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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>L'ange de l'onde noire</title>
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		<dc:date>2018-12-02T17:05:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sally Ito / JM Morlat</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce fut en une chaude apr&#232;s-midi de juillet qu'elle le rencontra. C'&#233;tait un artiste originaire de Paris. Ce dernier voulait que des traductions de titres soient r&#233;alis&#233;es pour une petite exposition qu'il allait pr&#233;senter dans une galerie sur le boulevard Ginza. Une connaissance commune lui avait dit qu'elle pouvait traduire du fran&#231;ais vers le japonais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son atelier se trouvait &#224; Asakusa pr&#232;s du temple Sens&#244;-ji. Il fallait descendre une ruelle &#233;troite pour y acc&#233;der. Il &#233;tait cach&#233; au fin fond d'un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton872.jpg?1543612671' width='150' height='115' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_312 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/00000014.onde_noire-qual5.jpg?1543612683' width='500' height='384' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut en une chaude apr&#232;s-midi de juillet qu'elle le rencontra. C'&#233;tait un artiste originaire de Paris. Ce dernier voulait que des traductions de titres soient r&#233;alis&#233;es pour une petite exposition qu'il allait pr&#233;senter dans une galerie sur le boulevard Ginza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Grand carrefour central et art&#232;re commer&#231;ante de T&#244;ky&#244; o&#249; se trouvent les (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une connaissance commune lui avait dit qu'elle pouvait traduire du fran&#231;ais vers le japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son atelier se trouvait &#224; Asakusa&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='District qui se trouve sur la rive ouest de la Sumida-gawa et qui s'est (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pr&#232;s du temple Sens&#244;-ji. Il fallait descendre une ruelle &#233;troite pour y acc&#233;der. Il &#233;tait cach&#233; au fin fond d'un immeuble au bout d'un couloir. Lorsqu'elle trouva enfin l'endroit, la porte &#233;tait grande ouverte. &#192; l'int&#233;rieur, tout avait l'air en fouillis et en d&#233;sordre. Des toiles &#233;taient entrepos&#233;es contre le mur et entass&#233;es par terre. Une grande sculpture drap&#233;e de tissu se dressait sur un pi&#233;destal pr&#232;s d'une fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle entra avec h&#233;sitation. Il &#233;tait assis &#224; l'autre bout de la pi&#232;ce sur le plancher de la galerie, une jambe d&#233;passant de son kimono et pendant dans le jardin, au-del&#224; de la galerie. Dans sa main, il y avait un &#233;ventail qu'il agitait langoureusement, d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah, vous &#234;tes ici pour les traductions, n'est-ce pas ? &#187; dit-il, se levant. Le coton bleu de son kimono reprit forme en produisant un bruissement &#224; mesure qu'il avan&#231;ait vers elle. Il lui prit la main et se pr&#233;senta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une odeur moite se d&#233;gageait de son cou, l&#224; o&#249; son kimono &#233;tait ouvert. Une touffe de poils en forme de v luisait de sueur. Il faisait une chaleur insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui donna les feuilles &#224; traduire et lui fit de la place sur une table basse o&#249; elle put s'asseoir &#224; m&#234;me le sol afin d'y travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, redites-moi, vous &#234;tes d'o&#249; ? demanda-t-il.
&lt;br /&gt;&#8212; Du Canada, r&#233;pondit-elle.
&lt;br /&gt;&#8212; Il fait plut&#244;t froid l&#224;-bas, non ?
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, tr&#232;s froid, confirma-t-elle. &lt;br /&gt;&#8212; Je vois. &#187; Il prit son &#233;ventail et le remua doucement. Les coins de ses feuilles se mirent &#224; battre. Elle tendit la main pour appuyer dessus. Sa main, plus lente que la sienne, atterrit sur ses doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;sol&#233; &#187;, dit-il, retirant rapidement sa main. Il posa l'&#233;ventail. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#199;a va &#187;, dit-elle. Elle sentait encore la lourde chaleur de l'int&#233;rieur de sa paume lui picoter les doigts. Elle baissa la t&#234;te et regarda les feuilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il avait tourn&#233; la t&#234;te et avait le regard fix&#233; sur le jardin. Le lourd bourdonnement des cigales emplissait l'air. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle commen&#231;a &#224; traduire le titre &#8212; &#8220;L'ange de l'onde noire&#8221; &#8212;, essayant d'imaginer la peinture. Puis elle regarda le titre suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'arrive pas &#224; lire ce titre &#187;, dit-elle, le montrant du doigt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se tourna vers elle. Lentement, il se rapprocha, son kimono bleu froufroutant sur le tatami. Il s'effor&#231;a de regarder les lettres. Son cou, long et mince, se tendit &#224; mesure qu'il parlait : &#171; Alphonsine. &#199;a dit &#8220;Alphonsine&#8221;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle &#233;crivit le nom.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ma d&#233;funte femme, ajouta-t-il, mais n'&#233;crivez pas &#231;a.
