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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>La derni&#232;re comp&#233;tition.</title>
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		<dc:date>2016-11-27T20:10:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Teper</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'ambition &#233;loigne l'homme de lui-m&#234;me : il se quitte pour arriver. F.Dard &lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; la Manche, Jack, immobile, se tenait debout sur la dune blanche de Berck, &#224; la fin de la terre, au d&#233;but de la mer, &#224; la fronti&#232;re, &#224; la limite de deux mondes. Deux mondes comme la vie et la mort. Les sourcils de Jack se contract&#232;rent. Sa respiration s'acc&#233;l&#233;ra. Il lutta pour &#233;merger du sentiment de culpabilit&#233; qui s'abattit sur lui. Dans sa t&#234;te, la houle ; devant lui, le calme de la mer. Ses yeux err&#232;rent sur cette (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton598.jpg?1480277455' width='106' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ambition &#233;loigne l'homme de lui-m&#234;me :&lt;br class='autobr' /&gt; il se quitte pour arriver.&lt;br class='autobr' /&gt; F.Dard&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_248 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/arton598.jpg?1480338029' width='500' height='710' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-248 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2016
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la Manche, Jack, immobile, se tenait debout sur la dune blanche de Berck, &#224; la fin de la terre, au d&#233;but de la mer, &#224; la fronti&#232;re, &#224; la limite de deux mondes.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;i&gt;Deux mondes comme la vie et la mort.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Les sourcils de Jack se contract&#232;rent. Sa respiration s'acc&#233;l&#233;ra. Il lutta pour &#233;merger du sentiment de culpabilit&#233; qui s'abattit sur lui. Dans sa t&#234;te, la houle ; devant lui, le calme de la mer. Ses yeux err&#232;rent sur cette &#233;tendue famili&#232;re qui, aujourd'hui, lui offrait, sous un soleil de printemps, une palette de couleurs froides, nuanc&#233;es et piquet&#233;es de paillettes luisantes. Flots tranquilles. Ondulations vers la plage. La paix succ&#233;dait &#224; l'orage. La brise caressa la joue de Jack. Ses pr&#233;occupations s'att&#233;nu&#232;rent, mais ne le quitt&#232;rent pas. Il ne pourrait jamais ni oublier ni se pardonner. Il devait vivre avec ce poids ou ne pas vivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des mouettes volaient entre le ciel et l'eau, d'autres flottaient comme des fleurs et d'autres encore, en bonne harmonie avec les go&#233;lands, patientaient sur le rivage. Des chars &#224; voile, pouss&#233;s par le vent, filaient sur le banc de sable puis viraient de bord. Le vent captur&#233;, color&#233;, d&#233;guis&#233; en m&#233;duses et en crabes, se soumettait aux mains des cerfs-volistes. Seize ans plus t&#244;t, ici m&#234;me, Arthur, Paul et lui maniaient leur aigle g&#233;ant pour la rencontre internationale de cerfs-volants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; la mer, debout sur la dune, Jack voyait d&#233;filer sa jeunesse avec Paul. Le temps n'att&#233;nuait ni l'amertume de ces souvenirs ni son remords. Comme le surfeur, qu'il &#233;tait, &#224; la recherche d'une bonne vague d&#233;ferlante, il attendait. Il attendait quelque chose, mais ne savait pas quoi. Le visage souriant de Paul se tournait lentement vers lui. Un visage rond, des joues pleines, imberbes. Une t&#234;te joviale aux yeux p&#233;tillants. Paul, son ami, son co&#233;quipier, son complice. Une amiti&#233; qui durait depuis seize ans. Qui avait dur&#233; seize ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul &#233;tait mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jack l'avait tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voiles s'enflaient et fuyaient sur la mer, vers le Nord, au-del&#224; du Touquet. Jack tourna la t&#234;te de l'autre c&#244;t&#233;, vers Berck, puis de nouveau vers le Touquet. Douze kilom&#232;tres de plage ou douze kilom&#232;tres de dunes qui ne les avaient jamais s&#233;par&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux chevaux, dans un petit galop, effray&#232;rent la bande d'oiseaux qui s'envol&#232;rent en piaillant. Jack, le comp&#233;titeur, prit ces cris comme signal de d&#233;part. Il se mit en route, laissant la ville natale de Paul, dans son dos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il pr&#233;f&#233;ra traverser les dunes, son d&#233;sert de sable que la mer ne pouvait reprendre ; le pays de son imaginaire peupl&#233; d'&#234;tres invisibles, la m&#233;moire de ses souvenirs. Succession de petites collines h&#233;riss&#233;es d'oyats et de ravins. Monter, descendre. &lt;i&gt;Escalader, d&#233;bouler. Paul, Arthur et Jack ont 10 ans, 15 ans, 20 ans. Ils courent, se poursuivent et Jack pousse Paul pour le d&#233;passer...