policiers commentaient l'oisivet&#233; de ces pauvres types juste bons &#224; regarder le plafond de leur cellule pendant des heures. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au terme de sa garde &#224; vue, on le poussa vers la sortie. L'officier, appuy&#233; au montant d'une fen&#234;tre, une tasse de caf&#233; &#224; la main, le regarda s'&#233;loigner. Sans se retourner, il lan&#231;a &#224; ses hommes : &lt;br /&gt;&#8212; Je vous parie qu'il n'ira pas loin. Deux jours au plus. Vous me l'enverrez au centre de r&#233;tention&#8230; &#199;a nous fera du quota. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Pierre n'alla pas tr&#232;s loin, en effet. Il d&#233;ambula dans ces rues inconnues, encombr&#233;es de regards farouches ou apeur&#233;s, rendues plus inamicales encore &#224; cause d'un vent piquant. Alors qu'il longeait d'anciennes fa&#231;ades du XIXe si&#232;cle, les yeux dans le vague, les effluves d'un plat mijot&#233; exasp&#233;r&#232;rent &#224; nouveau son app&#233;tit. Jean-Pierre releva la t&#234;te et vit cette fen&#234;tre ouverte, pleine de promesses. Il sonna et comme personne n'ouvrit, notre homme, domin&#233; par l'envie, l'obsession presque, d'un vrai repas, s'introduisit dans la maison. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un parfum de viande l'attira vers une casserole. Il y puisa en pleurant. Il aper&#231;ut une bouteille de vin en train de chambrer, en but la moiti&#233; au goulot. Tout cela le r&#233;chauffait, ranimait ce corps endormi par les privations. En furetant dans la cuisine, il d&#233;couvrit du porto. Une autre demi-bouteille y passa. Enhardi par l'ivresse et la rapine, il gagna les &#233;tages, trouva la salle de bains, s'y fit couler un bain. Pour la premi&#232;re fois depuis des semaines, il se soulagea dans une cuvette propre, dans un environnement lui rappelant la vie d'avant, celle o&#249; il &#233;chafaudait des projets. Apr&#232;s le bain, Jean-Pierre se rasa encore, se parfuma avant de se jeter sur le lit des propri&#233;taires. Un lit ! Des draps immacul&#233;s sentant la lavande, une couette l&#233;g&#232;re, un oreiller o&#249; flottait une fragrance f&#233;minine ! Une robe de nuit dont il caressa la soie en frissonnant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bient&#244;t, un r&#234;ve le saisit d'effroi. On criait, on tirait sur la couette, on le retournait sur le ventre &#224; m&#234;me le sol. Des colsons lui entaillaient les chairs. Il ouvrit la bouche, un coup dans les reins la lui referma. Partag&#233; entre veille et sommeil, Jean-Pierre crut apercevoir l'officier retenant une femme qui hurlait le poing tendu dans sa direction. &#171; Un viol ! C'est un viol ! &#187; Il ne comprit pas mieux ce que le gendarme lui dit alors : &lt;br /&gt;&#8212; Quatre heures ! Nouveau record, mon gaillard !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La gare</title>
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		<dc:creator>Fabrice Schurmans</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un jour, du brouillard, &#233;merge un imperm&#233;able coiff&#233; d'un feutre et portant une valise. Il h&#233;site devant l'entr&#233;e. Un bras se tend, une main tremblante effleure la pierre de taille. L'homme est-il essouffl&#233; par une longue course ? S'agit-il d'une &#233;motion un peu forte ? Il &#244;te son chapeau, le pose sur sa poitrine. Rien de remarquable dans sa composition. Montures arrondies, fine moustache, regard noir. La figure s'approche des vitres de la porte. Le front, r&#233;ticent d'abord, finit par s'y coller. &lt;br class='autobr' /&gt; Les (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton607.jpg?1482590067' width='150' height='107' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_250 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/la_gare.jpg?1482590082' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-250 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2016
