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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>La Dame aux m&#233;gots</title>
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		<dc:date>2019-01-01T18:28:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Schmoor</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je ne sais pas au juste de quelles blessures elle &#233;tait le fruit ; blessures am&#232;res, impossibles &#224; cicatriser. Blessures am&#232;res, impossibles &#224; cicatriser, qui la lan&#231;aient d&#232;s le matin &#224; l'assaut des Pentes, ne la l&#226;chaient que le soir. Ne la l&#226;chaient que le soir, apr&#232;s avoir pass&#233; toute la journ&#233;e &#224; terrifier les passants, &#224; les apostropher avec violence et non sans justesse. Proph&#233;tesse de malheur, petite et rabougrie, couronn&#233;e de cheveux blancs, d&#233;jet&#233;e sous le poids d'un &#233;norme sac dans lequel elle (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton881.jpg?1546367283' width='150' height='116' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_318 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/0000001f.dame_aux_megots_final_qual5.jpg?1546367292' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-318 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2019
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas au juste de quelles blessures elle &#233;tait le fruit ; blessures am&#232;res, impossibles &#224; cicatriser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Blessures am&#232;res, impossibles &#224; cicatriser, qui la lan&#231;aient d&#232;s le matin &#224; l'assaut des Pentes, ne la l&#226;chaient que le soir. Ne la l&#226;chaient que le soir, apr&#232;s avoir pass&#233; toute la journ&#233;e &#224; terrifier les passants, &#224; les apostropher avec violence et non sans justesse. Proph&#233;tesse de malheur, petite et rabougrie, couronn&#233;e de cheveux blancs, d&#233;jet&#233;e sous le poids d'un &#233;norme sac dans lequel elle entassait la cueillette qui tout le jour la courbait vers le sol : des m&#233;gots. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais toujours pas ce qu'elle pouvait bien en faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
De mon trou &#224; rats, mon cher petit trou &#224; rats nich&#233; dans l'&#233;paule des grands escaliers de la rue, o&#249; se succ&#233;daient les touristes essouffl&#233;s, les amoureux, les travailleurs press&#233;s, les petits enfants et leurs parents qui vont &#224; l'&#233;cole le matin, en reviennent le soir, de mon trou &#224; rats je l'entendais de loin, qui montait en s'&#233;gosillant, en crachant &#224; la gueule de tout un chacun, &#171; ET TUT-TUT-TUT ! ALLEZ-Y, ALLEZ-Y ! AH VOUS VOUS CROYEZ BEAUX, AH COMME VOUS &#202;TES RIDICULES AH COMME VOUS &#202;TES DES SALAUDS ! PR&#202;TS &#192; TOUT POUR VOTRE PETIT CONFORT, Y COMPRIS PI&#201;TINER LES PLUS FAIBLES QUE VOUS ! ALLEZ ALLEZ-Y ! TUTTUT-TUTT ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne l'ai jamais vue sans son casque, deux oreillettes de plastique noir qui l'emp&#234;chaient d'entendre les r&#233;ponses furieuses ou narquoises de ses victimes ; et sur l'oreille droite, pour plus de s&#251;ret&#233;, un gros bandage en papier tenu par du scotch d'emballage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis souvent trouv&#233;e face &#224; elle dans la rue. J'&#233;vitais de la regarder. Un soir d'&#233;t&#233;, je rentrais charg&#233;e d'un lourd paquet. Je la vis venir vers moi, &#233;tonnamment souriante. Elle tapa sur le paquet, ces tapes de petite vieille qui ressemblent tant &#224; des gifles. Toujours souriante.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il a l'air louourd, votre paquet, non ?
&lt;br /&gt;&#8212; Euuhh&#8230; Oui.
&lt;br /&gt;&#8212; Et il est dr&#244;&#244;lement bien emball&#233;, non ?
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, si on veut.