&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il marcha dans le sable profond. Il avan&#231;a, progressa, s'all&#233;gea, se lib&#233;ra et entendit, enfin, la symphonie qui se jouait autour de lui : la basse continue de la mer accompagnait le sifflement des vents et les solos des oiseaux marins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, il ressentit quelque chose qu'il ne savait pas d&#233;finir, tourna la t&#234;te. Quelqu'un ne le suivait-il pas ? Ses appels &#224; la raison &#233;chou&#232;rent. La police avait conclu &#224; un accident. L'affaire &#233;tait class&#233;e. Class&#233;e pour la justice, mais ni pour lui ni pour Arthur. Toute tentative d'oubli &#233;tait impossible : les yeux d'Arthur qu'il croisait au club ou dans la ville l'accusaient. Il n'assumait pas son regard. Ni le jour ni la nuit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il tourna encore une fois la t&#234;te. Les oyats se balan&#231;aient. Il respira profond&#233;ment, se calma, reprit son pas et, dos &#224; la mer, s'enfon&#231;a dans le c&#339;ur du massif dunaire. Il atteignit un espace plus d&#233;gag&#233;, une d&#233;pression, une panne humide, &#171; le tr&#233;sor des dunes &#187;, disait Arthur, le naturaliste. Ne pouvait-il pas effacer Arthur de ses pens&#233;es ? Un cri rauque se rapprocha. Jack sursauta. Une mouette, aux bec et pattes rouges, nichait, l&#224;, quelque part et n'appr&#233;ciait pas sa pr&#233;sence. Il scruta chaque recoin. Il appela : &#171; Arthur ? &#187; Le mot s'envola dans la brise du large. Jack changea de direction et gravit de nouveau le cordon dunaire. La mer r&#233;apparut. Ses vagues caressaient le sable. Il enleva ses tennis, d&#233;vala la pente avant d'atteindre la plage et courut vers elle. Elle l&#233;cha ses pieds. Elle luisait. Des &#233;toiles de soleil scintillaient &#224; sa surface. L'odeur de la mar&#233;e l'enivra et l'envie de glisser sur elle le saisit. Il allongea le pas en direction de son club nautique, la Base Sud du Touquet.&lt;br class='autobr' /&gt; Jack le reconnut de loin. Arthur &#233;tait l&#224;. Adoss&#233; au mur. Un malaise s'empara de lui, mais il ne ralentit pas. Il ma&#238;trisa ses battements de c&#339;ur et le rejoignit. &lt;br /&gt;&#8212; Je suis all&#233; au cimeti&#232;re... C'est son anniversaire. &lt;br /&gt;&#8212; Ils me l'ont dit, r&#233;pondit Arthur en pointant son pouce vers le club. Tu es revenu &#224; pied ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack confirma de la t&#234;te. Il fuyait son regard. &lt;br /&gt;&#8212; Je dois passer &#224; la Base Nord, tu m'accompagnes ? J'ai ma voiture, lan&#231;a Arthur&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack lui jeta &#224; la d&#233;rob&#233;e un coup d'&#339;il. Rien dans son attitude ne lui fit craindre une menace. Il le suivit jusqu'au parking sans prononcer un mot.&lt;br class='autobr' /&gt; Arthur d&#233;marra. Ils roul&#232;rent vers l'&#233;cole de voile de leur enfance, la Base Nord du Touquet. Il se gara &#224; l'entr&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
En s'&#233;loignant de la voiture, Jack sentit sur lui le regard d'Arthur qui fermait la porti&#232;re. Il lui fit un signe de la main et se dirigea vers la terrasse du club house, le laissant aller observer une fleur, un oiseau ou il ne savait quoi. Il s'assit &#224; une des tables en bois et regarda la baie. Large espace paisible. Aucun obstacle pour les yeux. Sensation de pl&#233;nitude. La mar&#233;e &#233;tait basse. Sur le banc du Pilori, la fl&#232;che sableuse qui barrait en partie l'estuaire, des cormorans, des mouettes, des go&#233;lands et des p&#234;cheurs &#224; pied, &#224; la recherche de coques et de couteaux. &lt;i&gt;&#192; mar&#233;e haute, des bateaux de plaisance les remplaceront et la Canche m&#234;lera ses eaux &#224; celles de la Manche avant de longer la pointe de Lornel. Il hocha la t&#234;te avec un certain abattement. M&#233;lange d'eau douce et d'eau sal&#233;e. Encore deux mondes qui se croisent, luttent pour gagner leur place et la rivi&#232;re se noie dans la mer...&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Lieu de pr&#233;dilection pour les migrateurs, lui souffla Arthur dans l'oreille avant de s'asseoir en face de lui.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu te souviens du sauvetage des deux randonneurs dans la baie ?