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;	Un jour, du brouillard, &#233;merge un imperm&#233;able coiff&#233; d'un feutre et portant une valise. Il h&#233;site devant l'entr&#233;e. Un bras se tend, une main tremblante effleure la pierre de taille. L'homme est-il essouffl&#233; par une longue course ? S'agit-il d'une &#233;motion un peu forte ? Il &#244;te son chapeau, le pose sur sa poitrine. Rien de remarquable dans sa composition. Montures arrondies, fine moustache, regard noir. La figure s'approche des vitres de la porte. Le front, r&#233;ticent d'abord, finit par s'y coller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les guichets, ferm&#233;s depuis la restructuration du r&#233;seau, n'ont gu&#232;re chang&#233;. Pas plus que les banquettes d'ailleurs. L'homme tousse. Sa respiration &#233;met un sifflement lui rappelant celui du train. Le train... Dans sa m&#233;moire, ou plut&#244;t dans ce qu'il lui en reste, le train siffle en moyenne trois nuits par semaine. Lorsque cela se produit, l'homme et le train sifflent de plus en plus fort, en un crescendo qui ne s'arr&#234;te qu'avec l'aide de... Non, trop t&#244;t. Pour l'instant, il regarde la salle d'attente. Puis d&#233;pose sa valise et pousse la porte. Se peut-il que &#231;a ne sente pas ? Que &#231;a ne sente plus ? dit-il &#224; mi-voix. Un lieu sans odeur, cela n'existe pas. Alors, il s'efforce de humer, d'attirer &#224; lui les effluves du pass&#233;, de retrouver une fragrance. Celle de sa m&#232;re ou de sa tante. L'Eau de Cologne de son p&#232;re. Il ne renifle que de l'humidit&#233;, de la poussi&#232;re, ce m&#233;lange aigre flottant dans les immeubles d&#233;laiss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Sur un mur, des horaires indiquent que la d&#233;saffection n'est pas totale. Quatre fois par jour, un express s'arr&#234;te pour une poign&#233;e de voyageurs. Sur un autre pan, une affiche d&#233;fra&#238;chie vante les services de la &lt;i&gt;Deutsche Bahn&lt;/i&gt;. D&#233;couvrez un pays. R&#233;ussissez vos vacances. Empruntez la D.B. Le train file dans un paysage de for&#234;ts et de montagnes. Lui aussi il a... Non, trop t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il s'installe sur une banquette en soupirant. Sa valise en cuir us&#233; cherche une position, h&#233;site, vacille, finit par se coucher aux pieds du voyageur. Le visage dans les mains, les yeux clos, celui-ci se concentre sur les bruits. Se peut-il que le silence existe ? Je veux dire le silence absolu. Un lieu sans bruits, cela n'existe pas. Pas de voix, ni de toux, ni de cris d'enfants. Pas plus que de lamentations. Juste un goutte-&#224;-goutte quelque part. Cela ressemble &#224; ceci : Plic&#8230; Ploc&#8230; Plic... Ploc... Plic... Ploc... R&#233;gulier comme les roues d'un train passant &#224; la jonction de deux rails. Dehors, le vent ne souffle pas. Pas de complainte. Rien de lugubre. Le brouillard se rencogne contre les portes et les fen&#234;tres, enveloppe la gare de ses volutes comme s'il l'entourait d'une &#233;charpe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Autant s'installer puisqu'il ne sortira plus de son labyrinthe. L'homme agrippe la poign&#233;e de la valise et, dans un ahan, la hisse &#224; ses c&#244;t&#233;s. Le claquement des fermoirs, bien que l&#233;ger, &#233;voque celui, plus sec, plus dur, de la fermeture du wagon. A