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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title> Carottes et amour tendre</title>
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		<dc:date>2017-11-30T22:17:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maya Bellamie</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je d&#233;teste les l&#233;gumes. J'ai toujours d&#233;test&#233; les l&#233;gumes. En quatre-vingts ans, personne n'a jamais r&#233;ussi &#224; m'en faire manger. Ni ma m&#232;re, la pauvre femme, ni ces salet&#233;s d'infirmi&#232;res qui viennent tous les jours, plus vicieuses les unes que les autres. Je d&#233;teste les l&#233;gumes. Crus ou cuits. Et les pur&#233;es, que dire des pur&#233;es ! &#192; 3 mois, je les vomissais d&#233;j&#224; ! Et maintenant que j'ai plus de dents, ils voudraient recommencer &#224; m'en faire avaler. Veulent pas me torcher, aussi ? Quoi je suis m&#233;chant ? Je fais (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton766.jpg?1512078192' width='150' height='83' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_268 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/carottes_et_amour_tendre.jpg?1512078205' width='500' height='275' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-268 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2017
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;teste les l&#233;gumes. J'ai toujours d&#233;test&#233; les l&#233;gumes. En quatre-vingts ans, personne n'a jamais r&#233;ussi &#224; m'en faire manger. Ni ma m&#232;re, la pauvre femme, ni ces salet&#233;s d'infirmi&#232;res qui viennent tous les jours, plus vicieuses les unes que les autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;teste les l&#233;gumes. Crus ou cuits. Et les pur&#233;es, que dire des pur&#233;es ! &#192; 3 mois, je les vomissais d&#233;j&#224; ! Et maintenant que j'ai plus de dents, ils voudraient recommencer &#224; m'en faire avaler. Veulent pas me torcher, aussi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi je suis m&#233;chant ? Je fais pleurer les infirmi&#232;res, eh bien tant pis pour elles ! Je les paye, elles n'ont qu'&#224; faire leur boulot ! Elles sont incomp&#233;tentes, je les gifle ! Elles arrivent avec le sourire, je leur dis un truc m&#233;chant. De quoi leur faire perdre leur bonne humeur. Est-ce que je suis de bonne humeur, moi ? Vous croyez que la vie, c'est le paradis ? Autant leur montrer tout de suite que la vie, c'est sacr&#233;ment dur, qu'on en bave. Elles sont contentes avec leur petit minois bien fait, elles r&#234;vent au grand amour, mais elles verront ce qu'il devient le grand amour quand elles se seront fait engrosser deux ou trois fois ! Elles me remercieront un jour de les avoir pr&#233;venues. Elles me traitent de vieux bouc, et alors ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;teste les l&#233;gumes, je l'ai d&#233;j&#224; dit. Croyez pas que je sois s&#233;nile, j'ai toute ma t&#234;te, je sais quand je me r&#233;p&#232;te. Et comme c'est mon histoire, je peux me r&#233;p&#233;ter comme il me chante. Vous n'allez pas non plus commencer &#224; m'&#233;nerver. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;teste les l&#233;gumes, oui, et il a fallu qu'il s'installe l&#224;, ce fichu magasin, juste en face de ma fen&#234;tre. Histoire de me pourrir la vie. Au moindre coup d'&#339;il dans la rue, je ne vois plus que lui. Lui et son enseigne rose &#171; Carottes et Amour Tendre &#187;. Pouah, c'est niais &#224; vomir, le monde d&#233;bloque ou quoi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but, je me suis bien marr&#233;. J'ai pens&#233; &#224; une boutique o&#249; on vend ces trucs, vous savez ? La carotte, quoi, faut pas vous faire un dessin ? J'esp&#233;rais mater tout un tas de pervers de ma fen&#234;tre. J'avais demand&#233; &#224; l'autre demeur&#233; de kin&#233; de placer mon fauteuil bien en face pour pas en louper une miette le jour o&#249; elle allait ouvrir. Comment, vous voyez pas pourquoi ? Vous &#234;tes lents de la carburette, ma parole ! Le spectacle &#224; ne pas manquer, des minettes en jupes en cuir et talons hauts et des petits