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	<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>Nouvelle Donne</title>
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		<title>ZEITNOT</title>
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		<dc:date>2018-07-02T21:59:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Khaled Boukhris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ma&#238;tre Jean-Victor Eloi Plaisadieu de Lestaque, marquis, joueur d'&#233;checs dans l'&#226;me et avocat d'affaires &#224; la retraite, fit coulisser la baie vitr&#233;e de sa terrasse. En claudiquant, il se dirigea vers un fauteuil en rotin, face au soleil matinal. D'abord l'exercice quotidien, r&#233;citer mentalement des po&#232;mes appris dans son enfance : un des multiples remparts qu'il dressait contre la maladie d'Alzheimer. &#8216;'Les jours apr&#232;s les jours pass&#232;rent, les jets d'eau pleuraient dans la nuit&#8230;'' ; puis plus rien, un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.nouvelle-donne.net/nouvelles-a-lire/" rel="directory"&gt;Nouvelles &#224; lire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/arton819.jpg?1530568724' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_294 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.nouvelle-donne.net/IMG/jpg/zeinot.jpg?1530568735' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-294 spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Illustration : Corine Sylvia Congiu - 2018
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ma&#238;tre Jean-Victor Eloi Plaisadieu de Lestaque, marquis, joueur d'&#233;checs dans l'&#226;me et avocat d'affaires &#224; la retraite, fit coulisser la baie vitr&#233;e de sa terrasse. En claudiquant, il se dirigea vers un fauteuil en rotin, face au soleil matinal. D'abord l'exercice quotidien, r&#233;citer mentalement des po&#232;mes appris dans son enfance : un des multiples remparts qu'il dressait contre la maladie d'Alzheimer. &#8216;'Les jours apr&#232;s les jours pass&#232;rent, les jets d'eau pleuraient dans la nuit&#8230;'' ; puis plus rien, un blanc. La veille et l'avant-veille, d&#233;j&#224;, sa m&#233;moire l'avait trahi. &#8216;'Tant pis, songea-t-il. Il m'en reste assez pour assister au moment de v&#233;rit&#233;, &#224; la d&#233;confiture de la gueuse''.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce jour-l&#224;, le monde retenait son souffle. Mach IV, l'ordinateur le plus puissant qui avait humili&#233; deux champions du monde d'&#233;checs successifs et n'avait plus d'adversaire &#224; sa mesure, donnait encore une chance au genre humain. Un match en deux parties courtes allait l'opposer &#224; Maximilien, de l'avis g&#233;n&#233;ral seul capable de lui r&#233;sister. La premi&#232;re rencontre devait d&#233;buter &#224; dix heures et la seconde &#224; midi. Dans les m&#233;dias, les conversations et les esprits, tout le reste &#233;tait rel&#233;gu&#233; au second plan ; en &#8216;'stand-by'' comme disent les ahuris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'installa face &#224; son ordinateur pour suivre en direct le triomphe de son &#8216;'fils prodige'', car il ne doutait pas de l'issue du combat. &#192; l'&#233;cran il n'y avait, pour l'instant, qu'une vue g&#233;n&#233;rale de la salle. La sc&#232;ne d'un grand th&#233;&#226;tre parisien. Au centre, le fauteuil encore vide de Maximilien, la table de jeu, un &#233;chiquier, une pendule &#233;lectronique. L'ennemi &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; pied d'&#339;uvre sous la forme d'un ordinateur et de son servant : l'esclave qui ex&#233;cuterait les coups &#233;nonc&#233;s par la Machine. En arri&#232;re- plan les derniers spectateurs prenaient place. Tous les billets avaient &#233;t&#233; vendus malgr&#233; un prix &#233;lev&#233;. Les deux parties &#233;taient retransmises en mondovision.