l'int&#233;rieur, des poup&#233;es de tailles diverses clignent des yeux malgr&#233; la maigre lumi&#232;re. Il les regarde longuement, en caresse le tissu aux couleurs pass&#233;es, &#233;value entre ses doigts le soyeux de leurs cheveux poussi&#233;reux. Ensuite, il les installe alentour, arrange leur mise, redresse une t&#234;te, abaisse un bras, replie une jambe. Maintenant il peut. A la maison de repos, les infirmi&#232;res lui interdisaient de jouer avec ses poup&#233;es. Jouer ! Elles n'entendaient rien, se contentant de soigner les plaies visibles et de r&#233;p&#233;ter &lt;i&gt;Alzheimer&lt;/i&gt;. Le pauvre. Le fou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il regarde sa montre. Plus que dix minutes. Le temps de distribuer les r&#244;les. Maman avec sa longue jupe color&#233;e et tante dans les habits traditionnels. Ici, c'est ma s&#339;ur, ma petite s&#339;ur. Le teint sombre, une touche d'orient dans le dessin des yeux. Et voil&#224; papa ! Moustache, costume deux pi&#232;ces et chemise noire. Comme les hommes de son clan. Maintenant, il peut. Leur parler. Leur dire au revoir. De la valise, l'homme soutire un dernier lambeau. Un lecteur de cassettes. Bient&#244;t, les guitares de la veill&#233;e s'installent &#224; leur tour dans la salle d'attente. Il ne manque plus que les bougies. Les flammes &#233;tirent les ombres des poup&#233;es et les collent, vacillantes, sur les murs. Et puis, l'homme parle, sans que l'on sache s'il s'adresse aux poup&#233;es ou &#224; leurs ombres. Accot&#233; au dossier en bois, la t&#234;te reposant au creux de sa main, il raconte les m&#233;andres d'une vie, le cours chaotique des souvenirs o&#249; il puisait pour tenir le coup. Il para&#238;t qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le m&#234;me fleuve. Mais cela vaut-il pour celui qui n'en est jamais sorti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Son &#233;pouse et ses enfants en eurent assez de la m&#233;moire, de la surcharge, du poids, de la r&#233;p&#233;tition. Alors, ils parl&#232;rent de rat&#233;s, de manques, de failles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ils ont dit : &lt;i&gt;Alzheimer&lt;/i&gt;. Oui, m&#234;me dans le clan, on dit ces mots-l&#224; maintenant. Apr&#232;s &lt;i&gt;Alzheimer&lt;/i&gt; est venu un autre mot : &lt;i&gt;imp&#233;ratif de&lt;/i&gt;. L'enfermer. Pour son bien. Ne vous en faites pas. Ces gens-l&#224; vivent dans un autre monde. Ils ne se rendent pas compte. Comptez sur nous. Sur notre d&#233;vouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! O&#249; avait-il donc la t&#234;te ? Il allait oublier ! L'homme &#233;clate de rire. Est-ce bien convenable pour un Alzheimer de se demander o&#249; il a la t&#234;te ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Oublier de distribuer les cadeaux. Chaque poup&#233;e a droit au sien. Un caramel pour sa s&#339;ur. Un roman &#224; l'eau de rose pour maman. Un ch&#226;le pour tante. Et pour papa, une pipe. Si tu veux, comme c'est la derni&#232;re, nous la fumerons ensemble. En fait, il devrait dire : la premi&#232;re. Depuis dix ans. Interdit &#224; la maison de retraite. Les fous mettent le feu au lit. Un danger pour les autres. Ne vous inqui&#233;tez pas. Il ne fumera plus. Jamais. L'homme s'arrange pour que les volutes passent entre les bougies et le mur, si bien que l'ombre de son p&#232;re fume aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Chacun jouit de son pr&#233;sent en silence. Le vrai silence. Celui dont la densit&#233; fait sens. Pas comme l&#224;-bas. O&#249; les bruits peuplaient les nuits. Les cris des d&#233;ments. Les r&#226;les des mourants. Les admonestations