&lt;br /&gt;&#8212; Et vous avez besoin d'aide, pour le porter, ce paquet ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aurais d&#251; me m&#233;fier. Mais un jeune homme venait, &#224; l'instant, de me proposer son aide. La philanthropie du passant moyen, dans ce quartier d&#233;sign&#233; par l'Histoire pour sa solidarit&#233; populaire, gagnait-elle donc jusqu'&#224; la dame aux m&#233;gots ? &#201;mue, je ne pus m'emp&#234;cher de lui dire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Merci, Madame. C'est tr&#232;s gentil &#224; vous. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Instantan&#233;ment elle recula, baissa la t&#234;te. Sa petite face de gargouille reprit l'air renfrogn&#233; que je lui avais toujours connu.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous &#234;tes une sale hypocrite. Je sais tr&#232;s bien &#224; quoi m'en tenir. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'&#233;loigna d'un pas ou deux. D&#233;jet&#233;e et tordue, comme si elle ne m'avait pas souri, juste un instant auparavant ; comme si elle ne devait plus jamais sourire de toute sa vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Hypocrite !! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;loignai de mon c&#244;t&#233;, le souffle coup&#233;, toute la douceur de la soir&#233;e &#233;vanouie d'un coup.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; I love you too &#187;, grin&#231;ai-je entre mes dents, mais elle &#233;tait d&#233;j&#224; trop loin pour m'entendre ; et puis parlait-elle anglais, rien n'est moins s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant mon trou &#224; rats nich&#233; contre l'&#233;paule des escaliers, il y avait un petit espace accessible &#224; moi seule, que dans un acc&#232;s de pr&#233;tention ou d'optimisme j'appelais ma terrasse. J'aimais y sortir une chaise longue d&#232;s que le temps le permettait. Bien cach&#233;e des passants je buvais une bi&#232;re, ou un th&#233;. J'&#233;coutais les martinets. Je regardais les dos de ceux qui venaient de passer juste au-dessus de moi sans soup&#231;onner ma pr&#233;sence, je regardais la ville au loin, ses vagues de toits et de ponts. Je cultivais m&#234;me quelques plantes en pots. Pauvres plantes malingres et conchi&#233;es par les pigeons, que je n'&#233;tais jamais s&#251;re de retrouver le soir lorsque le matin je fermais ma porte pour aller travailler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je garde un souvenir d'elle, d'une douceur tellement irr&#233;elle que parfois je me demande si je ne l'ai pas r&#234;v&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais sur la terrasse et je lisais. Tout doucement elle fit son apparition &#224; l'angle de l'escalier. Attendit que j'aie lev&#233; les yeux pour avancer. Fit, avec pr&#233;caution, le tour de ma chaise longue pour se diriger vers le fond, se baisser, ramasser ce qu'elle &#233;tait venue chercher &#8212; les m&#233;gots jet&#233;s par les voisins, ou par les passants ; ou par le vent. Repartit. Un instant elle se retourna, me fit face &#8211; sa petite silhouette maigrichonne, extatique, se d&#233;coupant sur le panorama de la ville, immense au bas de la trou&#233;e des escaliers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle me fit un grand sourire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, un grand, et m&#234;me beau, sourire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ah, Madame. Merci &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis s'en fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici je dois faire un aveu : c'est moi, dans ma stupidit&#233;, qui mis fin &#224; cette tr&#234;ve unique et inesp&#233;r&#233;e, &#224; ce possible adoucissement des relations entre moi et la dame aux m&#233;gots. Et, partant, entre la dame aux m&#233;gots et le reste de l'humanit&#233;. Ses remerciements m'avaient touch&#233;e. Mais aussi contrari&#233;e : si je n'y mettais pas bon ordre, n'allait-elle pas revenir, soir apr&#232;s soir, faire le tour de ma chaise longue, grappiller ses m&#233;gots, me faire la causette ? Et alors, que deviendraient mes petites pauses sur la terrasse, ces instants de r&#233;pit ch&#232;rement gagn&#233;s sur la duret&#233; du monde ? Tant il est vrai que le moindre privil&#232;ge, une fois acquis, transforme celui qui en b&#233;n&#233;ficie en propri&#233;taire hargneux, anxieux de perdre ce &#224; quoi il n'a au fond aucun droit, si ce n'est celui de l'habitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, lorsque la dame aux m&#233;gots revint accomplir son office sur mon petit bout de terrasse, je l'attendis sur le pas de ma porte.