&lt;br /&gt;&#8212; Sans notre Paul, ils &#233;taient morts. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jack acquies&#231;a d'un signe de t&#234;te.
&lt;br /&gt;&#8212; Bon... on l&#232;ve le camp ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils quitt&#232;rent la terrasse, long&#232;rent, sans les regarder, les bateaux align&#233;s de part et d'autre de l'all&#233;e, avant de retrouver leur voiture&lt;br class='autobr' /&gt; Arthur mit le contact, h&#233;sita, prit le volant et, finalement, demanda :
&lt;br /&gt;&#8212; Je te ram&#232;ne ?
&lt;br /&gt;&#8212; Tu peux aller au Gris-Nez ? J'ai un rendez-vous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arthur le d&#233;visagea. Quel rendez-vous pouvait avoir ce moniteur de planche et de char &#224; voile sur une falaise ? Une fille ? Il d&#233;marra sans poser de question et prit la direction d'&#201;taples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils franchirent le pont qui enjambait la Canche et tourn&#232;rent &#224; gauche en direction de Boulogne. Le bateau Stapula, sur son talus herbac&#233;, dos &#224; la baie, les toisait. Arthur jeta un &#339;il complice vers Jack : ils y avaient emmen&#233; des filles. Et il parla de la p&#234;che au crabe, du flobart de son grand-p&#232;re, mais sa voix le trahissait. Ses mots aussi. Il parlait pour parler. Parler pour &#233;viter le silence. Parler pour ne pas penser &#224; Paul. En longeant les dunes de Lornel, il les pointa et reprit l'assurance du naturaliste. &lt;br /&gt;&#8212; Tu te souviens de mon terrier de lapin cannibale ? On avait quoi ? 8 ans ?
&lt;br /&gt;&#8212; On y avait cru, r&#233;pondit Jack. Tu as toujours su nous bluffer, et tu veux continuer. Pourquoi tu m'as attendu au club ? Pourquoi tu m'accompagnes ?&lt;br class='autobr' /&gt; Arthur, en guise de r&#233;ponse, &#233;voqua les b&#233;casses et les tadornes de belon qui vivaient sur le site, l'action du conservatoire dans la protection des esp&#232;ces... Jack appuya sa t&#234;te contre la vitre. Il ne s'int&#233;ressa ni &#224; la conf&#233;rence d'Arthur ni aux petits spectacles que la route lui donnait. Il ferma les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arthur continua de citer les plantes et les animaux pr&#233;serv&#233;s sur le littoral. Il ralentit et se tut en traversant Ambleteuse. Jack ouvrit les yeux, se redressa. Son regard se posa sur les passants. Aucun d'eux ne suspectait le poids qui le lestait ni la douleur qu'il ma&#238;trisait. Il envia leur l&#233;g&#232;ret&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arthur acc&#233;l&#233;ra &#224; la sortie de la ville. Jack l'observa un instant. &lt;i&gt;Pourquoi m'a-t-il attendu au club ? Pourquoi m'accompagne-t-il ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Cap Gris-Nez, Jack se dirigea vers le Centre R&#233;gional Op&#233;rationnel de Surveillance et de Sauvetage, vaste b&#226;timent, au pied du phare, qui imposait le respect. Une saveur am&#232;re lui monta &#224; la gorge. Il sentit un m&#233;lange de naus&#233;e et de col&#232;re en lui. Pourquoi venir ici ? Ne se fustigeait-il pas lui-m&#234;me ? Paul appelait toujours ce centre pour un sauvetage. Jack avait fait de m&#234;me pour lui. Ils avaient d&#233;p&#234;ch&#233; et le Groupement d'Intervention en Milieu P&#233;rilleux et l'h&#233;licopt&#232;re de la s&#233;curit&#233; civile, mais l'h&#233;litreuillage n'avait remont&#233; qu'un sac noir &#224; forme humaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack se sentit seul. Seul, talonn&#233; par Arthur. Seul au milieu d'un va-et-vient de touristes intrigu&#233;s par le bal des oiseaux, impressionn&#233;s par la vue qu'offrait le site et d&#233;&#231;us par l'absence, &#224; cette &#233;poque, des phoques gris et des veaux marins en contrebas. Le vent s'amusait avec les chapeaux et les jupes. &lt;br class='autobr' /&gt; Jack s'arr&#234;ta devant l'entr&#233;e, ferma un instant les yeux. Il semblait attendre un ordre venu du ciel.