des&#8230; Maintenant, il peut : &lt;i&gt;Gardiens&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Maintenant, il pleut. Cela cr&#233;pite sur la porte et nettoie le ciel. Pour l'homme, la pluie, c'est toujours du silence. Il se l&#232;ve. D&#233;j&#224; ? Oui, dit-il en tournant la t&#234;te vers l'horloge murale. Je ne voudrais pas le manquer. Il y a si longtemps que je l'attends. Chaque poup&#233;e a droit &#224; une &#233;treinte. Puis, d'un souffle l&#233;ger, chaque bougie est &#233;teinte. La famille regagne l'obscurit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'homme remet son feutre, rel&#232;ve le col de son manteau et se dirige vers les quais. Il s'arr&#234;te, jette un regard derri&#232;re lui. Non, dit-il. Je pars seul. Le train vous a d&#233;j&#224; pris. Une fois. Cela suffit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un coup de sifflet le d&#233;chire au moment o&#249; il se tourne vers le halo des feux crissant dans la pluie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ceci n'est pas un crime</title>
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		<dc:date>2016-07-14T19:54:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fabrice Schurmans</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je ne suis m&#234;me pas un fant&#244;me. Pour l'&#234;tre, il faudrait hanter leur conscience. Ils n'en ont pas, ou alors si peu. Si blanche. Je voudrais tant bouger une jambe, juste une jambe. Ou alors un pied, voire un orteil. Malgr&#233; mes efforts, cela n'ob&#233;it pas. Cela ob&#233;it de moins en moins. Ce matin, apr&#232;s une nouvelle nuit de cauchemars, ce sont les intestins qui ont l&#226;ch&#233;. L'infirmi&#232;re ne s'est pas f&#226;ch&#233;e. Elle a juste dit : c'est normal, ne t'en fais pas. Ton corps expulse le mal. Je ne vois pas o&#249; est le mal (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton535.jpg?1474812763' width='150' height='137' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_242 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/2016-05-27-cecinestpasuncrime-2_redimensionner.jpg?1474812762' width='500' height='456' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-242 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2016
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis m&#234;me pas un fant&#244;me. Pour l'&#234;tre, il faudrait hanter leur conscience. Ils n'en ont pas, ou alors si peu. Si blanche. Je voudrais tant bouger une jambe, juste une jambe. Ou alors un pied, voire un orteil. Malgr&#233; mes efforts, cela n'ob&#233;it pas. Cela ob&#233;it de moins en moins. Ce matin, apr&#232;s une nouvelle nuit de cauchemars, ce sont les intestins qui ont l&#226;ch&#233;. L'infirmi&#232;re ne s'est pas f&#226;ch&#233;e. Elle a juste dit : c'est normal, ne t'en fais pas. Ton corps expulse le mal. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne vois pas o&#249; est le mal dans ce corps. Par contre, expulser le m&#226;le, le m&#234;ler &#224; ces excr&#233;ments, &#224; cette odeur ! Cela, je ne puis le dire &#224; l'infirmi&#232;re ; elle s'emportera, me parlera de Dieu, du ch&#226;timent attendant les criminels. Je n'ose pas lui demander d'arr&#234;ter de prier pour moi. Je ne veux plus rien savoir des voies imp&#233;n&#233;trables du Seigneur. Voies imp&#233;n&#233;trables ! On voit bien que c'est un homme qui a pondu ce genre d'&#226;neries. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chez moi, tout fut p&#233;n&#233;tr&#233;, en pleine lumi&#232;re, par des cr&#233;atures de ce Dieu auquel j'ai cru. Tout vu, tout entendu, rien fait. Il n'a rien fait. Donnant-donnant. Je ne ferai plus rien pour Lui. Pour lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela bouge du c&#244;t&#233; de la porte. Deux ombres, l'une en blouse blanche, l'autre en uniforme kaki. Des hommes conversant sur un ton l&#233;ger. Il est question d'excursion au Jardin d'essai. La blouse blanche se penche, m'observe un instant avant de m'interpeller. &lt;br /&gt;&#8212; Marie-Gertrude, as-tu mal quelque part ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Partout, docteur, m'entends-je dire d'une voix faible. Ce corps br&#251;le&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mon corps, r&#233;pond-il en insistant sur &lt;i&gt;Mon&lt;/i&gt;, il faut dire &lt;i&gt;Mon&lt;/i&gt; quand on parle de son propre corps. Comprends-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il tourne la t&#234;te vers l'uniforme kaki pour ajouter deux phrases qui me transpercent. Surtout &lt;i&gt;Elle est &#224; vous&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&#8212; Ils ont encore des probl&#232;mes avec la grammaire, mais avec le temps, nous en tirerons quelque chose. Elle est &#224; vous, &#201;douard. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les bruits de la vie passent par la fen&#234;tre : les &#233;chos d'une ritournelle, quelques mots au passage d'un groupe de femmes, deux ou trois coups de klaxon. Un nuage me tente. Le rejoindre, me fondre en lui, cela ne devrait pas &#234;tre bien difficile. Ouvrir le battant, inspirer, les yeux ferm&#233;s, et m'&#233;lancer. Dans le ciel, on n'entend pas les hommes. On ne les sent pas. Ils ne nous touchent plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, entre le ciel et moi, il y a encore ces deux hommes-ci, la blouse blanche au pied du lit et l'uniforme qui tousse un peu avant de prendre la parole. &lt;br /&gt;&#8212; Marie-Gertrude, je voudrais te poser quelques questions.
&lt;br /&gt;&#8212; Pour arr&#234;ter les hommes qui m'ont&#8230; ? &lt;br /&gt;&#8212; Nous verrons apr&#232;s mon enqu&#234;te. Raconte-moi ce qui t'est arriv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le silence p&#232;se tout &#224; coup aussi lourd que ce corps. Les deux uniformes attendent. Le kaki tapote sur un carnet &#224; l'aide de son crayon et le blanc me regarde, mais son regard n'exprime rien. En tout cas, rien que je comprenne. &lt;br /&gt;&#8212; C'&#233;tait samedi. Apr&#232;s le travail, le patron a dit : viens, je te ram&#232;ne, il va encore pleuvoir&#8230; Je lui ai dit : ce n'est pas n&#233;cessaire, patron, je marche jusqu'&#224; mon quartier comme tous les samedis. Il a insist&#233; : de toute fa&#231;on, je dois aller faire une course&#8230; ce n'est pas loin de ta parcelle, je te d&#233;pose. Alors j'ai baiss&#233; la t&#234;te. Le patron a dit : eh bien voil&#224;. &lt;br /&gt;&#8212; Donc tu l'as suivi de ton plein gr&#233; ? &lt;br /&gt;&#8212; &#199;a veut dire quoi ? &lt;br /&gt;&#8212; Il t'a oblig&#233;e &#224; monter dans sa voiture ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, j'ai compris le sens de son &lt;i&gt;plein gr&#233;&lt;/i&gt;. Mais qu'est-ce que cela veut dire de son plein gr&#233; dans un monde d&#233;coup&#233; en deux parties &#233;tanches o&#249; l'une domine l'autre &#224; tout instant ? De son plein gr&#233; dans un rapport de force constant o&#249; l'un ouvre la bouche, mais o&#249; c'est l'autre qui parle. Et pour une femme travaillant dans la partie dominante de ce monde scind&#233;, cela veut dire quoi de &lt;i&gt;ton plein gr&#233;&lt;/i&gt; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le kaki se tourne vers le blanc en souriant. Il hausse les &#233;paules avant de reprendre. &lt;br /&gt;&#8212; La voiture du patron... Tu sais que