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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>On vole un enfant</title>
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		<dc:date>2017-01-06T16:11:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Emmanuelle Sapin</dc:creator>



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&lt;p&gt;Rarissime : ce texte a fait l'unanimit&#233; du Comit&#233; de lecture : 6 oui sans restriction. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour de l'annonciation, j'ai vol&#233; un enfant dans une maternit&#233;. Je suis devenue m&#232;re en commettant un crime. Ce 25 mars, les arbres du parc de l'h&#244;pital contenaient &#224; grand peine leurs bourgeons. &#201;pingl&#233;s, irr&#233;els, au bout des branches des tilleuls, ils mouchetaient les b&#226;tisses en briques de l'h&#244;pital d'un vert premier &#226;ge. &#193; la naissance du printemps, nous &#233;tions. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'y avais droit, un enfant m'&#233;tait promis ; on (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton542.jpg?1474812777' width='137' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Rarissime&lt;/i&gt; : ce texte a fait l'unanimit&#233; du Comit&#233; de lecture : 6 oui sans restriction.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_243 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/c.s.congiu-2016-07-on_vole_un__bebe-01.jpg?1474812761' width='500' height='549' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-243 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2016
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Le jour de l'annonciation, j'ai vol&#233; un enfant dans une maternit&#233;. Je suis devenue m&#232;re en commettant un crime. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce 25 mars, les arbres du parc de l'h&#244;pital contenaient &#224; grand peine leurs bourgeons. &#201;pingl&#233;s, irr&#233;els, au bout des branches des tilleuls, ils mouchetaient les b&#226;tisses en briques de l'h&#244;pital d'un vert premier &#226;ge. &#193; la naissance du printemps, nous &#233;tions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y avais droit, un enfant m'&#233;tait promis ; on m'avait proph&#233;tis&#233; un enfant, j'avais bu ce discours jusqu'&#224; la lie, comme une fanatique, en adoration devant le dieu fertilit&#233;. J'avais accept&#233; tous les sacrifices, les injections d'hormones, les pr&#233;l&#232;vements d'ovules, les ins&#233;minations artificielles, les tests, les mesures, les calibrages, les protocoles, toute cette cohorte de mots m&#233;talliques, froids au dire, abrasifs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes enfants, liquides pour l'&#233;ternit&#233;, cr&#233;&#233;s &#224; m&#234;me la paillasse, in vitro &#727; prisonniers d'une langue morte, vestiges d'avant la vie &#727; : implantables, ont-ils d&#233;cid&#233; ; mon ut&#233;rus faisant d&#233;faut, une cavit&#233; mal agenc&#233;e, mauvaise m&#232;re. Fragments de vie et de mort. Immerg&#233;s dans un linceul de glace pour cinq ans avec des centaines d'autres d&#233;sirs d'enfant. Coul&#233;e froide qui me br&#251;le encore. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai crois&#233; la m&#232;re. Elle est sortie de sa chambre, s'est dirig&#233;e vers les douches. Son corps, grave encore, pas tout &#224; fait d&#233;livr&#233;, &#224; jamais peut-&#234;tre, de l'enfan&#231;on, mais rassasi&#233;, pour un temps au moins. Une pr&#233;sence saturante ; glissant de ce pas rass&#233;r&#233;n&#233; de celle qui s'est taill&#233; sa part d'&#233;ternit&#233;. Moi, comme un vibrato lointain, une note assourdie. Elle logeait dans l'aile des accouch&#233;es, des ventres repus, des m&#232;res pleines et assouvies. En face, l'aile des ventres secs, tendus de peaux bl&#234;mes, sans l'empreinte des chairs gav&#233;es d'hormones. L'aile des st&#233;riles, des infertiles, des taries avant d'avoir donn&#233;, leur douleur crissant sous leurs petits pas impuissants. Je connaissais bien l'alignement des portes closes, des chambres muettes, d'autres peupl&#233;es par les sons criards de la t&#233;l&#233;vision. J'y avais s&#233;journ&#233; plusieurs fois. Je m'&#233;tais aventur&#233;e une fois au d&#233;but du couloir desservant les chambres des accouch&#233;es, pour humer les odeurs entrelac&#233;es de lait maternel, de lait de toilette, de vapeurs confuses et moelleuses. J'&#233;tais all&#233;e surprendre les mouvements tamis&#233;s des formes derri&#232;re le verre cath&#233;drale des portes. &#199;a s'&#233;parpillait en couleurs ciel et suaves, en paroles ouat&#233;es et vagissements &#233;nigmatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai ouvert la porte de sa chambre sans y croire. Il n'y aurait peut-&#234;tre pas de b&#233;b&#233;, j'&#233;tais transie de peur. S'il n'avait pas pris, pas tenu, ne s'&#233;tait pas accroch&#233; aux parois visqueuses et capitonn&#233;es du ventre de sa g&#233;nitrice ? Avait peut-&#234;tre rejoint la cohorte des malchanceux tu&#233;s dans l'&#339;uf. Embryons de rien. Le b&#233;b&#233; &#233;tait dans son berceau transparent, absolument immobile et seul. Ou alors offert ? Une petite masse compacte, sans visage, mais pr&#233;sente au-del&#224; du r&#233;el. J'ai saisi l'offrande. &#201;cartel&#233;e entre une joie extatique et une frayeur absolue. J'ai franchi la porte de la chambre, avec ce b&#233;b&#233; extrait d'une autre. Je le tenais contre moi mais je ne savais pas dans quelle r&#233;gion de mon corps il logeait, comme si mon ventre avait d&#233;j&#224; jet&#233; autour de lui un linceul de peau limoneuse pour me le soustraire et le fa&#231;onner, l'usiner, comme une pi&#232;ce d'orf&#232;vrerie. J'ai travers&#233; le couloir jusqu'&#224; la sortie : je ne sentais rien d'autre que le battement de mon ventre, en pulsations sourdes, ass&#233;n&#233;es par mon c&#339;ur commotionn&#233;. J'avais peur que le scandale qui chavirait mes entrailles ne r&#233;veille le nourrisson. Dans ce couloir beige, tendu de lumi&#232;re tendre, je l'acheminais vers mes origines. &#192; l'abri du choc des gam&#232;tes, du chaos insens&#233; des corps qui se reproduisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai imm&#233;diatement blotti dans mon cou pour le respirer, fondre sa peau irr&#233;elle contre la mienne ; je voulais faire corps avec lui, l'assimiler, le faire mien par capillarit&#233;. Sa douceur impensable, au-del&#224; de mes sens presque, un pur nectar. Il vivait sans en avoir l'air ; la vie lui venait naturellement, sans efforts, sans bruyantes et r&#233;pugnantes manifestations. Il la connaissait d&#233;j&#224; par c&#339;ur, il y avait infus&#233; pendant neuf mois. J'aimais &#231;a, cette vie dans l'esquisse. &#199;a me changeait de l'aveuglant reflet de mes entrailles qui m'offraient un spectacle lunaire, sous l'injonction de la sonde, crat&#232;res et remugles non identifi&#233;s. Moi, cette masse fibreuse tant&#244;t ombreuse tant&#244;t crayeuse, comme barbouill&#233;e par une main rageuse ou malhabile. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la voiture, je lui ai enlev&#233; son bracelet de naissance. Je n'ai pas lu son pr&#233;nom. C'est moi qui le lui donnerais plus tard. Il &#233;tait mon enfant &#224; venir. Je ne savais m&#234;me pas si c'&#233;tait une fille ou un gar&#231;on, je ne voulais pas le savoir encore, il me fallait le temps de le rencontrer. Je l'ai install&#233; dans le si&#232;ge auto que j'avais achet&#233; quelques ann&#233;es auparavant, quand mon d&#233;sir d'enfant cherchait un moyen d'exister. Je passais alors des heures dans les magasins de pu&#233;riculture. La pr&#233;sence irr&#233;futable de ces accessoires rutilants, massifs, des avatars de la procr&#233;ation, pleins de b&#233;b&#233;s &#224; venir, faisait contrepoids &#224; l'absence. Je les scrutais un &#224; un, comparant longuement leurs atouts, caressant les tissus, jouant avec les fermetures, les clips, les glissi&#232;res. Je me gavais du son charnu des boutons pression neufs, du moelleux d&#233;bilitant des velours, des &#233;ponges, des cotons. J'&#233;tais gagn&#233;e par une joie hyst&#233;rique, quelque chose prenait aussi solide qu'un ciment sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai arr&#234;t&#233; la voiture dans un chemin &#224; l'&#233;cart. Le printemps ici aussi forcissait &#224; vue d'&#339;il. Des &#233;changes secrets lui donnaient vie : poudres, pollens, insectes &#233;chafaudaient leur plan d'emprise sur l'hiver vieillissant. Tout ce que la nature avait tenu &#224; l'abri &#233;tait r&#233;quisitionn&#233;, mis au pas, quoi qu'il en co&#251;te. Les branches &#233;taient grosses de bourgeons, pr&#234;tes &#224; sombrer dans un vert &#233;ph&#233;m&#232;re. La lumi&#232;re prenait une teinte acidul&#233;e, virulente : elle devait porter la bonne nouvelle, la r&#233;surrection attendue et redout&#233;e. Elle puisait dans ses ultimes ressources pour r&#233;pondre &#224; l'effort de vie. &#199;a se passait au-del&#224; du pare-brise. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'int&#233;rieur de la voiture, j'incubais avec mon enfant-vol&#233;. Les vitres se couvraient lentement d'une bu&#233;e dont les membranes ont fini par se rejoindre au centre. Clos en l'&#339;uf. Autour de la voiture, comme un corps &#233;tranger autour duquel les chairs vives prolif&#233;raient pour l'absorber, l'annuler, tous, volatiles, insectes rampant, volant, grouillant, furetant, travaillaient fr&#233;n&#233;tiquement. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais chaud. Dans mon dos, sur la banquette arri&#232;re, le b&#233;b&#233; devait &#234;tre l&#224;. Je n'entendais rien, pas le moindre fr&#233;missement. J'aurais pu l'ignorer, et continuer de vivre comme si je n'avais pas d'enfant. Quand la bu&#233;e, notre bu&#233;e, s'est referm&#233;e sur nous, voilant d&#233;licatement le monde, je suis venue m'asseoir &#224; c&#244;t&#233; de lui. J'ai regard&#233; son visage, un visage d'humain ind&#233;fini et pr&#233;sent. Un inventaire fugace des visages de l'esp&#232;ce et le sien en surimpression, timide esquisse. Yeux, nez, bouche : aucun ne semblait encore avoir pris acte de son existence et de ses fonctions ; il r&#233;gnait sur ce visage un grand silence, un calme d'eaux inviol&#233;es. Je me suis pench&#233;e vers lui pour saisir son souffle ; au bout de quelques secondes, j'ai senti une pastille ti&#232;de se former sur ma joue. Une palpitation lente et douce. C'&#233;tait sa premi&#232;re adresse. Je ne saurais jamais rien de l'onde fabuleuse qui, disaient-elles toutes, parcourt un ventre