&lt;br /&gt;&#8212; Jack, &#231;a va ?
&lt;br /&gt;&#8212; &#199;a va.
&lt;br /&gt;&#8212; Viens voir les eiders &#224; duvet, &#231;a te changera les id&#233;es !
&lt;br /&gt;&#8212; Va voir tes canards sans moi ! On se retrouvera pr&#232;s du phare.
&lt;br /&gt;&#8212; Ce ne sont pas des canards.
&lt;br /&gt;&#8212; Pour moi, c'en sont. Okay, Dalila ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le visage rieur de Paul leur souriait : c'&#233;tait sa plaisanterie. Arthur haussa les &#233;paules et le laissa. Quelques minutes s'&#233;coul&#232;rent encore avant que Jack repr&#238;t son pas et entr&#226;t dans le b&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ressortit plus t&#244;t que pr&#233;vu. Personne au pied du phare. Des plumes de nuages, dans le souffle du vent, filaient, s'effilochaient sur un fond bleu p&#226;le. Belle journ&#233;e de printemps. Il fit glisser la fermeture de sa veste, s'engagea sur un sentier et s'arr&#234;ta pr&#232;s d'un vieux trou de bombe. Leur ancien abri o&#249;, arm&#233; d'une lunette, Arthur surveillait, nommait, notait les passages des migrateurs tandis que Paul et lui, comme deux pirates, observaient les bateaux et les ferries d&#233;filant dans le d&#233;troit. Paul parlait d&#233;j&#224; de traverser la Manche &#224; la nage. La mer le fascinait, l'obs&#233;dait. Il voulait la dominer, en devenir ma&#238;tre, mais on ne domine pas la mer. Fils de p&#234;cheur, il le savait. Alors, il avait d&#233;cid&#233; de d&#233;fier ses courants, sa temp&#233;rature de quinze degr&#233;s qui le saisirait apr&#232;s une immersion de plusieurs heures, le saisirait, mais ne l'arr&#234;terait pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack s'assit, ramena ses pieds sous ses cuisses et, les yeux grand ouverts, contempla, depuis les hauteurs du Cap Gris-Nez, la fronti&#232;re entre la mer du Nord et Manche, puis, &#224; sa droite, la baie de Wissant, un arc de cercle de plage bord&#233; d'un massif dunaire que la mer, avec ses vagues, ses dents, rognait. Les larmes mont&#232;rent, une &#224; une, douces, et gliss&#232;rent sur sa joue. Il sentit en lui quelque chose l&#226;cher, tomber. Quelque chose d'oppressant comme la porte d'une prison : l'envie de gagner &#224; tout prix. Il se laissa aller pour la premi&#232;re fois de sa vie de comp&#233;titeur. Il ne se battit plus, il ne lutta plus. Pleurer, c'&#233;tait reconna&#238;tre sa d&#233;faite, son erreur. Il les reconnut et pleura. &lt;i&gt;Paul, que voulions-nous prouver ?... On n'avait m&#234;me pas la peur comme garde-fou... Ils ont conclu &#224; un accident, mais toi et moi, on conna&#238;t la v&#233;rit&#233;, n'est-ce pas ?... Tu as toujours &#233;t&#233; le plus fort et tu le resteras, m&#234;me dans cette derni&#232;re &#233;preuve. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au retour d'Arthur, et avant d'entendre son rapport sur les oiseaux, il annon&#231;a, sur un ton ferme et d&#233;finitif :
&lt;br /&gt;&#8212; On file au Cap Blanc-Nez
&lt;br /&gt;&#8212; &#173;Mais la mar&#233;e va monter !