c'est rare, ce privil&#232;ge. Tu as de la chance d'avoir des patrons aussi compr&#233;hensifs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le privil&#232;ge, quel privil&#232;ge ? Je n'aurais pas d&#251;. Je l'ai tout de suite compris. Il fallait dire non, mais certains mots claquent comme des balles et je n'ai pas encore appris &#224; tirer. Apr&#232;s que la voiture eut d&#233;marr&#233;, j'ai clairement vu qu'il s'agissait d'un pi&#232;ge. Un pi&#232;ge grossier, mal bricol&#233;, que n'importe quel animal e&#251;t &#233;vit&#233;, mais je n'ai pas encore le droit d'assumer pleinement ce que me dicte mon instinct. Le patron longea le fleuve tout en devisant sur la beaut&#233; du pays, la richesse de sa faune et de sa flore, la gentillesse de ses habitants. Certes, il fallait les &#233;duquer tout comme il fallait dompter une nature indisciplin&#233;e, mais avec l'aide de Dieu, ils y arriveraient. Indisciplin&#233;e, je n'ose pas encore l'&#234;tre. &lt;br /&gt;&#8212; Donc oui, je suis mont&#233;e dans la voiture de mon plein gr&#233;, monsieur. &lt;br /&gt;&#8212; On a quelques petits probl&#232;mes avec les relations logiques ? dit la blouse blanche. On ne commence pas une phrase par &lt;i&gt;Donc&lt;/i&gt;. C'est une faute. Excusez-moi, ajouta-t-elle &#224; l'adresse du kaki, mais il faut profiter de toutes les occasions, maintenir une pression constante sinon la nature reprend le dessus. &lt;br /&gt;&#8212; Comme pour les enfants, une main de fer dans un gant de velours ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La main velue du patron se posa sur ma cuisse au moment o&#249; la voiture s'arr&#234;ta. Une grosse araign&#233;e &#224; l'aff&#251;t. Dans l'ancien monde, j'aurais &#233;cras&#233; la b&#234;te, mais dans celui-ci la b&#234;te poss&#233;dait le droit de s'emparer d'une victime en plein jour. La porti&#232;re s'ouvrit sur une villa pour se refermer sur une cage. &lt;br /&gt;&#8212; Alors, apr&#232;s la voiture, que s'est-il pass&#233; ? questionna &#224; nouveau le kaki. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pass&#233;, je n'en sortirai plus. Il hantera ce corps marqu&#233; par la douleur, ce corps o&#249; il fait d&#233;sormais mal vivre. Si la blouse blanche pouvait m'entendre ! On ne dit pas &lt;i&gt;mal vivre&lt;/i&gt;, encore moins &lt;i&gt;faire mal vivre&lt;/i&gt; ! Le pr&#233;sent, c'est cette grammaire entre les deux mondes, ce sont les questions de l'homme et le silence de la femme. Comprennent-ils ce que le silence signifie ? Sans doute pas puisqu'ils poss&#232;dent le privil&#232;ge de la parole officielle, cette parole qui me signifie &#224; leurs yeux. Je ne suis qu'&#224; travers leurs mots. &#192; quoi bon expliquer &#224; un sourd pourquoi il ne veut pas entendre ? &lt;br /&gt;&#8212; Apr&#232;s la voiture, il ne s'est rien pass&#233;. Un esprit a poss&#233;d&#233; mon corps, l'a meurtri, battu, p&#233;n&#233;tr&#233; de ses mauvaises inclinations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le kaki n'a pas dit : les inclinations, &#231;a n'existe pas. Il s'est tourn&#233; vers la blouse blanche en souriant. &lt;br /&gt;&#8212; Eh bien, nous voil&#224; en terrain connu. Il s'agit d'un cas de sorcellerie n'ayant aucunement sa place dans nos tribunaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La blouse blanche n'a pas r&#233;pondu imm&#233;diatement. Elle avait l'air absent. &lt;br /&gt;&#8212; &#201;tonnant, non ? Ils font tellement de fautes et puis ils vous sortent &lt;i&gt;inclinations&lt;/i&gt;. Mais o&#249; vont-ils donc chercher cela ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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