&lt;br /&gt;&#8212; Oh, fit-elle. Je suis navr&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; Il n'y a aucune raison. &#199;a fait des ann&#233;es qu'elle est morte. Noy&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; Quoi ? &#187; dit-elle d'un air absent. Elle avait &#224; peine entendu. C'&#233;tait dur de pr&#234;ter attention avec cette chaleur. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Elle &#233;tait &#233;crivaine. Tr&#232;s dou&#233;e. Et belle, aussi. &lt;br /&gt;&#8212; Oh &#187;, dit-elle, essayant de se concentrer. Il semblait insupportablement proche. Elle pouvait voir la sueur s'amonceler telles de petites perles sur la barbe de trois jours couvrant ses joues. Une l&#233;g&#232;re odeur de noirceur lui chatouilla le nez. On aurait dit qu'un papillon &#233;tait coinc&#233; dans la v&#233;randa. Elle entendait ses ailes battre comme le doux tambourinage de la pluie. Mais c'&#233;taient vraiment ses doigts qui avan&#231;aient sur le bord de sa robe. Son bras, aussi lent et gracieux qu'un train longeant le littoral, disparut &#224; l'int&#233;rieur d'un tunnel. Une noire bouff&#233;e d'air et le doux battement des bras sur le tatami, un badigeon de coton bleu au-dessus de ses yeux et de son nez &#8212; l'odeur empest&#233;e de sel et de poisson mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elle reprit ses esprits, elle &#233;tait &#233;tendue sur le tatami, la t&#234;te appuy&#233;e sur un oreiller. Un petit ventilateur &#233;lectrique vrombissait pr&#232;s de son oreille.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle pouvait le voir de l'autre c&#244;t&#233; de la pi&#232;ce. Il se tenait debout, travaillant sur la sculpture pr&#232;s de la fen&#234;tre. Il &#233;tait de dos, nu et expos&#233;. Il avait fait glisser son haut de kimono, et celui-ci pendait sur le c&#244;t&#233;, maintenu &#224; sa taille par l'obi. La lumi&#232;re provenant de la fen&#234;tre se refl&#233;tait nettement sur son torse, les muscles durs de ses bras et de son dos se contractant &#224; chaque mouvement qu'il effectuait avec son ciseau.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle resta longtemps allong&#233;e, le regardant sans bouger. Il y avait quelque chose de familier dans la forme de sa peau, comme si elle e&#251;t nag&#233; &#224; l'int&#233;rieur avec lui dans un r&#234;ve dont elle se souvenait &#224; peine. Lorsqu'elle se rappela le nom &#8212; Alphonsine &#8212;, elle comprit soudainement o&#249; elle se trouvait. Qui elle &#233;tait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se retourna. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ah, vous &#234;tes r&#233;veill&#233;e. Vous vous &#234;tes &#233;vanouie. &lt;br /&gt;&#8212; Je suis d&#233;sol&#233;e &#187;, dit-elle penaudement. Elle se remit &#224; genoux devant la table et prit son stylo.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Vous n'avez pas besoin d'en faire plus si vous ne vous sentez pas bien &#187;, dit-il, posant son ciseau.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Non, non. Il ne reste que quelques titres de toute fa&#231;on &#187;, r&#233;pondit-elle en se d&#233;p&#234;chant.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle finit les quelques derniers titres et se pr&#233;para &#224; partir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Voudriez-vous rester d&#238;ner ? proposa-t-il.