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, Maximilien arrive des coulisses. Marchant vite, il serre la main de l'esclave, celle de l'arbitre, et s'installe. Sur l'&#233;cran du Marquis, la vue g&#233;n&#233;rale de la salle c&#232;de la place &#224; un &#233;chiquier sur lequel les deux petites arm&#233;es, la blanche et la noire, se font face, l'arme au pied. Maximilien ouvrira les hostilit&#233;s avec les Blancs, c'est &#233;crit en anglais en bas de l'&#233;cran. Deux Grands-Ma&#238;tres assurent les commentaires et les analyses. Un flot continu de paroles comme s'il s'agissait d'une vulgaire rencontre de foot. Ils meublent et supputent en attendant que &#8216;'Messieurs les Blancs tirent les premiers''. Agac&#233;, le Marquis coupe le son et branche son dictaphone pour enregistrer ses propres remarques &#224; la vol&#233;e. Nul besoin de leurs lumi&#232;res, il peut leur en remontrer. Maximilien a &#233;t&#233; son &#233;l&#232;ve. Il lui a appris la marche des pi&#232;ces et l'a vu s'envoler comme un aigle, jusqu'au sommet. Il le conna&#238;t mieux que quiconque et l'a conseill&#233; en pr&#233;vision de ce jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il avait aussi n&#233;goci&#233; le contrat du match avec les avocats d'UNDR, l'Universelle de rachats, Holding internationale domicili&#233;e aux Ca&#239;mans, propri&#233;taire de Mach IV et de la moiti&#233; de la plan&#232;te. Pour cette entreprise- monde, le Vieux, d'abord consid&#233;r&#233; comme un excentrique, &#233;tait devenu le grain de sable briseur d'harmonie, l'emp&#234;cheur de s'enrichir en rond. Les experts de la Holding s'&#233;taient r&#233;unis et l'avaient jug&#233; dangereux. &#8216;'Anarchiste avec des tendances nihilistes'' avait d&#233;cr&#233;t&#233; le psy de service. Ne pr&#233;tendait-il pas remettre en cause LE SYSTEME, le sacro-saint n&#233;o-lib&#233;ralisme ? N'avait-il pas d&#233;clar&#233; que l'emprise sur les cours du bl&#233; et du p&#233;trole &#233;tait criminelle ? Il &#233;tait parti en guerre, du fond de sa banlieue, sus &#224; UNDR et &#224; ses semblables qu'il d&#233;signait sous le nom collectif de Cartel. Il voulait r&#233;cup&#233;rer l'argent parti en fum&#233;e lors de la r&#233;cente crise pour le restituer au peuple et avait affut&#233; ses arguments. Contre toute attente, sa col&#232;re avait &#233;t&#233; entendue et d'aucuns voyaient en lui l'inspirateur des Indign&#233;s, des occupations de Wall Street et de la mont&#233;e des populismes en tout genre qui troublent le sommeil des financiers et des politiques. Aussi UNDR et les autres membres du Cartel l'avaient-ils en ligne de mire. Il fallait le r&#233;duire. D'abord d&#233;traquer sa m&#233;moire, puis le faire sombrer dans la folie. En attendant, chacun avait d&#233;l&#233;gu&#233; son champion pour un duel sur l'&#233;chiquier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, l'&#233;cran s'anime. Le pion du Roi blanc avance de deux cases. &#8216;'Oui, fils ! Le pion du Roi. L'ouverture des braves, dit le Vieux dans son dictaphone. Ils pensent que leur Frankenstein est invincible. D&#233;trompe-les''. Les pi&#232;ces se d&#233;placent tr&#232;s vite, la Machine r&#233;pondant du tac-au-tac. Il sait que Maximilien a une botte secr&#232;te : au dix-huiti&#232;me coup de cette ouverture archi-connue, une nouveaut&#233; qu'il peaufine en secret depuis trois ans et qu'il a test&#233;e, &#233;prouv&#233;e, contre les logiciels les plus forts. Tous se sont fourvoy&#233;s. Les pendules en bas de l'&#233;cran &#233;gr&#232;nent leur compte &#224; rebours. Les Blancs, comme les Noirs, r&#233;citent une