mecs pour fourrer leurs langues dans leurs bouches, l&#224; juste sous ma fen&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bon enfin, me voil&#224; bien d&#233;&#231;u quand la bonne femme, elle l'a ouvert son magasin. Voil&#224; t'y pas qu'elle commence &#224; d&#233;baller son &#233;talage sous mon nez ! Pour profiter au maximum du spectacle, je m'&#233;tais confortablement install&#233; dans mon fauteuil, j'avais sorti ma petite bouteille du tiroir secret. Je l'&#233;conomise car l'autre andouille de femme de m&#233;nage, elle me dit qu'elle a pas le droit de m'en apporter, que le m&#233;decin l'a interdit, c'est pas bien avec mes m&#233;dicaments. Comme si &#224; mon &#226;ge, la sant&#233;, c'&#233;tait important ! C'est ma mort qu'ils veulent tous, je le sais bien. Ils veulent me tuer &#224; petit feu en me privant de tous les plaisirs. Mais je leur ferai pas cette joie, je peux encore leur en faire baver. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors bon, la petite dame du magasin commence &#224; d&#233;baller sa marchandise. Enfin petite, je dirais qu'elle &#233;tait plut&#244;t bien en chair, tout ce qu'il faut pour des mains baladeuses ! &#192; mon &#226;ge, faut bien mater, car &#224; part mettre la main aux fesses aux infirmi&#232;res, y'a plus grand-chose &#224; ma port&#233;e. Quoi, quel rapport ? Je vous explique pour que vous compreniez bien le contexte. Donc dans la rue, depuis ma fen&#234;tre, je mate. Je classe en cat&#233;gories, les grosses, celles qui ont un balai dans le cul, et celles dont je regarderais bien la culotte. Trois cat&#233;gories, sinon je m'embrouille et je perds le compte de mes statistiques. Au d&#233;but, j'en avais quatre, mais j'ai supprim&#233; celle des pr&#233;-pub&#232;res parce qu'elle ne servait &#224; rien. De toute mani&#232;re, je les mettais tout le temps dans le troisi&#232;me groupe, alors j'ai simplifi&#233;&#8230; Quoi, que j'en vienne au fait ? Mais j'y suis au fait, j'y suis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors j'en &#233;tais o&#249; ? Vous voyez, &#224; force de m'interrompre, je ne sais plus o&#249; j'en suis. Donc oui, la vendeuse, imm&#233;diatement class&#233;e en troisi&#232;me cat&#233;gorie. Avec l'&#226;ge, faut vraiment qu'elles soient tr&#232;s grosses pour que je ne veuille pas voir leur culotte. On fait avec ce qu'on trouve. Donc la vendeuse, voil&#224; t'y pas qu'elle se met &#224; sortir des poireaux, des courgettes et des aubergines et &#224; les installer bien en vue dans la rue. Je me suis dit &#171; ben mon vieux, les habitudes elles ont bien chang&#233;, c'est ce qu'on dit &#224; la t&#233;l&#233; dans tous ces reportages sur le retour &#224; la nature&#8230; mais quand m&#234;me ! Les bobos ils vont loin &#187;. Puis elle a sorti des melons&#8230; Mon imagination s'est mise &#224; travailler s&#233;v&#232;re. Puis quand elle est pass&#233;e aux oignons, l&#224; j'ai eu un doute. C'est avec les past&#232;ques que mon sex-shop s'est transform&#233; en primeur ! Vous n'imaginez pas ma t&#234;te quand j'ai compris. M&#234;me la bibine, elle est tomb&#233;e par terre, j'ai presque failli en renverser. Heureusement que non, j'en avais pas d'autre d'avance. Bon, &#231;a c'est pas la peine de l'enregistrer, c'est pas important dans l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenons &#224; ce fichu magasin &#171; Carottes et Amour Tendre &#187;. Est-ce que le nom a un rapport avec mon histoire ? Je vous en pose moi, des questions ? Comment &#231;a, c'est votre m&#233;tier ? Je le sais bien, vous pensez que je me crois o&#249; ? Bien s&#251;r que le nom a un rapport ! Sinon, pourquoi j'en parlerais ? Hein ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voici, moi et ma petite fiole, atterr&#233;s, devant la devanture d'un primeur. Et c'est l&#224; que les ennuis ont vraiment commenc&#233;. Ils ont commenc&#233; &#224; envahir le quartier. Tous les bobos du coin, avec leurs v&#233;los, leurs cheveux grisonnants et leurs v&#234;tements en coton informes se sont mis &#224; se promener devant ma fen&#234;tre. Y'a rien de plus d&#233;primant &#224; regarder qu'un &#233;colo. Oui, parce que le clou