&lt;br /&gt;&#8212; Non, je dois y aller &#187;, r&#233;pondit-elle. Elle ramassa ses affaires pr&#233;cipitamment et sortit.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait le cr&#233;puscule et les rues &#233;taient bruyantes et bond&#233;es. Elle se dirigea &#224; la h&#226;te vers la station de m&#233;tro.&lt;br class='autobr' /&gt; Lorsqu'elle fut parvenue &#224; son appartement, elle avait chaud et se sentait fatigu&#233;e. Ses habits &#233;taient humides de transpiration. Elle se baissa pour &#244;ter ses bas lorsque, &#233;trangement, elle remarqua qu'elle n'en portait pas. Les avait-elle mis ce jour-l&#224; ? Elle ne pouvait gu&#232;re s'en souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'anglais (Canada) &lt;br class='autobr' /&gt;
par Jean-Marcel Morlat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grand carrefour central et art&#232;re commer&#231;ante de T&#244;ky&#244; o&#249; se trouvent les grands magasins de luxe. Ginza est aussi le nom du quartier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;District qui se trouve sur la rive ouest de la Sumida-gawa et qui s'est d&#233;velopp&#233; durant l'&#233;poque d'Edo autour du temple Sens&#244;-ji. Ce quartier, maintenant consacr&#233; aux divertissements et au commerce, &#233;tait l'un des lieux de plaisir de la capitale sh&#244;gunale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>&#201;trangers</title>
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		<dc:creator>Sally Ito / JM Morlat</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais (Canada) par Jean-Marcel Morlat &lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai entendu &#224; la radio ce matin : deux &#233;trangers arr&#234;t&#233;s pour avoir vendu de faux sacs &#224; main Louis Vuitton &#224; la station de Shinjuku. Un Turc et un Isra&#233;lien. &#201;trange combinaison, mais d'un autre c&#244;t&#233;, peut-&#234;tre pas si &#233;trange que cela pour T&#244;ky&#244;. Mais ce que j'avais en t&#234;te &#224; ce moment m&#234;me, c'&#233;tait Dieu merci, ce n'&#233;tait pas un Autrichien. Ce n'&#233;tait pas lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Franz n'aurait jamais vendu de sacs &#224; main. Il e&#251;t &#233;t&#233; indigne de lui de vendre quelque chose (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton775.jpg?1515152573' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Traduit de l'anglais (Canada)&lt;br class='autobr' /&gt;
par Jean-Marcel Morlat&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_269 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/etrangers-definitif-5.jpg?1515152581' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-269 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2018
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai entendu &#224; la radio ce matin : deux &#233;trangers arr&#234;t&#233;s pour avoir vendu de faux sacs &#224; main Louis Vuitton &#224; la station de Shinjuku. Un Turc et un Isra&#233;lien. &#201;trange combinaison, mais d'un autre c&#244;t&#233;, peut-&#234;tre pas si &#233;trange que cela pour T&#244;ky&#244;. Mais ce que j'avais en t&#234;te &#224; ce moment m&#234;me, c'&#233;tait &lt;i&gt;Dieu merci, ce n'&#233;tait pas un Autrichien. Ce n'&#233;tait pas lui.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franz n'aurait jamais vendu de sacs &#224; main. Il e&#251;t &#233;t&#233; indigne de lui de vendre quelque chose de faux. Il vendait ses propres cr&#233;ations &#8212; des tableaux de sable, ou plut&#244;t du sable flottant dans de l'huile color&#233;e, encadr&#233;s entre deux vitres de verre. Il les fabriquait lui-m&#234;me et les vendait &#224; la station de Shinjuku, &#224; l'ext&#233;rieur, sous l'une de ces gigantesques voies rapides o&#249; le ciel est un long rayon de b&#233;ton et la lumi&#232;re est jaune-vert. C'est l&#224; que je l'ai vu, assis les genoux tir&#233;s vers son visage, l'&#233;charpe enroul&#233;e autour de son cou couvrant &#224; peine une barbe d'un jour. Il s'&#233;tait install&#233; pr&#232;s d'un cireur de chaussures &#8212; l'un de ces vieux bonshommes poussi&#233;reux dont la figure m&#234;me semblait rid&#233;e par le cirage. La d&#233;cision de s'installer l&#224; &#233;tait d&#233;lib&#233;r&#233;e. Certaines des personnes qui faisaient r&#233;parer ou cirer leurs chaussures avaient un bref moment pour jeter un coup d'&#339;il sur ses tableaux de sable, et durant ce moment-l&#224; certains d&#233;cidaient d'acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils sont si occup&#233;s ces Japonais &#8212; toujours &#224; courir ici et l&#224;. Donc, quand ils s'arr&#234;tent, ils s'arr&#234;tent vraiment et regardent, &#233;tant donn&#233; qu'ils n'ont que ce petit moment pr&#233;cieux, tu comprends ? &#187; a dit Franz. Je n'ai jamais fait astiquer mes chaussures. En r&#233;alit&#233;, je n'ai jamais achet&#233; l'un des tableaux de sable mobiles de Franz. J'ai seulement regard&#233; et j'ai &#233;mis quelque commentaire &#8212; un commentaire en anglais, ce qu'il a bien s&#251;r remarqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah, tu parles l'anglais dr&#244;lement bien.