partition, ne d&#233;pensant que deux secondes &#224; chaque coup. Les Grands-Ma&#238;tres, dans leur cabine en verre, doivent se r&#233;galer. Ils sont en territoire connu et les spectateurs dans la salle, les yeux lev&#233;s vers les &#233;crans g&#233;ants, casque sur les oreilles, boivent leurs paroles. Soudain, au dix-huiti&#232;me coup, la Machine se fige. Elle qui calcule des millions de coups par seconde, &#8216;'r&#233;fl&#233;chit''&#8230; et r&#233;agit comme pr&#233;vu. Le Marquis, en transe, l&#232;ve les bras et hurle : &#8216;'Canaille, tu es dans la nasse. Aucune force au monde ne t'en sortira d&#233;sormais. Mon Maximilien te tient et ne te l&#226;chera plus''.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme pr&#233;vu, les Blancs lancent une attaque violente &#224; l'aile Roi &#224; droite de l'&#233;chiquier et, pendant que les Noirs y regroupent leurs forces en d&#233;fense, un pion blanc monte &#224; l'assaut, seul &#224; l'autre aile. Bient&#244;t, il appara&#238;t que sa marche est irr&#233;sistible. Maximilien jette un regard vers le servant de la Machine qui r&#233;pond par un geste d'impuissance. Les Noirs devraient abandonner, mais UNDR a exig&#233;, par contrat, que la partie se joue jusqu'au Mat final. Un lapsus de main est toujours possible. Le Monarque Noir, nu, fuit aux confins de son royaume, poursuivi par deux Tours blanches. &#192; chaque coup, les spectateurs dans la salle crient &#8216;'Ol&#233;'' ! Du jamais vu ! Au dernier moment, Maximilien se permet une fac&#233;tie ou deux, comme un footballeur, balle au pied face &#224; la cage vide de l'&#233;quipe adverse. &#8216;'Ne fais pas &#231;a, malheureux, hurle le Vieux. Ach&#232;ve-le !''. Enfin, Mach IV jette l'&#233;ponge. Une partie d'anthologie ! Des spectateurs envahissent la sc&#232;ne et portent Maximilien en triomphe. Depuis Tal, le Magicien de Riga, le jeu d'&#233;checs n'avait plus donn&#233; de tels frissons. Il &#233;tait devenu la chose de premiers de la classe, gris, tristes mais &#244; combien efficaces !&lt;br class='autobr' /&gt;
Livides, les repr&#233;sentants d'UNDR, assis au premier rang, se l&#232;vent et quittent la salle. Sur l'&#233;cran demeure l'acte final du drame, l'agonie d'un Roi abandonn&#233; par ses troupes. Le t&#233;l&#233;phone du Marquis sonne et celui-ci reconna&#238;t imm&#233;diatement la voix d'un consultant d'UNDR.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8216;'F&#233;licitations, Marquis, votre poulain a triomph&#233;. Il ne peut plus perdre, mais il ne gagnera jamais'' dit l'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8216;'C'est pour &#231;a que vous m'appelez ?'' r&#233;pond le Vieux, toujours rugueux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8216;'Non, je vous appelle parce qu'il est encore temps. Nous pouvons trouver un terrain d'entente avant la seconde partie. Je vous expose notre nouvelle proposition en deux mots, si vous voulez bien. Vous le savez, UNDR, le &#8216;'Cartel'' comme vous dites de fa&#231;on d&#233;sobligeante, et les march&#233;s s'en remettent &#224; Mach IV pour toutes leurs transactions et ces transactions se comptent par milliers chaque minute. C'est notre syst&#232;me qui garantit la stabilit&#233; et la bonne gouvernance du monde. Sans lui, c'est la chienlit. Les piques et les fourches resurgiraient Place de la Bastille. Cela vous dit quelque chose Monsieur le Marquis ? Alors, voil&#224; : vous appelez votre trublion et vous lui demandez de se contenter d'une partie nulle. L'honneur est sauf, le v&#244;tre, le sien et celui de l'humanit&#233;. En &#233;change, vous acc&#233;dez &#224; notre conseil d'administration avec des jetons de pr&#233;sence en or massif ; il devient consultant en titre d'UNDR pour les