de l'histoire, je l'ai pas encore dit : le magasin, en plus, il est bio ! Tous les &#233;colos vont se ramener, je me suis dit. Faut faire quelque chose. Parce que je d&#233;teste les foutus &#233;colos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ouais, croyez-moi, il &#233;tait temps de mettre fin &#224; tout ce bazar. C'est pas les tapettes du quartier qui seraient intervenues. Si c'est pas une honte de laisser tout le boulot &#224; un pauvre p&#233;p&#233;. C'est quoi qui vous faire rire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, je disais ? Ah oui, des bobos et des p&#233;d&#233;s, avec &#231;a, on va pas aller loin. Alors, le lendemain, &#224; l'heure de ma promenade, j'ai demand&#233; &#224; ce qu'on fasse rouler mon fauteuil devant le magasin, histoire d'observer l'ennemi. Puis chaque jour apr&#232;s &#231;a. Et c'est l&#224; que j'ai trouv&#233; ! J'ai trouv&#233; comment me d&#233;barrasser de ce magasin. Y'avait un poteau un peu bancal sous l'&#233;talage. Il suffisait que je l'attrape avec ma canne, et il vacillerait, foutant tout le barda par terre. Quand l'infirmi&#232;re a pouss&#233; mon fauteuil devant l'&#233;talage, eh bien, ni vu ni connu, je l'ai fait. J'ai tendu ma canne, et l&#224; patatras. Elles ont roul&#233; partout, les oranges, les pommes et tout le reste. Au moins, celles-l&#224;, elles n'empoisonneront plus personne. &#199;a m'a bien fait marrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain et tout le reste de la semaine, j'ai recommenc&#233;. Les infirmi&#232;res, elles essayaient bien d'&#233;viter l'endroit, mais j'y roulais tout seul. Jusqu'au jour o&#249;, alors que je repartais en ricanant, j'ai entendu dans mon dos : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mortimer-Henri, tu vas arr&#234;ter tes b&#234;tises ! &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, je vous le dis tout net, j'ai failli avoir une attaque. &#192; part ma m&#232;re, une seule personne m'a jamais appel&#233; par ce nom. Ma pauvre m&#232;re, paix &#224; son &#226;me, cela fait bien longtemps qu'elle nous a quitt&#233;s. Alors, la personne qui m'appelait ne pouvait &#234;tre que Mademoiselle Berthe. Ou le fant&#244;me de l'une des deux. Mademoiselle Berthe &#233;tait mon institutrice de la grande &#233;cole. &#192; cette &#233;poque, elle avait vingt ans, tous les gar&#231;ons la reluquaient et &#233;taient un peu amoureux d'elle. Elle nous faisait peur, aussi, arm&#233;e de sa baguette. Les gamins, c'&#233;tait pas comme maintenant, on ne mouftait pas. Sinon, quelques tapes sur les fesses. Puis j'ai d&#251; arr&#234;ter l'&#233;cole, le paternel avait besoin de moi &#224; l'atelier. J'ai &#233;t&#233; si triste ce jour-l&#224; que Mademoiselle Berthe est venue voir les parents, mais ils n'ont rien voulu entendre. Ils n'ont pas os&#233; la mettre dehors, c'&#233;tait l'institutrice, ils l'ont laiss&#233; parler bien poliment et ils l'ont raccompagn&#233;e &#224; la porte. M&#234;me qu'apr&#232;s, je me suis pris une d&#233;rouill&#233;e, je m'en souviens encore. Avoir fait d&#233;ranger la ma&#238;tresse ! Mademoiselle Berthe, je ne l'avais pas revue depuis soixante-dix ans. Alors vous pouvez bien imaginer que j'ai failli tomber de mon fauteuil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;. C'est tout monsieur l'agent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais bien que vous n'&#234;tes pas agent ! Je l'ai d&#233;j&#224; dit, je suis pas s&#233;nile ! Mais la t&#234;te que vous avez tir&#233;e, il aurait fallu faire une photo ! Et puis, &#231;a vous irait bien, agent, avec votre mine antipathique et votre manie de poser des questions. Quoi, que je continue ? Ben c'est fini. Les d&#233;tails, quels d&#233;tails ? Quel interrogatoire ma parole ! Qu'est-ce que vous voulez savoir d'autre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que j'ai fait apr&#232;s ? C'est &#233;vident, non ? Bien s&#251;r que je me suis retourn&#233; pour voir celle qui m'interpellait. Imaginez si &#231;a avait &#233;t&#233; le fant&#244;me de la vieille ! Mais non, celle qui m'appelait &#233;tait bien faite de chair et d'os. Mademoiselle Berthe, croyez-le ou non, &#224; plus