&lt;br /&gt;&#8212; Bien s&#251;r, ai-je r&#233;torqu&#233;, je suis canadienne.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais tu n'as pas l'air...
&lt;br /&gt;&#8212; Nippo-canadienne.
&lt;br /&gt;&#8212; Ah... je vois &#187;, a-t-il dit. Il avait l'air confus. Mais bient&#244;t, il a de nouveau souri, puis il a lanc&#233; une remarque spirituelle au sujet du ciel de ciment et &#224; quel point il &#233;tait plus beau aujourd'hui qu'hier, et que l'on pourrait peut-&#234;tre aller prendre un caf&#233; et regarder les livres &#224; la librairie Kinokuniya du coin ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous sommes arriv&#233;s &#224; la librairie, il s'est rendu directement au rayon des livres d'art et je l'ai suivi, h&#233;sitante, n'ayant pas d'autre endroit o&#249; aller. Lorsque nous r&#234;vons, entend-on souvent dire, nous sommes dans un autre monde. Maintenant, tel &#233;tait le cas de Franz et moi. Nous &#233;tions dans un r&#234;ve, m'&#233;tais-je dit, parce que, parmi toutes les choses, le Japon est toujours un r&#234;ve. C'est l'endroit o&#249; le n&#233;on se glisse par le portail du temple, o&#249; le bruit de la porte de train qui se ferme est un bourdonnement aigu et retentissant, et o&#249; l'odeur de l'air est le souffle stagnant de la mer qui se meurt. Ici, contrairement &#224; d'autres lieux, le destin se joue de vous, vous poussant vers des personnes que vous n'auriez jamais rencontr&#233;es, hormis dans de telles circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franz habitait dans une petite chambre exigu&#235; en haut d'une confiserie &#8212; le type de confiserie qui fabrique de petits g&#226;teaux sucr&#233;s et poudr&#233;s pour la c&#233;r&#233;monie du th&#233;. Lorsque j'ai visit&#233; sa chambre pour la premi&#232;re fois en octobre, les g&#226;teaux avaient la forme de kakis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque je l'ai quitt&#233; &#224; la fin du printemps, ils avaient la forme des fleurs de cerisiers. C'est ainsi que l'on mesure le passage du temps ici &#8212; au fil des saisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier jour o&#249; je suis all&#233;e chez Franz, il m'a montr&#233; sa collection de pots en terre cuite. Ceux-ci &#233;taient tous de tailles et de formes diff&#233;rentes mais avaient la couleur de la terre. Franz a dit qu'ils avaient &#233;t&#233; confectionn&#233;s par un vieux potier japonais &#8212; le type dont on s'attend &#224; ce qu'il soit clairvoyant. Il a dit que plus on devient sage plus notre art tend &#224; s'apparenter &#224; la nature. Les pots ressemblaient &#224; des pierres. &#192; l'int&#233;rieur, Franz conservait son sable &#8212; bleu, rouge, rose, jaune &#8212;, des couleurs si peu naturelles dans des r&#233;cipients si naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout en nous est art &#187;, m'a sermonn&#233;e Franz un jour. J'&#233;tais assise &#224; sa table avec un pot de sable, le faisant glisser entre mes doigts. L'&#233;coulement fluide de couleur &#233;tait fascinant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu &#233;coutes ? &#187; a-t-il demand&#233; brusquement. Il m'a saisi la main abruptement et l'a tenue. De minuscules grains de rouge ont gliss&#233; lentement depuis ma paume. J'ai lev&#233; les yeux. Un train est pass&#233; et a fait trembler les fen&#234;tres. Il a l&#226;ch&#233; prise et a soupir&#233;. J'ai souri d'un air penaud. La premi&#232;re nuit que nous avons pass&#233;e ensemble, il y a eu un tremblement de terre. Pas le genre agr&#233;able. Un vrai. La sorte qui fait claquer les poign&#233;es des tiroirs et fait tanguer les ampoules &#233;lectriques et frissonner les murs. Nous nous sommes tenus, &#224; ce moment. Si le toit &#233;tait tomb&#233; sur nous, nous serions morts heureux. Mais au lieu de cela, un pot de sable est tomb&#233; par terre et s'est r&#233;pandu sur notre futon, et avec le clair de lune entrant &#224; flots par la fen&#234;tre, on aurait dit que la c&#244;te &#233;tait &#224; nos pieds, l'oc&#233;an clapotant au-del&#224; du bord bleu de la vitre en une vague aussi lente et langoureuse que l'huile. &lt;i&gt;Oui, nous &#233;tions heureux &#224; ce moment-l&#224;&lt;/i&gt;, ai-je pens&#233;, &lt;i&gt;si heureux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois pourtant, je me sentais plut&#244;t tel un animal autour de lui &#8212; une sorte de cheval idiot, peut-&#234;tre. D'autres fois, je me sentais tel un ours. J'ai vu un ours une fois &#224; Jasper. Le soir. Un gros ours avan&#231;ant d'un pas lourd avec tout le myst&#232;re de la lune dans son ventre qui traversait la route. Les ours sont presque aveugles ; ils voient &#224; peine, et regardent tout en plissant les yeux, mais n'allez pas en rencontrer un avec ses petits sinon vous &#234;tes mort. C'est ce que la petite brochure de Parcs Canada disait. Franz n'avait jamais vu d'ours. Mais il semblait en conna&#238;tre un rayon &#224; leur sujet. Tout ce qu'il savait, il l'avait lu dans des livres. Tout ce que je savais, eh bien, ne se trouvait pas dans les livres. C'&#233;tait peut-&#234;tre dans mon ventre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Enseigne-moi l'art et la civilisation &#187;, lui ai-je demand&#233; un soir dans une atmosph&#232;re exquise de sak&#233; et de douces caresses. Nous &#233;tions assis par terre &#224; sa petite table. Des flasques et des coupes &#224; sak&#233; blanches &#233;taient &#233;parpill&#233;es sur la table. Une nature morte japonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'art, c'est..., a-t-il commenc&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; L'art, ai-je interrompu, rendue guillerette par la boisson, c'est la mani&#232;re dont les &#233;toiles se rassemblent autour de la lune, et la civilisation c'est la fa&#231;on dont les hommes se r&#233;unissent autour du feu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franz m'a regard&#233;e &#233;trangement, puis il s'est effondr&#233; en arri&#232;re au sol, les bras &#233;tendus de chaque c&#244;t&#233;. En outre, son visage &#233;tait l&#233;g&#232;rement rouge. Il a fix&#233; son regard sur le plafond. Je me suis allong&#233;e &#224; son c&#244;t&#233;, me pelotonnant tout pr&#232;s. Il ne bougeait pas. Du coin de l'&#339;il, je pouvais voir un cafard mort dans une fissure du mur o&#249; l'une de ses mains &#233;tait pos&#233;e. Je me suis relev&#233;e imm&#233;diatement et j'ai pos&#233; ma t&#234;te dans sa main afin de ne plus voir, et juste au moment o&#249; j'allais parler, Franz a pris son autre main et l'a coll&#233;e doucement sur ma bouche, en disant : &#171; Silence, tu as suffisamment parl&#233; maintenant. Je suis fatigu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cela, il n'a pas pip&#233; mot. Bient&#244;t, je pouvais l'entendre ronfler. Je me suis tourn&#233;e vers le mur, le visage chaud et tout rouge &#224; cause du sak&#233;. Mes yeux sont tomb&#233;s, aussi lourds que de l'huile, et j'ai vu un bassin noir rempli de poissons-chats qui fon&#231;aient &#224; travers la pi&#232;ce. J'ai essay&#233; d'en attraper un avec ma maladroite patte d'ours, mais j'ai seulement r&#233;ussi &#224; faire tomber ma main sur la poitrine de Franz, o&#249; elle est rest&#233;e le reste de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le temps, je suis devenue invisible &#8212; invisible dans cette mer de noir agit&#233;e qui se d&#233;versait comme de l'huile depuis les stations de m&#233;tro et les grands magasins. Au d&#233;but, il avait &#233;t&#233; incapable de faire la diff&#233;rence entre eux et moi. Maintenant, il ne le voulait plus. Mes all&#233;es et venues &#233;taient comme une chute de neige anonyme sur le rebord de sa fen&#234;tre &#8212; une merveille naturelle dans le d&#233;sert graveleux de T&#244;ky&#244;. Bient&#244;t, il y en a eu une autre. Une Philippine travaillant comme h&#244;tesse dans un bar de Roppongi. Je l'ai rencontr&#233;e un jour, bri&#232;vement. Elle m'a serr&#233; la main comme si elle avait &#233;t&#233; reconnaissante d'avoir re&#231;u quelque cadeau. J'ai simplement hauss&#233; les &#233;paules et suis partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de ce jour tr&#232;s clairement. Il y avait du vent. Marchant &#224; travers le parc d'Ueno o&#249; tous les cerisiers &#233;taient en fleurs, je pouvais voir les p&#233;tales tomber tels des bouts de silex, d&#233;clenchant des &#233;tincelles de rose et de blanc dans chaque direction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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