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Madame ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'arr&#234;ta, ind&#233;cise, pas encore grima&#231;ante, d&#233;j&#224; habitu&#233;e &#224; ma passivit&#233; &#8211; comptant dessus d&#233;j&#224;, comme j'avais compt&#233; sur ma tranquillit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Madame, vous savez, vous me faites peur, lorsque vous passez comme &#231;a devant mes fen&#234;tres&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'&#233;tait vrai. Je sursautais chaque fois que sa silhouette se dessinait derri&#232;re les rideaux. Chaque fois je croyais que ce n'&#233;tait pas elle mais quelqu'un d'autre, d'inattendu et de bien plus dangereux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Et puis vous savez, je balaie tous les jours ; il n'y a pas tant de m&#233;gots que &#231;a&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'&#233;tait vrai aussi ; l'entretien de la terrasse m'&#233;tait devenu une petite gymnastique matinale, le nez au soleil et au grand air, presque aussi indispensable que le verre du soir dans la chaise longue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle plissa le nez. D&#233;&#231;ue. Renon&#231;ant difficilement, mais &#224; quoi ? &#192; la possibilit&#233; d'ajouter trois m&#233;gots &#224; sa cueillette ? &#192; l'utopie, &#224; peine entrevue, d'aller et venir dans tous les recoins des escaliers comme bon lui semblerait ? D'avoir acc&#232;s &#224; des lieux priv&#233;s o&#249; on la laisserait entrer avec bonhomie ? Acc&#232;s &#224; un monde incroyable, o&#249; la femme ne serait plus une louve pour la femme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand elle prit la parole ce fut d'une voix douce, un peu essouffl&#233;e, tr&#232;s diff&#233;rente de la voix de stentor que je lui connaissais jusque-l&#224; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ah, Madame ; je sais bien ce que les gens peuvent faire, ou ne pas faire, pour les populations&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Interloqu&#233;e, je d&#233;cidai de lui r&#233;pondre avec fermet&#233;, m&#234;me si je n'&#233;tais pas s&#251;re d'avoir tout compris.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Oui mais, vous savez, Madame, quelquefois les populations, eh bien, elles n'en peuvent plus ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon discours n'&#233;tait pas plus clair que le sien, mais il eut l'effet escompt&#233;. Elle se d&#233;tourna, haussa les &#233;paules, et partit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce fut LA GUERRE.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soir apr&#232;s soir, chaque fois qu'elle passait dans les escaliers, ses vitup&#233;rations s'adressaient &#192; MOI. Et elles duraient beaucoup, beaucoup plus longtemps qu'avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais la derni&#232;re des derni&#232;res. J'&#233;tais hypocrite. J'&#233;tais obsc&#232;ne. Ma terrasse &#233;tait pleine de merde. Ah, bravo, Madame. Vraiment je montrais le bon exemple, &#224; toute la rue, on allait faire venir les petits enfants des &#233;coles, qu'ils voient comment je m'y prenais. Et tutti quanti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'osais plus m'asseoir dehors. Je guettais les voix des passants pour reconna&#238;tre la sienne &#224; l'avance, et rentrer en vitesse avant qu'elle n'arrive &#224; la hauteur de ma terrasse. Fini, le panorama sur la ville, la douceur des soirs, le chant des martinets qui plongeaient sous les toits pour nourrir leurs petits. Je me terrais chez moi. Je n'ouvrais m&#234;me plus les volets. J'&#233;tais tr&#232;s surprise aussi, et presque d&#233;pit&#233;e, qu'&#224; aucun moment (&#224; l'exception du mot &#171; merde &#187;) elle ne f&#238;t appel au vocabulaire ordurier qui m'aurait permis de la m&#233;priser. Insultante elle &#233;tait, mais raffin&#233;e dans l'insulte, avec un vocabulaire remarquablement choisi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis un soir, alors que debout devant la porte, je cherchais les cl&#233;s dans mon sac, elle me plongea dessus, avec une jubilation f&#233;roce :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Alors, vous &#234;tes fi&#232;re de vous, hein ? TUT-TUT-TUT-TUTT ! PR&#202;TE &#192; TOUT POUR &#201;CRASER LES PLUS FAIBLES, HEIN ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un seul coup je me sentis flamboyer de col&#232;re, une col&#232;re inattendue mais pas tant que &#231;a, une sale col&#232;re qui couvait depuis des jours et &#224; laquelle elle venait de me fournir un merveilleux exutoire. Je fis un pas vers elle, la saisis sans m&#233;nagement par le bras. J'ai encore dans les doigts la sensation d&#233;go&#251;tante, pitoyable, de ce bras fondant comme du beurre, que je serrais de toutes mes forces