de quatre-vingt-dix ans, elle n'avait pas chang&#233;. Tout juste un peu ratatin&#233;e et ses cheveux avaient blanchi. Mais elle portait le m&#234;me chignon strict et un tailleur noir comme &#224; l'&#233;poque. Elle se tenait debout &#224; l'entr&#233;e du magasin et me mena&#231;ait de sa baguette. La m&#234;me qui avait corrig&#233; une paire de fois mon derri&#232;re soixante-dix ans plus t&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Allez viens ici, Mortimer-Henri, au lieu de faire le vilain garnement. Va falloir que je t'apprenne les mani&#232;res, sinon, tel que je te connais, tu vas continuer &#224; saccager le magasin de ma petite-fille &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ben, qu'est-ce que vous croyez que j'ai fait ? J'ai donn&#233; un coup de canne &#224; l'infirmi&#232;re qui poussait mon fauteuil pour qu'elle se d&#233;p&#234;che d'avancer. Hue bourricot. J'ai la technique, vous voyez, comme &#231;a, je l&#232;ve la canne par-dessus mon &#233;paule, et hop, sur la t&#234;te. Il n'y en a pas une qui arrive &#224; m'&#233;viter. J'allais quand m&#234;me pas entrer dans un magasin nomm&#233; &#171; Carottes et Amour Tendre &#187; ? Pour y rencontrer une institutrice arm&#233;e, en plus ? Pas fou, le vieux !&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, vous l'avez votre d&#233;position. Je sais bien qu'on n'est pas chez les flics et que ce n'est pas une d&#233;position. Vous me prenez pour un vieux schnock ? Mais l&#224;, avec vos questions, on se croirait sous l'Inquisition ! Ma parole ! Quoi encore ? Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ensuite ? Mais rien ! Enfin, pas tout de suite en tout cas ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les jours, j'ai continu&#233; &#224; passer devant le magasin, tous les jours, je faisais tomber quelques l&#233;gumes et tous les jours Mademoiselle Berthe, l'air s&#233;v&#232;re, elle me mena&#231;ait de sa baguette. Je filais. &#199;a me faisait bien marrer. &#199;a aurait pu continuer longtemps. Sauf qu'un jour, au lieu des tomates, sur l'&#233;talage, y'avait un panneau &#171; tu vas te d&#233;cider &#224; entrer, vieux grigou ? &#187;. Et ma photo au milieu de la pancarte. L&#224;, c'en &#233;tait trop, vous comprenez ? De quoi j'avais l'air moi maintenant dans le quartier ? Elle allait me le payer ! Pour la peine, je me suis lev&#233; de mon fauteuil roulant, je suis pas impotent, c'est juste que j'aime pas marcher. J'ai arrach&#233; l'&#233;criteau et j'ai bondi dans le magasin aussi vite que j'ai pu, ma canne &#224; la main. J'avais pas couru aussi vite depuis au moins trente ans. Elle, elle m'attendait, assise peinard dans l'arri&#232;re-boutique. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Assieds-toi, Mortimer-Henri &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa voix &#233;tait calme, mais elle avait vraiment l'air s&#233;v&#232;re, le m&#234;me que quand j'avais dix ans. De sa baguette, d'une main, elle tapotait doucement la paume de l'autre, alors croyez-le ou non, eh bien je l'ai fait ! Je me suis assis. Elle avait toujours ce regard d'institutrice, celui o&#249; on n'a pas d'autre choix que d'obtemp&#233;rer. Elle a servi deux grands verres d'un truc bizarre, orange. Et elle a dit : &#171; Bois, c'est bon pour ta sant&#233;, et &#231;a te rendra plus aimable ! &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et vous savez quoi ? Eh bien j'ai bu. Sans h&#233;siter, cul sec.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi elle m'a envoy&#233; t&#233;moigner dans votre foutue &#233;mission t&#233;l&#233;, pour que je dise &#224; tout le monde que m&#234;me &#224; plus de quatre-vingts ans, on peut commencer &#224; consommer des carottes. &#199;a fait un an maintenant que Mademoiselle Berthe et moi on s'est mari&#233;s, qu'elle a d&#233;m&#233;nag&#233; chez moi et qu'elle me fait boire l'un de ses satan&#233;s jus tous les matins. Je peux m&#234;me plus tripoter les infirmi&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je d&#233;teste les l&#233;gumes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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