&lt;br /&gt;&#8212; &#173;Entra&#238;nement pour ton trail de la C&#244;te d'Opale, on y court.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Jack s'engagea sur le sentier de grande randonn&#233;e qui menait &#224; la falaise blanche. Pour la premi&#232;re fois depuis la mort de Paul, il sentit son corps, son &#234;tre. Il redevenait ma&#238;tre de sa volont&#233;. Il &#233;tait pr&#234;t pour r&#233;gler un compte avec lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la baie de Wissant, le vent et la mer s'agit&#232;rent plus que les deux coureurs. Les vagues s'&#233;lev&#232;rent, se couvrirent d'&#233;cume, mais Jack et Arthur semblaient ne rien entendre, ne rien voir. Des coquillages craqu&#232;rent sous leurs pieds. Des enfants ramass&#232;rent leur ballon et les laiss&#232;rent passer. Quelques mouettes leur c&#233;d&#232;rent la place en s'envolant. Un v&#233;liplanchiste les salua de la main.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux hommes fix&#232;rent, comme hypnotis&#233;s, l'extr&#233;mit&#233; de la baie, une falaise, un mur blanc de cent trente m&#232;tres de haut.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Paul, Arthur et Jack... L&#224;-haut. &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La mer montait. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Paul, Arthur et Jack, au bord de la falaise. L&#224;-haut. Heureux d'&#234;tre ensemble. Le vent soufflait dans leurs oreilles. Ils chantaient, riaient, se provoquaient... La joie, le partage d'une r&#233;ussite, celle de Paul admissible au concours des sapeurs-pompiers premi&#232;re classe... &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils gravirent la pente sableuse et caillouteuse, sous les cris joyeux, excit&#233;s des couples de go&#233;lands stationn&#233;s sur les corniches pour nicher. Au sommet, Jack rejoignit les traces de Paul. Ils avan&#231;aient vers le bord de la falaise... &lt;i&gt;Paul, en t&#234;te, comme ivre, et lui, plus fou encore... puis, derri&#232;re eux, Arthur, une bouteille de champagne &#224; la main. Le vent soufflait fort. Un appel... Jack et Paul se retourn&#232;rent, Arthur lan&#231;a la bouteille...&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent soufflait. Le ciel blanchissait. Les herbes s'affolaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack passa sa main dans ses cheveux avec la volont&#233; de se ressaisir. Les deux amis marchaient dans les traces de Paul. Les c&#244;tes anglaises, blanches comme la peur, les regardaient. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;C'&#233;tait l&#224;. &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jack avan&#231;a jusqu'au bord extr&#234;me. Arthur aussi. Un pas de plus ? Les deux hommes s'observ&#232;rent. Les chocs de la mar&#233;e contre la falaise r&#233;sonnaient... &lt;i&gt;Choc de deux corps qui s'&#233;l&#232;vent comme deux vagues... Paul... chute libre entre la France et l'Angleterre.&lt;/i&gt; Et soudain, un cri, un seul cri, un cri longtemps contenu dans les entrailles de Jack s'&#233;chappa de ses l&#232;vres, monta, s'&#233;leva au-del&#224; du Cap et se perdit dans les hauteurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent le gifla.&lt;br class='autobr' /&gt;
La respiration moins oppress&#233;e, Jack se retourna. Arthur, le visage crisp&#233;, les l&#232;vres tremblantes, pleurait en silence. Pour la premi&#232;re fois depuis la mort de Paul, Jack ne d&#233;tourna pas ses yeux. Arthur sursauta comme si ce regard, une aiguille, s'enfon&#231;ait en lui. Il cria :
&lt;br /&gt;&#8212; Ne me regarde pas comme &#231;a ! &lt;br /&gt;&#8212; C'est son anniversaire. Sors ta bouteille ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces mots secou&#232;rent Arthur comme un &#233;lectrochoc. La salive sortit de sa bouche avant le hurlement :
&lt;br /&gt;&#8212; C'est lui qui nous a entra&#238;n&#233;s ! C'est toi qui l'as tu&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux hommes ne boug&#232;rent pas, indiff&#233;rents au passage des randonneurs et &#224; la surveillance des go&#233;lands, pr&#234;ts &#224; les attaquer s'ils approchaient de leurs nids.