et dont je faisais si facilement le tour. Sans un mot je la tra&#238;nai vers les escaliers, pendant qu'elle se d&#233;battait et protestait &#8211; et son bras, son bras tout mou, se cabrait sans parvenir &#224; m'&#233;chapper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme je la jetais vers les marches elle me fit face, un d&#233;gobillis de mots s'&#233;chappant de ses l&#232;vres, &#171; Ah, vous ne croyez pas que j'en ai assez vu comme &#231;a ? Je vous connais, vous et vos semblables ! Des &#233;go&#239;stes ! Des opportunistes ! Des profiteurs ! C'est &#224; cause de gens comme vous que je suis comme &#231;a : DE LA NOURRITURE POUR LES REPTILES ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me figeai, frapp&#233;e par la justesse de la formule. De la nourriture pour les reptiles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais j'en avais marre. Je ne pris pas le temps de r&#233;pliquer. Je tournai casaque et rentrai chez moi en claquant la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis je l'ai crois&#233;e encore, quelques fois. Bien moins souvent qu'avant. Dans ces moments-l&#224; je regarde droit devant moi. Elle me poursuit de ses invectives. Je ne les rel&#232;ve plus. Je ne les &#233;coute m&#234;me plus. Je ne saurais m&#234;me pas dire si elle a gard&#233; son &#233;loquence tordue d'autrefois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais maintenant qu'elle avait raison, au moins sur un point : un promoteur a rachet&#233; l'immeuble d'en face. L'a d&#233;moli. Remplac&#233; par un grand complexe, luxueux et envahissant. Ma terrasse, maintenant, donne sur le mur des garages. Finie, la chaise longue du soir. Le chant des martinets. La vue sur la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi aussi, je suis devenue de la nourriture pour les reptiles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Comme une coque de noix</title>
		<link>https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/article/comme-une-coque-de-noix</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Schmoor</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ah par moments il en a marre c'est trop grand une chatte n'y, pardon Marcelle une chatte n'y retrouverait pas ses petits il sait sa femme &#231;a la g&#234;ne toujours le mot chatte, elle y voit tout de suite une allusion, du graveleux du sexeul il veut dire du sexuel mais la solitude lui monte &#224; la t&#234;te, et voil&#224; ce que &#231;a donne. Il lui dit Marcelle c'est trop grand. Il a ferm&#233; &#224; clef la porte de sa chambre. De leur chambre il veut dire, il n'arrivait plus &#224; y dormir du tout. Qu'elle ne lui fasse pas dire ce (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton791.jpg?1519839151' width='150' height='90' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_274 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/comme_une_coque_de_noix.jpg?1519839103' width='500' height='300' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-274 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2018
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ah par moments il en a marre c'est trop grand une chatte n'y, pardon Marcelle une chatte n'y retrouverait pas ses petits il sait sa femme &#231;a la g&#234;ne toujours le mot chatte, elle y voit tout de suite une allusion, du graveleux du sexeul il veut dire du sexuel mais la solitude lui monte &#224; la t&#234;te, et voil&#224; ce que &#231;a donne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il lui dit Marcelle c'est trop grand. Il a ferm&#233; &#224; clef la porte de sa chambre. De leur chambre il veut dire, il n'arrivait plus &#224; y dormir du tout. Qu'elle ne lui fasse pas dire ce qu'il n'a pas dit il est magnifique le papier peint bleu &#224; ramages qu'elle avait choisi avec sa m&#232;re mais il avait l'impression de se mettre au lit dans une pagode d&#233;serte o&#249; soufflaient tous les vents de Mongolie, alors. Maintenant il dort devant la t&#233;l&#233; dans le salon il fait carr&#233;ment ce qui &#224; la longue ne la faisait plus rire du tout : il regarde les informations et tout de suite c'est bonne nuit les petits vieux il bavote il ronflote il n'a plus qu'&#224; basculer son fauteuil confort &#224; remonter le plaid et c'est parti mon kiki.