ensemenc&#233; de trois mois mais j'avais, moi, sa respiration menue et r&#233;guli&#232;re sur ma peau. Je n'osais pourtant pas le prendre dans mes bras. Il devenait doucement mon enfant ; il naissait en moi par petites touches, par allusions. Ses froncements de sourcils, les sursauts batailleurs de ses bras &#822; comme s'il s'extrayait ainsi de ce n&#233;ant dont il &#233;tait frais &#233;moulu et qui l'attirait encore &#224; lui &#822; s'adressaient enfin &#224; moi, &#224; qui d'autre dans cette voiture. La moiteur &#233;paississait ; je sentais l'air ti&#233;dir mes narines et ma gorge glisser liquide dans mes poumons. La sueur d&#233;valait dans mon dos, s'immis&#231;ait entre mes seins, coulait son chemin jusqu'&#224; mes fesses et mon pubis. Cette touffeur nous baignait, nous rassemblait. Le printemps et son soleil acidul&#233; nous faisaient na&#238;tre l'un &#224; l'autre en douceur. J'ai commenc&#233; &#224; m'inqui&#233;ter pour la sant&#233; du petit. Il fallait qu'il respire un air vif. J'ai d&#233;cid&#233; de baisser un peu une vitre. Une expiration limpide a coul&#233; dans la voiture. J'allais reprendre ma place aupr&#232;s du b&#233;b&#233; quand j'ai entendu un cri, un seul hurlement h&#233;morragique. Il avait la voix de tous les nouveau-n&#233;s, &#233;raill&#233;e et imp&#233;rieuse. J'&#233;tais sonn&#233;e. Je ne me suis pas retourn&#233;e, j'avais peur de croiser son regard. Je ne savais plus rien, ni son d&#233;sir, ni le mien. J'aurais voulu que ce petit tout juste n&#233; soit pass&#233; de mon ventre &#224; mon sexe et ait &#233;t&#233; recueilli par les mains &#233;mues d'une sage-femme, qu'elle me l'offre tremblant, sid&#233;r&#233;, que nous partagions lui et moi, le temps d'un rien, de nos peaux rejointes, cet &#233;tat d'intense reconnaissance, en-de&#231;&#224; des mots, puis un temps apr&#232;s, sans mesure, qu'on nous s&#233;pare et qu'advienne l'amour et peut-&#234;tre aussi les larmes. Mais dans cette voiture plant&#233;e dans une campagne occup&#233;e ailleurs, il avait un temps d'avance sur moi, il avait d&#233;j&#224; accompli sa besogne de petit &#234;tre &#224; aimer. Moi, je n'avais eu le temps de rien. L'enfant m'&#233;tait arriv&#233; par effraction. Je ne reconnaissais pas ces pleurs, j'&#233;tais t&#233;tanis&#233;e, moins m&#232;re que jamais. Il continuait de hurler et je restais muette. Je n'avais pas pu le nommer, comment aurais-je pu le porter dans mes mots, qu'il repose en ma voix ? J'ai r&#233;alis&#233; soudainement que j'allais le tuer si je le gardais captif de mon silence infertile. J'ai repris ma place au volant et j'ai d&#233;marr&#233; la voiture. J'ai avanc&#233; sur le chemin cahoteux, le regard emm&#234;l&#233; dans le fouillis des voies ouvertes incessamment par les millions d'insectes besogneux. Puis j'ai rejoint la route, et le soleil maintenant dans notre dos nous poussait dans l'ombre entonn&#233;e doucement par la fin d'apr&#232;s-midi. Le b&#233;b&#233; pleurait encore d'une voix tenue, comme inusable. Au bout d'un moment, j'ai entendu ses sanglots couler vers moi, c&#233;der &#224; la plainte pour m'entra&#238;ner avec eux. J'ai acc&#233;l&#233;r&#233;, forc&#233; la ville qui r&#233;sistait. Je suis arriv&#233;e &#224; l'entr&#233;e de l'h&#244;pital o&#249; j'avais enlev&#233; le b&#233;b&#233;, devant la barri&#232;re du poste de surveillance. Qu'allais-je dire au garde pour qu'il me laisse entrer ? Les cris du b&#233;b&#233; ont r&#233;pondu &#224; ma place. Sans h&#233;siter, il a ouvert la barri&#232;re, convaincu d'une urgence. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai gar&#233; la voiture devant les urgences maternit&#233;, baiss&#233; les vitres de la voiture, je suis sortie et me suis mise &#224; courir. Tous les b&#226;timents de l'h&#244;pital &#233;taient abandonn&#233;s &#224; l'ombre opaline du soir naissant. Je me suis envelopp&#233;e dans cette gaze protectrice et j'ai continu&#233; ma course, la respiration bouch&#233;e par mes sanglots. Je n'ai crois&#233; qu'un personnel de l'h&#244;pital, une blouse blanche press&#233;e qui ne s'est pas int&#233;ress&#233;e &#224; moi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'avais pas r&#233;ussi &#224; &#234;tre m&#232;re, m&#234;me quelques heures, m&#234;me d'un nourrisson inoffensif. Je l'avais rendu parce que je ne pouvais pas lui parler, le nommer, l'entendre, je ne pouvais que le soigner comme une chatte son chaton ; je ne l'avais pas couv&#233;, pas vraiment d&#233;sir&#233;, lui, ce petit bout de chair hors de mon histoire. Ce n'&#233;tait pas lui qui m'avait manqu&#233; toutes ces ann&#233;es, pas lui cet enfant qui avait fait son nid dans mes r&#234;ves, lui que j'imaginais s'&#233;tendre en moi, repoussant mes limites, m'annexant pour faire vie, confondant alors mon c&#339;ur et le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	D&#233;cembre finissant enfante des jours durcis, sous leur glacis blanch&#226;tre. Tourn&#233;e vers elle-m&#234;me, la v&#233;g&#233;tation endolorie, intouchable, affiche son d&#233;s&#339;uvrement. Rien ne l'anime, aucune &#233;treinte, aucune &#233;chapp&#233;e vers le ciel. Tout s'&#233;puise &#224; s'&#233;viter : les oiseaux volent seuls, les arbres sont h&#233;riss&#233;s, l'air tranchant. C'est la terre qui semble tout avaler, dans une brutalit&#233; incolore et inodore. Une lente et m&#233;thodique d&#233;construction du vivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai re&#231;u ce matin un courrier de l'h&#244;pital. Le service d'Assistance M&#233;dicale &#224; la Procr&#233;ation me demande ce que je veux faire de mes embryons congel&#233;s non transf&#233;r&#233;s. Ils sont trois &#224; attendre un destin dans des eaux caill&#233;es. J'ai le choix de les d&#233;truire, les offrir &#224; un couple infertile ou &#224; la recherche m&#233;dicale. Dans tous les cas, je vais devoir les abandonner. Je voudrais les laisser flotter mes b&#233;b&#233;s, fig&#233;s &#233;ternellement &#224; J plus un, absents du temps. Dans mon ventre, cette douleur qui me sangle. Elle est bien arrim&#233;e, elle, pas de risque qu'elle se d&#233;croche. C'est tout ce qui me reste de cette aventure d&#233;sastreuse. Un avatar. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai d&#233;cid&#233; de leur donner vie. Je vais les unir &#224; de parfaits inconnus, sans garantie de futur, et m&#234;me d'amour. Et moi je n'aurai que le souvenir de mon d&#233;sir d'&#234;tre m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un 25 mars, autre. L'avanc&#233;e des jours n'est enfin plus gripp&#233;e par le gel. Sous la lumi&#232;re enrobante du matin, je marche dans la ville. Avec moi ce d&#233;sir d'enfant obs&#233;dant comme une ritournelle ; j'en croise des dizaines dont les visages portent tous la trace de mon d&#233;sir. Une part de moi infime a &#233;t&#233; revers&#233;e &#224; l'esp&#232;ce humaine, a pris vie quelque part dans ces petits corps g&#233;n&#233;reux. Ils d&#233;filent sous mes yeux et ne cesseront plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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