&lt;br /&gt;&#8212; Je l'ai pouss&#233; pour gagner, Arthur, comme je l'ai toujours pouss&#233;. Il est tomb&#233; comme il est toujours tomb&#233;, mais cette fois-ci, il n'y avait plus de sol... Plus de sol... &lt;br class='autobr' /&gt;
Arthur se d&#233;tourna, s'&#233;loigna, h&#233;sita, s'arr&#234;ta, revint sur ses pas, et confia :
&lt;br /&gt;&#8212; Il est mort &#224; cause de moi... Je t'ai attendu au club pour te dire &#231;a... Vous avanciez vers le vide et j'ai lanc&#233; la bouteille...
&lt;br /&gt;&#8212; On a saut&#233; pour l'attraper... &lt;br /&gt;&#8212; Je vous connaissais et j'ai quand m&#234;me lanc&#233; la bouteille...
&lt;br /&gt;&#8212; &#173;Il &#233;tait en l'air avant moi... toujours plus rapide... je l'ai pouss&#233;... J'ai eu la bouteille. J'ai gagn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dernier mot fut inaudible. Aucun des deux n'osait regarder l'autre. Chacun restait, t&#234;te baiss&#233;e, dans sa douleur avec sa responsabilit&#233;. Aucun des deux ne serra l'autre dans ses bras pour l'apaiser, pour s'apaiser dans la chaleur de l'empathie jusqu'&#224; ce que les larmes se tarissent. Puis, le regard de Jack s'accrocha aux ailes d'un go&#233;land et ils plan&#232;rent ensemble.
&lt;br /&gt;&#8212; Paul s'est approch&#233; du bord ; il aimait le frisson du danger. Il le recherchait comme on recherche celui de l'orgasme. Il violait ses propres limites pour jouir. Prendre des risques &#233;tait le moteur m&#234;me de sa vie. Et on se d&#233;fiait comme deux m&#226;les pour une femelle, sauf qu'eux sont plus intelligents : ils s'intimident et la plupart du temps, l'un c&#232;de. Et nous, la plupart du temps, on ne c&#233;dait pas...&lt;br class='autobr' /&gt;
Arthur ne l'interrompait pas. Seuls, ses yeux bougeaient. Ils allaient et venaient sur cette t&#234;te brune qui regardait l'oiseau, sur ce corps d'athl&#232;te qui vacillait.
&lt;br /&gt;&#8212; J'ai toujours cru en moi, je n'ai jamais voulu perdre... mais j'ai perdu le sens m&#234;me de la vie... L'ambition des conqu&#233;rants, des guerriers avec des adversaires &#224; terrasser me faisait avancer ; et une victoire en exigeait une autre, un record en appelait un autre. Je m'entra&#238;nais pr&#232;s de vingt-cinq heures par semaine... &lt;br class='autobr' /&gt;
Ses doigts se serr&#232;rent et se referm&#232;rent dans sa paume, puis il hocha la t&#234;te comme il le faisait souvent quand il avait saisi quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arthur posa sa main sur son &#233;paule :
&lt;br /&gt;&#8212; Pourquoi m'as-tu entra&#238;n&#233; ici ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les yeux, mouill&#233;s, riv&#233;s sur ses pieds, Jack s'attardait. Ses mains tripotaient un pan de sa chemise. On n'entendait que le battement sourd et lointain des flots.
&lt;br /&gt;&#8212; Pourquoi m'as-tu entra&#238;n&#233; ici ? &lt;br /&gt;&#8212; Pour Paul. Pour te montrer, comme il nous l'a montr&#233;e, cette mer entre Douvres et Cap Gris-Nez, ces quarante kilom&#232;tres qu'il voulait franchir &#224; la nage en juillet. Je vais le faire pour lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun mot ne put sortir de la bouche d'Arthur.
&lt;br /&gt;&#8212; Comme les inscriptions sont closes, il me fallait l'accord du Centre de Gris-Nez pour prendre sa place. L'&#233;quipe qui devait le suivre, son entra&#238;neur, son escorte, me suivra. Il avait pr&#233;vu onze heures pour r&#233;aliser cette travers&#233;e. Ce sera notre derni&#232;re comp&#233;tition, notre derni&#232;re folie et ma derni&#232;re ambition sportive : j'essaierai de maintenir son allure pour l'honorer, je lutterai, mais j'ai peu de chances : il est plus fort que moi, il va gagner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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