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre jour en passant par l&#224; il a senti comme un brouillard et il a regard&#233;, &#224; la place du corridor qui menait vers leur chambre il n'y avait plus rien juste un espace un peu plus dense un peu plus noir au milieu du palier. Lorsqu'il a essay&#233; d'avancer dans cette direction une sombre force l'a arr&#234;t&#233; tout de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, tous les enfants &#233;taient d&#233;j&#224; partis, elle a voulu aller chercher au grenier l'album photos de leurs vingt ans. Il n'a pas voulu la laisser monter seule il est venu avec elle, et en haut des escaliers ah quel sale effet &#231;a leur a fait, cette force m&#233;chante qui disait n'allez pas plus loin. Mais elle voulait ses photos ils n'ont pas &#233;cout&#233; et voil&#224; que le toit fuyait et dans les malles il ne restait qu'une bouillie de photos moisies. Elle a pleur&#233; toute la soir&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s &#231;a il n'est plus jamais remont&#233; au grenier. Est-ce qu'ils ont r&#233;par&#233; les tuiles c'est m&#234;me pas s&#251;r, il ne s'en rappelle plus du tout. Mais d'ici &#224; ce que la pluie d&#233;gouline jusqu'au rez-de-chauss&#233;e il sera mort et enterr&#233; alors il s'en fiche. Il pourra lui chatouiller les osselets des pieds comme autrefois, il entend d&#233;j&#224; son rire, un joli petit claqu&#232;tement de m&#226;choires. Marcelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
La cuisine, il y va encore. Il faut bien se faire &#224; becqueter. Elle est trop grande aussi. Mais il s'en arrange plut&#244;t mieux que du reste. Il a fait sa petite cache dans un coin comme un hamster, des bo&#238;tes de ravioli de sardines de saucisses de sal&#233; aux lentilles ce n'est pas tr&#232;s di&#233;t&#233;tique mais au moins comme &#231;a il mange. Il se fraie un chemin au milieu des poubelles et de la vaisselle sale, leur fille n'est pas bien contente quand elle vient le voir tu la connais Marcelle elle ne comprend rien &#224; rien. Elle peste et nettoie tout au lieu de venir au salon boire un petit porto avec lui. Elle veut qu'il prenne une femme de m&#233;nage. Et puis quoi encore. Elle jette les poubelles sans regarder ce qu'il y a dedans elle lui a jet&#233; des papiers comme &#231;a et apr&#232;s bernique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre la cave il n'y va plus du tout. Ah &#231;a Marcelle je te le jure, plus du tout. Aujourd'hui leur fils est venu et voil&#224;, lui il ne savait m&#234;me plus o&#249; &#233;tait la clef ils l'ont cherch&#233;e partout et quand ils l'ont eu retrouv&#233;e c'est la porte dont il ne se rappelait plus. Son fils l'a regard&#233; d'un dr&#244;le d'air et lui il l'a engueul&#233;, le p&#232;re c'est lui quand m&#234;me ! Le gamin n'a pas &#224; le regarder comme &#231;a, non ? Bon, le gamin a cinquante ans maintenant - et alors ? C'est pas une raison !&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s &#231;a allait mieux ils ont bu du Chambolle-Musigny. Ce nom-l&#224; &#224; lui seul c'est une promesse de bonheur, et pour lui des promesses il n'y en a plus beaucoup, alors. Ils sont sortis sur la terrasse, lui il avait les yeux au nord : c'est l&#224;-bas qu'ils sont. Les vignobles. Il n'ira plus jamais. Au bois. Dans les vignes. Il est trop vieux pour les lauriers. Reste le r&#234;ve. Reste le nom. Reste le go&#251;t. Reste le poids dans la vessie apr&#232;s le d&#233;part du fils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il pisse toujours un peu &#224; c&#244;t&#233; quand il va &#224; la salle de bains. Chaque fois il pense &#224; elle, sa r&#226;leuse, alors il ne va plus &#224; la salle de bains non plus, il sort pisser sous le catalpa. Il est toujours devant la maison une vraie merveille cet arbre dire que c'est elle qui l'a plant&#233; ce tout petit brin ridicule et il lui disait &#171; &#231;a ne poussera jamais ton petit machin &#187; pour la foutre en rogne et maintenant c'est fini pour elle mais l'arbre est toujours l&#224; &#224; chier les m&#234;mes petites boules noires qui font des taches partout, en pleine forme quoi. Alors il sort et il lui pisse dessus. Ce n'est pas simple d'&#234;tre un arbre orphelin, on ne sait jamais &#224; quoi s'attendre de la part du survivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il voudrait se retrouver dans une toute petite chambre d'h&#244;tel avec elle comme le jour o&#249;. Une petite chambre serr&#233;e autour d'eux comme une coque de noix, il s'&#233;tait cogn&#233; le cr&#226;ne contre la pente du plafond en se redressant pour la regarder. Quelquefois quand il est dans le salon le soir il sent que &#231;a vient, les murs se referment autour de lui &#224; le toucher, toute sa vie se ramasse dans le fauteuil confort. Il boit le fond de la bouteille, se renverse en arri&#232;re, la revoit toute nue sous son ventre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le coup dans la t&#234;te le prend par surprise, ah quel bonheur, Marcelle et Chambolle-Musigny, Chambolle dans Marcelle, M comme mort en plein Musigny !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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