jeux de strat&#233;gie et son avenir est assur&#233;&#8230; &#224; condition qu'il nous explique comment il arrive &#224; ridiculiser notre machine. Mais, surtout, vous arr&#234;tez votre croisade injuste contre nous, vos proc&#232;s et vos calomnies, vous nous remettez vos dossiers et toutes vos archives et vous d&#233;clarez publiquement, &#224; une heure de grande &#233;coute et sur les m&#233;dias de notre choix, que vous &#233;tiez &#233;gar&#233; et que vous aviez pr&#233;sum&#233; de vos forces. Croyez-moi, c'est pure bont&#233; de notre part. Dans une heure, la fen&#234;tre d'opportunit&#233; se refermera''.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fen&#234;tre d'opportunit&#233;, gouvernance&#8230; ces expressions h&#233;rissent le Marquis. Mais qui leur a intim&#233; l'ordre, un jour, de baragouiner ce volapuk ? Pendant que l'homme mart&#232;le ses propos, le Marquis r&#233;fl&#233;chit. Il n'est pas n&#233; de la derni&#232;re pluie. Si les sbires d'UNDR l'appellent &#224; un moment pareil c'est qu'ils sont aux abois. Des Grands-Ma&#238;tres ont sans doute dissip&#233; leurs derniers espoirs quant au r&#233;sultat de la seconde partie. Que leur Machine, r&#233;put&#233;e infaillible, morde la poussi&#232;re deux fois de suite et on commencera &#224; mettre en doute ses analyses financi&#232;res, voire ses pr&#233;visions m&#233;t&#233;orologiques. Beaucoup de titres s'effondreront en Bourse ; les pertes seront incalculables. Et puis quelle humiliation !&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant les instances dirigeantes d'UNDR ne peuvent se faire d'illusions. Elles savent bien qu'il n'acceptera jamais une telle offre, ses motivations n'&#233;tant pas v&#233;nales. Non, la raison de cet appel est ailleurs. Alors, quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8216;'Vous &#234;tes sur le Titanic, Monsieur, vous et votre clique, dit le Marquis. Je vous conseille de profiter des derniers instants. Tout au bout l&#224;-bas, si vous vous donnez la peine de lever les yeux, vous verrez luire l'iceberg de votre naufrage. Mais vous &#234;tes sourd aux avertissements, riv&#233; &#224; vos &#233;crans et vos courbes. Rien ne vous fera d&#233;vier de votre course. Ma r&#233;ponse est non. Maintenant venez-en au fait. Que voulez-vous exactement ? Je n'ai pas beaucoup de temps''.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8216;'Il ne reste que quelques minutes, en effet, dit l'homme. Pour aider votre m&#233;moire d&#233;faillante je vous donne la suite du po&#232;me de ce matin, vous vous rappelez ?'' Et il d&#233;clame : &#8216;'Les jours apr&#232;s les jours pass&#232;rent. Les jets d'eau pleuraient dans la nuit. Il vint d'&#233;tranges &#233;missaires sur des chevaux aux pieds de bruit..''.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; le Marquis n'&#233;coute plus. Devant lui s'ouvrent les portes de l'&#233;pouvante. Ces gens lisent dans ses pens&#233;es. La t&#234;te entre les mains, il comprend que son interlocuteur veut le plan de bataille mis au point par Maximilien pour la seconde partie. Bient&#244;t, il l'aura ; &#224; moins que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne sut jamais pourquoi le Vieil homme s'&#233;tait jet&#233; du troisi&#232;me &#233;tage. De la place Tahrir &#224; la Puerta del Sol on lui rendit hommage. Sur sa tombe au P&#232;re Lachaise on peut lire, en guise d'&#233;pitaphe, ce quatrain d'Omar Khayam : &#8216;'Nous sommes les pions de la myst&#233;rieuse partie d'&#233;checs jou&#233;e par Dieu. Il nous avance, nous arr&#234;te, nous pousse encore, puis nous lance un &#224; un dans la bo&#238;te du N&#233;ant''.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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